blog dominique autie

 

Mercredi 29 juin 2005

07: 27

 

Le Philosophe

 

by Dennis Des Chene

musa

 

Musa, 6 May 2005
par Dennis Des Chene – © Philosophical Fortnights.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pur plaisir d’offrir ce cliché, ce matin, aux visiteurs du blog.

Chat de la Toile, il nous parvient des faubourgs de St. Louis, Missouri.
Chat de philosophe américain francophile, visiteur du blog.

(Musa by the living room window – in the window is a stuffed cat,
indique la légende.)

Silence.

*
[Les adeptes de la religion du Chat trouveront sur le site Philosophical Fortnights une rubrique entière, Cats, de photographies de Dennis Des Chene et de son épouse. Je les remercie de leur lecture et de leur consentement à ce que Musa s'expose depuis le vieux continent.]

 

Lundi 27 juin 2005

06: 29

 

De la littérature érotique

 

par Alina Reyes

balzac_rodin

 

Elle s’arrache à la discontinuité des actes, s’approprie en instrument de saisie, se pratique en expérience des limites. La littérature cherche à atteindre, obtenir et pénétrer le continu, l’insaisissable et l’illimité. Grand œuvre alchimique, opération spirituelle, opéra tragique, Passion ou procès, elle peut transformer, par la grâce d’un désir tendu, maintenu sur et par le fil du texte, le fini de l’existence en infini de la jouissance.

Toute littérature est une quête érotique déterminée par une pulsion archaïque autant que sophistiquée, ce « principe de délicatesse » dont parle Sade et dans lequel Barthes identifie « une certaine demande du corps lui-même ».

C’est le corps qui veut écrire et lire. Et c’est la vertu de la littérature érotique, par son pouvoir spectaculaire d’ébranlement des sens, de rappeler cette vérité fondamentale : une lecture ou une écriture déconnectées de la demande charnelle ne sauraient être opérationnelles. Ne sauraient engager le lecteur ou l’auteur dans la métamorphose permanente, intérieure et profonde, que constituent l’acte de lire ou d’écrire, au fur et à mesure qu’il se produit, puis tout au long de la vie.

L’exercice de la littérature est un mode majeur de la sexualité humaine. Sans doute même est-il le seul, tous les autres codes et signaux érotiques dérivant de la parole, sinon dite ou écrite, du moins intériorisée jusque dans les profondeurs de l’inconscient où elle crée du fantasme, un cinéma intime indispensable au déclenchement du désir.

Grâce à son imaginaire, l’homme est un animal capable de se passer d’os pénien, et la femme de périodes de chaleurs. Mais l’être humain est aussi contraint, en matière de sexualité, de s’aider lui-même en sollicitant sa psyché. Le corps demande, l’esprit répond par le principe de délicatesse, processus où la vision s’engage dans une spécialisation plus ou moins poussée du désir et de l’objet du désir.

La littérature est alors le meilleur instrument de précision possible. Le mouvement de la lecture et de l’écriture, leur avancée, activent une mécanique qui démultiplie le temps du désir, le pointe et tout à la fois l’éclate en résonances dionysiaques. La page doit alors ressembler à un fleuve au soleil : l’eau court et pourtant reste présente dans l’occupation puissante de son lit, qu’elle nourrit et ravage, tandis qu’à la surface des myriades d’étincelles fascinent le regard. Chacune d’elles appel dansant, aigu, et renvoyant aux autres, à une dispersion de la lumière rapidement hypnotique.

Le courant des mots, leur cours savant produisent l’envoûtement où vont alors se fondre désir et plaisir, inscrivant la tension dans la jouissance, et la jouissance dans la durée.

Haletant comme un roman policier, le texte érotique va au crime, fait souffrir les délices et les supplices d’un crime qui n’en finit pas. Les mots eux-mêmes s’entrebaisent, l’écrit est crime, joies et virtuosités du crime de lèse-interdit, l’écrit ès crimes sous les cris des ciseaux découpe dans le papier plié des pages les quatre membres écartés d’une figure humaine à dérouler dans la répétitive, obsédante narration de sa présence, de son advenue forcenée. Dans sa théâtralité le texte est un événement voluptueux au cœur duquel se déroulent des cérémonies secrètes, d’ordre sacrificiel. Œuvre d’un criminel – le lecteur, l’auteur – qui exige, pour parachever sa jouissance, d’être démasqué par le texte qu’il a lui-même suscité.

C’est dans cet accomplissement qu’il trouve sa souveraineté. Au bout de la parole, au bout du désir, le voici parvenu au silence. Livré tout au long du texte au risque et à la joie, le château repose maintenant dans la plénitude de son nouveau vide, un vide habité.

Lire, écrire, c’est aller au silence. Le lecteur érotisé par une pratique intense de la littérature sait que toute vraie littérature, comme celle dite érotique, manifeste par une mobilisation spéciale – processuelle, raffinée, délicate, brutale, cruelle – de la chair lisant/écrivant, cela même qui est l’essence de la jouissance, l’expérience de l’infini : l’ « aller au silence », la montée de la mer au soleil, et la mêlée de leurs eaux de feu et de sel.

 

© Alina Reyes

 

 

J'ai plaisir, pour la première fois, à ouvrir l'espace de ce blog à un auteur dont j'ai indiqué le très beau roman, Sept nuits, dans une chronique passée. Alina Reyes a choisi que figure en ouverture de cette page le Monument à Balzac d'Auguste Rodin. Commandée par la Société des gens de lettres – société fondée en 1838 à l'initiative de Balzac lui-même pour protéger les intérêts moraux et patrimoniaux des écrivains –, la statue suscita de violentes polémiques et fut refusée par son commanditaire. Ce n'est qu'en 1939 que l'œuvre fut fondue et érigée à son emplacement actuel, au carrefour des boulevards Raspail et Montparnasse à Paris.
(Cliché © Marc-Alexis Morelle).

D.A.

 

Vendredi 24 juin 2005

07: 16

 

Joies de l'indexation

 

alphabet_jesus

 

J'ai mis à profit les premières journées de grosse chaleur pour me lancer dans la besogne la plus sombre, apparemment la plus fastidieuse, le plan pour l'addictif type : réaliser un index pour le blog.

Je ne vais pas produire une théorie à la clé de ce travail de Romain, mais rappeler tout de même que, comme la tablette sumérienne, une page électronique est essentiellement constituée de tableaux et de listes, c'est-à-dire d'index. L'hypertexte, c'est de l'index à couper au couteau. Pas de listes, pas de liens, pas de thésaurus au-delà de l'écran auquel j'accède au laser d'un coup de souris… autant dire pas de Toile – et mieux vaut alors se laisser enterrer vivant au milieu de sa bibliothèque (ou se faire empailler, histoire de tenir la dragée haute aux crématistes et à leurs théories sinistres).

Je n'ai donc fait que prendre le support au sérieux, répondre à son injonction. Le support, mais aussi – et d'abord – les visiteurs du blog. Combien de fois, découvrant un blog, j'aurais aimé, d'un regard, me faire une idée des sujets de prédilection, des lubies, des compétences de son auteur. Tout comme, devant un livre d'érudition que je découvre sur l'étal, je me reporte à l'index pour situer rapidement la démarche de l'auteur. On glane dans la seule consultation d'un index souvent plus d'informations sur l'ouvrage que dans la table des matières.

L'exercice n'est pas sans joies compensatoires : on trouvera trace, ici et là, de quelques partis pris, de mouvements d'humeur dont je m'acquitte par une entrée spécifique, par une définition malicieuse, voire par la simple omission de l'occurrence concernée.

Inutile, en conséquence, de me faire observer qu'il est tendance, aujourd'hui, d'utiliser l'odieux quoique impossible féminin du mot écrivain pour qualifier la femme qui écrit, qui est l'auteur d'un ou de plusieurs livres. J'ai constaté avec joie qu'elles sont nombreuses dans l'index, et il faudra que, vivantes ou trépassées, elles s'accommodent de mon légalisme : il n'appartient de modeler une langue qu'aux peuples, qui en sont les usagers (et parmi eux les écrivains, en constituent de simples sous-ensembles) ainsi qu'aux grammairiens d'en formaliser les règles. Que le politique se mêle de ce qui le regarde, il aura déjà bien à faire comme cela.

Je forme le vœu que seul un lecteur inattentif ou le visiteur fourvoyé se méprenne sur de rares entrées où le sérieux le plus grave simule la pirouette : ce n'est surtout pas par humour – dont j'aime dire que je suis dépourvu – que l'entrée porcelaine renvoie à éléphant, et vice versa.

Reste, sans nul doute, à peaufiner l'outil – et à le mettre à jour au fil des nouvelles chroniques. Je renonce à le relire pour la nième fois (je sens que Cédric va gagner son deuxième livre, car je lui promets de débusquer les cinq coquilles ou liens défectueux qui vont remplir d'un seul coup d'un seul sa carte de fidélité).

Enfin, je me risque à formuler l'hypothèse qu'un index, dans le cas d'un document mis en ligne, est un véritable outil interactif. Non d'une interactivité d'esbroufe ou de langue de bois, mais bien l'un de ces objets qui peuvent se façonner par et pour plusieurs, en utilisant les ressources que l'informatique met aujourd'hui à notre disposition. J'ai confectionné cet index dans une démarche qui m'est chère de piété scrupuleuse, une forme encore de wara' à l'égard de mes lecteurs. C'est leur instrument de navigation. Ils peuvent demander qu'on en perfectionne les organes, qu'on en améliore l'ergonomie à leur main.

Qu'on n'hésite plus à me bassiner à loisir, désormais, à coup de communication interactive et conviviale, d'interfaçage friendly : au lieu de tourner les talons, je proposerai une petite randonnée dans l'index (sacs à dos et rollers s'abstenir). Tant je suis persuadé – plus que jamais au terme de ces quelques heures de travail – que la mise en œuvre conséquente de tels concepts implique l'immersion dans ce que les experts des systèmes embarqués nomment les environnements sévères.

 

Alphabet de l'Enfant Jésus, Maison Alfred Mame & Fils, éditeurs à Tours, s.d. (ca 1914). Collection Dominique Autié.

 

Jeudi 23 juin 2005

14: 04

(Mise à jour permanente)

 

Sur les principes qui ont présidé à l'élaboration de cet index,
voir la chronique
Joies de l'indexation.

 

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Cliquez ici.

 

A

Abeille (Jacques – écrivain)
Abélard (Pierre – théologien et philosophe)
abricot
abstinence (voir la rubrique Alcoolisme abstinent dans le menu principal
……du
blog)
Acceptation des gros (mouvement pour l')
À chacun son sale goût
acheiropoïète (image non peinte de main d'homme) 1 2
acronymes, sigles, mots-valises
additifs alimentaires 1 2
Alaerts (Louis – médecin ophtalmologiste, écrivain)
L'Âge d'homme (livre de Michel Leiris)
Akbar (Jalâl ud-Din Muhammad – empereur moghol)
Alain (Émile Chartier dit – philosophe, écrivain)
Alang (port de l'Inde, chantiers navals)
Albert le Grand
alcoolisme abstinent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Alcooliques anonymes (abrév. AA – association américaine)
Alea jacta est
Alexandrie (bibliothèque d')
alexithymie 1 2 3 4 5 (voir la rubrique Minuscules cailloux votifs…
……dans le menu principal du blog)
Ali la Lune !
allergie 1 2
alliance (acception dégradée)
Alzheimer (maladie d')
amidon
Andréa (Yann – écrivain)
androsténone
ange
Anning (Mary – paléontologue anglaise)
Anthologie palatine (première partie de l'Anthologie grecque)
anthume (veuve)
Antiope (sous-titrage pour malentendants)
Apollinaire (Guillaume – écrivain)
appoggiature
Arafat (Yasser – homme d'État)
Arasse (Daniel – historien de l'art)
arbre à canards
arbre triste (Nyctanthes arbor tristis)
Aribaud (Jean-Luc – photographe, écrivain) 1 2 3 4 5
Arjumand Bano (princesse moghole, impératrice dite Mumtaz Mahal)
……1 2
armarius, armarium
armoire à sagesse
Arnould (Jacques – théologien, historien des sciences)
L'Arrêt de mort (roman de Maurice Blachot)
Artaud (Antonin – écrivain, dramaturge)
Art de la Fugue (L' [Die Kunst der Fugue] – œuvre de Jean Sébastien Bach)
……1 2 3 4 5
art de la mémoire 1 2 3 4
L'Art de toucher le clavecin (traité de François Couperin)
Arveiller (Jacques – psychiatre)
Asensio (Juan – écrivain, auteur du blog intitulé Stalker,
……aussi désigné La Zone) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
Assalit (Philippe – photographe, plasticien)
Assouline (Pierre – journaliste, écrivain, blogueur) 1 2 3
Astorg (François – informaticien, consultant en gestion des ressources
……humaines)
Astorg (Sylvie – éditeur, fondatrice d'InTexte et auteur de Jean Henri Fabre, Maisons chemin faisant avec Dominique Autié) 1 2 3
Attali (Jacques – écrivain)
’Attar (Farid-ud-Din – poète et mystique soufi, Perse) 1 2 3 4
Aubenas (Florence – journaliste)
Au-dessous du volcan (roman de Malcolm Lowry, autrement traduit
……Sous le volcan)
Audubon (John James – naturaliste français)
Aurangzeb (empereur moghol, fils de Shah Jahan) 1 2 3
Authier (Michel – mathématicien, philosophe, sociologue)
Autié (Paul-Émile – cadre d'imprimerie, père de Dominique Autié) 1 2 3
……4 5 6 7 8 9 10 11
Autié (Jacqueline – mère de Dominique Autié) 1 2 (voir l'ensemble
……de la rubrique intitulée
Mais qu'est-ce qu'on va devenir ? dans
……le menu principal du
blog) 3
Autié (Olivier – frère de Dominique Autié)
autisme (en tant qu'auto-érotisme)
Ayrolles (Aurélien – bootlegger)
AZF (explosion de l'usine, Toulouse, 21.11.2001) 1 2 3 4
……(voir l'ensemble de la rubrique intitulée Mais qu'est-ce qu'on va
……devenir ?
dans le menu principal du blog)

