blog dominique autie

 

Lundi 14 février 2005

05: 50

 

Héloïse et Abélard,

toutes affaires cessantes

 

 

fine_amor

 

L AblancinterF E M M E
blanc
Par quelle douceur d'écriture m'adresser à toi, bien-aimé,
cela dépasse la capacité de mon esprit ;
car, de même que le cœur humain place au milieu du sang le siège principal de son exultation,
mon esprit t'a choisi comme son désir le plus haut dans toute forme d'affection.


blanc
L ' H O M M E
blanc
Que ta nuit soit claire, qu'il ne te manque rien sinon moi.
Et quand, ma belle, je te manque, pense manquer de tout.
Aperçois-moi dans ton sommeil, quand tu veilles pense à moi.
Et comme je suis le tien, sois pour moi mon esprit.

 

Gallimard publie simultanément les Lettres des deux amants attribuées à Héloïse et Abélard [1] et une monographie de Guy Lobrichon, historien médiéviste de l'Université d'Avignon, sous le beau titre Héloïse – L'amour et le savoir [2]. Une telle information vous propulse chez votre libraire, par principe. Mais le pire étant si souvent certain, ces temps-ci, il faut avoir le trésor sous les yeux pour y croire tout à fait.

Je jure d'avoir, pour ainsi dire, recueilli à l'aveuglette les deux passages que j'ai placés en ouverture de cette chronique. Et j'aurais pu m'en tenir là. Chaque ligne est un éblouissement.

Sylvain Piron a beau nous rappeler, dans sa Note sur la traduction et le texte latin, que la salutation et la formule d'adieu sont les deux passages obligés de la lettre qu'imposent les conventions d'écriture du temps, la récurrence du vale que les amants déclinent est, ici, porteur d'une émotion subtile : Porte-toi bien pour l'éternité et au-delà, si cela se peut, écrit Héloïse pour clore la lettre dans laquelle elle reproche à Abélard ses mensonges. Porte-toi bien, mon âme, signe Abélard, un autre jour. La brutalité de notre sociabilité nous a-t-elle fait oublier toute mesure au point que ce simple souci de l'autre qu'on adore en vienne à nous toucher ici de telle façon ?

Je n'ai pas encore lu la présentation de ces lettres, j'ai à peine ouvert, pour en parcourir la table des matières, l'essai de Guy Lobrichon ; il est probable que l'un et l'autre relèvent ce qui saute aux yeux comme une évidence : ces lettres écrites en latin, au XIIe siècle, satisfont à des codes contraignants ; leur force d'évocation viendrait donc de cette langue incendiée qui se faufile entre la claie serrée des conventions.

M'est venue, décidant de partager d'emblée l'émotion, l'idée suivante : cette langue d'amour est à ce point intemporelle que je me prends à rêver qu'elle nous parvient d'un espace-temps qui aurait volé en éclats – j'entends : que, par la magie d'une brèche, elle soit d'amants à venir, en aval, en avant de nous sur la flèche de notre temps bien trop humain.

 

[1] Traduites et commentées par Sylvain Piron, Collection blanche, 13,90 euros. Les deux extraits cités en ouverture sont respectivement tirés des lettres 69 et 111, pp. 86 et 119.
[2] Collection « Bibliothèque des Histoires », 21,50 euros.

Fine Amor.
(Si je m'en tiens, du moins, à la légende sommaire donnée à ce document sur le site où je l'ai trouvé. Bien que liée à l'Université de Copenhague, cette page en français omet de citer précisément sa source. Il ne serait pourtant pas indifférent de connaître l'origine de cette miniature médiévale, dont l'étonnante liberté de ton tranche avec l'abstraction courtoise.)

 

Commentaires:

Commentaire de: admin [Membre]

[Je reçois, par courrier électronique, ce commentaire qu'une visiteuse du blog ne parvient pas à enregistrer, en raison d'un problème technique entre notre fournisseur d'accès, Wanadoo, et notre hébergeur, OVH – panne qui nous pénalise depuis plusieurs jours. J'enregistre donc manuellement son message, dont je la remercie.]

Penchée sur votre dernier billet, je relisais avec plaisir, c'est indéniable, les mots délicats de l'amour courtois, remarquant à quel point ceux que vous aviez extraits était beaux... pour un homme. Vous avez certainement été sensible à la voix féminine, distinguant son bien-aimé entre tous, le confortant dans sa position d'être unique, choisi, élu.

Vous êtes homme, je peux donc comprendre votre oreille plus distraite aux propos masculins proférant une presque menace : Qu'il ne te manque rien sinon moi et ces phrases impératives, bien écrites, certes, mais prouvant à quel point la femme n'a pas été lue, entendue, et reconnue à son tour.

Les hommes contemporains, plus rustres de langage, portent à notre identité une attention à aucune autre pareille et je donne volontiers toutes les finesses du moyen âge pour la chaleur et le respect parfois bourru d'un Asensio (Exemple pris aux liens présents sur votre page).

Que le précieux temps de cette fin d'après-midi vous déchiffre et vous sonde avec une considération aussi profonde que la mienne.


Marie-Cécile Guillory.

Permalien Lundi 14 février 2005 @ 18:56
Commentaire de: Attila [Visiteur]
Que le rêve est beau… que les moins de mille ans ne peuvent pas connaître.
Permalien Mardi 15 février 2005 @ 10:01

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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