Usage des blogs

Depuis dimanche soir, le nouveau site de l'entreprise est en ligne. J'en ai établi et formalisé le contenu, page à page, ligne à ligne, comme je le fais depuis octobre 2004 sur ce blog. Je peux revendiquer les mots composés en italiques et en gras, la place des illustrations, les galeries visuelles qui présentent nos réalisations professionnelles – et jusqu'au moindre lien qui renvoie d'une rubrique à l'autre, permet de circuler de façon fluide au fil des pages, au fil des travaux et des jours : c'est moi qui l'ai placé.
Utiliser le même logiciel open source que celui de mon blog pour réaliser enfin un site d'entreprise qui évoque l'image de notre offre, l'idée ne m'était pas venue. C'est Sylvie Astorg, dont les fonctions de gérante lui font tenir les comptes de nos déconvenues, qui l'a émise un matin. Elle est en relation quotidienne avec les éditeurs étrangers pour lesquels nous travaillons ; elle s'est rendue à la foire de Francfort en octobre, elle a pris la mesure, sur le terrain, des fruits de son travail d'éditrice déléguée et de l'excellente réputation de l'entreprise. Notre site bancal, farci de coquilles, effrontément laid, sur lequel la production éditoriale de nos clients était dévalorisée, tout cela constituait la seule ombre qui planait sur la bonne image d'InTexte. Moins de trois semaines après qu'elle a lancé cette phrase (presque comme une évidence à laquelle on aurait pu songer plus tôt), les plates-bandes étaient désherbées et nous avions aligné les premiers plants.
Je rends ici hommage à Édouard Puginier qui, sans le moindre état d'âme, a dessiné l'environnement visuel de notre nouveau site et assuré, en amont, la part la plus ardue des aménagements informatiques nécessaires à contraindre un logiciel de blog à ne plus avoir le physique de l'emploi. Je lui dois également le nouveau visage du blog. Est-ce un hasard ? Édouard, qui s'est depuis orienté vers le webdesign et la création en 3D, fut l'un de nos étudiants en BTS édition, il y a quelques années. Il a été formé aux contenus. C'est toute la différence avec le webdesigner du coin, que le texte encombre et qu'exaspèrent, par principe, ceux qui ont le mauvais goût de le produire.
L'an passé, j'ai dû traiter, pour un client, avec une entreprise parmi les plus performantes en matière d'ingénierie informatique. La plus-value des métamoteurs qu'elle a créés et commercialise ne fait pas le moindre doute. Il m'a fallu demander qu'on dispose simplement, sur le menu interactif d'administration d'un site dont je devais finaliser et mettre à jour les contenus, des boutons me permettant de rationaliser la mise en page typographique, sans que je doive intervenir dans le code source html (ce que je sais faire, désormais, grâce à la tenue du blog). J'ai indiqué ma demande avec précision, décrivant les différents niveaux de mon échelle de titres, sollicitant de pouvoir décider moi-même de l'interlignage, des blancs. Je parlais hébreu, j'importunais, j'étais hors cahier des charges. Je pouvais bien introduire mon volapuk par copier-coller, les feuilles de styles formatées par le développeur en feraient ce qu'il était prévu qu'elles en fasse. De quoi me mêlais-je ? Et, surtout, je n'avais rien compris à la culture de l'Internet, qui n'est plus celle, rassise, de l'édition papier. Cerise sur le gâteau d'un mépris affiché, je passais pour un has been.
Sans oublier (il est malheureusement inoubliable) l'escroc aux petits pieds doublé d'un psychopathe aux toutes petites psychoses que nous avons entretenu à demeure pendant huit mois : outre le prix exorbitant de son incompétence, lui aussi nous confisquait les contenus – se défaussant, par des théories informatiques qui se sont, à l'usage, rélévées parfaitement fumeuses, de sa haine pour sa propre langue dévoyée. Notre honte était telle devant notre site d'entreprise, qu'il a laissé en chantier un matin, que nous n'avons même pas cherché à y corriger les innombrables incongruités qu'il y avait publiées. C'eût été peine perdue : en le démontant ces jours-ci, nous avons constaté qu'il l'avait misérablement truffé de codes et de mots de passe qui en verrouillaient l'accès à ses propriétaires…
Cette piétaille du grand ordinaire est du même monde que l'homme qui [quelques lecteurs le reconnaissent, je suis même certain qu'il leur manquait], à l'angle de ma rue, réchauffe jour et nuit la pâte à pain surcongelée, s'auto-érige boulanger occitan, affiche ses valeurs au-dessus de ses viennoiseries caoutchouteuses (excellence, réactivité, flexibilité) et roule en Jaguar.
