blog dominique autie

 

Samedi 5 avril 2008

13: 16

 

 

 

 

bach_pave_imagetitre

 

Jean Sébastien Bach, Intégrale des Suites pour violoncelle seul
cadratin_blogarrangées pour saxophone baryton et interprétées par Henk van Twillert,
cadratin_blog2 CD Brilliant Classics 93637.

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Jean Sébastien Bach, John Coltrane et all., Bach / Coltrane, par Raphaël Imbert Project :
cadratin_blogRaphaël Imbert, saxophones, clarinette basse et direction, le Quatuor Manfred,
cadratin_blogAndré Rossi, orgue, Jean-Luc Di Fraya, percussions, voix, Michel Péres, contrebasse.
cadratin_blogAvec la participation de Gérard Lesne, contre-ténor.
cadratin_blogCD Zig-Zag Territoires ZZT080101 (distribution Harmonia Mundi).

 

Allez ! Je connais mon monde… Il va s'en trouver pour penser tout bas – voire l'écrire en toutes lettres dans les commentaires, pour une fois – que je ferais mieux de m'en tenir aux livres ! que la preuve est faite, en bientôt quatre ans de blog, que mes goûts musicaux appellent les plus grandes réserves. Dire que je m'en fais une gloire serait exagéré. Quant à m'en repentir ou à renoncer…

Je crois m'être vanté ici même de disposer d'une vingtaine d'enregistrements de L'Art de la fugue, joué sur au clavecin, au piano, à l'orgue, adapté pour quatuor à cordes, pour quatuor de flûtes – sans oublier deux versions publiques d'Hermann Scherchen à la tête d'orchestres symphoniques. Me manque l'instrumentation pour sextuor de verres à moutarde enregistrée dans les années 1960 lors du festival international de musique baroque de Dijon. Or, curieusement, mon autre adulation parmi l'œuvre du Cantor, les Sonates pour violoncelle seul, ne figuraient qu'en deux versions dans ma discothèque, sagement interprétées l'une et l'autre sur un violoncelle.

Henk van Twillert vint.

Avec son saxophone baryton, il a osé faire de ces sonates ce que Keith Jarret a fait avec Le Clavier bien tempéré ou encore avec les Préludes et Fugues op. 87 de Dmitri Shostakovich : s'accorder le pur bonheur d'interpréter, sur l'instrument qui est le sien – qu'il s'agisse ou non de l'instrument prévu par le compositeur.

Sans doute y a-t-il une forme d'équivalence (acoustique, vibratoire) entre le violoncelle et le saxophone baryton. De la pièce voisine, vous constaterez que la confusion, même, est possible. Toutefois, dans un bon confort d'écoute, vous serez surpris – et, peut-être conquis – par la puissance et la subtilité de l'instrument à vent. On se plaît à imaginer un dialogue des deux instruments sur des pièces de Marais ou de Sainte Colombe.

Autre tentative, moins immédiatement séduisante à mon oreille, celle d'associer Bach et John Coltrane. Il est fort dommage que Raphaël Imbert, musicien de jazz, doté de cet instrument prodigieux qu'est la clarinette basse et entouré d'une assemblée de musiciens classiques de valeur, n'ait pas tenu son pari : prouver que Coltrane est « le seul véritable mystique de l'histoire du jazz ». Constitué en partie d'improvisations (notamment sur le nom de B.A.C.H., ou sur le largo du Concerto pour clavier BWV 1056), le programme semble faire de Coltrane lui-même le parent pauvre. Cela en dépit d'instants de grâce comme l'admirable intervention vocale, saisie en live, du percussionniste Jean-Luc Diffraya sur un negro-spirituel anonyme du dix-neuvième siècle, He nevuh said a mumbalin' word : l'improvisation centrale de Raphaël Imbert nous conduit un instant au cœur de son sujet et de son intention – Coltrane et l'univers luthérien se rejoignent un bref instant…

J'écoute et réécoute ce disque depuis un mois que je l'ai acquis, c'est dire qu'il n'est pas dépourvu de force d'envoûtement. Ses initiateurs et ses interprètes recevront-ils de bon cœur l'idée que le plaisir fasse ici l'impasse du titre de l'album et de l'ambition initiale de Raphaël Imbert ?