 

B

babyboom, babyboomer 1 2 3
Bach (Jean Sébastien – compositeur allemand) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Bachelard (Gaston – épistémologue, écrivain)
Balandier (Georges – anthropologue, ethnologue)
bande
Barbet (Pierre – médecin)
Barbieri (Gato – saxophoniste argentin) 1 2
baroque
Bataille (Georges – écrivain) 1 2 3 4 5 6 7
Batel (Philippe – médecin alcoologue)
Baudrillard (Jean – philosophe, écrivain)
Bauret (Jean-François – photographe)
Bayrou (François – homme politique) 1 2 3 4
Beach Boys (groupe de musiciens et d'artistes de variétés américain)
Béalu (Marcel – écrivain, libraire)
Beatles (musiciens anglais)
bébé secoué (syndrome du)
Becker (Joseph – chimiste allemand, inventeur de la technique
……de vitrification des cadavres)
Beethoven (Ludwig van – compositeur allemand)
Belaubre (Yves – écrivain, journaliste, spécialiste du cigare)
Benveniste (Émile – linguiste)
Beray (Patrice – écrivain, poète) 1 2 3
Bergman (Ingmar – cinéaste)
Bernard de Clairvaux (saint)
Berthaut (Philippe – poète, auteur, compositeur, interprète)
Bialestowski (Gérard – écrivain) 1 2
Bianciotti (Hector – écrivain)
Biber (Heinrich Ignaz Franz – violoniste et compositeur autrichien)
Bible (lire la) 1 2
bibliothèque 1 2 3 4 5 6 6
bibliothèque dite de lecture publique
bibliothèque de survie (expression de Maurice G. Dantec)
bilinguisme
Bing (Élisabeth – écrivain)
bite (con comme trois bites à genoux)
blanc (typographique)
Blanchot (Maurice – écrivain)
Blandine (sainte martyre lyonnaise)
blason
blasphème
blister 1 2 3 4 5 6 7 8
Block (Lawrence – écrivain américain)
blogs (sur la fonction des) 1 2 3
Blondeau (Jacques – dessinateur, auteur de bandes dessinées)
B.O.F.
Böhm (Karl – chef d'orchestre allemand)
Bonnefoy (Yves – écrivain)
Bonne Maman (marque déposée – gamme de produits à saveurs de fruits)
Bonnes paillettes Lux (lessive)
bonobo 1 2
boobs
bootleg, bootlegger
Bordes (André – poète)
Borrassá (Lluis, peintre espagnol)
Bosse Abraham – graveur français)
Bouflet (Joachim – consultant auprès du Saint-Siège, auteur
……de l'Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique)
Bouguereau (William-Adolphe – peintre) 1 2
Boulanger (Daniel – écrivain)
boulangerie (acception dégradée et illégale) 1 2 3 4 5
Boullée (Étienne-Louis – architecte)
bouquiniste 1 2 3 4 5 6
Bourg-la-Reine (commune des Hauts-de-Seine)
Brahms (Johannes – compositeur allemand)
Brassens (Georges – auteur, compositeur, interprète)
Breton (André – écrivain) 1 2 3
Briand (Marc) 1 2
brique (toulousaine)
Brooks (Louise – actrice américaine)
bruit 1 2
Bruley (Olivier – écrivain) 1 2
Bruno (Giordano – philosophe italien) 1 2
Bryars (Gavin – compositeur anglais)
Butor (Michel – écrivain)

 

Permalien

14: 03

 

C


Caillois (Roger – écrivain) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17
Calasso (Roberto – écrivain italien) 1 2
Cambefort (Yves – entomologiste)
Cameroun (mont)
Caminade (Pierre – écrivain) 1 2
Camus (Renaud – écrivain) 1 2 3 4
Cantique des cantiques 1 2 3 4 5
Carco (Francis – écrivain)
Cartier-Bresson (Henri – photographe)
Casanova (Jacques, dit chevalier de Seingalt – écrivain italien)
Cases d'un échiquier (livre de Roger Caillois) 1 2
Castan (Félix-Marcel – auteur, philosophe occitan)
Castro (Josué de – géographe, sociologue, écrivain brésilien)
Catala de Séverac (Jordan – missionnaire dominicain français
……du quatorzième siècle)
Ceci est mon œuf [accès direct]
Celan (Paul – écrivain roumain de langue allemande)
Céline (Louis-Ferndinand – écrivain) 1 2
Celtique (marque de cigarettes) 1 2
Celui qui ne dit rien
Cène (La – œuvre de Léonard de Vinci)
Ce qui couvre s'empreint
cerf-volant
Chabalier (Hervé – journaliste, écrivain, fondateur de l'agence Capa,
……auteur du rapport de la mission qui porte son nom sur la prévention
……et la lutte contre l'alcoolisme) 1 2 3 4
chaise (comme début de l'égoïsme)
chamanisme
Chance (Michael – alto anglais)
Chandeigne (Michel – éditeur)
Chapsal (Madeleine – journaliste, écrivain)
Char (René – écrivain)
de Charon (Jean – journaliste, homme de presse)
Chartier (Roger – historien du livre et de la lecture)
Chatelain (Jean-Marc, conservateur des bibliothèques)
chats 1 2 3 4 5 6
Chathaï (nouvelle de Dominique Autié)
Chatron-Colliet (Claude – écrivain)
Chatwin (Bruce – écrivain anglais)
Chavent (Jean-Paul – écrivain) 1 2 3
chimpanzé 1 2
Chopin (Frédéric – pianiste et compositeur polonais)
Christin (Anne-Marie – sémioticienne, historienne de l'écriture)
cigare
Cixous (Hélène – écrivain)
cladistique
clafoutis
Claudel (Paul – écrivain)
clavecin
Clavier bien tempéré (Le – œuvre de Jean Sébastien Bach)
Clébert (Jean-Paul – écrivain)
Clemente (Joseph – graveur, typographe) 1 2 3
Clérambault (Gaëtan Gatian de – psychiatre, théoricien du drapé) 1 2 3
Clerc (Julien – compositeur, interprète) 1 2
Clottes (Jean – préhistorien) 1 2 3 4
clôture
cocooning
coffee table book
Cohen (Marcel – linguiste, spécialiste des langues sémitiques)
collier élisabéthain
Colomb (Christophe – navigateur génois)
colombo de poulet
colophon
Coltrane (John – compositeur, saxophoniste américain de jazz)
compassionnel
composition chaude, froide 1 2
condom art
Condominas (Georges – anthropologue, ethnologue)
Conniff (Ray – musicien, arrangeur, chef d'orchestre américain) 1 2
co[q]uille 1 2 3
Coran 1 2
Corcos (Maurice – psychiatre) 1 2
coriandre
Corbin (Henry – philosophe, islamologue)
Corneau (Alain – cinéaste)
Cornell (Joseph – sculpteur et plasticien américain)
Corps préparés 1 2 3
Coulon (Jean – graveur)
coupe-papier
Couperin (François – compositeur)
Courselles-Dumont (Henri – peintre)
couture (des livres)
crapaud (faire fumer un)
Crash (roman de James Graham Ballard)
Crazy Horse Saloon
créationnisme
crématistes (membres des associations regroupées au sein de la Fédération
……française de crémation) 1 2 3
crème anglaise
Creutzfeldt-Jakob (maladie de, dite aussi « de la vache folle ») 1 2
croque-monsieur
crumble
Curnier (Jean-Paul – écrivain)
cycle du crabe

 

D

Daniélou (Alain – musicologue, indianiste) 1 2 3 4
Daniélou (Jean – théologien)
La Danse de l'âme
Dantec (Maurice G. – écrivain) 1 2 3 4
Dara Shikuh (Muhammad – fils de l'empereur Shah Jahan, premier
……traducteur d'Upanishad en langue persane, auteur du traité
……La rencontre des Deux Océans)
Darwin (Charles – naturaliste britannique)
David-Williams (David – archéologue et anthropologue sud-africain)
Davy (Marie-Madeleine – médiéviste, philosophe)
décalcomanie
décalotteur (d'œufs)
Delage (Yves – zoologiste)
Delagrave (Charles – éditeur)
Deleuze (Gilles – philosophe)
Delfau (Christian – journaliste, écrivain)
Deligny (Fernand – pédagogue, écrivain) 1 2
Delpire (Robert – éditeur) 1 2
dents (perte des)
Derrida (Jacques – philosophe) 1 2
De San Mateo (Fabrice – libraire à l'enseigne des Feuillets Libres) 1 2
Desbordes-Valmore (Marceline – écrivain) 1 2
Descartes (René – écrivain, philosophe)
Deschamps (Martial – plasticien beauceron)
Des Chene (Dennis, philosophe)
détail
Descola (Philippe – ethnologue et anthropologue, professeur
……au Collège de France)
devoir de mémoire
Dick (Philip K. – écrivain américain)
Didier (Marie – écrivain)
Didi-Huberman (Georges – historien de l'art) 1 2 3 4
Dieuzaide (Jean, dit aussi Yan – photographe) 1 2 3 4
Dieuzaide (Michel – photographe et cinéaste) 1 2
Dimension cachée (La – ouvrage de Edward T. Hall)
dinosaures
Dion (Céline – chanteuse) 1 2 3
Dioscoride (poète alexandrin du III° siècle)
dissymétrie
don quichottisme
Dos Passos (John – écrivain américain)
Doueihi (Milad – historien anglais)
Draeger (imprimeur et éditeur d'art) 1 2
Drillon (Jacques – grammairien, écrivain)
Droit (Michel – journaliste, écrivain)
drupe
du Bouchet (André – écrivain)
Duchein (Paul – plasticien)
Dumortier (Bernard – naturaliste, écrivain)
Dupin (Jacques – écrivain)
Duranthon (Francis – paléontologue, écrivain) 1 2
Duras (Marguerite – écrivain) 1 2 3 4 5 6 7 8
Duret (Claude – écrivain, vulgarisateur scientifique de la fin
……du seizième siècle)

 

E

eau minérale
éditon française (chiffres du secteur – 20062005)
Éditions n&b
éléphant (1 voir porcelaine) 2
éléphant sculpté dans l'ivoire de sa propre défense
Eliade (Mircea – anthropologue, écrivain)
Éloge du vin (poème mystique d'Ibn Al Fâridh)
Emmanuel (Pierre – écrivain et poète) 1 2 3 4 5 6 7
Emmaüs (village de Palestine)
emploi (physique de l')
empuse
…l'enfer, c'est les Autres
enveloppe
environnements sévères
Épiphanie
Épopée de Gilgameš (L' – texte mésopotamien)
érotique de l'Inde
espace public (confiscation de l') 1 2
Ertaud (Guillaume – photographe, historien et critique de la photographie)
Esprit (revue)
Estienne (École, lycée des arts graphiques)
état limite (borderline)
été indien
Étiemble (René – écrivain)
Études carmélitaines
Eucharistie 1 2
Évagre le Pontique (Père du désert)
excipit
ex-dono
exhausteurs de goût 1 2 3 4

 

F

Fabre (Jean Henri – entomologiste, écrivain) 1 2 3 4 5
La Face humaine (livre de Pierre Emmanuel)
Fallot (Louis-Paul – photographe)
famille (photographies de) 1 2 3
Faraday (Volta – danseuse)
Fargue (Léon-Paul – écrivain)
Faucheux (Pierre – graphiste) 1 2
favelas
Felgine (Odile – universitaire, biographe et éditeur de Roger Caillois
……et Victoria Ocampo)
Fernandez (Dominique – écrivain)
Ferrage (Blaise – supplicié toulousain)
Figuier (Louis – écrivain, vulgarisateur scientifique)
Filliozat (Jean – indianiste)
Flash-Ball®
Florio (Antonio – musicologue et chef d'orchestre italien)
Floury (Éric et Hervé – libraires)
flûte
Follain (Jean – poète) 1 2
fond (d'écran)
Fondane (Benjamin – écrivain) 1 2
Fontane (Marius, indianiste)
foulage typographique
Frédéric (Louis – orientaliste)
Freud (Sigmund – médecin britannique d'origine autrichienne,
……psychanalyste) 1 2 3 4
Furtwängler (Wilhelm – chef d'orchestre allemand)

 