L'apprentissage patient du blog nous a, peu à peu, affranchis de la suzeraineté d'une technologie illettrée. Il n'est pas certain que, devant le sage ordonnancement des rubriques, le visiteur mesure dès la première visite l'ampleur de la (re)prise de pouvoir dont témoigne ce site d'entreprise, y voie l'acte quelque peu subversif qu'il concrétise pourtant – surtout si, demain, nous commercialisons ce savoir-faire.
«
À Elephanta, au large de Bombay, j'avais vu trois têtes différentes de Shiva, accolées au fond d'une grotte, dans une seule sculpture monumentale. La tête de gauche, sculptée de profil, a pour attributs des serpents et un crâne, plantés dans la chevelure comme des ornements funéraires. Le nez est busqué, la moustache retroussée, les dents visibles dans le sourire cruel. La tête de droite, de profil également, respire la grâce et la sensualité. Sa chevelure est décorée de perles et de fleurs. Les commentaires habituels se contentent d'indiquer que la tête de gauche représente l'aspect destructeur du dieu, la tête de droite son aspect constructeur, Shiva étant source et de la mort et de la vie. Alberto Moravia s'est laissé prendre, comme les autres, à ce premier niveau d'interprétation. Ces visages, dit-il, dont l'un a une expression « menaçante » et l'autre une expression « affectueuse », ne présentent rien d'humain, « pas même en forme indirecte, allusive, symbolique ». Pasolini, lui, qui a bien dû accompagner Moravia à Elephanta, ne souffle mot de cette œuvre prodigieuse, même pour qui s'en tient à une lecture superficielle.
Entre les deux têtes, au milieu, de face, un visage paisible, harmonieux, qui réalise, selon l'idée reçue, la synthèse des deux tendances antagonistes et a, pour Moravia, une expression « contemplative ». Ce qui m'a frappé, moi, c'est de voir que le visage de gauche est celui d'un homme, le visage de droite celui d'une femme, le visage du milieu n'étant ni d'un homme ni d'une femme, mais résultant de l'union des contraires, dans une fusion des sexes caractéristique de la divine unité. À noter que la tête du milieu fait saillie sur les deux autres : la plénitude transsexuelle ressort sur la finitude du sexe particulier [1].
Le Voyageur magnifique… M'est aussitôt venue cette expression aux lèvres lorsque Hervé Floury, mon libraire, m'a mis sous les yeux Sentiment indien de Dominique Fernandez. Trop peu attentif à la production contemporaine, j'en oublie parfois que quelques êtres d'exception cohabitent sur la table des nouveautés avec le grand ordinaire, qui comprend le pire. Sentiment indien a paru il y a un an, en février 2005. L'annonce de sa sortie dans Livres Hebdo, le magazine professionnel des éditeurs et des libraires, m'avait échappé. Hervé Floury ignorait que je suis un lecteur ébloui de chaque page de Dominique Fernandez. Mais ce voyageur magnifique, d'où me venait-il donc ? Rentré ici, j'ai identifié l'emprunt auquel s'était livré ma pensée. Je ne renie pas celle-ci. Yves Simon, dont je n'ai lu qu'un roman il y a fort longtemps – un autre que celui qui porte ce beau titre [2] –, m'a toujours séduit par son absence d'esbroufe et quelques mots qui sonnaient juste sur l'appel que l'écriture, en lui, à lancé un jour au musicien.