 

Consolations pour les puristes :

Jean-Marie Leclair, Intégrale du Quatrième Livre de Sonates à violon seul avec basse continue,
cadratin_blogpar Patrick Bismuth, violon et direction, Valérie Balssa, traverso (flûte allemande),
cadratin_bloget l'ensemble La Tempesta,
cadratin_blogCoffret de 3 CD Zig-Zag Territoires ZZT060401.3 (distribution Harmonia Mundi).

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Henry Purcell, Complete Chamber Music,
cadratin_blogpar Pieter-Jan Belder, flûte, clavecin, orgue et direction et l'ensemble Musica Amphion,
cadratin_blogCoffret de 7 CD Brilliant Classics 93647.

leclair_purcell

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On ne saurait, sans doute, imaginer deux labels plus éloignés l'un de l'autre que Brilliant Classics – multinationale du classique implantée aux Pays-Bas, qui s'est fait une spécialité des œuvres complètes de Bach et de Mozart à des prix défiant la raison – et Zig-Zag Territoires, petite équipe indépendante de fous de musique, qui développe un catalogue de haute qualité, si j'en juge par cet enregistrement de l'intégrale du Quatrième Livre de Sonates à violon seul avec basse continue de Jean-Marie Leclair interprété et dirigé par Patrick Bismuth. J'ai longtemps tenu pour précieux un disque vinyle (sottement abandonné, avec ses congénères lors de l'invasion du numérique) constitué d'extraits de ce Quatrième livre. La subtile virtuosité de Patrick Bismuth est à la hauteur de l'œuvre et sa sensibilité fait de cette intégrale est un ravissement, l'oreille n'étant jamais lassée par la moindre longueur ou un quelconque lancinement, comme il arrive si souvent quand la musique baroque est interprétée par des artistes qui, fussent-ils acrobates, cachetonnent. Trois heures durant, les rythmes, les sonorités, les dialogues entre le violon et l'ostinato ne cessent d'ornementer l'espace, de séduire et de surprendre celui qui y séjourne et qui se surprend bientôt à ne plus rien faire d'autre que de céder à la musique débordante de vie de Jean-Marie Leclair. Prise de son remarquable, élégance d'ensemble, jusque dans le détail du coffret, rien ne manque à cette édition.

Inattendue (par moi, en tout cas, qui ne pratiquais jusqu'alors que l'œuvre vocal), cette intégrale de la musique de chambre de Purcell en sept CD chez Brilliant Classics — les deux derniers regroupent des œuvres diverses pour clavier (clavecin et orgue). À noter le toucher de Pieter-Jan Belder, qui parvient à rendre tolérable l'audition ininterrompue d'une grande heure de clavecin…

Nous sommes loin, avec Henry Purcell, de l'allégresse de Leclair. Il y a toutefois, dans la variété même de facture des œuvres rassemblées dans ce coffret, la source d'un véritable plaisir pour l'amateur de musique baroque – et cela, selon la politique de prix du label, pour moins de cinq euros le CD.

 

 

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Dimanche 30 mars 2008

18: 38

 

Claude Sicre
intertresetroit
l'Ancien

 

claude_sicre_blog

 

 

Il y a chez cet homme tout ce qu'il faut pour fourvoyer l'interlocuteur inattentif : de la silhouette au verbe, il semble à lui seul un vivant Traité du rebelle. [« Gauchiste, Claude Sicre ? L'homme s'en défend avec vigueur. Il avait vingt ans en 1968 et veut bien reconnaître avoir été "fasciné" par les situationnistes. Mais ce fils d'ouvrier du Livre à La Dépêche du Midi explique qu'il n'a jamais vraiment adhéré aux thèses de ces intellectuels en raison de leur "mépris aristocratique" [1].] Quant au musicien, fondateur du groupe Fabulous Trobadors, je me dois de rappeler qu'il dispose d'un diplôme d'ethnomusicologie de l'inestimable École des hautes études en sciences sociales (sous la direction de Daniel Fabre), puisque c'est pour la coédition d'un extrait de son travail que j'ai eu la chance de rencontrer Claude Sicre vers le milieu des années 1980 [2].