Permalien

14: 02

G

galette des Rois
Gandais (Henri, céramiste)
Gandais (Simone – grand-mère de Dominique Autié) 1 2
Garbarek (Jan – saxophoniste norvégien)
Gargas (grottes préhistoriques – Haute-Garonne) 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Gaudin (François – universitaire, lexicographe) 1 2
Gauss (Carl Friedrich – physicien et mathématicien allemand,
……créateur de la courbe qui porte son nom)
Genèse 1 2
Gengis Khan (empereur mongol)
Genon (Arnaud – universitaire, spécialiste d'Hervé Guibert)
Geoffroy Saint-Hilaire (Isidore – zoologiste français)
Géricault (Théodore – peintre et lithographe français)
Germain (Gabriel – philosophe, écrivain)
Ghazâlî (philosophe persan, théologien de l'islam)
Giroud (Françoise – journaliste, femme de presse, écrivain)
Gladys (actrice)
Glock (Yves – chirurgien, écrivain)
Goa
Gogol (Nicolaï – écrivain russe)
Goldman (Jean-Jacques, auteur, compositeur, interprète) 1 2
Gol Mod (Mongolie – site archéologique)
gomme
Goody (Jack – ethnologue américain)
Gould (Glenn – pianiste)
Gould (Stephen Jay – naturaliste américain) 1 2 3
goupille
gouvernance (nouvelle ?)
graff
grain de beauté (du péché sur la joue d'Adam)
Grands Moghols (dynastie d'empereurs de l'Inde) 1 2 3 4 5 6
grand public (écrire pour le)
Grappin (Le – sobriquet par lequel le curé d'Ars désignait Satan)
Grassl (Andreas, dit Piano Man)
Grégoire le Grand (saint – pape, écrivain)
Greenaway (Peter – réalisateur de cinéma britannique)
Grosjean (Jean – poète, traducteur et commentateur de la Bible)
Guattari (Félix – philosophe, psychanalyste)
Guénon (René – philosophe) 1 2
Guerne (Armel – écrivain, traducteur) 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Guibert (Hervé – écrivain, photographe) 1 2 3 4 5 6
Guitton (Jean — philosophe)

 

H

Hadrien (empereur romain)
Hafez (Mounir – écrivain égyptien)
Hahn (Georges – éditeur)
haïku
Hall (Edward T. – sociologue américain)
Hallâj (Al-Husayn Ibn Mansûr al-Hallâj – mystique de l'islam)
Hallyday (Johnny – chanteur)
Hallier (Jean-Edern – écrivain)
Hameln (ville d'Allemagne) 1 2
Hammil (Peter – auteur, compositeur, interprète anglais)
hamburger
Hanoun al-Saadi (Hussein – interprète)
Hans (le preneur de rats de Hameln)
hareng saur (utilisé comme marque-page)
Harnoncourt (Nikolaus – violoncelliste, chef d'orchestre allemand)
Hearn (Lafcadio – écrivain japonais d'origine britannique)
Hello (Ernest – écrivain)
Héloïse et Abélard
Héraclite (dit l'Obscur – philosophe) 1 2
Hesse (Hermann – écrivain, prix nobel de littérature) 1 2
heure d'été
heure d'hiver 1 2
Hic est locus patriæ
Hicks (Sheila – plasticienne en art textile)
hikikomori
hindouisme 1 2
hippopotame
Hocquard (Emmanuel – éditeur, écrivain)
Holland House (bilbliothèque, Londres) 1 2 3
Holzweg
Homme de Douleurs
Homo festivus 1 2 3 4
Homo sapiens [sapiens] 1 2
hooliganisme d'État
Hough (Stephen – pianiste américain)
Hughes de Saint Victor (moine victorin, auteur du Didascalicon)
humanisme (et psychanalyse)
Hussain (Zakir – percussionniste indien, joueur de tabla)
hystérie masculine

 

I

I have a dream… (discours de Martin Luther King)
Il est arrivé quelque chose 1 2
Illich (Yvan – prêtre, philosophe, économiste… autrichien)
1 2 3 4
Il y a un éléphant sur le tuyau
imagerie par résonance magnétique (IRM)
Imans (Pierre – créateur et fabricant de mannequins de vitrine)
Imec (Institut Mémoires de l'édition contemporaine)
imparfait du subjonctif 1 2 3
Imprimerie nationale 1 2
incivilité coprogène
L'Inconsolable
inculturation
intelligence en essaim 1 2
intra muros
Islam, islam 1 2 3
Iuncker (Steeve – photographe suisse)

 

J

Jackson (Michael – artiste américain) 1 2
Jacobins (ensemble conventuel, Toulouse) 1 2 3
Jacolliot (Louis – écrivain)
Jaguar (véhicule de fonction des nouveaux soi-disant boulangers) 1 2 3
jardin clos
Jaurès (Jean – homme politique, écrivain)
jazz
saint Jean (évangile selon) 1 2 3 4 5
Jeanne d'Arc (femme de guerre et sainte française) 1 2
Jean Paul II (pape) 1 2
Je dors mais mon cœur veille
Je lèche des icônes
Je n'ai jamais vu ma main écrire
Je veux voir ton âme
Jérôme (saint patron des traducteurs) 1 2
Je suis la porte des brebis
jésuites
Jones (Curtis – musicien de blues et jazz américain)
Journal de Mickey 1 2
Journal romain (œuvre de Renaud Camus)
Jünger (Ernst – écrivain allemand) 1 2 3 4 5 6

 

K

kaddish
Kafka (Franz – écrivain tchèque d'expression allemande)
Kawabata (Yasunari – écrivain japonais, prix Nobel de littérature) 1 2 3
kérygme 1 2
Khurram (prince moghol, voir Shah Jahan)
Kinski (Klaus – acteur polonais) 1 2
Kinski (Nanhoï – acteur)
Klages (Ludwig – philosophe et caractérologue allemand)
Klemperer (Otto – chef d'orchestre allemand) 1 2
Klossowski (Pierre – écrivain, plasticien)
khmer (art)
kiwi
Kolár (Jirí – peintre tchèque)
Konarak 1 2
Kristeva (Julia – psychanalyste, écrivain)

 

L

Laborde (Christian – écrivain)
Labro (Philippe – journaliste, romancier)
Lachâtre (Maurice – lexicographe et auteur français) 1 2 3 4
Lacroux (Jean-Pierre – écrivain, dessinateur de presse, typographe)
Laffay (Claire – écrivain) 1 2
La laideur se vend mal (livre de Raymond Loewy)
Lambatten (Karim-Louis – plasticien) 1 2 3
Lancelot (bande dessinée de Jacques Blondeau)
langue de bois
Larbaud (Valery – écrivain)
Lascaux (site archéologique)
Lascaux ou la naissance de l'art (ouvrage de Georges Bataille)
Laucou (Christian – typographe, écrivain)
Laure (Colette Peignot, dite – écrivain)
L'avance vers la perfection se fait par voie de minéralisation
Lawrence (Thomas Edward, dit Lawrence d'Arabie – orientaliste, agent politique britannique, écrivain…)
Layani (Jacques – écrivain)
Layani-Le Coz (Martine – écrivain)
Lazare, viens dehors !
Le Brun (Annie – écrivain) 1 2
Leclair (Jean-Marie – musicien et compositeur français)
Lecointre (Guillaume – zoologiste et systématicien)
leçons de ténèbres 1 2
lectio divina
lecture marmottante 1 2
Le Coz (Pierre – écrivain)
Légende dorée (La – œuvre hagiographique de Jacques de Voragine)
Leiris (Michel – ethnologue, écrivain) 1 2 3 4 5
Les Âmes mortes (« poème » de Nicolaï Gogol)
Les Belles endormies (roman de Kawabata Yasunari)
Léonard de Vinci (peintre italien) 1 2
lépisme (Lepisma saccharina L., poisson d'argent ou lépisme argenté)
Lévy (Pierre – philosophe, informaticien, anthropologue du cyberspace »)
Leygonie (Alain – écrivain)
Leyster (Judith – peintre hollandais)
L'Homme sans qualités (roman de Robert Musil) 1 2
librairie d'écrivains
lieu de mémoire 1 2
lignes d'erre 1 2
Limouzin (Florent – inforgraphiste 3D, cocréateur de Tong)
Lissarrague (Jean – éditeur, gérant du Centre français du droit de copie)
littérature érotique (De la – texte d'Alina Reyes)
Livre de Kalila et Dimna (Le)
Livre d'Enoch
Locographies
Loewy (Raymond – esthéticien industriel américain) 1 2
Loison (Gilles – biographe de François de Roubaix)
Louis-Combet (Claude – écrivain)
Lowry (Malcolm – écrivain anglais)
Lucenay (Georges de – libraire) 1 2 3
lundi (de Pentecôte)
Lune
Lussaud (imprimerie – Fontenay-le-Comte)
Luther King (Martin – pasteur américain)

 

Permalien

14: 01

 

M

MacDonald (Damien – auteur de bande dessinée et de théâtre)
machine à écrire
Mac Orlan (Pierre – écrivain)
Macula non est in te
Maeterlinck (Maurice – écrivain belge, prix Nobel de littérature)
Magellan (Fernão de Magalhães, dit Fernand de – navigateur)
« Magellane » (collection des éditions Chandeigne)
Maharishi Mahesh Yogi (guru, Inde)
mains négatives 1 2 3 4
Maison du Milieu du monde (La) (roman inachevé de Dominique Autié) 1 2
Malamoud (Charles – indianiste)
Malaurie (Jean – ethnologue, éditeur, écrivain) 1 2
Malineau (Jean-Hugues – écrivain, éditeur) 1 2
Mallarmé (Stéphane – écrivain)
Malraux (André – écrivain, homme politique) 1 2 3 4 5 6 7
mandragore
Manifeste pour un nouvel humanisme psychanalytique
……(Texte du Pr Henri Sztulman)
Mann (Thomas – écrivain allemand, prix Nobel de littérature)
Manset (Gérard – auteur, compositeur, interprète) 1 2 3 4
Mantegna (Andrea – peintre italien)
manuscrits de la mer Morte 1 2
Marc-Aurèle (empereur romain, philosophe)
Marcheschi (Jean-Paul – peintre, plasticien)
Marc-Vergnes (Jean-Pierre – neurobiologiste)
marges de grand fond
marginalia
Marielle (Jean-Pierre – acteur)
Maritain (Jacques et Raïssa – écrivains) 1 2
marketing (obscénité du)
marque-page
Martin (Frédérique – écrivain) 1 2
martyrologe
Massignon (Louis – islamologue) 1 2 3 4 5 6
Massin (typographe, éditeur)
Masson (André – peintre)
Mauss (Marcel – sociologue) 1 2 3
McLuhan (Marshall – théoricien de la communication et écrivain canadien)
Mémoires d'Hadrien (œuvre de Marguerite Yourcenar)
Mendeleïev (Dimitri Ivanovitch – chimiste russe) 1 2
Merlet (Louis – altiste)
Mesrine (Jacques – bandit d'honneur)
Messier (Jean-Marie – homme d'affaires)
Métraux (Alfred – ethnologue)
meuble à lieux communs
Michaux (Henri – écrivain, peintre)
Michel (François-Bernard – médecin, écrivain)
Michelangelo (Michel-Ange – peintre et sculpteur italien) 1 2
miettes de crabe
M.I.T (Massachusetts Institute of Technology)
Moby Dick (roman d'Herman Melville) 1 2
Mohamed (Saïd – romancier, poète)
Moleskine (Baba – danseuse)
Molinier (Pierre – peintre et photographe)
Moncelon (Jean – écrivain) 1 2 3 4
Monclerc (Louis-Ferrand de – écrivain, éditeur) (voir également
……de nombreux commentaires au fil des chroniques
)
Le monde entier est ma cachette (roman de Jean-Paul Chavent)
Mondor (Henri – chirurgien, écrivain)
Mongault (Henri – traducteur)
Monod (Théodore – naturaliste, écrivain)
Monsieur
Monteverdi (Claudio – compositeur italien)
Montségur
Morand (Paul – écrivain)
Moravia (Alberto – écrivain italien)
Morsly (Hélène – écrivain)
mortadelle
mouche
moule à gaufres
Mozart (Wolfgang Amadeus – compositeur allemand) 1 2
Mumtaz (chatte européenne) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Mumtaz Mahal (Arjumand Bano, princesse moghole, impératrice dite) 1 2
Murari (Timeri N. – journaliste anglais, écrivain)
Muray (Philippe – écrivain) 1 2 3
Murdoch (Iris – écrivain irlandais)
Muse garçonnière (La)
muséum d’histoire naturelle de Toulouse (ancien établissement)
musique 1 2
myope, myopie

 

N

Nabokov (Vladimir – écrivain américain d'origine russe)
near-death experience
Nédélec (Serge)
Nehru (Jawaharlal – homme d'État indien)
neurosciences 1 2 3
Nezamî de Gandjeh (poète et mystique soufi) 1 2
Nikolaïeva (Tatiana – pianiste russe)
Noé
nombril
noosphère 1 2 3
nœuds de paille 1 2 (définition)
note infrapaginale
Notre cœur n'était-il pas tout brûlant ?
Notre-Dame des Grâces (église – Toulouse)
Notre-Dame des Victoires (église – Toulouse)
Nostre Dame de Grasse

 

O

Obok (album de Gérard Manset)
œuf
Oiseaux d'Amérique (Les – ouvrage de John James Audubon)
11-Septembre (attentats du) 1 2 3
orante
Origine du Monde (L' – tableau de Gustave Courbet)
Ors (Eugenio d' – philosophe et historien de l'art espagnol) 1 2 3
Orthotypographie (ouvrage de Jean-Pierre Lacroux)
Oscar (chat)
ostinato, basse obstinée 1 2
Où est passé Tom ? (film de José Giovanni)

 

