Je mesure mieux que jamais ce qu’il fallait d’organisation tyrannique, égotiste, impassible de son temps à quelqu’un comme Ernst Jünger pour produire, sur la durée, un œuvre de la tessiture de la sienne. Je prends Jünger, parce que son exceptionnelle longévité pourrait livrer une thèse facile pour justifier l’abondance de sa bibliographie ; mais il en fut, bien évidemment, de même pour tous nos classiques et, aujourd’hui encore, selon une méthode qu’il décrit d’ailleurs assez précisément dans le second volume du Théâtre des opérations, pour quelqu'un comme Dantec.
Tyrannique, j’y serais prêt, et crois avoir montré que je pouvais l’être à l’égard de moi-même.
Égotiste, voilà déjà une autre affaire. Car, en dépit des observations de mon entourage, penser à moi ne m’est pas aussi spontané ni facile qu’on peut, sans doute légitimement, le penser parfois.
Impassible… Ici, sans doute, la véritable pierre d’achoppement. Et cette qualité, dont disposent nécessairement certains de ceux qu’il m’est arrivé de côtoyer, dont l’œuvre se propage, éclaire soudain cette forme de superficialité, de distance à tout le moins, qu’ils vous font éprouver sans paraître le moins du monde se préoccuper d’en dissimuler le mauvais effet. Certains séjournent, de toute évidence, dans une bulle qu’aucune circonstance ne paraît susceptible de crever – et vous ne conversez avec eux qu’à travers l’hygiaphone d’une sociabilité calculée au plus juste ; d’autres, sans la moindre vergogne, ne laissent pas finir leurs phrases à leurs interlocuteurs et poursuivent une sorte de monologue qui semble la version orale d’une prise de notes : leur seule hâte est de pouvoir sortir de leur poche le carnet sur lequel ils consigneront la suite de leur méditation ou de leur fiction, dès que la société qui les assaille à l’instant leur en restituera le loisir.
Le fait est que ceux-là produisent.
Le fait est que j’écoute, quand on me parle, avec la même tension que celle que j’applique à regarder voler une mouche, quand il en passe une. Car pour cela non plus, il ne me semble pas avoir jamais disposé de la bonne contenance.
Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel – l’œuvre –, plus la mort se rapproche (et le phénomène est mathématique, entropique, fatal, comme on voudra, je l’évoque ici sans état d’âme particulier), moins il me semble avoir quoi que ce soit à envier à personne. Ni à apprendre, d’ailleurs, si ce n’est de moi et de cette activité, décidément problématique, qui consisterait à écrire, une bonne fois pour toutes.
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
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