Aux hantises affichées par lui – régionalisme, province, centralisme –, il convient donc d'ajouter l'amateurisme : des repas de quartier, dont il a pris l'initiative dans le quartier Arnaud-Bernard de Toulouse en 1991, en passant par les conversations socratiques, dont le premier animateur fut l'écrivain et philosophe Félix Castan, tous les passages à l'acte de Claude Sicre sont conséquents.

castan-vignette
cadratin_blogFélix Castan

« Le projet pionnier de Félix Castan [zoom sur une double page, cliquer ici], dont nous nous voulons les héritiers, nous a donné des atouts : un regard critique sur les impasses dans lesquelles ici ou là on se fourvoie et une stratégie, qui est aussi une éthique », écrit Claude Sicre dans l'opuscule qui paraît ces temps-ci sous le titre Quelques remarques pour contribuer à faire de Toulouse une ville heureuse. Cette trentaine de pages – qui s'ouvre donc sur le rappel d'un long cours, dont Félix Castan (mort en 2001) reste l'âme vivante – prélude à un document plus copieux qui doit présenter le projet Sant-Carles, haut lieu culturel en chantier dans le quartier Arnaud-Bernard. Celui-ci – où j'ai vécu de 1983 à 1991 – a déjà été profondément modelé, ces vingt dernières années, par la présence active de Claude Sicre, par ses projets défendus de haute lutte auprès des élus. Le projet Sant-Carles n'est donc pas une utopie mais un prolongement, enrichi de mises à l'épreuve dont il est possible de tirer enseignement et synthèse. Ce dont ces trente pages donnent un aperçu d'autant plus saisissant que Claude Sicre affirme s'en tenir ici à ce qui constitue « un préalable non seulement à la pensée des activités culturelles de Toulouse et de sa région mais encore à la pensée de toutes leurs activités. »

Le principe peut passer pour simpliste à force d'austère rigueur : pour remonter à contre-courant de cinq siècles de centralisme, il faut décentraliser à tous les étages…, et commencer par mener ce travail par le bas. C'est-à-dire décentraliser le pouvoir même de la commune en confiant au quartier un rôle d'initiation, de proposition et de conduite dans la vie de la cité.

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Entreprise isolée, purement locale, inspirée par le charisme de Félix Castan et d'une poignée de disciples ? Prenez connaissance de la « Petite bibliographie pionnière » sur quoi se referme provisoirement la publication ! L'Ancien Régime et la Révolution ainsi que De la démocratie en Amérique de Tocqueville, Critique du rythme et De la langue française d'Henri Meschonnic et, surprise !, Pour une politique de la culture, le rapport qu'Edmond Michelet, ministre de la Culture de Georges Pompidou, demanda en 1969 au poète Pierre Emmanuel, fraîchement nommé président de la commission des Affaires culturelles du VI° Plan. J'ignorais l'existence de cette publication jusqu'à il y a peu de mois, quand un lecteur de ce blog, qui partage mon goût pour l'œuvre de Pierre Emmanuel, me signala la présence d'un exemplaire de ce rapport chez son bouquiniste, à Tours… Merci à Éric B. ! Voilà bien la nécessité et l'usage d'un réseau, pour qui en douterait encore. Claude Sicre indique que Pierre Emmanuel eut connaissance des travaux de Félix Castan et que « bien qu'il n'en ait pas intégré les concepts », il avait compris l'enjeu d'une telle démarche : « La régionalisation ne sera qu'une nouvelle forme de tutelle si les provinciaux ne s'animent pas mutuellement à penser les activités spécifiques de chacune de leurs régions dans le tout français. Cette réflexion pourrait être décisive dans le domaine de la culture, qui, entendu comme style de vie, englobe les choix économiques et sociaux de demain [3]. »