Amoureux subtil de l'Europe baroque, Dominique Fernandez disposait des moyens de se sentir moins étranger que nous en Inde. Tout autre que lui, sans doute, aurait colonisé du regard un sous-continent qui, sous la dynastie moghole – en presque parfaite synchronie, avec un léger temps d'avance pour l'Inde –, pratiqua la baroque attitude. Or, c'est à peine si Dominique Fernandez ose toucher à ces splendeurs ; on le dirait conscient du danger, flatteur ces temps-ci, de se livrer aux misérables figures imposées d'un travel writing pour lequel l'Inde ferait office, sans la moindre difficulté, de Disneyland. Elle a déjà cotisé, au temps de nos hippies de carnaval.
Sentiment indien se tient à un cheminement bien plus singulier. Dominique Fernandez arpente l'Inde L'odeur de l'Inde à la main [3]. Par delà la tombe, il dit à Pasolini qu'il déraille… et va jusqu'à suggérer, avec une bienveillance navrée, qu'il en aurait même brouillé l'esprit, pourtant si vif d'ordinaire, de son compagnon de route, qui n'était autre qu'Alberto Moravia.
Ce livre bref est pure délicatesse. Dominique Fernandez s'entretient, dans les différentes villes où il séjourne, avec quelques représentants de la communauté homosexuelle. Ces conversations en disent plus long sur l'Inde contemporaine que bien des études hautaines d'Occidentaux experts ou, pire, que les témoignages occidentalisés d'Indiens transfuges et apostats.
C'est bien cela : je retrouve, à Dehli, à Bénarès, au cœur du Rajasthan, le voyageur magnifique de La Perle et le Croissant. S'il fallait justifier mieux et plus un tel hommage, je tenterais ceci : Dominique Fernandez arpente les temps bâclés qui sont les nôtres en homme d'égards.
Je m'entends.
[1] Sentiment indien, pp. 67-68.
[2] Yves Simon, Le Voyageur magnifique, Grasset, 1987.
[3] Pier Paolo Pasolini, L'odeur de l'Inde, traduit de l'italien par René de Ceccaty, Denoël, 1984. Disponible au format de poche, « Folio » n° 3591, Gallimard.
Dominique Fernandez, cliché Ferrante Ferranti.
© Ferrante Ferranti-Grasset, 2003.
L'ordinaire et le propre des livres – Petite philocalie
Le livre est un labyrinthe de plis, de replis, de remplis, un volume mi-clos qui exige qu'on s'y insinue.
La page n'est pas blanche, ses bords ne sont pas rectilignes, elle n'est pas une surface plane à deux dimensions – elle n'est qu'une strate d'un cahier, qui n'est qu'une strate du volume, qui récuse toute géométrie abstraite. Tout le dispositif de fabrication du livre est soumis à l'angle droit : la forme typographique, le plateau de la presse, la lame du massicot. Effrontément, le livre est scalène [1]. C'est son mystère et sa gloire, son hommage à l'ouvrier typographe, au conducteur d'Heidelberg, au massicotier.
Frappé d'alignement, le livre tombe des mains.
L'introduction de planches, en appoint de la lecture, a fourni le prétexte de prouesses aux imprimeurs. Une manière plus sûre de chasser le tigre est celle représentée dans la gravure ci-jointe. On se sert d'éléphants, autour desquels se réunissent plusieurs cavaliers armés de fusils, de pieux, d'arcs et flèches, et souvent couverts d'une cuirasse. Un des éléphants (Voyez la planche) a déjà percé le tigre de ses défenses, et l'autre l'écrase, en lui posant un pied sur le corps [2].
La gravure est encartée face au texte. La déployer, c'est pratiquer dans la lecture un arrêt sur image, renoncer à feuilleter pour s'inviter dans l'étrange scène, que le texte, en regard, instruit.
On a vu des livres receler ainsi des planches dont la surface, ouvertes, leur était plus de six fois supérieure [3].
La conjonction dans la page du texte et de l'image – l'offset seul autorise l'habillage de l'illustration en pratique courante, l'intrusion réciproque du texte dans l'image, de l'image dans le texte – n'a rien apporté, si ce n'est l'incitation à feuilleter, à zapper, à pratiquer la lecture vite, qui préfigure l'écran.
