
Un crucifix roman n'était pas d'abord une sculpture, la Madone de Cimabue n'était pas d'abord un tableau, même la Pallas Athéné de Phidias n'était pas d'abord une statue. Telles sont les premières lignes des Voix du silence. Au lecteur de se débrouiller.
J’ai mis a profit ce long week-end de Toussaint pour ouvrir les volumes IV et V des Œuvres complètes d’André Malraux dans la « Bibliothèque de la Pléiade », parus il y a dix jours, qui en constituent le tome V consacré aux Écrits sur l’art. Des livres quelque peu extravagants pour la collection, puisqu’ils reproduisent, sur le papier Bible du texte, des centaines d’illustrations en noir et blanc et en couleur [1]. Dirigé par Jean-Yves Tadié – à qui Proust doit sa nouvelle édition en quatre volumes de À la recherche du temps perdu publiée en 1987 dans cette même collection – cet ensemble s’impose par l’apparat critique, les variantes, les inédits, les notes et les annexes (telles ces pages consacrées à la bibliothèque de travail de Malraux, pp. 1291 sq du volume II).
J’ai rassemblé au fil des années les éditions d’époque de la plupart des livres repris ici avec tant de scrupule pour tout ce qui a concouru à leur conception par Malraux. Il se trouve que Paul-Émile Autié, mon père, a travaillé durant toute sa vie professionnelle chez Draeger frères, maîtres imprimeurs à Montrouge, le fleuron de l’imprimerie d’art jusqu’à la fin des années 1970. Gallimard fit imprimer chez Draeger les hors-texte en couleur de la plupart des ouvrages illustrés de Malraux. C’est, en la circonstance, une pure bibliophilie du cœur qui m’attache à ces livres.
En 1974, j’ai expédié à Verrière-le-Buisson, un exemplaire du recueil de poèmes amphigouriques que je venais de faire paraître à compte d’auteur. Quelques jours plus tard, une petite carte de visite manuscrite – un minuscule concentré de sollicitude – m’affirmait que le dédicataire allait parler de ce recueil à ses amis de la N.r.f. Il m’est arrivé de guigner quelque notoriété à seule fin (affirmais-je à moi-même, bien entendu) de dispenser, ne serait-ce qu’une fois, une telle dose d’authentique joie veinée d’espoir et de rêve.
Reste que, depuis l’adolescence, m’électrocutent ses incessants court-circuitages de la pensée qui shuntent la langue. Autant que lui, j’aime à le croire, je suis homme à chats jusqu’au bout des ongles – que j’ai cessé de me ronger, moi ! Il est plus que jamais, pour l’âme, ce dyable sombre, inspiré, fervent, allumé dirait-on aujourd’hui, qui m’a cent fois épargné de rentrer tout à fait dans le rang.

[Le Dyable des chats, l'un des innombrables dessins dont André Malraux agrémentait ses lettres et messages, est tiré de André Malraux, Dessins, 1946-1966, Messages, Signes et Dyables, 380 dessins inédits présentés par Madeleine Malraux, Jacques Damase-Denoël éditeurs, 1986, p. 57.]
Deux extraits des introductions aux volumes des Écrits sur l'art dans la « Bibliothèque de la Pléiade », sur le site des éditions Gallimard
Une présentation prévue à la Bnf
Dominique Autié
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Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
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