Car pour Claude Sicre, la décentralisation culturelle est un levier – si ce n'est le levier – de toute déconstruction de la « toile du centralisme ». Et, juste avant de citer Pierre Emmanuel, Claude Sicre invoque les propos mêmes d'André Malraux, inaugurant la Maison de la Culture d'Amiens [5] le 19 mars 1966 : « Maintenant, mesdames et messieurs, c'est à cela que je fais appel : il n'y a pas, il n'y aura pas de Maisons de la Culture sur la base de l'État ni d'ailleurs de la municipalité ; la Maison de la Culture, c'est vous. Il s'agit de vouloir si vous voulez le faire ou si vous ne le voulez pas. Et, si vous le voulez, je vous dis que vous tentez une des plus belles choses qu'on ait tentées en France, parce qu'alors, avant dix ans, ce mot hideux de province aura cessé d'exister en France. »

Former un réseau de contre-capitales est l'un des moyens de parvenir au but poursuivi. À l'échelle de l'action menée ici, il s'agit de « faire de Toulouse la plus ville toulousaine du monde » – formule qu'on prendrait à tort pour une pirouette car, précise Claude Sicre, « elle est la meilleure, [celle] qui éradique toute idée de compétition, et donc de chauvinisme, et donc de formatage. »

Sicre l'Ancien, disais-je… d'un autre temps, quoi qu'il en soit. Un temps, peut-être à venir (mieux encore que passé), qu'il me rend décidément enviable.

 

 

[1] Stéphane Thépot, « Claude Sicre, agitateur de rue », Le Monde, édition du 6 mars 2008.
[2] Claude Sicre et Xavier Vidal, Présent et avenir de la musique de tradition populaire dans les pays d'Oc et La musique de tradition orale face au folk, au rock, au free-jazz, à la musique savante – Styles et fonctions, I.E.O. (Institut d'études occitanes), 1986, le second ouvrage en coédition I.E.O./éditions Privat. Extraits du travail universitaire soutenu pour l'obtention du diplôme d'ethnomusicologie de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 1983, travail dirigé par Daniel Fabre (EHESS Toulouse) et Marie-Marguerite Pichonnet-Andral (CNRS, laboratoire d'ethnomusicologie du musée des ATP).
[4] Pierre Emmanuel, Pour une politique de la culture, Le Seuil, 1971. Claude Sicre ne donne pas la référence de la page où figure cette citation ; je n'ai pas encore lu l'ouvrage…
[5] Et non Bourges, ainsi que l'indique Claude Sicre par erreur (c'est le 18 avril 1964 que celle-ci fut inaugurée – source : site de l'Assemblée nationale.).

 

Claude Sicre, Quelques remarques pour contribuer à faire de Toulouse une ville heureuse, 32 pages, 2,50 €, aux éditions Sant-Carles,
10 rue Saint-Charles — 31000 Toulouse.
Contact : Association Escambiar, 35 place des Tiercettes, 31000 Toulouse – 05 61 21 33 05 – Envoyer un courrier électronique à l'association [cliquer ici
[sur l'adresse qui s'affiche, remplacer l'euro par l'arobas.]

En ouverture : Portrait de Claude Sicre, D.R.

Quelques liens :
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Sur le quartier Arnaud-Bernard (Wikipedia)
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Sur les repas de quartier
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Sur les conversations socratiques
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Un entretien suivi d'un débat (commentaires) avec Claude Sicre sur le blog libetoulouse.fr
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Le site (actuellement "en pause") des Fabulous Trobadors
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Une présentation de la figure et de l'œuvre de Félix-Marcel Castan sur le site Esprits nomades

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Dimanche 23 mars 2008

08: 37

 

La stratégie
intertresetroit
du tombeau vide

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Zoom

 

 

Comme nombre d'entre nous, j'ai pris connaissance du document filmé de sept minutes au cours duquel Chantal Sébire décrivait le calvaire qu'était devenue son existence et exprimait, en présence de ses enfants, sa volonté qu'on l'aide à mourir.

