blog dominique autie

 

Lundi 17 janvier 2005

05: 34

 

Une journée à Montgiscard

 

 

J'avais pourtant dit Plus jamais… Plus rien ne m'imposait de venir passer une journée, assis derrière une pile de mon dernier livre (les précédents étant, en règle générale, supposés avoir dépassé je ne sais quelle date de péremption fixée par je ne sais qui), coincé entre un écrivain local et un autre écrivain local. J'avais cotisé, de trop nombreuses fois, le temps était enfin venu d'écrire au désert, l'affaire était entendue.

Sans doute, il y a deux bons mois, l'organisateur qui m'a contacté avait-il été convaincant : Montgiscard, une grosse bourgade d'un peu plus de deux mille âmes aux portes du Lauragais, à vingt-cinq kilomètres à l'ouest de Toulouse, une première tentative de salon du livre, autour des auteurs de la région…

Lorsqu'il y a quinze jours, le rappel est tombé, l'effet fut glacial. La mort de mon père en décembre m'avait non seulement fait oublier l'engagement et son échéance, mais lessivé de toute séquelle d'une quelconque envie de jouer à l'auteur devant un roman qui lui est dédié, nourri d'un portrait de lui à peine transposé, dont la parution lui a procuré un tel bonheur.

Quand je suis arrivé dimanche matin, à l'heure dite, dans la petite salle des fêtes de Montgiscard, quelle ne fut pas ma surprise de trouver Le Clavier bien tempéré entouré de la totalité de mes livres disponibles chez les éditeurs, soit une grosse demi-douzaine en assez d'exemplaires pour faire face, me sembla-t-il, à dix éditions de ce même salon – si j'en jugeais, du moins, aux expériences passées.

Non seulement les livres étaient là, mais les lecteurs l'étaient aussi. Ils n'ont cessé de circuler, paisiblement, toute la journée, faisant halte devant les tables, lisant les quatrièmes de couverture, posant des questions, achetant des livres. J'en ai signé une quinzaine, me semble-t-il, ce qui est considérable. Parmi les visiteurs, quelques visages familiers, une poignée de lecteurs que j'ai découverts assidus, attentifs, bienveillants.

En fait d'auteurs locaux, l'occasion m'a été offerte de me rappeler que de vrais confrères sont à l'œuvre dans les parages, partageant les mêmes exigences, les mêmes inquiétudes et souvent les mêmes colères à l'égard de l'édition blistérisée aux bottes de la haute finance ; mais aussi la même joie, toujours émouvante, d'être lus.

Marie Didier était des nôtres, plus que jamais magnifique d'humaine présence – et je ne sais quelle pudeur m'a retenu de lui faire dédicacer son Livre de Jeanne, heureux de la voir honorer de nouveau de sa belle écriture la tant galvaudée Collection blanche [1]. On avait installé Alain Leygonie à ma droite : sa réserve bourrue paraît toujours le prémunir contre la sempiternelle question Pourquoi écrivez-vous ? d'un tacite et imparable Mais que faire d'autre d'essentiel, dites-moi ?

Je sais ce que représente la préparation d'une telle manifestation, durant des mois. Les organisateurs de Montgiscard ont non seulement réalisé un « sans faute » mais ils ont également apporté la démonstration d'une idée qui me tient à cœur, et depuis fort longtemps : le livre est moins que jamais menacé, et ce serait une excessive déférence à ses prétendus fossoyeurs que de le penser un seul instant ; il exige seulement, dans les circonstances qui lui sont faites, un peu plus de soin que d'ordinaire dans sa façon de rejoindre le lecteur. Les ouvrages que nous écrivons ne cessent de suivre leur cheminement mystérieux. Ils continuent de passer de main en main. Il n'est pas dit que, dans un avenir plus ou moins proche, ils n'aient de nouveau, provisoirement, à circuler sous le manteau. J'allais dire : peu importe. En mon for intérieur, on l'aura peut-être supposé, je pense : tant mieux. Un livre se mérite. Les gens de Montgiscard n'avaient certainement pas le projet d'asséner cette leçon-là plus particulièrement, mais je trouve parfait que, pour les quelques écrivains que nous étions, la rencontre d'une poignée de lecteurs ait dépendu d'un tel effort.

 

[1] Gallimard, 2004, 12,00 €.

 

 

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