P

pain
panda géant
pape
papier 1 2 3
papier Joseph
papier peint
papier permanent
parangonnage
Pasolini (Pier Paolo – écrivain et cinéaste italien)
Passion selon saint Matthieu (Matthäus-Passion – œuvre
……de Jean Sébastien Bach) 1 2 3 4
passoire (regarder le soleil à travers une)
paternité
Payot (éditions)
peep-show
Peignot (Colette, connue sous le nome de Laure – écrivain)
Peignot (Jérôme – écrivain, historien de l'écriture et de la typographie)
peluche (ours et jouets en)
Pergolesi (Giovanni Battista – compositeur italien)
Pères du désert 1 2
périzonium
La Pesanteur et la Grâce (œuvre de Simone Weil) 1 2
pet-de-nonne
Petit Larousse illustré
Le Petit Prince (œuvre d'Antoine de Saint-Exupéry)
phéromones
philocalie
Philomène (jeune fille romaine indûment considérée comme martyr
……de l'Église, prise comme sainte patronne par le curé d'Ars)
Philon d'Alexandrie (philosophe juif de culture hellénistique) 1 2
Pia (Secondo – photographe italien) 1 2
Piano Man (voir Grassl, Andreas)
Piccolomini (Æneas Sylvius – pape Pie II, humaniste et écrivain italien)
pièges
pietà 1 2
piété scrupuleuse (wara') 1 2 3 4 (voir également la rubrique intitulée
……wara' dans le menu principal du blog)
Pieyre de Mandiargue (André – écrivain)
The Pillow Book (film de Peter Greenaway)
pince à adultère
pince à circoncision
pince Cléopâtre
pince dite « Montbéliarde »
pince à tampons
Pires (Maria João – pianiste)
Pisani (Francis – journaliste, écrivain, enseignant, spécialiste
……de la société de l'information)
pistache
Pivot (Bernard – journaliste, homme de lettres) 1 2
Pline l'Ancien (Caius Plinius secundus – naturaliste et écrivain latin)
Pluhar (Christina – harpiste et chef d'orchestre autrichienne)
Plus courte est l'ombre, plus douloureux le secret
poire 1 2 3
poisson (comme cryptogramme)
poivre (de Cayenne)
pomme (dans l'alcoolisme abstinent) 1 2
ponctuation 1 2
Pont traversé (Le – librairie)
Ponty (Marguerite de – voir Mallarmé)
porcelaine (voir éléphant)
porte
porte-mine
Poulaille (Henry – écrivain, éditeur)
Pour une bibliothèque idéale
première pression à froid
Premier Moutardier du pape
Présentation à Gargas de l'Homme-aux-Liens (ensemble des pages
……consacrées à)
Prin (Maurice – conservateur et initiateur de la restauration
……de l'ensemble conventuel des Jacobins de Toulouse) 1 2
Prisma (maison d'édition dans les années 1960) 1 2
Privat (Pierre – éditeur et libraire) 1 2
La Proposition ou L'Offre repoussée (tableau de Judith Leyster)
prune
Puginier (Édouard – graphiste, webdesigner) 1 2
psychanalyse 1 2
Purcell (Henry – musicien et compositeur anglais)
Purgepine
putto

 

Q

Quignard (Pascal – écrivain) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Quincke (œdème de)

 

Permalien

14: 00

R

Rabanne (Paco – grand couturier, polygraphe) 1 2
Rachmaninov (Serguei – pianiste et compositeur russe)
Racine (Bertrand – libraire) 1 2 3
Raddad (Omar – jardinier)
Radio classique
Rãga de la nuit avancée
Ramakrishna (mystique indien)
Râmâyana (épopée de l'Inde antique)
Ramuz (Charles Ferdinand – écrivain) 1 2
Rapport Chabalier sur l'alccolisme 1 2 3 4
Ras Shamra (site archéologique en Syrie, également connu
……sous le nom d'
Ugarit) 1 2
rats
ready-made
reliure d'art (livres reliés)
Récits d'un pèlerin russe (anonyme)
religio
Rembrandt (Rembrandt Harmenszoon Van Rijn, dit – peintre et graveur
……néerlandais) 1 2
Renault (Philippe – écrivain, traducteur)
Renou (Louis, indianiste)
Rey-Debove (Josette – lexicographe)
Rey (Alain – lexicographe) 1 2 3
Reyes (Alina – écrivain) 1 2 3 4 5 6 7
Ricci (Matteo – jésuite italien) 1 2 3 4 5
ripeur (équivalent xyloglossique d'éboueur) 1 2
Robbe-Grillet (Alain – écrivain)
Robin (Marthe — mystique, stigmatisée)
rocker
Rodin (Auguste – sculpteur)
roi-de-rats
Rolland (Romain – écrivain, prix Nobel de littérature)
rosette
Roubaix (François de – compositeur) 1 2
roue (faire la)
Rougé Peyreguilhe (Yves – écrivain)
Rousset (Emmanuelle) 1 2
le Roux (Jacques – peintre et calligraphe)
Royal (Ségolène – femme politique) 1 2
Royet-Journoud (Claude – écrivain)
Rûmî (Mawlânâ Djalâl-od-Dîn – mystique et poète soufi) 1 2
Rykiel (Sonia – capitaine d'industrie)

 

S

sablier
sac à dos
SACD (Super Audio Compact Disc)
Sacré (James – poète)
Sade (Donatien Alphonse François, comte, dit le Marquis de)
Sahuc (Philippe – écrivain)
Saint-Apollinaire-le-Neuf (basilique – Ravenne)
saintes femmes 1 2
Saint-Étienne, Saint-Sernin (places, Toulouse – marchés aux livres) 1 2 3
Saint-Exupéry (Antoine de – aviateur et écrivain français)
Saint-John Perse (Alexis Léger dit – diplomate français, poète,
……prix Nobel de littérature)
Saint-Sernin (basilique, Toulouse)
Saint Suaire (relique – Turin) 1 2 3 4 5 6 7 (« La controverse de Paris »
……– Dossier)
8 9
Sallenave (Danièle – écrivain, traductrice)
Salon du livre ancien de Toulouse 1 2
Salon du Livre de Paris
Samaritaine (au puits de Jacob – Évangile de Jean, chapitre IV)
Sami-Ali (Mahmoud – psychosomaticien, écrivain)
Sanson (Véronique – auteur, compositeur, interprète) 1 2 3
Sâradâ-deví (dite La sainte Mère – mystique indienne)
Sarkozy (Nicolas – président de la République française) 1 2 3 4
Sartre (Jean-Paul – écrivain)
saturnisme
saucisse
Saussure (Ferndinand de – linguiste)
saute-ruisseau 1 2 3
Savall (Jordi – gambiste, compositeur, chef d'orchestre) 1 2
Sceaux (commune des Hauts-de-Seine)
Schäfer (Rudolf – photographe)
Scheler (Max – philosophe et théologien allemand)
Schiff (András – pianiste)
Schoeller (Guy – éditeur, fondateur de la collection « Bouquins »)
Schreber (Daniel Paul – magistrat allemand, auteur de Mémoires d'un
……névropathe
)
Scudder (Matt – personnage des romans de Lawrence Block)
scythe (art)
Segalen (Victor – écrivain) 1 2 (texte liminaire de Stèles)
Sémaphore (Tiny – danseuse)
Sendrail (Marcel – médecin, écrivain) 1 2
les Sept Dormants d'Éphèse
Sept Nuits (roman d'Alina Reyes)
serpente
Shah Jahan (empereur moghol) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
shamisen
shinkeishitsu
Sibony (Daniel – mathématicien, psychanalyste) 1 2
Sicre (Claude – auteur, compositeur, interprète, acteur
……de la décentralisation culturelle)
Simon (Yves – écrivain, auteur, compositeur, interprète)
Simonide de Céos (poète grec)
siphonophores
666
skunk (aussi : skunks, skuns ou skons)
sœur (de Nietzsche)
sommeil vigilant 1 2 3
Sontag (Susan – écrivain américain)
sourire
spam, spammeur
Spielberg (Steven – cinéaste)
soufi, soufisme 1 2 3
Staffe (Blanche Soyer, connue sous le nom de baronne Staffe – écrivain)
Stalker (film d'Andreï Tarkovski)
Stalker (sous-titré Dissection du cadavre de la littérature,
……blog de Juan Asensio, voir Asensio)
Steiner (George – philosophe, écrivain)
Straton de Sardes (épigrammatiste du II° siècle, auteur et éditeur
……de La Muse garçonnière)
string (voir également blister) 1 2
structures enviables
Styron (William – écrivain américain) 1 2
subjonctif
suffrage universel
Sulamite (La)
sulpicien (style)
Surman (John – saxophoniste anglais) 1 2 3
survivant
Surya (Michel – philosophe, écrivain)
Suzanne et Louise
systèmes embarqués
Sztulman (Henri – neuropsychiatre, psychanalyste) 1 2 [Manifeste
……pour un nouvel humanisme psychanalytique
]

 

T

tag
Tagore (Rabindra Nâth – écrivain indien, prix Nobel de littérature) 1 2 3
Taj Mahal (mausolée moghol, Agra, Inde) 1 2 3 4
tancarville
Tarkovski (Andréï – réalisateur russe)
Tati (chaîne de magasins d'habillement)
tatou
Tautavel (futuroscope de la préhistoire)
tchaobisou 1 2
Teilhard de Chardin (Pierre s.j. – paléontologue et philosophe français) 1 2
……3 4 5 6 7
tempérament (en musique)
temps (perte du)
temps long
Tentes (fête des)
Terbois (Pierre – photographe)
Termier (Pierre – géologue, écrivain)
terroir (acception pornographique)
Teyssaire (Jean-Patrick – producteur)
Thérapeutes (communauté religieuse)
Thierry (Patrice – éditeur) 1 2 3
Thomas d'Aquin (saint) 1 2
Thomass (Chantal – styliste)
Thoreau (Henry David – écrivain américain)
Tintin
Tin-Tin (tatoueur français)
TOC (troubles obsessionnels compulsifs) 1 2
Tocqueville (Alexis Clérel de – historien et homme politique)
toile de Jouy
tombeau 1 2 3
Tong
Toulet (Paul-Jean – écrivain)
Tour de France
Tournier (Michel – écrivain)
Tourtrès (Lot-et-Garonne)
Tous les matins du monde
transit (intestinal)
transsubstantiation 1 2
travail du deuil
travel writing (phénomène de mode) 1 2 3
Trillat (Étienne – psychiatre, écrivain)
Tschichold (Jan – typographe allemand)
tsunami
Tu dérailles !
Tu puer æternus
Twin Towers (World Trade Center)
typographie 1 2 3 4 5 6 7

 

U

Ulysse (œuvre de James Joyce)
Un Lit de ténèbres (roman de William Styron) 1 2

 

V W X Y Z

vacance
Valarché (Marie – peintre) 1 2
Van Gogh (poème d'André Bordes)
vanille
vanité
Vannier (Jean-Claude – auteur, compositeur, chef d'orchestre, interprète, écrivain)
van Twillert (Henk – saxophoniste)
vapeur
Veinstein (Alain – écrivain)
Velvet Underground (The – musiciens américains)
Venise
vent d'autan
Vénus préhistoriques
Véronique (sainte)
veuves (comme modèle comportemental)
Vierge inconnue du canal de l'Ourcq (La) 1 2
Vierge Marie 1 2
Vignon (Paul – biologiste, auteur de la première étude scientifique
……sur le Saint Suaire de Turin)
Vilhonneur (commune de Charente – site archéologique préhistorique
……découvert en 2005)
Villandre (Charles – chirurgien, sculpteur)
vitrification (des cadavres)
La Voie royale (roman d'André Malraux, chant de Gérard Manset)
volumen
Vox (Maximilien – typographe, plasticien, éditeur) 1 2 3
wara' (voir également piété scrupuleuse ainsi que la rubrique intitulée wara'
……dans le menu du
blog) 1 2 3
Weil (Simone – philosophe français)
Wittkower (Rudolf – historien de l'art allemand)
Wolff (Philippe – historien)
WWF (World Wide Fund for Nature)
xyloglossie 1 2
Yourcenar (Marguerite – écrivain) 1 2 3 4 5
Zaepffel (Alain – contre-ténor)
zapping
Zazzo (René – psychologue)
zénana
Zodiaque (éditions du) 1 2 3 4

 

 

Permalien

Mercredi 22 juin 2005

07: 19

 

O.C.*

 

 

oeuvrescompletes

 

[* obsessionnel compulsif ? œuvres complètes ?]

 

Si la pratique de l'anthologie n'était issue d'une longue tradition éditoriale, il conviendrait de stigmatiser la manie de la compil comme pendant culturel du fast-food. Dans les faits, nos modes de lecture s'avèrent un tout petit peu plus subtils, dans leur façon notamment de récuser l'oukase du best of.

Ce n'est pas d'hier que, découvrant un livre sur l'indication d'un tiers, je me mets en devoir de me procurer l'essentiel de son œuvre. Avant que ne soit offerte la possibilité d'effectuer par Internet la recherche de textes non disponibles dans le catalogue actif des maisons d'édition, cette propension m'a valu des journées d'errance chez les bouquinistes parisiens, en leurs officines ou, fût-ce par gros temps, le long des quais de la Seine. Je me rappelle – j'avais un peu plus de vingt ans, ce fut l'un de mes premiers engouements – ma quête des écrits de jeunesse de Michel Leiris, dont les trois premiers volumes de La Règle du jeu parus à l'époque étaient accessibles chez Gallimard dans la collection blanche ; mais son Afrique fantôme et ses poèmes de la période surréaliste étaient, dans ces années-là, des objets rares et déjà convoités des bibliophiles. Déjà, je pestais contre cette spéculation : je voulais l'œuvre et, à travers la matérialité des volumes, je voulais l'homme ou la femme qui l'avait produite. Si je cherchais des exemplaires impeccables, c'était par respect atavique de la chose imprimée, non par calcul ou marotte de collectionneur de timbres-poste qui décompte les dents de ses fétiches.

