
Le sourire glisse le long
de la caresse du sourire
– à portée de main –
caresse l'espace soigneusement invisible retenu
le temps
Jamais la même rencontre
le même mensonge
le même art du feu
Quelle heure mon amour à ton regard
Et voilà que, l'été dernier, Madeleine Caminade me fait signe, m'informe de la parution en un volume de l'œuvre poétique de Pierre. J'avais vu le livre, quelques jours plus tôt, dans la vitrine de mon libraire. J'avais demandé qu'on me le mette de côté (toujours cette étrange réserve qui me fera me précipiter sur l'accessoire et ne pas oser tendre la main vers l'essentiel). J'ai fini par découvrir, dans l'exemplaire que Madeleine m'a offert, non seulement de nombreux poèmes que je n'avais pas lus, ne disposant pas des recueils originaux dans lesquels ils avaient paru, mais aussi la brève et lumineuse présentation que François Leperlier dresse de Pierre Caminade et de son œuvre.
Découverte émouvante et terrible d'un homme dont l'existence fut vouée à la langue, à la littérature, à la fraternité dans la parole. Un homme de désir – tendu comme une corde sur l'instrument –, un être tendu vers la lumière, tendu vers l'être :
Ainsi s'ouvrent Se surprendre mortel – le premier recueil, de 1932, et l'Œuvre poétique rassemblée aujourd'hui. L'intuition est étrange et cruelle : un ami, autour de mes vingt ans, m'aurait fait lire ces textes et parlé de leur auteur comme en parle François Leperlier, il est probable que je me serais précipité pour lui écrire, tenter de le rencontrer. Pierre Caminade était de ma famille, j'ai contourné sa présence, éludé toute proximité. La quête et les engagements qui furent ceux de cet homme, dès sa jeunesse, m'auraient sans nul doute indiqué, plus nettement, plus tôt, des voies qu'il m'a fallu discerner plus tard – trop tard ?–, pris que j'étais dans les brouillards délétères d'une adolescence interminable (que l'immaturité, décidément, est haïssable !)
Je donne ici, simplement, la fin de la première strophe du Sablier invisible. Je me garderai de la moindre glose. Que ce chant parvienne ici à d'autres que moi et, s'il se peut, les berce.
Le sourire
(…)
Il jumelle la possible lumière de l'être
à l'impossible lumière du monde
À son bord le silence et le réseau nocturne
Cette lumière que tu ignores naître
de la faune et de la flore
du plus lointain de toi-même
en deçà de ta nudité
Se donnent
les frémissements
onduleux
des deux harpes
Dormeur dormeuse
Danseuse danseur
Dormeuse dormeur
Danseur danseuse
[1] Pierre Caminade, Se surprendre mortel, Œuvre poétique complète, édition présentée par François Leperlier, Le Castor Astral, 2004 (18 euros) ; p. 273.
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Dominique Autié
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