Parce que Chantal Sébire est morte durant la semaine sainte, ma méditation m'a conduit jusqu'aux abords du tombeau pascal – la plus folle affirmation du droit de Vie qui nous est offert (et non le dénouement incongru d'une comédie macabre en forme de mythe, que l'Occident n'en finirait pas de congédier). Nous savons que les femmes seront sidérées de le trouver vide ; il faudra qu'un ange les informe : Celui que vous cherchez n'est plus ici. Les anges servent à cela ; dans la Bible, la presse c'est eux.

Vous avez, Chantal, laissé la clique des anges rôder autour de ce moment d'amour douloureux au cours duquel, entre vos enfants et vous vivante, ont été passées au crible les dernières pépites de vie. Quelqu'un a filmé votre dialogue avec eux. Il n'était peut-être pas inutile que chacun puisse venir, une fois encore, chanter sa partition, sa leçon de Ténèbres : représentants des associations, des Églises, de l'État, professionnels de l'éthique ; et peut-être ne fut-il pas superflu qu'un ministre – une femme ! – rappelât à quel étiage de basse haine l'homme peut consentir à venir échouer.

Encore une fois, il s'est agi de droit – et j'ai éprouvé une grande tristesse à constater qu'il ne s'est agi que de cela – qu'il ne pouvait en être autrement : droit de mourir (a-t-on pris quelques instants pour méditer ces trois mots ? leur extravagance, ainsi ajointés ?)

Vendredi, à l'aube, j'ai laissé mon esprit cheminer. J'avais appris, la veille, par les anges journalistes, qu'on vous avait retrouvée sans vie mercredi soir. Un scénario différent se jouait. On vous cherchait, car il s'était ébruité que, parmi l'humanité souffrante, votre passion était d'une singulière cruauté, pour vous-même et pour vos proches. On vous cherchait, mais vous sembliez brouiller les pistes, afin qu'on ne puisse vous atteindre. J'ai entrevu l'interminable cortège des délégations, des comités, des associations, des commissions chargées de remettre leur rapport au chef de l'État ; ils étaient venus refaire avec componction l'itinéraire insensé, expertiser les cailloux du chemin qui serpente vers le Golgotha, ils convoquaient jusqu'au dernier témoin, exigeaient de soupeser les clous, demandaient à voir le marteau. Les anges cameramen, les anges perchistes, les putti responsables du banc-titre et du sous-titrage Antiope triplaient le nombre des officiels et des politiques. À tous, cela devait valoir deux nuits blanches. Enfin, on allait une bonne fois trancher cette agaçante question du droit de mourir. On devrait, comme toujours, ce grand pas vers moins d'humanité aux archanges du JT de vingt heures.

Mais, dimanche matin…

 

 

En ouverture :
Bouts, Dieric the Elder (ca. 1415-1475), Résurrection (détail),
Norton Simon Museum of Art, Pasadena, U.S.A.

 

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Vendredi 14 mars 2008

10: 44

 

La Zone
intertresetroit
Quatre années de tranchées

 

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Lazare Ponticelli, le dernier ancien combattant de 14-18 tire sa révérence après avoir, quatre-vingt-dix ans durant, martelé à qui voulait l'entendre l'horreur et l'inutilité de la guerre. Ce vendredi, le public est admis à arpenter les allées du nième salon du livre de Paris, vaste entreprise d'autojustification d'une production culturelle mondialiste sur un support que ceux-là mêmes qui le promeuvent s'épuisent à exténuer. Enfin, ces jours-ci, Juan Asensio rappelle que ses quatre années d'exercice assidu de la médecine légale sur le cadavre de la littérature ne sont ni pure partie de plaisir, ni propension incorrigible à ramer à contre-courant des complaisances du temps. Nulle intention de forcer le trait en rapprochant ces trois données d'inégal impact en matière d'audimat – ce n'est faire injure à personne que de le reconnaître d'emblée : c'est que Juan Asensio lui-même plaide comme principal mérite la constance qui reste la sienne dans la démarche entreprise en 2004. Et c'est sur ce terrain – celui d'une présence et d'un travail sur le support qu'est la Toile – que je rendrai, à ma façon, hommage à La Zone et à son maître d'œuvre.

