blog dominique autie

 

Dimanche 9 janvier 2005

08: 28

 

Du caractère secourable des livres

 

(Courts manuels portatifs – 6)

 

 

Demain, je peux cesser de boire, si je veux ; je peux écrire sérieusement. Demain, on rase gratis.

Le grand trompe-l’œil de la page tournée : la typographie est différente, on est passé du poème au roman, de l’adolescence révoltée à l’alcoolisme abstinent, mais c’est la même langue, le même texte qui se ressasse.

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Dans un texte, la hantise de la chute peut aller jusqu’à me faire renoncer. Chez les autres, le point final (que le débutant mitraille en points de suspension, qu’il place comme des plombs sur le bas de ligne pour la pêche au coup) me paraît déchoir. Ponctuation basse, veule. Il faudrait pouvoir suspendre tout récit sur une ponctuation haute, une apostrophe — qui est une virgule en état de lévitation, d’apesanteur.

C’est pourquoi, sans doute, longtemps je n’ai produit que des nouvelles.

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Il y a une image chez Kafka (je l’ai lue, j’en suis sûr, mais faute d’avoir aussitôt noté la référence, je ne suis jamais parvenu à la retrouver ; il me faudrait reprendre la lecture de tout Kafka). Kafka suggère que ses propres systèmes de défense sont plutôt costauds : une muraille circulaire, lui au milieu ; et la muraille hérissée d’épieux acérés, mais tournés vers l’intérieur, de sorte qu’il s’y empale au moindre geste. Terrible définition de la littérature, il me semble, dans mon cas.

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L’obscénité de l’écrivain, ma seule abomination véritable, je crois. Deux figures repoussantes pour tenter de situer le haut-le-cœur : Céline, d’une part, et le poète local (le coq perché sur son tas de fumier). Encore qu’il faille vomir avec discernement — dans l’ordre de ce qu’évoque (et invoque) Céline, il y a eu, il y a toujours, il y aura encore mort d’hommes.

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Ce que la lecture de Carus de Pascal Quignard (puis de ses textes sur la voix, en musique) a libéré en moi c’est bien cette intuition tout à fait initiale (inaugurale) dans ma pratique de la langue qu’il n’y a [pour moi] d’écriture que de déploration.

Il convient de pleurer sur l’avenir, la Terre promise elle-même est déplorable.

(Officiellement, mon état civil et quelques éléments épars de généalogie ne m’accordent aucune ascendance juive. Pourtant, nombre de signes creusent le doute. Il y a là, enfouie, une intuition ainsi qu’une zone aveugle extraordinairement mystérieuse et fascinante, qu’une forme de peur, de la paresse et, sans doute, un nuage de lâcheté me retiennent d’explorer.)

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J'aime qu’un texte (un fragment de texte peut suffire) atteigne la perfection minérale et se présente comme l’une de ces pierres — et de ces textes à leur propos — qui constituent le plus précieux legs de Roger Caillois : la grammaire et le lexique y ont cessé de fonctionner, le texte a acquis des contours, un poids volumique, une identité à quoi la main (avant l’esprit), dirait-on, peut se mesurer. Une parfaite matérialité.

Cela est également vrai dans le cas où la pierre est une coupe (les calcaires de Toscane qu’on passe à la scie pour y faire apparaître une « image »). Certains textes sont des coupes minéralogiques : chez Francis Ponge, chez les Japonais (le haïku), chez Jacques Réda (ses descriptions des gares parisiennes dans Châteaux des courants d’air).

J’aime aussi que la littérature accompagne la vie : au rythme de la marche, sur les cheminements du cœur et de l’âme, sur les pistes du désir, à l’approche de la mort : certains journaux dits intimes, les fictions autobiographiques d’Henry Miller, l’écriture en dernier recours d’Hervé Guibert.

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Enfin, par le plus noble atavisme, il me serait impossible d’oublier qu’un livre est un objet.

 

*

 

Dominique Autié
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