Jusqu'à peu d'années, les imprimeurs suisses ont perpétué la pratique d'une confection du livre : pose manuelle des illustrations en couleur consistant en des vignettes contrecollées à leur place, laissée en réserve lors de la seule impression du texte au plomb ; couverture rempliée selon la méthode traditionnelle, sans découpe. [La forme qui laisse libres les coiffes est une première entorse, la technique consistait à vêtir le volume d'une feuille typographiée au verso, dans un format strictement homothétique du livre ouvert afin que le bord des rabats coïncidât parfaitement – tunique ou linceul sans couture, d'un même tenant ; un rien habillait le volume ; des doigts exercés, tels ceux d'un instrumentiste, lui mettaient en plis sa livrée à même le corps.]
Un imprimeur à qui je soumettais un tel exemplaire, me répondit : tout est possible (formule qui augure mal de la facture). Il précisa que les opérations de contrecollage et de rempli seraient sous-traitées par les ateliers des prisons. Il ne voyait que cette solution. Voulais-je un devis ?
C'est grand tort et temps perdu de faire reproche aux auteurs de littérature à l'estomac ainsi qu'aux éditeurs qui les publient. Il faut s'en prendre aux industriels qui sont parvenus à formater le livre aux normes de la grande distribution. Ce qu'on y trouve témoigne d'une irréprochable harmonie avec les angles vifs, le papier surfacé glacé à blanc, le pelliculage mat, la colle polymérique du produit blistérisé.
Il sera certainement moins aléatoire de lancer, demain, la mode du coupe-papier (après celle du sex toy) que d'apprendre à lire à nos contemporains.
Librairie Arthème Fayard, Alexandre Le Grand par Léon Homo, achevé d'imprimer du 5 février 1951, dans les ateliers de l'imprimerie Firmin-Didot au Mesnil-sur-l'Estrée (Eure). Volume broché, de main courante s'il en fut. L'éditeur avait la délicatesse de fournir les cartes des campagnes d'Alexandre en hors-texte dépliants, afin que le lecteur pût suivre, au fil de sa lecture, la cosmographie du conquérant.
[J'en déduis cette proposition, plus intime, contestable sans doute : l'éclairage a giorno ne sied pas au livre. Mais la lampe posée à hauteur des yeux, mais sa lumière frisante, qui rend imperceptiblement tactile le foulage du plomb, creuse des ombres dans les plis, remplis, replis de l'esprit à l'œuvre dans le clair-obscur du lire.]
• Depuis la mise en ligne de cette chronique, Édouard Puginier a trouvé une superbe illustration de ce propos. Je le remercie de ce rapprochement et j'y renvoie le visiteur (15 mars 2006).
[1] Honte aux géomètres, pour une fois, qui ont prétendu confisquer à la langue cet adjectif superbe en restreignant son usage au triangle ! Le grec skalènos signifiait « qui penche d'un côté », « boiteux », avant d'induire « inégal », puis « impair ». Ce fut le nom de Timur Lang (Tamerlan) : le Boiteux – le Scalène ! Ainsi, du moins, le nommerai-je dans Nocturne. Libre à moi (libre à ma langue, qui veut ce mot dans son acception originaire) ![2] Histoire de l'Inde ou Religion, Mœurs, Usages, Arts et Métiers des Indous, rédigée d'après les Notices, les Voyages et les Mémoires les plus authentiques. Ornée de 104 planches. Tomes cinquième et sixième (texte et gravure reproduits ici figurent page 108 de ce dernier). Paris, à la Librairie Universelle, 1842 (Imprimerie d'A. Saintin, 38 rue St-Jacques). Je dois ce précieux petit volume à la délicate amitié de Georges de Lucenay, libraire à Cluny.
[3] L'Inde contemporaine, par F. de Lanoye, nouvelle édition, Librairie de L. Hachette et Cie, 1858. Imprimé par Ch. Lahure, imprimeur du Sénat et de la Cour de Cassation, 9 rue de Vaugirard, « près de l'Odéon ».