Pour les œuvres réputées majeures, il arrive que les éditeurs me facilitent la tâche – ce qui n'a d'ailleurs fait, parfois, que me compliquer la vie – en éditant les œuvres complètes. Ce fut le cas pour Georges Bataille, donc j'avais accumulé un nombre significatif de textes épars quand parut, en 1970, le premier des douze énormes volumes critiques qui sont, aujourd'hui, un précieux trésor dès qu'il s'agit de retrouver et de situer un texte – mais si je devais relire L'Expérience intérieure, nul doute que je le ferais dans l'exemplaire d'origine de la série « Les Essais » ou dans l'édition revue et augmentée par l'auteur, en collection blanche, qui fut mon exemplaire de lecture quand, halluciné, je découvris Bataille l'année en classe de seconde.

Il me semble avoir ainsi poursuivi l'œuvre par delà les livres, et par delà l'œuvre la main fine ou trapue, ferme ou frêle, qui l'a tissée au long d'une vie. Vieil antidote à la rage pédagogique de décharner le peu de vie que laissait sourdre le Largarde et Michard ? symptôme de mon propre désœuvrement, tandis que me taraudait (qui me taraude encore, mais il est plus tard) la question de la littérature ? Dans les années de mes vingt ans, la recherche de ses livres dans leurs éditions d'époque m'a fait croiser certains des chemins que Bataille avait empruntés dans sa vie quotidienne : Orléans, Vézelay où il est enterré. Qu'il fût mort en 1962, quand j'avais à peine treize ans, me parut longtemps une guigne affreuse. Or, me vient à l'instant un rapprochement qui ne s'était jamais imposé : ce n'est qu'après sa mort – en 1978, alors que je le visitais de temps à autre, dans le bonheur délicieux de pouvoir honorer un maître vivant – que je me suis vraiment mis à accumuler les nombreux ouvrages de Roger Caillois qui n'avaient pas fait l'objet de réimpressions, qu'il fallait dénicher en alliant la ténacité à une juste dose de chance.

Ce qui tendrait à accréditer la démarche – effort et croyance – qui restitue l'intuition d'un souffle, l'illusion d'une présence par la proximité des livres dont un auteur a balisé son existence. La lecture exhaustive des textes ainsi rassemblés n'a, dès lors, plus la même urgence : les livres sont à proximité du regard et de la main, il suffit que l'esprit s'y achemine au gré de ce qu'inspire ou exige cette présence rétablie au profit d'un seul, libre d'en prendre soin, de la convoquer d'urgence ou de la tenir à distance (il m'a fallu, à une époque, me détacher de Bataille, j'aime à dire pour survivre, mais son sourire suave de martyr visionnaire reste toujours, dans une excitante proximité, l'orageuse figure tutélaire de ma bibliothèque et de ma vie).

Je ne fais mystère ni ici ni ailleurs de mon itinéraire d'alcoolique abstinent. J'ai, bien entendu, longtemps rapproché mon empathie addictive pour les volumes d'un même auteur – qui ne sont, in fine, que le rappel de l'incomplétude de l'œuvre – de la fréquentation compulsive des linéaires d'alcool à l'époque où je buvais. Un point au moins me fait revenir sur cette approche nosographique : l'alcoolique ne stocke pas (il pratique même volontiers le jeu dangereux qui consiste à se retrouver, un matin, dépourvu de liquide entre son réveil et l'ouverture des commerces, encourant plus ou moins sciemment le delirium). La seule présence de quelques bouteilles inentamées contenant son poison ne saurait l'apaiser, ni le libérer provisoirement pour d'autres tâches que celle de se détruire. Or, force m'est de reconnaître que la présence sur les rayons de ces œuvres convoquées à mon usage assourdit quelque peu l'injonction de lire sans relâche, indice que s'avance la pensée de la mort – ma commensale, qui aime tant s'inviter à ma table de travail sans souci que je l'y prie.

 

Georges Bataille, D.R.

 

 

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Lundi 20 juin 2005

06: 44

 

Un passeur

 

 

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J'ai rencontré Jean-Patrick Teyssaire il y a dix ans. Il concevait et produisait une série de disques intitulée La Musique essentielle, distribuée par Phonogram. Il avait tenu à me recevoir pour m'expliquer sa démarche, après que j'eus écouté quelques-uns des albums de sa collection. J'avais été impressionné par l'intime conviction qui, de toute évidence, inspirait un travail dont les fruits auraient pu se contenter de se fondre, pour le seul profit matériel de son promoteur, dans la grande marmite du New Age. Mais l'homme que j'avais devant moi disait autre chose, sans forfanterie, avec une subtile modestie qui faisait sonner juste des idées assez fortes pour mener loin le projet.

Depuis, Jean-Patrick Teyssaire a élargi sa démarche aux proportions qu'il avait projetées dès l'origine : ne pas s'en tenir à un simple business de producteur de musique, mais prendre en compte, globalement, l'enveloppe sensorielle de l'homme – plus encore que son environnement, cette aura faite d'échanges entre des sons, des parfums, des matières et des émotions ; ce qui, finalement, constitue le soubassement de toute présence au monde, et conditionne la pensée abstraite. En clair, Jean-Patrick Teyssaire intervient en amont des théories plus ou moins fumeuses sur l'homme futur ; il propose de prendre soin de l'homme actuel, en s'efforçant de le rendre simplement présent à lui-même. Ce qu'il décrit comme une « plateforme de distribution intelligente et éthique » se nomme Terra Humana : musiques inspirées des traditions nordiques et orientales, univers sonores conçus pour la relaxation, « Images douces » en DVD et ligne de produits sensoriels sous le label « La Nature des sens ».

En 1995, j'ai eu connaissance de La Musique essentielle dans le cadre de ma collaboration à la revue de la Fédération française de crémation, qui cherchait un nouveau souffle. À l'époque, les crématistes (dont je ne partage pas les convictions, mais qu'il m'intéressait d'aider dans la communication de leurs idées) cherchaient – et cherchent sans doute encore aujourd'hui – à valoriser la cérémonie de la crémation ; certains, parmi les responsables nationaux, songeaient à proposer des musiques profanes pour meubler le sinistre silence laïque qui pèse sur la famille et les proches, assemblés pendant près d'une heure à attendre que le corps soit réduit en cendres. L'article que j'avais rédigé après avoir rencontré Jean-Patrick Teyssaire était, dans mon esprit, une prise de contact avec un homme susceptible de se mettre à l'écoute des militants crématistes, de réfléchir avec eux à des créations musicales et sonores susceptibles de répondre à la problématique très singulière qui est la leur. Mais les associations sont des hauts lieux d'exercice du pouvoir, les plus nauséeux sans doute. Il n'appartenait pas à un plumitif sous-traitant d'être force de proposition.

Une décennie plus tard, découvrant quelques productions récentes de Terra Humana, mon sentiment est le même. De déférence, d'abord, pour un homme qui creuse son sillon, fidèle à des analyses, des choix et, bien entendu, des goûts qu'il sait acheminer dans la durée. Et, sereinement oublieux de mes vains (mais méritoires) efforts passés pour la cause crématiste – à laquelle je me sens de plus en plus étranger –, je peux trouver désormais aux productions de Jean-Patrick Teyssaire un souffle plus large encore. Deux réflexions me viennent, je les offre à cet homme, qui s'est souvenu de notre rencontre – et je suis sensible au fait qu'il ait, comme moi, gardé mémoire de notre entretien.

La première touche aux musiques d'autres temps et d'autres civilisations que les nôtres. Pour m'intéresser à l'Inde depuis cinq ans et avoir abordé ses traditions musicales à travers les études d'Alain Daniélou, je sais quels bonheurs intellectuels mais aussi quelles frustrations émotionnelles ménage l'érudition. Le non-initié ne passe pas sans transition de son environnement musical d'Occidental – quelles que soient ses fréquentations en la matière – à ces constructions sonores si déroutantes, si éloignées de sa raison comme de ses rythmes organiques. La plupart de ce qui paraît sous l'appellation de fusion (je songe, par exemple, au magnifique catalogue du label allemand ECM) constitue déjà une musique savante, dans laquelle il est très difficile, en outre, de se repérer. Qu'il existe une voie d'accès – ou, du moins, d'approche – par le plaisir, par une découverte plus immédiate, moins sévère, non seulement ne me choque pas mais me semble répondre à une nécessité.

À plus longue portée, cette fois : je lis dans Le Monde, de nouveau, un long article prophétique sur les limites de la croissance mondiale, sur l'obligation de revoir assez vite notre copie : pour que l'on nous tienne explicitement ce langage désormais, c'est bien que le mur se rapproche, parce que nous fonçons dedans. Or, ce n'est pas un discours politique, une théorie ni un prêche écologique qui nous rapprocheront des seuls modèles qui, sans doute, nous puissent être d'un précieux soutien pour désapprendre nos modes de vie imbéciles et criminels.

Je le suggère donc ici – car ce n'est pas le propos de Jean-Patrick Teyssaire de l'affirmer lui-même –, que les Musiques des disciplines de l'âme, les albums de « Planète verte », les musiques en mouvement des DVD de la collection « Images douces » constituent peut-être le régime le moins douloureux qui nous soit offert pour commencer à tourner le regard vers d'autres horizons de vie. Pour le plus grand nombre d'entre nous, vivre, penser, consommer autrement exigera des médiations. C'est le corps qui devra, le premier, se déprendre de ses addictions, il conviendra de lui enseigner d'autres saveurs, d'autres rythmes, d'autres sons. Nous aurons besoins de passeurs – qui seront-ils, sur quelles voies seront-ils à même de nous accompagner, comment nous faire à l'idée de ce qui nous attend de telle sorte que nous restions maîtres de nos choix et que, le moment venu, le lit ne soit pas fait à quelque bête d'Apocalypse ?

À ces questions, qu'il n'est sans doute plus trop tôt de se poser, les réponses sont à inventer. Je soupçonne Jean-Patrick Teyssaire de se les être posées depuis plus longtemps que d'autres parmi nous, en tout cas de façon plus simple, plus ouverte et pragmatique que nombre de spécialistes de la prospective. L'apprentissage de demain n'est peut-être pas nécessairement l'ascèse culpabilisante qui, le plus souvent, est la seule réplique proposée à l'arrogance de la mondialisation. C'est peut-être, dans un premier temps, l'affaire d'une attitude, un modeste et patient apprentissage sensoriel. Sans prise de tête, pour parler jeune.

Terra Humana ne dit pas autre chose, ai-je cru comprendre.

 

Jean-Patrick Teyssaire, fondateur de Terra Humana, D.R. En médaillon, Jean-Pierre Limborg, Les Larmes d'Angkor (Cambodge), CD Origins, collection « Planète verte ».

 

Permalien

Vendredi 17 juin 2005

07: 46

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie

 

 

2 – De la typographie

 

 

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Je retrouve ces notes, écrites en toute probabilité au milieu des années 1970. À cette époque, je suivais les cours de typographie au plomb dans les ateliers de l'École Estienne à Paris, comme candidat libre au certificat d'aptitude professionnelle de typographe. Je n'en corrige pas la rédaction, bien qu'entre-temps le micro-ordinateur ait supplanté les linotypes et les photocomposeuses auxquelles il est fait allusion ici. Je ne suis pas certain qu'un lecteur jeune, né avec l'informatique, ou très étranger à la chaîne graphique, mesure la force symbolique de cette féminisation soudaine du travail de composition : le passage du plomb à l'écran des photocomposeuses de première, puis de deuxième – etc. – génération, de la composition chaude à la composition froide, de l'ouvrier typographe à la claviste. Il me semble, devant ces trois feuillets dactylographiés avec soin sur ma Grundig portative – intitulés Le Corps ou La passion de la typographie –, lire ce qui subsiste après biffures (ou ce qui a perlé) d'un texte érotique qu'en son temps je n'aurais pas osé écrire.

 

La loi, dans son manichéisme, oppose tacitement la lettre et l'espri. Le typographe, pour sa part, n'envisage que le corps de la lettre, dans lequel la loi rendra l'esprit : lettre morte, diront-ils, ceux pour qui le décret n'aura pas pris corps, si ce n'est dans la grisaille d'un Journal officiel qui fut toutefois – hier encore – composé lettre à lettre sous la férule de quelque prote en blouse grise ou bleue. Pour qui la loi n'est qu'une copie, quotidienne et arbitraire.

*

Seuls les mauvaises encyclopédies et les manuels scolaires attribuent l'invention de l'imprimerie à Gutenberg. Privilège aussi tardif que dérisoire, si tant est que l'homme pût s'en prévaloir. C'est le premier mollusque, se traînant sur le sable humide d'une plage, qui imprima la première trace ; ou le premier fossile, bien avant que le premier troglodyte eût l'envie de dupliquer l'image négative de sa main sur la paroi de sa grotte. Les ateliers du maître rhénan ont mis au point des prototypes d'une autre portée : dans son alliage d'antimoine et de plomb, le caractère mobile fait désormais de la page un lieu chorégraphique aux figures illimitées. Le texte s'atomise, ne trouve plus son éternité aléatoire que dans la légèreté du papier. La lettre retourne enfin à sa polygamie première.