Brièvement, je me contente ce matin de pointer à nouveau ceci [1] – simples points techniques destinés à nourrir et, je l'espère, éclairer le dossier d'un bilan d'étape :

– les quelque six cents pages qui forment aujourd'hui l'ensemble intitulé Stalker – Dissection du cadavre de la littérature, construites sur le mode hypertextuel, constituent de facto une base de données accessible, étoffée, cohérente dans ses thèmes et ses perspectives : l'objet électronique que voici, porteur de ses contenus, répond sans le moindre doute possible aux objectifs des promoteurs "historiques" de l'Internet ;

– ces contenus présentent la singularité d'être originaux : tout familier des moteurs de recherche témoignera qu'un nom d'auteur, une citation, un concept recherchés par Google aboutissent ordinairement à des dizaines – quand ce ne sont pas des centaines d'occurrences où le même paragraphe, dépourvu de toute source ou référence qui permette d'en vérifier l'origine, se trouve reproduit jusqu'à la nausée, par simple copier/coller ; ce qui est écrit dans La Zone est le fruit d'une lecture personnelle, d'une analyse, d'une formulation singulière, le jeu des liens permet toujours de se référer à la citation, au rapprochement, à la cible visée par une critique ou une contestation, fût-elle vive et tranchante ; oui – quelqu'un l'a souligné parmi la soixantaine de témoignages que je n'ai malheureusement fait que parcourir ce matin – c'est bien d'un travail de Titan qu'il s'agit, respectueux de règles qu'il s'est lui-même fixées ;

– je m'en tiendrai à une troisième caractéristique de l'entreprise : La Zone est un lieu d'édition, et à deux titres ; d'une part, des textes, des voix y sont non seulement accueillis mais encore sollicités ; une communauté de pensée et d'écriture – bien plus contradictoire qu'il ne pourrait y paraître à regard trop rapide (ou strictement polémique) – s'y développe, y crée ses échos et invente son rayonnement ; j'y reconnais strictement les vertus d'un catalogue d'éditeur – et je prends le risque de tenter d'apporter, par cette remarque, un surcroît de sens au tout premier commentaire laissé sur ce billet anniversaire, celui de l'éditeur Léo Scheer : un tel hommage me semble à tant de points significatif ! quelque chose s'est passé en quatre ans pour qu'un professionnel du livre de cette trempe – et opérant sur le registre très précis, très étroit, que laisse encore disponible l'aberrante machinerie qui s'exhibe porte de Versailles ces jours-ci — donne d'emblée la mesure ; d'autre part, les publications personnelles sous forme traditionnelle de Juan Asensio (en volumes comme en revues) apportent la preuve d'une efficience conjointe et complémentaire de la Toile et du livre.

*

Pour les mal-lisants, je confirme que je m'en suis tenu, dans ces quelques lignes, à un propos de stratège, opérant sur Internet depuis quelques mois de moins que Stalker. Que l'on n'y voie, je vous prie, ni frilosité à exprimer la moindre réserve intellectuelle sur le fond des textes publiés et écrits par Juan Asensio (ces réserves existent, comme elles existent, je suppose, ponctuelles ou plus constantes, dans l'esprit de beaucoup de ceux qui lui rendent aujourd'hui un juste hommage), ni paresse devant l'impressionnant corpus d'auteurs au sein duquel un possible cheminement nous est rendu disponible dans La Zone. Il m'a semblé que ce bilan d'étape avait, du vœu même de Juan Asensio, une autre fonction qu'hagiographique – une mise en perspective, un retour sur investissement sous forme d'une réponse simple : Faut-il continuer ?

Oui, bien entendu, il le faut ! Plus que jamais.

 

 

[1] Voilà deux ans, Juan Asensio avait accueilli un texte – Les nœuds de paille – dans lequel je tentais de situer la fonction et le sens de notre présence sur la Toile.

