Voilà une bonne dizaine d’années que je guette les derniers jours d’octobre, depuis que l’idée m’a traversé l’esprit – presque par jeu, par insolence – d’échapper à cette tyrannie d’État sur mon temps intime que constitue le passage à l’heure d’hiver. La méthode est d’une austère simplicité : ne pas changer l’heure dans la pièce où je couche. De sorte que, le réveille-matin sonnant toujours à 6 heures, j’échappe à toute perturbation chronobiologique. Surtout, dès que je passe dans la salle de bain, il est administrativement, socialement, communément 5 heures. Au lieu de lambiner, comme j’ai tendance à le faire le reste de l’année, il me suffit d’expédier les affaires du corps et de servir le petit-déjeuner du chat pour me trouver avant 5 h 30 devant mon bureau.
Les cycles du sommeil sont d’environ trois heures. Je crois, d’expérience, que ceux du travail intellectuel répondent à ce même rythme. J’ai la chance (qui n’est pas libre de tout désagrément) de vivre dans la maison où j’exerce mon métier. Avant que les collaborateurs de l’entreprise n’en franchissent le seuil, il va donc s’écouler un long cycle de silence, d’isolement – de recueillement.
Le disque dur du cerveau redémarre, la machine ne rame pas comme en fin de journée, quand chacun est venu cliquer, ouvrir tous les logiciels à la fois. Il y a même cette magie de l’aube, faite d’une attention flottante et d’une neutralité bienveillante devant la page ; celle du livre dans lequel je vais pouvoir progresser d’un bon tiers ; celle, dite blanche, du carnet ou de l’écran, sur laquelle de simples notes vont courir ou, les grands jours, quelques lignes d’un texte en chantier dont je soustrais péniblement les fondations à ciel ouvert aux intempéries du temps professionnel.
Au prix de cette petite tricherie avec l’heure légale, cinq mois durant, je franchirai à la dérobée, le havresac rempli d’épices rares, de gemmes et d’inscriptions lapidaires dans des langues indéchiffrées – tous produits hautement surtaxés ! –, l’octroi de mes journées.
Mis en ligne à 7 h 16, (heure légale) [l'informaticien me doit encore l'heure automatique de mise en ligne, à côté de la date des chroniques : ce qui passerait pour un détail maniaque sur le papier s'impose dans la logique de l'écran. Je reviendrai, je suppose, sur les tenants et les aboutissants de ce que j'ai nommé, cette semaine, la « forme blog », que je découvre au fil des chroniques, ces jours-ci.]
En vignette de cette chronique : Brueghel
L’heure d’hiver sur le site du ministère de l’Industrie
Un dialogue entre deux parlementaires [où l’on voit que mes raisons d’attendre l’heure d’été n’ont aucune chance de peser dans un débat d’opinions sur la pertinence de maintenir cette mesure]
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | 3 | ||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 |
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 |
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 |
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 |

Index général
Le fil du temps
Jours précédents
ÉDITION EN LIGNE
Thésaurus de l'éphémère
Paul-Émile Autié
Alcoolisme abstinent
De l'alexithymie
Indications
All the world's a stage
Le sac de billes
Wara'
Corps préparés
Manuels portatifs
Qu'est-ce qu'on va devenir
about Dominique Autié
L'agenda / bloc-notes








