
J'arrive dans ce figé du temps que je redoutais
où les langues flambées reposent en paix
dans une nuit d'armes encore chaudes.
Ô bleu des rives indomptées
trèfle de brume, orage de mots
qui devaient multiplier les soleils :
quelle voix rescapée des fosses aux enfances
vous fera surgir du marbre des tombeaux ?
Jean-Luc Aribaud m'a offert à Montgiscard le recueil dont j'extrais ce trop bref éclat [1]. Une brûlure sur la joue a reçu le prix Max-Pol Fouchet décerné depuis vingt-trois ans par l'Atelier Imaginaire qu'a fondé Guy Rouquet.
La poésie de Jean-Luc Aribaud est d'un clacissisme serein – si cette étiquette conserve quelque sens, appliquée à un auteur contemporain. C'est sa force, jusque dans l'expression de la souffrance. Elle convie, dans ces pages, les couleurs de peintres – le petit Christ jaune de Gauguin, Turner, Vincent, un Pollock… Elle est bienveillante à son lecteur.
Je tente cette formulation, dans le doute cependant qu'elle dise pleinement ce que j'éprouve en me laissant cheminer parmi ces poèmes : un telle poésie a la vertu de consoler. Je ne suis qu'à demi inquiet de m'égarer, le texte en forme de Lettre à Guy Rouquet qui clôt le recueil me l'indique : Le poème, j'en suis intimement persuadé, écrit Jean-Luc Aribaud, est le compagnon de route de la pulsion, du violent désir d'accouplement avec l'univers ; mais en disant cette énergie brutale, en la déplaçant vers la part visible du monde, il la civilise. La civilisation est le résultat d'une consolation – il m'a toujours paru troublant que le baptême spirituel des « Parfaits » cathares s'appelât le consolament. Ici s'arrête le rapprochement avec l'hérésie albigeoise, tant la langue de Jean-Luc Aribaud est charnelle, tant elle ancre la spiritualité dans un commerce sensuel avec le monde – matières, lumières, textures, geste, cri.
Jean-Luc Aribaud est aussi photographe. Dans le superbe album Double je, corps et visages semblent aux prises avec les lieux, les matières et les lumières mêmes de ses poèmes. Le noir et blanc sur le bouffant coquille d'œuf rend les clartés fragiles, les ombres plus mystérieuses, plus ardues les transparences.
Diriger pendant dix-neuf ans une maison d'édtion toulousaine une fois et demie centenaire (spécialisée à l'époque en sciences humaines et en régionalisme) m'a fait fuir assidûment vernissages et signatures : j'étais certain d'y être neutralisé par un psychanalyste lacanien, un généalogiste amateur ou une veuve poétesse en mal de publication. Ce qui me ménage, depuis cinq ans, de précieuses rencontres désintéressées. Jean-Luc Aribaud semble cultiver, dans sa relation aux autres, un minimalisme qui rend nos rares dialogues aisés et subtils. Son œuvre fit longtemps partie, pour ce qui me concerne, de quelques secrets bien gardés, que je me réjouis d'entendre ébruiter.
[1] Une brûlure sur la joue, Préface d'Éric Brogniet, coédition L'Atelier Imaginaire-Le Castor Astral, 2004. Prix de poésie Max-Pol Fouchet 2004.
Sans titre, photographie de Jean-Luc Aribaud extraite de Double je, avec des textes de Didier Periz, éditions Zorba, 2002 ; 16 rue de Domrémy, 31200 Toulouse (diffusion Opales).
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | |||||
| 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 |
| 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 |
| 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 |
| 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 |
| 31 | ||||||

Index général
Le fil du temps
Jours précédents
ÉDITION EN LIGNE
Thésaurus de l'éphémère
Paul-Émile Autié
Alcoolisme abstinent
De l'alexithymie
Indications
All the world's a stage
Le sac de billes
Wara'
Corps préparés
Manuels portatifs
Qu'est-ce qu'on va devenir
about Dominique Autié
L'agenda / bloc-notes








