Voici un mythe.
Cette photographie, quelques lignes dans le roman familial et un vase à col étroit, aménagé en lampe de salon recèlent les principaux éléments constitutifs de ce que les anthropologues et les historiens des religions décrivent sous ce concept.
Ma mère n'évoquait son grand-oncle que par raccroc. Elle séjournait dans sa proximité, quelques jours par an, pour le seul profit d'une inititation à la vie dévote que lui prodiguait la tante Christine (je vois une Yvonne de Gaulle, une veuve anthume en ombre portée de l'artiste, icône sulpicienne absorbée dans son Rosaire au pied d'une statue en plâtre du curé d'Ars, le cœur exangue, l'âme cave comme le visage édenté du saint prêtre).
Je ne saurais dire s'ils étaient morts l'un et l'autre quand je suis né ou si je fus l'objet de quelque cérémonie de la Présentation à la sainte de Seine-et-Marne. Il doit bien exister un lointain parent de cette branche-là qui met à profit ses RTT en bouturant des arbres généalogiques mais, sauf exception, je tiens ceux qui se livrent à cette activité pour de redoutables alexithymiques, que l'idée terrorise qu'on puisse donner à leurs notices la moindre étoffe humaine.
Ils habitaient Samoreau, près de Fontainebleau. Je suppose que son atelier était un territoire réservé, dans lequel les proches eux-mêmes ne pénétraient qu'en de rares circonstances, s'il les y autorisait. Ma mère n'a évoqué devant moi, il me semble, que ses colères, quand il ne parvenait pas à obtenir sur une pièce le rendu qu'il souhaitait. Il la brisait – foudre et averse de jurons qui terrifiaient le typan confit des femmes. J'ajoute (c'est ma contribution au mythe) que, dans la proximité de son four, je le vois volontiers ardent, doté d'une nature exigeante – persuadé jusqu'à un âge avancé, comme Victor Hugo, que c'était un os.
Aujourd'hui, je trouve sur Internet un site spécialisé dans la céramique Art déco qui lui consacre une notice plus qu'élogieuse et reproduit quatre de ses pièces. Sur un autre, un collectionneur recherche toutes pièces signées Gandais (Référence CER053, annonce du 26 juin 2004). Ce pied de lampe me suffit. Sa lumière basse, le soir venu, donne aux tranches des livres leur patine bienveillante. L'objet relie aux dieux toute une région en moi de pur paganisme (en Afrique notamment, le forgeron – le céramiste est forgeron de la glaise – est tenu pour sorcier, en raison de son pouvoir sur le feu).
Henri Gandais (archives familiales).


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Dominique Autié
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