*

Ne pas soupçonner l'amoureux de la belle lettre de jouer sur les mots. C'est en architecte et en mécanicien qu'il la reluque. D'un autre ordre – comme la fonction du monument ou l'usage de la machine – relève le sens du discours, superfétatoire et souvent dévoyé. De même qu'on a conçu et construit d'irréprochables engins qui ne servent à rien, un texte sans rime ni raison, ou qu'on aurait improvisé dans une langue imaginaire, suffirait aux délices typographiques. Ceux qui effectuent les premiers essais de mise en page ne procède d'ailleurs pas autrement lorsqu'ils exécutent leurs maquettes : titres, pavés et légendes ont été composés dans le caractère suggéré, mais en latin parfois même à partir d'une suite incongrue de mots tronqués.

Ce qui, dans le jargon, se nomme texte muet.

*

Un adepte des pierres et des ailes de papillons [1] a proposé que l'amour du papier bellement noirci est une manière de nécrophilie. Comment lui donner tout à fait tort ? Sinon déplorer qu'il ne fût – comme Balzac – du métier… Il aurait alors confronté, pour notre joie la plus parfaite, les calcaires de Toscane aux effets de la presse à bras.

*

Au cours de son apprentissage, l'esprit de l'ouvrier typographe s'accommode, ces temps-ci, d'une double embardée de son art : dans le composteur, il place la tête en bas chaque lettre au dessin, on le sait, inversé. La suppression de cette contrainte, avec la composition par report, ravalera le linotypiste au rang d'un d'une dactylo [2]. Lorsque cette révolution technologique – mais aussi spirituelle – intervint, on parla de passage de la composition chaude (le plomb en fusion de la linotype) à la composition froide. Ce qui préjuge, il me semble, de nos petites bureaucrates.

*

Une belle photocomposition (rien n'exclut la perfection du dessin dans les procédés contemporains) peut satisfaire voire confondre l'amateur, pour peu qu'il passe l'éponge sur la morne platitude de la plaque offset. Toutefois, sans qu'on puisse tout à fait l'expliquer, l'art de la mise en page a perdu, avec le plomb, le charme de la vignette : ces graffiti injustifiés, qui furent si longtemps la dentelle intime du texte.

vignette

Le correcteur de métier l'a vérifié : quand, jadis, sur des épreuves propres, une ou plusieurs lettres avaient été placées pour d'autres (le chapeau du babouin est cossu) la co[q]uille incombait au plus jeune ouvrier, que l'on avait chargé de distribuer les caractères de la dernière forme imprimée, afin qu'il se familiarise avec la casse [3]. Aujourd'hui, de la préposée qui, les yeux mâchés par l'écran de sa photocomposeuse (un texte vert, phosphorescent, géométrique) a seulement manqué la touche, on dira volontiers qu'elle est amoureuse.

*

La maladie du plomb : le saturnisme ! C'est dire combien nous restons des méditatifs, que la manipulation des coprs laisse perplexes. La mystique de la matière qui est la nôtre ne parvient pas à faire de nous, stricto sensu, des matérialistes à part entière. Pourtant ! nous sommes comme foulés.

*

La plupart de ces considérations contribueraient à l'inquiétant portrait d'une perversion si la typographie – jusque dans ses pratiques les plus contemporaines – n'était avant tout un labeur.

*
À suivre.

 

[1] Roger Caillois, Cases d'un échiquier, Gallimard, 1970, pp. 165 sq., L'ultime bibliophilie.
[2] De manière assez significative, le métier devint, presque aussitôt, majoritairement féminin.
[3] Dans le pire des cas, l'apprenti typo aurait pu négliger d'autopsier un o pour en reconnaître la tête et le pied, un s ou un l. La ligne aurait dansé curieusement. Mais, même en fin de journée, un professionnel n'aurait pas confondu le dos callipyge d'un d plombé avec la panse parturiente du b minuscule.

Atelier de typographie d'un collège agricole de l'État du Kansas en 1900-1901. © Université du Kansas. [Belle trouvaille que je ne dois qu'aux moteurs de recherche de la Toile : c'est le seul cliché que je connaisse où de jeunes femmes figurent parmi les typographes. Encore qu'il s'agisse d'un atelier d'apprentissage aux États-Unis, non d'une imprimerie de labeur sur le vieux continent…]

 

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley

 

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Mercredi 15 juin 2005

06: 43

 

François de Roubaix

ou La flûte d'Hameln

 

deroubaix

 

Nous sommes toute une génération qui rédigea ses dissertations de philosophie dans le bain musical, pour ainsi dire amniotique, que l'ORTF de l'époque avait inventé dans un inexplicable moment d'intuition et de grâce sous le nom de FIP (France Inter Paris). Pour étoffer son ruban sonore – qui, longtemps avant les radios libres, distinguait son programme des autres stations à grille bavarde –, FIP avait largement recours aux musiques de film. Or, fréquemment, presque chaque jour, Sartre ou Descartes se trouvaient soudain ravis par les premières notes d'une certaine mélodie, jouée par une flûte qui se dédoublait de troublante façon après quelques mesures. Allègre par son mouvement, la musique subjuguait, toutefois. Nous étions trois amis à vérifier le lendemain que nous avions bien été distraits, à la même heure, par ce même morceau.

Nul ne consentit à rompre le charme en téléphonant au standard de la station, qui indiquait sur simple appel les références d'un disque programmé à un quelconque moment de la journée. Ce fut par hasard que l'un d'entre nous, après plusieurs mois d'une énigme complaisamment entretenue, identifia le thème du film Où est passé Tom ?

Pour moi, qui ne vais jamais au cinéma, cette mélodie est restée (et reste aujourd'hui encore) abstraite des images cinématographiques pour lesquelles François de Roubaix l'a écrite. De sorte que s'est produit un étrange glissement qui a consisté pour moi à en faire la bande-son d'un autre scénario, tout aussi dégagé des obligations de l'écran. Ce qu'imposaient aussitôt les premières notes de la flûte n'était autre que la silhouette de Hans passant la porte d'Hameln, la ville aux rats.

Hans est ce n'importe-qui dont la survenue tombe à point nommé. Il est efficace. La ville le répudiera mais l'Histoire – avec ou sans majuscule, chronique ou légende – retiendra son nom. Le son de sa flûte restera magique à jamais. Les faits eux-mêmes s'avèrent somme toute assez triviaux : la prolifération des rongeurs dans la cité médiévale, la roublardise des politiques qui conviennent de ne pas rémunérer un saltimbanque surgi de nulle part, la fascination des gamins pour l'adolescent, la chute à double détente (dans certaines versions de la légende, Hans conduit les enfants à la noyade, comme il l'avait fait des rats ; ailleurs, il les mène danser dans le ventre d'une montagne qui, certaines nuits, laisse sourdre le chant de la flûte et des faussets). Un script qui se tient [1]

Cette histoire de rats noyés et d'enfants magnétisés par le son d'une flûte m'a toujours fasciné. Et je ne peux songer à la figure de Hans sans que se déroule la musique détournée d'Où est passé Tom ?, film que je ne verrai sans doute jamais. Je savais, pour avoir acheté les disques d'anthologie des nombreuses musiques de film qu'il a composées, que François de Roubaix était mort accidentellement, très jeune. Il se passionnait pour la plongée sous-marine.

Je trouve sur l'un des sites qui lui sont consacrés ce récit de sa mort :
Le drame s'est passé au large de Los Cristianos, aux Canaries, ou François de Roubaix était arrivé le 16 novembre 1975 avec sa compagne Rosario et son fils Benjamin. La grotte en question, François la connaissait puisqu'il y était allé plusieurs fois pour y faire des photos pour l'ouvrage qu'il préparait. Le 22 novembre, il était accompagné de son ami musicien et moniteur de plongée, Juan Benitez. Après avoir fait quelques clichés, ils se sont retrouvés bloqués – peut-être à cause d'une raie géante endormie qui, en se réveillant, a remué le sol sablonneux, provoquant un brouillard épais. Leurs bouteilles d'oxygène se sont vidées avant qu'ils ne puissent retrouver l'issue. Selon certains témoignages, Benitez se serait sacrifié en donnant à François sa bouteille pour qu'il tente de s'en sortir. Ce jour-là, ils avaient fait preuve d'imprudence, car ils avaient plongé sans fil d'Ariane. François de Roubaix, qui avait trente-six ans, laissait une fille de dix ans, et un garçon de six mois né de Rosario, sa dernière compagne.

J'ignore de quel thème le scénario de Où est passé Tom ? est tissé. Je sais, en revanche, que les fous de plongée connaissent un syndrome comparable à l'ivresse, qu'on désigne en médecine sous le nom de narcose azotée ou narcose des profondeurs. Au dire de ceux qui l'ont éprouvé, cet état évoquerait sans doute efficacement celui des enfants d'Hameln, que la flûte envoûte, confisque aux regards d'une cité sans parole et plonge dans la nuit lumineuse soustraite aux lois de la pesanteur.

 

[1] Jacques Demy réalisa en 1971 une adaptation de cette légende sous le titre Le Joueur de flûte de Hamelin, avec le chanteur Donovan dans le rôle de Hans.

François de Roubaix, cliché Michiel Schlienger (sur le site officiel consacré au musicien). Pochette du disque microsillon de la bande originale du film Où est passé Tom ? de José Giovanni (1971) avec Rufus, Jean Gaven, Philippe March, Paul Crauchet.


Écouter l'extrait de la musique du film Où est passé Tom ?
(P) Éditions Hortensia, 1976.

 

Mardi 14 juin 2005

Lundi 13 juin 2005

06: 46

 

Du sac à dos en biotope urbain

 

De la survie en milieux hostiles [X]
(Courts manuels portatifs – 12)

 

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Était-ce, hier, dimanche, la Fête du sac à dos ?

Possible, car il me semble n'avoir jamais auparavant été agressé à telle fréquence. La troisième fois que, m'approchant d'un étal de bouquiniste en me glissant entre deux badauds, j'ai reçu entre poitrine et joue la même taloche du même type de prothèse – la hideuse sensation de heurter un céphalopode – je me suis permis d'interpeller mon agresseur : « Si vous partez tout à l'heure en randonnée, vous pouviez laisser votre sac de montagne dans le coffre de votre voiture.
– ?
– Cela vous aurait évité de prendre le double de place dans la foule du marché et, surtout, de me jeter votre bagage à la figure comme vous venez de le faire.
– Et alors, j'ai bien le droit d'avoir un sac à dos ! »

Dans les trois cas, le même profil de faux jeune (celui qui pratique la glisse le vendredi soir et vous interdit de traverser votre rue pendant un quart d'heure), le même regard opaque d'Homo festivus en état de détumescence, qui me voyait sans me voir. Ce même regard fuyant, devenu universel, de la pensée unique – celle qui, en la circonstance, pratique comme une religion la confusion entre environnement urbain et chemin de grande randonnée. Et tout à l'avenant, on le suppose, dans une Weltanschauung nourrie au JT de 20 heures.

J'ai tenté d'évoquer que le sac à dos est une façon de doubler son propre encombrement au sol ; qu'au sein d'une foule, une telle dilatation trahit sans doute un syndrome déficitaire de l'image de soi et, assurément, relève de la confiscation de l'espace public.

Excédé, mon agresseur a reposé l'exemplaire défraîchi de Lumières du bouddhisme de Paco Rabanne qu'il était en train de feuilleter – et qu'en aucun cas il ne s'apprêtait à acheter.

 

Vendredi 10 juin 2005

06: 35

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie

 

 

Pour parler de l'amour des livres

 

philocalie

Je fais souvent état, ici même, de mes trouvailles aux puces ou sur Internet en matière d’ouvrages de seconde main. Les familiers du blog l’auront certainement compris, ce goût pour les livres se nourrit à des sources multiples et convergentes : une tradition familiale d’ouvriers imprimeurs, mon propre métier d’éditeur, une curiosité personnelle pour les sujets diagonaux, un travail d’écriture qui a fait de moi l’auteur de plusieurs livres.

J’ai d’abord cru utile de circonstancier plus précisément quelques facettes d’une pratique de lecteur – donc de consommateur de livres – qui n’engage pas que moi. Dans ces épisodes, en effet, il aurait été question d’éditeurs, d’imprimeurs, de libraires, de ce qu’on nomme, en économie, la chaîne graphique pour l’amont, et la chaîne du livre plutôt pour l’aval, à savoir la circulation du livre une fois publié, c’est-à-dire sorti des presses.

Une pincée de minutes dévolues à ce projet, à l’établissement d’un plan, a suffi à m’en dissuader : c’était, au pire, épouser le régime de la conférence ou du cours, au mieux résumer ce que j’ai déjà écrit ici où là, récupérer, défaire, ravauder un discours sur le livre que, de surcroît, l’on trouvera tenu ailleurs, avec toute l’autorité souhaitée (si l’on juge qu’un propos normatif, une thèse officielle rassurent), tout le talent possible, toute la ferveur militante – si tant est qu’il faille militer plutôt que s’asseoir à sa table ou à même le sol, s’étendre, caler ses reins et ouvrir un livre.