Couverture rempliée selon la méthode traditionnelle, avec la seule découpe aux coiffes.
Ars a été mis en page et imprimé par mes soins à quelques exemplaires hors commerce au moyen de mon informatique de bureau. Cette nouvelle a été mise en ligne sur le blog sous le titre La cure.


Célébrations
Dieu avait placé pour ma mère deux épreuves en travers de son chemin de croix : les trains (à cause des escarbilles), et son fils aîné, qui aimait par-dessus tout les chemins de fer.
Enfant, l'approche, qui vous baratte le sang, de la locomotive à vapeur. Religion première, apprentissage de la Peur. Elle vous conduit aux enfers des vacances, hostie roulante, grandes orgues en fusion, encens méphitique. Elle est un traité ambulant d'architecture sacrée.
On légifère, on réglemente, on pérore sur la conservation du petit patrimoine rural – on se rengorge de pigeonniers, on se gargarise d'abreuvoirs, la moindre pissotière nous tire des larmes d'archéologue – mais on a laissé massacrer toute une architecture ferroviaire et sa signalétique désuète : maisons de garde-barrière, gares de village, auvents métalliques, ferronneries, faïences… On a cru bon faire de nos gares les aéroports du pauvre.
Jamais l'obscénité de nos sociétés ne me semble plus écœurante que lorsque je prends le train.
Il y a des lustres que les trains ne se cachent plus les uns les autres. Mon frère n'a pas été tué accidentellement, comme l'a retenu le rapport de police. Il s'est à jamais caché les trains.
Mieux valut, effectivement, classer les rotondes désaffectées parmi les friches industrielles, plutôt que de les restituer à leurs antiques fonctions en y faisant dévorer de belles enfants pieuses par des lions.
Ces trains d'autrefois que des associations obtiennent le droit de faire circuler, les dimanches d'été, sur de brefs parcours, à grands renforts d'affiches et de dépliants de syndicats d'initiative…, je n'imagine rien de plus sinistre. Que l'élu local s'en mêle (et comment ne pas supposer qu'il s'en mêle, qu'il s'y vautre ?) et j'aurais le sentiment d'aller acheter une baguette occitane à mon voisin décongeleur dont la Jaguar barre la rue quand il fait la tournée de ses boulangeries pétrochimiques à succursales multiples.
Locographies – j'avais oublié le silence noir et blanc de ce livre superbe dans ma bibliothèque. Les photographies de Pierre Terbois sont tragiques. Stricto sensu.
Il y a, dans la machine à vapeur, avec ses bielles, sa respiration cachectique, ses claquements de vagin denté, un principe perdu : celui d'une technologie qui affichait ses boulons et sa graisse, faisait payer son juste prix de noir de fumée aux ambitions du voyageur. Nous rachetons au rabais à nos voisins pauvres leur droit de polluer, mais nous circulons sans nous salir, l'encre ne tache plus les doigts de nos enfants, nous pratiquons le dry sex.
Sans doute est-ce pour cela que nos petits travel writers malouins sont bien trop propres sur eux pour être fréquentables (lisibles, n'en parlons même pas).
Tel est bien mon usage de ce monde-ci : trois mesures le leçons de ténèbres, trois mesures de rap, trois mots d'amour, trois de dépit et d'insulte, un doigt de joie allongé – toujours – d'une rasade de colère.
[L'entourage même trouve éreintante une telle Weltanschauung :
je grommelle, dit-on, je peste, je scie la branche sur laquelle mon plaisir pépie – on dirait une vieille locomotive.]

*
[1] Locographies, soixante-dix-huit photographies de Pierre Terbois, présentation d'Henri Vincenot, format 30 x 32 cm, coédition Edita-Lausanne et Denoël, 1976.
Illustration d'ouverture et zoom : D.R.
En zooms dans le texte :
• Le temple de Sûrya - appelé aussi la Pagode noire, Konarak (Orissa, Inde) D.R.
• Vue d'ensemble de la rotonde Turcot et de ses locomotives, à Montréal (Québec). Photographie anonyme prise le 10 août 1943. © Musée des sciences et de la technologie du Canada.
