Il est une question que peut se poser l’internaute curieux, et surtout soucieux de l’avenir même de la communication sur les supports électroniques. N’allons-nous pas, déjà (Internet en est à sa préhistoire…) vers une communication à trois vitesses : le tout un chacun, qui bidouille ; le marchand de cravates, qui vend sa camelote en utilisant l’écran au mieux comme un gueuloir ; et le « créateur », qui crée…
Rappelons-nous le vingtième siècle : une création académique en musique (classique) absolument inaudible par une oreille normalement constituée ; une peinture… (n’en parlons pas) ; des impasses en littérature (le Nouveau roman, la déstructuration de la langue des années 1970) qui ont finalement refait le lit du roman de gare et de la littérature à l’estomac. En architecture, il suffit d’avoir séjourné une nuit (cela m’est malheureusement arrivé) dans un bâtiment conçu par Le Corbusier pour comprendre que cet homme était un ennemi du genre humain.
Bref : la communication électronique en ligne et hors ligne cherche ses nombres d’or, son « canon des ateliers » (règles de la mise en page issues des ateliers du Moyen Âge, auxquelles l’édition traditionnelle s’est longtemps fiée), ses protocoles, ses astuces… C’est de son Léonard de Vinci dont elle a besoin, je veux dire de créateurs qui, sans pour autant poser de limites a priori à leurs recherches, en assureront un « retour » vers l’utilisateur de demain. De telle sorte que l’écriture multimédia puisse s’enseigner (et, pour cela, au préalable, qu’elle ait éprouvé ses potentialités, ses limites, ses privilèges et ses devoirs).
Nous sommes, me semble-t-il, à un moment clé, où l’art, précisément, peut (doit) ne pas manquer une nouvelle fois, comme dans le siècle précédent, ses rendez-vous avec les nouveaux outils, les nouveaux supports, avec ses nouveaux clients (ah ! je sens bien que j’irrite les créateurs avec ce mot !). Tout simplement son rendez-vous avec son temps.
(Ce texte avait été rédigé dans le cadre d’un forum de l’Apelse en 2002.)