Philocalie signifie amour de la beauté, de celle qui se confond avec le bien [1]. L’ordinaire et le propre désignent, en liturgie, les éléments de célébration communs et invariables pour les uns, réservés en particulier à tels saint, lieu ou temps pour les autres. Ce lexique est religieux, j’en revendique le choix, qui ne recourt à aucun prétexte métaphorique, aucune coquetterie : j’entends, je le confirme, qu’il se tisse une forme de célébration et de prière dans cette fréquentation des livres eux-mêmes, en tant qu’objets manufacturés – faits de mains d’homme –, c’est-à-dire biens mobiliers du tout-venant.

Nous sommes d’incorrigibles hérésiarques, l’hérésie nous fascine, elle nous façonne. Nous avons procédé avec le livre à d’insensibles et incessants dévoiements. J’en relèverai quelques-uns. Nous en avons fait, ces derniers temps, une sorte de luxe de pacotille sous le couvert d’une diffusion plus large des savoirs et des plaisirs dont il est supposé porteur. J’aimerais suggérer que le livre d’aujourd’hui est, le plus souvent, d’un prix exorbitant pour une qualité médiocre et qu’il décourage l’exercice – physique avant d’être intellectuel – de la lecture plus qu’il ne le rend enviable.

Que le mot philocalie renvoie à quelque recueil d’oraisons, à la prière du cœur des Pères du désert, non seulement ne me déplaît pas mais évoque assez justement un lien plus aride qu’il ne semble à la matérialité des livres, sur lequel je propose ces quelques brèves méditations. Car c’est aussi sur la terre nue de l’âme qu’il convient de prendre soin de Dieu.

 

[1] Petite Philocalie de la prière du cœur, traduite et présentée par Jean Gouillard, Cahiers du Sud, collection « Documents spirituels », 1953, p. 7 ; disponible en collection de poche « Points Sagesses », éditions du Seuil.

 

 

1 – Du papier

 

livre

Par la mutation finale qui défait une structure tissée pour l’effiler, pour la mettre en charpie, le textile retrouve sa vérité originelle de fibre, mais de fibre, désormais, en quelque sorte accomplie, que les épreuves multiples du contact, du travail, de l’usage humain, par lesquelles elle a passé depuis sa naissance végétale, ont rendu digne d’équivaloir à la fibre même de la chair [1].

Le linge c’est de la chair, or le papier c’est du linge, donc le papier c’est de la chair. Devant chaque livre : Ceci est mon corps.

*

Quand, dans le courant des années 1980, le projet de la Grande Bibliothèque de France François-Mitterrand a été arrêté, les fonctionnaires de la Bibliothèque nationale ont engagé les préparatifs d'inventaire physique des fonds qui seraient déménagés. Ils constatèrent qu'un grand nombre des ouvrages d'édition ordinaire imprimés pendant la période courant des environs de 1870 aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale présentaient un état alarmant : le papier en était devenu cassant sous l'effet de l'acidité, les pages s'effritaient aussitôt ouvertes. Une technique de désacidification en autoclave, très lourde et onéreuse, a été mise en œuvre.

Dans le même temps, le ministre de la Culture a commandé une étude sur un genre nouveau de papier, utilisé dès cette époque aux États-Unis pour les documents officiels, dont la pâte contient des réserves basiques destinées à prévenir les ravages de l'acidité. Ce papier est appelé papier permanent. Ses auteurs intitulèrent le rapport qu'ils rendirent au ministre Du papier pour l'éternité [2].

*

Au fil des années, j'ai acquis sur les marchés aux puces et chez les bouquinistes plusieurs dizaines de livres datant de ces années critiques : l'œuvre de Marcel Schwob, les premiers Claudel, des Francis Carco en rangs serrés, quelques Rémy de Gourmont, Les Foules de Lourdes de Huysmans… J'ai tiré un à un mes volumes de leur rayonnage, les ai ouverts avec mille précautions, les ai palpés. Vieux livres au papier terni, parfois finement tavelé, que la feuille de cristal dont je les recouvre dissuade d'une éventuelle tendance à l'avachissement, ils témoignent entre mes mains de leur fraîcheur d'objets touchés, déplacés, dix fois mis en caisse et dix fois replacés, dix fois lus peut-être avant que je ne m'en porte héritier et lecteur.

Il s'agit bien des mêmes volumes, dans les éditions courantes d'origine qui ont été, en son temps, adressées au service du Dépôt légal pour être entreposées dans les réserves de la Bibliothèque nationale et, le plus souvent, n'en plus bouger.

Un ami se réjouissait récemment de s'être procuré un exemplaire non découpé d'un titre assez recherché datant de plus d'un demi-siècle. Il avait eu entre les mains peu avant l'exemplaire de travail d'un écrivain aujourd'hui disparu. Celui qu'il reçut, d'apparence impeccable, se fendit à la tranche dès qu'il l'ouvrit et le papier lui en parut dangereusement fragile sous les doigts. Il eut peine à croire qu'il pût s'agir du même tirage du même livre.

On sait dans les services de gériatrie, depuis assez longtemps désormais, que certains syndromes du vieillard s'évitent au prix de soins d'une grande simplicité, qui consistent en massages, en menus exercices. En caresses.

*

L'une des raisons qui me font préférer, pour le même texte, un exemplaire imprimé jadis, est l'exécrable blancheur du papier des livres édités ces dernières années. Il n'est pas de pire torture pour le nerf optique que le contraste excessif d'une typographie noire sur une surface lisse uniment crue.

On ne trouvera pas, avant la seconde moitié du dernier siècle, un seul support de l'écrit qui partage les caractéristiques imposées à l'industrie papetière par les cadors du marketing culturel qui ont désormais leur niche dans les maisons d'édition. De la tablette sumérienne, de l'argile romaine, du parchemin en passant par le vélin et tous les tissus possibles de tous les étendards – et jusqu'au bouffant de routine qu'utilisaient les éditeurs pour leurs livres de texte [3]–, il transparaît dans l'œil de la lettre une matière, un grain, une trame qui fixe le texte, ancre l'encre.

*

 

[1] Jean-Pierre Peter, « Linges de souffrances, texture de chair, problèmes et stratégies du pansement », Ethnologie française, tome XIX, n° 1, pp. 75 sq.
[2] Bernard Pras et Luc Marmonier, Du Papier pour l’éternité – L’avenir du papier permanent en France, Cercle de la librairie, Centre national des Lettres, mars 1990.
[3] On se reportera avec profit à l’excellent petit livre de Pierre-Marc de Biasi, Le Papier, une aventure au quotidien, collection « Découvertes », Gallimard, 1999.

Le livre que je lis ces jours-ci : Louis Bertrand, Philippe II à l'Escorial, L'Artisan du Livre, Paris, 1929.
[Exemplaire en parfait état, acheté dimanche dernier au marché Saint-Sernin pour cinq euros. Vendu non massicoté par l'éditeur à parution, il a été proprement découpé par son premier lecteur. Le papier est souple, il ne semble pas avoir jauni avec le temps. Je me suis efforcé, en le scannant, d'en respecter, sinon la teinte exacte, du moins la valeur de contraste par rapport au blanc pur. L'ouvrage est imprimé en typographie au plomb ; on distingue, dans la partie haute de la page, le léger foulage produit par le texte du verso.
Louis Bertrand évoque dans ce livre l'étrange passion qui anima Philippe II – roi d'Espagne de 1555 à 1598 et du Portugal à partir de 1580 – depuis la conception jusqu'à l'achèvement de ce couvent, destiné à abriter la sépulture de son père Charles-Quint et de sa famille. Feuilletant l'ouvrage devant la table du bouquiniste, j'ai été saisi par le rapprochement possible entre le cheminement intime de Philippe (mort et enterré à l'Escorial) et celui de Shah Jahan décidant le projet du Taj. La lecture confirme bien quelques mystérieuses connivences dont, sans nul doute, je ferai mon miel.
]

À suivre.

 

Dans le cadre du Festival d'images ManifestO, deux rendez-vous pour les Toulousains :
À la Manufacture des Tabacs – Université Toulouse 1 (21, allées de Brienne)
Vendredi 10 juin, 18 h : Droits d'auteurs et nouveaux médias.
Débat organisé en partenariat avec l'UPC, médiateur Serge Regourd (enseignant à l'université Toulouse1), Jorge Alvarez (de l'UPC Paris), et Dominique Autié.
À la Bourse du travail (19, place St-Sernin)
Dimanche 12 juin, 14 h, dans le cadre du congrès des Gens d'images, débats sur le rapport texte/image sur les anciens et les nouveaux supports de diffusion de la connaissance, animé par Gaëlle Mauduit, avec la participation de Marc Combier (Numédit) qui fera une intervention sur Massin, et de Dominique Autié.

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley

 

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Mercredi 8 juin 2005

06: 48

 

Imprimerie nationale
Le scandale de l'Imprimerie nationale
Il est encore temps de se battre

 

poincons

 

Je reproduis ci-dessous l'intégralité du message d'information reçu ce lundi du Collectif Garamonpatrimoine. Sous le titre Chronique d'un désastre, j'avais déjà attiré votre attention sur le drame qui se joue ces temps-ci et l'urgence de rejoindre ceux qui se battent pour éviter le pire.

 

«
Voici bientôt un an que nous avons lancé cette campagne de signatures pour « sauver le patrimoine de l'Imprimerie nationale » à laquelle vous avez participé et dont vous avez demandé à être
tenu(e) au courant.

Le site http://www.garamonpatrimoine.org donne en permanence l'état d'avancement de notre action commune. Hélas, il ne se passe rien de bien rassurant et la faute n'est pas imputable qu'à l'actualité (tsunami, otages, pape, référendum…). Les médias ont répercuté notre appel (avec notamment des articles importants dans Télérama (décembre 2004), Le Monde (20-21 février 2003), Arts & Métiers du Livre (décembre 2004), etc. [voir les coupures de presse sur le site]. Sans oublier TF1 (20-heures du 11 mai et 13-heures du 2 juin 2005). C'est bien insuffisant pour provoquer dans l'opinion une émotion d'envergure qui obligerait le gouvernement à donner de véritables réponses.

Nous avons recueilli environ 21 500 signatures (liste sur le site) qui ont été remises au président de la République le 14 avril 2005 avec la pétition elle-même. Nous n'avons pas reçu de réponse du président de la République depuis cette date.

Les licenciements et les transferts des matériels de l' ex-Imprimerie nationale sont très avancés. En ce qui concerne le Cabinet des poinçons, la bibliothèque et l'Atelier du livre, un site « provisoire » a été loué à Ivry, mais trop petit pour accueillir tout le matériel et tout le personnel.

On n'a donc pas beaucoup avancé depuis l'été dernier.

Persuadés qu'il ne peut y avoir de solution que par un projet plus ambitieux que le seul sauvetage d'un musée de l'IN (fût-il vivant), nous avons cherché à faire concrétiser notre projet CITÉ qui tient compte du concept d'étude (formation, enseignement, recherche, etc.).

Le département de la Seine-Saint-Denis, la Ville de Bobigny et l'Université de Paris-XIII semblent notamment très intéressés pour accueillir ce « Conservatoire de l'Imprimerie, de la Typographie et de l'Écrit » sur le site de l'ancienne imprimerie de L'Illustration. C'est déjà un campus universitaire, et il est appelé à se développer fortement dans les années qui viennent. Ce serait là un cadre idéal pour faire vivre le patrimoine et les savoir-faire de l'Imprimerie nationale au contact d'étudiants et de chercheurs.

Cela permettrait de donner au projet CITÉ ses axes de développement nécessaires : sauvegarde du patrimoine et dynamique d'innovation, en impliquant bien sûr l'École Estienne avec qui serait élaboré tout ce qui
concerne les formations aux métiers du livre.

Au niveau de l'École Estienne, de l'Université Paris-XIII et des élus des collectivités territoriales oncernées, il s'agit d'une vraie mobilisation, bien au-delà de la sensibilisation. Mais c'est toujours du ministère des Finances que dépend directement et concrètement ce patrimoine, et rien de concret ou de prometteur n'est à noter jusqu'ici du côté du pouvoir exécutif.

Ce sont les ministres (des Finances, de l'Éducation nationale et de la Culture) qu'il nous faut convaincre (nous les avons contactés, avant le référendum, sur leur titre, sans les nommer, par précaution), ainsi que le président de la République, dont l'arbitrage pourrait également débloquer cette situation intenable s'il en avait le souci.

Nous espérons également pour cela l'aide directe de personnalités influentes. Car si bon nombre de personnalités ont signé notre pétition,seule leur implication directe, efficace et désintéressée, sera susceptible d'aider à faire pencher la balance, pour que le gouvernement ne puisse pas rester plus longtemps sans réponse.

Nous refusons de céder devant le silence et l'inaction de nos gouvernants. Nous ne voulons pas d'une Île Séguin. Il est encore possible de signer la pétition depuis notre site ou à l'adresse suivante :
http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=937.
N'hésitez pas à en diffuser l'adresse à ceux qui n'ont pas encore signé.

Merci encore pour votre soutien.

Pour le Collectif Garamonpatrimoine,
Jacques André.

 

Poinçons de corps 144. Imprimerie nationale, Cabinet des poinçons. © Graphê.

 

Permalien

Lundi 6 juin 2005

06: 41

 

Vive Matteo Ricci !

 

 

matteo_ricci

 

J'ai donc dévoré en trois jours le livre convoité [1]. Et mon intuition ne m'avait pas trompé, il s'agit d'un livre étonnant.