• Galerie Locographies, prises de vue D.A. – © Édita-Denoël, 1976.


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Joseph Clemente
Sans Titre, 2003,
technique mixte
sur papier
marouflé sur bois,
20 x 13 cm.
« Cette froideur, cette sûreté impersonnelle, ôtent sans doute au jeu la part de risque dont ne peut se passer la véritable beauté. Mais j'en ressens un grand apaisement : comme si j'étais déchargé d'un poids de responsabilité, et devenu moi-même un grand instrument fidèle, sans passions et sans défaillances. (...)
Il y a quelque chose de somnambulique dans les réussites de l'art, à quoi le réveil de la conscience est néfaste. Et je rêve de connaître un état de cette sorte, où, débarrassée enfin de moi-même, je composerais une oeuvre unique, sans interruption ni calcul, une oeuvre comme une seule note modulée, éternelle comme le silence.
Où, impassible, halluciné, devenu moi-même rythme (quel artiste n'a rêvé d'avoir la froideur de la forme qu'il poursuit des coups de son ciseau dans le marbre ?) j'aurais enfin accès à ce qu'il ne m'est donné d'éprouver que dans les plus hauts moments de l'écoute ou de l'interprétation musicales : une plage de temps pur. »
Joseph Clemente, dont les premiers mérites sont de peindre et de graver subtilement un univers où les matières et les formes disent pour les mots, est l'un de ces fins lecteurs dont l'œil vous enrichit. Je lui devais de m'avoir tiré par la manche, un jour, pour m'indiquer quelques lignes de Léon-Paul Fargue, se doutant que j'en ferais mon miel ; voilà qu'il me dote, aujourd'hui, d'un trésor plus précieux encore, parce que plus singulier, plus accidentel, avec cette séquence des Portes de Gubbio de Danièle Sallenave.
De cet auteur, je ne connaissais que sa traduction du livre fou de Roberto Calasso, Le Fou impur [1] et, surtout, un très bel essai intitulé Le Don des Morts, qu'une amie m'avait convaincu de lire au moment de sa parution, m'indiquant la femme : tant sa méditation sur la littérature (sous-titre aussitôt suspect de son livre) – dérogeait aux pénibles pensums structuralistes dont nous ne nous sommes jamais tout à fait remis ; tant la chair de ce livre lui paraissait enviable. Elle me le fut et le resta.
Danièle Sallenave y ose ces lignes fort peu correctes, dont on imagine (pour ne pas dire qu'on souhaite, pour la clarté du propos) qu'elles lui valurent reproches et invectives de la part de pédagogues unanimistes :
Ce qui sépare les hommes le plus gravement, le plus radicalement, ce n'est pas l'argent, les places, la réussite, l'accomplissement social, ce n'est même pas la « culture », c'est la lecture : la présence ou l'absence de livres dans la vie quotidienne. Cette différence est plus profonde, et plus grave. Elle aggrave toutes les autres. […] C'est un manque qui divise les hommes, qui les oppose entre eux comme ne le fait nulle autre cause de rupture, ou de séparation. C'est lui qui fait de toute vie une « vie dépossédée », une vie « mutilée », par ce que c'est une vie sans pensée que la vie sans les livres [3].
Or, Joseph Clemente, plongé dans la lecture du roman qui fit connaître Danièle Sallenave en 1980 (elle eut un prix avec ce livre), voulut me faire partager sa trouvaille : ce « e » excédentaire dans un livre où l'auteur, tout au long, se dit homme traduisant le journal intime d'un autre homme, musicien. Dans la structure narrative ici choisie, tout je féminin est banni. Et voilà ce « e », au cœur d'un passage d'une belle densité – mais tout le livre semble ainsi magnifique, j'en ai entamé la lecture hier, parvenant presque au lieu de cet accroc.
