Depuis bientôt deux semaines, sur mon écran et sur l'écran de ceux qui cliquent ici (ou d'ailleurs) sur son lien connivent, Gribouillages n'est plus un blog mais une erreur 404.
Je n'ai jamais cherché à savoir qui – j'entends : quel homme de quel âge sous quelle identité civile – se tient derrière ce blog. J'ai ouvert le mien en octobre, sans la moindre certitude préalable. Très tôt m'est apparu que je rejoignais une petite communauté, moi qu'horrifient les associations, les groupes, les cellules de soutien psychologique, les taxons qu'aucune nécessité organique ne scelle dans la langue. Un temps quotidien aride et compté m'a retenu et me retiendra de faire signe à cette communauté de fait plus que par la mise en ligne métronomique de mes posts quotidiens. Je crois me souvenir que c'est Gribouillages qui avait soupçonné sous cette attitude une forme de superbe – et j'étais sorti de ma réserve pour l'en dissuader par un commentaire laissé à sa chronique de ce jour-là. Depuis, une sorte d'estime minimaliste mais active nous lie, qui me va bien. L'absence de toute communication avec lui hors de l'espace de son blog (dont je voyais les commentaires se transformer, certains jours, en chat entre visiteurs et blogueurs au nom codé) confortait cette parenté, qui m'a frappé d'emblée, entre le blogging et l'ancien réseau téléphonique, tel qu'il s'était spontanément formalisé en détournant la technologie de l'époque [1].
L'erreur 404 – appelons ainsi ce qui advient – scande depuis quelques jours la préparation d'au moins deux chroniques dans lesquelles j'ai décidé d'aborder moins indirectement, à ma mesure, certaines des questions que pose notre présence sur la Toile. Par touches, il me semble n'avoir pas cessé d'y faire allusion, de loin en loin, pour moi-même d'abord. Et j'ai décidé de procéder, ce week-end, à la pose systématique d'un lien connivent vers chaque blog qui a lié le mien. J'aurais dû le faire plus tôt, sans le moindre état d'âme puisque c'est ainsi, par ces liens, que se tisse la liberté du visiteur de tracer lui-même sur la Toile ses propres lignes d'erre, qui passent par nous [2].
Gribouillages était parti en vacances pour quinze jours en Avoriaz, d'où il avait mis en ligne trois posts depuis un cybercafé. Quelque temps auparavant, évoquant sa prochaine villégiature, il avait signalé qu'il en profiterait pour découvrir Crash, de James Graham Ballard [3], que l'amateur de formule 1 qu'il avoue être n'avait pas encore lu. J'ai cru bon lui conseiller de ne pas inaugurer son séjour par ce livre-là, que par un curieux hasard je venais moi-même de lire très peu de temps auparavant : tout autre texte, dans la foulée, risquait de lui paraître bien fade, cela pendant plusieurs jours.
Il devait rentrer le week-end où son blog est devenu inacessible sur la Toile. Je sais n'être pas le seul à attendre qu'il nous parle de Crash.
À nous d'abord, qui sommes du réseau.
[1] Jusque dans les années 1970, plusieurs communautés d'anonymes, isolés, insomniaques, exploitaient les failles du dispositif téléphonique en communiquant depuis un « forum » établi à partir de numéros de téléphones non attribués par les PTT. Le navire Night de Marguerite Duras – texte conjointement joué au théâtre et filmé sur une mise en scène de l'auteur, sous ce titre, en mars 1979 – relate une rencontre sur le réseau (Le navire Night, Césarée, Les mains négatives, Aurélia Steiner, Mercure de France, 1979).

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Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
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