Je dois ma première rencontre avec cet enfant de l'Italie de la Renaissance, mort à Pékin en 1610, à la monumentale fresque de Jean Lacouture [1]. L'histoire des jésuites en Orient croise mon travail sur l'Inde des Grands Moghols, mais c'est dans un autre livre – dont je parlerai bientôt ici [3] – que la figure de Matteo Ricci s'est vraiment imposée à moi comme une balise et un emblème des relations passionnantes et compliquées que les empereurs d'Agra nouèrent avec l'Occident à travers les missionnaires de la chrétienté, notamment les jésuites.

Une vie comme celle de Ricci ne saurait se résumer, être évoquée même en quelques lignes. Il existe sur lui au moins deux autres monographies, que je n'ai pas encore lues [4]; elles sont l'une et l'autre moins copieuses que le livre de Spence et présentent l'avantage sur lui d'être toujours disponibles dans les librairies de neuf.

Il me semble que ce qui constitue l'intérêt majeur de cette aventure missionnaire tient dans cette approche subtile de la société chinoise à laquelle procède Matteo Ricci. On est pris de vertige en confrontant ce qui, dans le même siècle, s'est perpétré en Amérique du Sud, aux mêmes motifs d'évangélisation, et cette méthode douce des missions d'Asie, qui répond au concept d'inculturation.

Je donne ici, tels quels, les éléments d'une définition de ce mot que je trouve sur le site de la Conférence des évêques de France : « L'inculturation est le processus par lequel la foi s'incarne dans les cultures locales en assumant, en purifiant [sic], en anoblissant les éléments de la philosophie, de l'art et de la spiritualité des peuples dans la mesure où ils sont compatibles avec les valeurs de l'Évangile. L'inculturation s'applique à la théologie, la liturgie, l'art sacré, la spiritualité et à l'organisation sociale des Églises. Elles ont besoin d'étudier et de connaître les cultures asiatiques. » (Synode d'Asie) De cette manière, l'inculturation devient un moyen d'évangélisation, de développement et d'enrichissement mutuel des Églises d'Asie, d'Afrique, d'Océanie, des Amériques et de l'Église universelle. Ce concept a été forgé par analogie avec l'Incarnation. Cette notion a sans doute permis de se dire que les cultures méritaient considération, que la transmission de la révélation chrétienne ne se confond pas avec la transmission des valeurs occidentales [5]. Jonathan D. Spence utilise ce terme à de nombreuses reprises à propos du travail de Matteo Ricci en Chine et, plus largement, de la mission des jésuites en Asie, sans qu'il semble constituer le moindre anachronisme (un bel exemple de ces notions données comme novatrices et dont, comme la prose de M. Jourdain, on constate qu'elles sont à l'œuvre depuis des lustres sous une autre appellation – ou sans qu'on ait même jugé bon auparavant de les identifier, de les nommer, de les monter en théorie comme on le dit des œufs en neige).

L'autre apport infiniment précieux du livre de Spence concerne l'usage que Matteo Ricci, à la suite d'Ignace de Loyola, fait de l'art de la mémoire. Un bref coup d'œil dans l'étude de Frances Yates me confirme que l'utilisation encore très vivace de cette méthode mnémotechnique dans la seconde moitié du seizième siècle n'y est sans doute pas mentionnée avec l'insistance qu'elle mériterait, si j'en juge par la pédagogie mise en œuvre par Ricci – qui lui consacre tout un petit livre à l'intention de ses lecteurs chinois. Spence prend la peine, dans un premier chapitre irréprochable, non seulement de donner une synthèse lumineuse de l'art de la mémoire mais aussi d'évaluer les résistances de la pensée chinoise classique à cette méthode des loci, des lieux de mémoire. À soi seul, cette approche est passionnante parce qu'elle complète les travaux disponibles en langue française sur cette question, en elle-même si riche de perspectives.

Mais il y a plus encore : Spence construit son portrait de Matteo Ricci à partir du lieu de mémoire – et avec les images correspondantes – que ce dernier a lui-même composé. Le livre, dans sa structure, est une déambulation dans le vestibule imaginaire que Matteo avait en tête. La table des matières se conforme à ce cheminement mental, interroge les images, les met en réseau comme l'entendait Ricci lui-même. C'est prodigieusement intelligent, l'érudition en est transmuée – d'un poids mort de notes infrapaginales elle devient une lampe qu'on déplace sans cesse pour éclairer le palais de mémoire où nous sommes conviés, en oubliant soudain que les voûtes en sont restées dans l'ombre depuis plus de quatre siècles !

On se prend à rêver que tous les spécialistes, tous les vulgarisateurs fassent montre de la même empathie communicative pour leur sujet, d'un talent à ce point brillant, juste comme on le dit en musique.

Matteo est contemporain de l'empereur Akbar, le grand-père de Shah Jahan. Il est entré en Asie par Goa, comme tous ses condisciples portugais, espagnols et français. Je ne saurais dire comment, aujourd'hui, mais nul doute qu'il traversera le palais de mémoire du prisonnier du fort Rouge dans les mémoires apocryphes que je lui concocte depuis cinq ans.

 

matteo_ricci_livre

 

[1] Jonathan D. Spence, Le Palais de mémoire de Matteo Ricci, traduit de l'anglais par Martine Leroy-Battistelli, Éditions Payot, 1986. La traductrice a reçu pour ce livre, en 1987, le Prix de la traduction Pierre-François Caillé. L'accumulation des données d'érudition touchant aussi bien à la Chine qu'à l'histoire du christianisme a, sans nul doute, rendu son travail particulièrement ardu. Il est donc d'autant plus étonnant de rencontrer cette bourde, page 23 : la grande historienne de l'art de la mémoire, Frances Yates, est prénommée Francis et mentionnée comme un homme par Martine Leroy-Battistelli. En pareil cas, c'est à l'éditeur que je fais reproche de ne pas avoir dûment contrôlé la traduction. En 1986, il n'était pas question de contrôler l'information d'un coup de souris sur Internet. Une telle vérification pouvait demander des heures, plusieurs coups de fil, et l'on sait que le métier de traducteur est chichement rémunéré.
[2] Jean Lacouture, Les Jésuites, 2 vol., 1. Les conquérants, 2. Les revenants, Le Seuil, 1991 et 1992 ; disponibles en collection au format de poche « Points ». Sur la naissance de la Compagnie de Jésus, on lira également avec profit de John W. O'Malley, Les Premiers Jésuites, 1540-1565, Desclée de Brouwer-Bellarmin, 1999.
[3] Hugues Didier, Fantômes d'Islam et de Chine, Le voyage de Bento de Góis s.j. (1603-1607), éditions Chandeigne en coédition avec la Fondation Calouste Gulbenkian, 2003.
[4] Étienne Ducornet, Matteo Ricci, le lettré d'Occident, Le Cerf, 1992 ; Jacques Bésineau, Matteo Ricci, serviteur du Maître du Ciel, Desclée de Brouwer, 2003.
[5] Je trouve sur le DVD de la dernière version de l'Encyclopædia Universalis une définition beaucoup plus complète de ce concept, donné comme apparu en 1977 dans les textes officiels de l'Église catholique.

Matteo Ricci, peint par le jésuite Emmanuel Pereira (né Yu Wen-hui) peu avant la mort du père Matteo, devenu Li Madou. Rome, Maison généralice de la Compagnie de Jésus. © Université de Scranton, Pennsylvanie.

 

Vendredi 3 juin 2005

07: 09

Karim Louis Lambatten

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'or blanc de la nuit
karim_louis_lambatten

 

 

[Cliquez ici.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[Lignes d'erre pour flûte et cappella – Cliquez ici.]

 

 

 

 

 

 

Mercredi 1 juin 2005

07: 16

Minuscule caillou votif pour les alexithymiques

 

 

Et je nageai jusqu'à la page

 

 

Sur le bord d'une piscine, quelques experts conversent de la pluie et du beau temps. Quelqu'un se baigne. Soudain, un bruit fait se retourner le colloque. De toute évidence, quelqu'un se noie.

Tétanie des membres inférieurs, lance le médecin du sport. Choc thermique, vous voulez dire !, lâche le pneumologue chauve. On demande au psychiatre son avis, l'endocrinologue hausse les épaules, un élu local venu prendre un verre avant de se sauver exige qu'on mette en place, sans plus attendre, une cellule de soutien psychologique.

Le drame, dis-je, est que cet ami ne sait pas nager.

J'ai eu la chance de rencontrer Élisabeth Bing à diverses reprises, en 1977, alors qu'elle venait de publier le livre [1] qui la fit reconnaître, plus tard, comme l'authentique fondatrice des ateliers d'écriture. Je lui dédie cet apologue que m'ont inspiré mes lectures récentes sur l'alexithymie [2]. Il y a trente ans, Élisabeth Bing a osé affirmer que la langue n'est pas affaire de neurolinguistes, encore moins de pédagogues d'État, mais compétence d'écrivain. Que n'ai-je pensé à elle plus tôt !

 

et_je_nageai

 

Mon désir est de relater avec le plus de simplicité possible l'expérience d'expression écrite que j'ai été amenée à poursuivre pendant trois ans auprès d'enfants caractériels dans un institut médico-pédagogique de province.

En 1976, Élisabeth Bing ouvre son livre sur ces mots on ne peut plus simples, en effet. Je venais moi-même, à cette époque, d'occuper pendant quatre ans un emploi de veilleur de nuit dans une institution identique de la banlieue sud de Paris. J'avais beau écrire, déclarer que l'écriture saurait requérir le meilleur de mon énergie, sans doute était-il beaucoup trop tôt dans ma vie pour que je discerne dans la démarche d'Élisabeth plus qu'une exceptionnelle audace de travailleur social.

Expulsés de leur royaume avant même d'avoir pu en faire le tour, blessés par une vie contre laquelle ces mauvais caractères avaient réagi, devenus indésirables pour la société, l'écriture, pour eux, plus encore que pour les enfants de la norme, était le signe de leur oppression, contrainte, vieux rail sur quoi on avait voulu les poser de force. Quand bien même on leur aurait dit : tout peut être dit, tout peut être écrit, face des eaux crevées, miroirs ouverts, le langage n'en était-il pas moins aliéné ? Dans leur bouche je croyais parfois entendre les plaintes des esclaves de la parole dits par Beckett [dans L'Innommable] : Folie, celle d'avoir à parler et de ne le pouvoir, sauf de choses qui ne me regardent pas… dont ils m'ont gavé pour m'empêcher de dire qui je suis, où je suis, de faire ce que j'ai à faire – je suis en mots, je suis fait de mots des autres. […] Et je les laisse dire, mes mots, qui ne sont pas à moi. Voilà la parole qu'on m'a donnée. Objet de méfiance absolue, l'écriture était pour eux le contraire d'un monde de liberté [3].

Je suis passé à côté de l'essentiel, j'ai curieusement éludé ce dont Élisabeth Bing porte témoignage à chaque page de son livre, je le mesure aujourd'hui reprenant celui-ci en main : à savoir que c'est l'écrivain qui s'avançait, à contre-courant, qui remontait le fleuve des facilités pédagogiques les mieux établies (et de la tentation d'une œuvre exclusivement personnelle) pour venir au-devant des enfants. À vingt-sept ans, je n'étais pas en mesure, je le constate, de prendre l'écriture au mot. Ma propre langue était dans les limbes. Ce n'était pourtant pas faute d'être écrit, sous mes yeux : chaque texte produit par les enfants était geste d'écriture chez celle qui en suscitait la difficile naissance le plus souvent. Le texte à venir de l'enfant semblait être déjà sensible en elle comme l'est un membre fantôme, c'est ainsi que j'interprète nombre de remarques qu'elles note en marge des poèmes, des bribes, des récits des enfants, qu'elle reproduit dans leur graphie d'origine. Il y a là une langue qui vit, souffre, jubile – Élisabeth Bing donne le sentiment de ne rien transmettre, ne rien enseigner, mais acheminer l'enfant vers le tour du potier où l'attend un peu de glaise préparée ; et cette matière première, moins brute qu'il n'y paraît, c'est l'écrivain qui l'a pétrie, qui l'a rendue malléable, qui a versé l'eau sur la terre desséchée.

Je reconnais, à présent, l'activité très peu abstraite que j'appelle écrire dans la confrontation de cette femme et des enfants qu'elle rapproche de leur langue.

Ai-je bien le même livre qu'en 1976 ouvert devant moi ? Sans nul doute. Je ne peux que prendre la mesure de mon propre cheminement. Entre-temps, les ateliers d'écriture ont été annexés au petit livre rouge pâle de la pédagogie non directive et de la méthode globale. Au mieux, ils offrent un divertissement à quelques dames désœuvrées des beaux quartiers. Mais je constate, d'un clic de souris sur la Toile, que des Ateliers d'écriture Élisabeth Bing continuent de tracer le chemin. Je ne saurais imaginer un seul instant que celui-ci ait le moins du monde bifurqué en trente ans.

 

[1] Élisabeth Bing, Et je nageai jusqu'à la page, Éditions Des Femmes, 1976. Réimprimé jusqu'à une période assez récente, ce livre semble actuellement indisponible en librairie, bien que le site des ateliera d'Élisabeth Bing l'annonce comme disponible au siège de l'association.
[2] Sous la direction de Maurice Corcos et Mario Speranza, Psychopathologie de l'alexithymie – Approche des troubles de la régulation affective, préface de Philippe Jeanmet, collection « Psychothérapies », éditions Dunod, 2003, 28,90 €.
[3] Et je nageai jusqu'à la page, p. 37.

 

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Lignes d'erres… (fragment) par Karim Louis Lambatten.

Dominique Autié
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