L'histoire vraie de cette coquille est peut-être connue de quelques proches. Il faudrait vérifier que l'édition de poche l'a ou non perpétuée. J'y renonce, j'y répugne. Le plus plausible est qu'elle figurât dans le tapuscrit de Danièle Sallenave (à l'époque, l'ordinateur personnel n'existait pas), que l'auteur l'y ait introduite fortuitement ou qu'elle voulût en griffer son texte, presque secrètement – se réjouissant alors que les correcteurs de la maison d'édition ne la remarquent pas ; que dans ce passage, dans ce seul mot, sa présence pour ainsi dire charnelle – ils corrigeaient les épreuves d'un livre écrit par une femme – les aveuglent sur ce faux pas, ou cette revendication.
Est-il, en effet, motif plus profond à l'écriture d'une fiction que, précisément, de se débarrasser de soi-même ?
Quoi qu'il en soit, je dispose désormais, grâce à vous cher Joseph, de l'indice le plus émouvant à l'appui de ma conviction, souvent dite ici, que la langue est organique.
[1] Roberto Calasso, Le Fou impur, traduit de l'italien par Danièle Sallenave, Presses universitaires de France, 1976 ; réédité dans la collection « L'Imaginaire », Gallimard, 2000.
[2] Danièle Sallenave, Le Don des Morts – Sur la littérature, Gallimard, 1991.
[3] Op. cit., pp. 41-42.



Son écriture des derniers temps.
Aurais-je été son médecin, il me suffisait de le regarder écrire. J'aurais pris la mesure de la force intérieure que mon patient opposait à la maladie.
Je médite cette évidence : même quand il fut dans la force de l'âge, quand sa main était ferme, son écriture n'avait pas pour première vertu la lisibilité immédiate. Il convenait d'entrer dans cet ordre sévère – éminemment esthétique – qu'était le feuillet rédigé de sa main (la lettre, mais encore la simple liste, le pense-bête qu'il avait préparé à votre intention, le chèque). Il fallait aller à lui, à sa pensée, aux mots en cheminant le long de ses lignes parfaitement tracées – toujours sensiblement tombantes, et je ne dénierai pas au graphologue ses raisons : il y avait sans doute des aires de basse pression chez cet homme, dans sa spiritualité.
Comment ne pas songer aux copistes médiévaux ?
Écrire était l'une de ses multiples façons de prier.
[Peut-être.]
Célébrations
Contrairement à la poire ou la cerise, dont l'essence gustative subit le martyre du formatage auquel l'industrie agroalimentaire soumet le parc humain, la pistache semble ne figurer parmi les fruits du Jardin que pour stimuler la réactivité, la flexibilité, l'excellence des Sup' de Co – sorte de hochet que le Créateur, dans Sa plus grande Sagesse, aurait concédé à ses enfants dévoyés, le tas de sable où il escomptait qu'ils fassent sagement des pâtés.
[Cette idée n'est qu'à demi rebutante. Un rhumatologue chrétien m'avait expliqué jadis, alors que je le consultais courbé par une méchante sciatique, que Dieu avait placé un maillon faible en L4-L5 pour que l'Homme disposât d'un accès à la souffrance qui active la Rédemption dans le corps (à la façon des exhausteurs de goût dans les entremets industriels). Chaque spécialiste, affirmait-il, peut ainsi désigner – pour le système digestif, les voies respiratoires, la circulation sanguine… – le point névralgique du Salut qui ressortit à sa compétence. Quoi qu'il m'en coûte, les Sup' de Co sont à compter dans la Communion des Saints. Dieu leur a prévu la pistache.]
Péniblement décortiquée, au risque parfois de vos dents, la pistache servie à l'apéritif s'avère sans goût, honteusement salée par le Sup' de Co de Bénénuts. Oubliez le sachet entamé, le fruit malmené ne tarde pas à perdre sa saveur normée. Retrouve-t-il son goût originaire (le sentiment de mordre de la poussière qu'on aurait compactée pour en faire une friandise) ? ou la pistache, comme la mandragore, recèlerait-elle quelque génome diagonal ? Chimère mi-légume, mi-sapiens dont les fruits nécrosés, petites couilles verdâtres d'Homme à tête de chou, muriraient une aberrante métamorphose, il se peut que la pistache soit notre prochain petit singe vert. Le dernier.