 

 

En ouverture et en vignette ci-dessous :
Stalker, d'Andreï Tarkovski, 1979 – (images du film par captures d'écran).

 

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Samedi 8 mars 2008

09: 12

 

Le salon du Livre ancien
intertresetroit
de Toulouse

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salondulivreancien

 

[Communiqué de l'Arioc *]

Le salon du Livre ancien de Toulouse existe depuis 1991. II a fait ses premières armes à Blagnac puis, au regard de son succès, s'est installé pendant quatre ans au Bazacle. Il est accueilli depuis 2002 dans les prestigieuses salles des Colonnes et des Pèlerins de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques. Ce lieu, porteur de tradition et de culture, est un cadre idéal pour le déroulement d'une telle manifestation.

Chaque année, de 30 à 40 exposants venus de la France entière vous invitent à découvrir des milliers d’ouvrages rares, anciens ou modernes, mais aussi des gravures, des affiches, des revues et autres vieux papiers. Un déballage de qualité souvent exceptionnelle qui a largement contribué à la réputation du salon auprès des professionnels, des collectionneurs et des amateurs, qui le reconnaissent comme l’un des tout premiers salons du livre ancien en France et, en tout état de cause, comme le plus important du grand Sud-Ouest.

Pourtant rien n’est jamais gagné d’avance. En dix-sept ans ans, nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère des vide-greniers et de l’Internet. Quelque vingt millions de Français sont appelés par un grand service public à « arrondir leurs fins de mois » en jouant à temps perdu aux marchands sur un site Internet. Et l’offre de livres, de première ou de seconde main, chaque jour plus abondante, tend à noyer les lecteurs dans un flot d’ouvrages de qualité souvent incertaine.

Convaincus de ce que « le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il aime assez pour les transmettre aux lecteurs [1] », ce en quoi il se distingue du simple déballeur d’occasion et autre pseudo-vendeur sur Internet, nous avons invité les exposants qui participeront au salon 2008 à renforcer leur professionnalisme et à élever encore, si tant est que cela soit possible, le niveau de qualité des ouvrages exposés. Pour conforter les liens que nous avons su tisser avec la grande communauté des amateurs de livres anciens et proposer aux habitants de Toulouse, de Midi-Pyrénées et du Sud-Ouest le plus grand et le plus beau des salons.

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Le Bureau de l’Arioc *.

[1] Tahar Ben Jelloun, Éloge de l’Amitié, Arléa, 1996.

 

L'Arioc invite les visiteurs du salon à un stage gratuit :

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INITIATION A LA BIBLIOPHILIE
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ANCIENNE ET MODERNE

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Dimanche 8 mars 2008 de 10 h 30 A 12 h 30
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Pendant deux heures, sous la conduite de Michel Perez, ancien libraire en livres anciens, nous nous efforcerons de vous initier aux mystères de la bibliophilie et de répondre aux questions que vous vous posez éventuellement à ce sujet.

Qu'est-ce qu'un livre ancien? Un livre moderne? Qu'est-ce qui fait la rareté d'un livre ? Son intérêt ? Sa valeur ? Quelle différence fait-on entre une édition originale et une première édition ? Qu'est-ce qu'une édition numérotée ? Qu'est-ce qu'un grand papier ? Comment manipuler un livre ? Comment entretenir un livre ancien ? Quels sont les principaux termes utilisés en bibliophilie ancienne et moderne? Comment se détermine le prix d'un livre ? Internet, les salons, les salles de vente, les bouquinistes, les marchés forains : où acheter ses livres ?

Le stage se terminera par une visite guidée du salon au cours de laquelle vous aurez la possibilité de rencontrer chacun des exposants et de découvrir avec eux, sur leurs stands, deux ou trois de leurs plus beaux ouvrages préalablement choisis par Michel Perrez pour parfaire votre initiation.

Pas de réservation – Inscription sur place à partir de 10 h 15
Nombre de participants limité (20 personnes)
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* Association des revendeurs d'imprimés et autres objets à vocation culturelle du Sud-Ouest

 

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Dominique Autié
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Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
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