De là son avant-goût de cadavre.
Deux lacunes dans la discographie de L'Art de la Fugue : la version sur verres à moutarde par l'ensemble contemporain de l'Orchestre national de Dijon ; et la transcription pour cornet à pistache, que Satie a peut-être écrite.
Enfant, j'ouvrais à la lettre K tout dictionnaire qui me passait entre les mains. J'étais certain d'y retrouver en vignette mon oiseau pointu. Aujourd'hui, le kiwi est un nutriment qui, s'il n'est pas le fruit d'une étude de marché, a été conçu à l'instigation des services secrets soviétiques. Faute d'obtenir les effets toxiques recherchés dans les territoires occupés par l'armée US, il s'est révélé un produit déclinable à toutes les sauces, dont la culture sous licence a contribué au redressement économique de pays anciennement situés au-delà du rideau de fer.
Bill Gates l'a bien dit : pour survivre dans la société mondialiste, la paranoïa seule est un viatique fiable. Derrière le kiwi, les fruits de la passion, le lait de soja, la pistache et le yaourt light – toutes choses ignorées du monde en mon enfance –, se tiennent un Sup' de Co, un communiste, un Chinois (n'oublions pas les litchis, qui sont des yeux d'espions occidentaux, victimes du supplice des Cent Morceaux, baignant dans leurs dernières larmes).

Pistache :
une gomme (qu'un Sup' de Co pourrait même innover dans l'excellence et la flexibilité avec la promotion d'une gomme À saveur pistache, afin de mieux prémunir l'usager contre tout rapprochement intempestif entre l'objet et la sphère, désuète, de l'écrit).
Pistache :
un fond de robe, dans les pages ad hoc du catalogue de La Redoute.
Pistache :
une gamme collector en combinaison fruitée Volvic Magic Pistache (Les monts d'Auvergne ont la saveur des boules de glace de votre enfance [j'aurais pu être chanteur de rock anglais mais aussi un Sup' de Co présentable].
Pistache :
ma prochaine monture de lunettes ?
Jadis, le pape disposait dans sa suite d'un Grand Moutardier, homme lige, officier des condiments et des sicaires, chargé du sous-main quand il s'agissait de soulager le pontife d'une toux rebelle ou d'un soudain accès de colère. Il se prend pour le Premier Moutardier du pape. Mes proches connaissent cette expression, qui m'est familière. Toujours, elle porte.
Si j'étais pape, ou très riche, j'aurais mon Grand Pistachier, dont la première mission officieuse serait de veiller à ce qu'aucun Sup' de Co ne lorgne dans le contenu de mon assiette.
De tendres plafonds pistache relevés de stuc blanc.
Ce sont les plafonds de Paul Morand, cités pour exemple de l'emploi (invariable) de pistache comme adjectif par le Petit Robert.
On en mangerait, disait ma mère.

*

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Je poursuis, émerveillé.
Le volume est de plus petit format, moins lourd. Je le guignais depuis longtemps. Mais la presse hélio de l'Atelier monastique du Cœur-Meurtry, à La Pierre-qui-Vire, s'est tue. Bientôt, ce livre – comme l'ensemble de la collection « Zodiaque » à laquelle il appartient, comme déjà les premiers volumes d'« Univers des Formes » auxquels mon père a collaboré (l'impression des hors-texte en couleur était confiée à Draeger) – se monnaieront à des prix un peu fous [1]. J'ai acquis celui-ci, le même jour que l'album d'Angkor, chez Fabrice De San Mateo, libraire à l'enseigne des Feuillets libres, rue des Lois. Comme s'il me fallait soudain revenir à nos sources, à nos origines, j'ai songé à lui, j'avais découvert peu avant qu'Armel Guerne avait traduit les hymnes grecques et latines qui accompagnent les clichés – je parcourais les tranches, la tête inclinée, cherchant mes mots pour lui demander si par hasard… quand j'ai reconnu la typographie du Zodiaque, quand j'ai lu Vierges romanes.
Le volume à peine ouvert, je l'ai vue : saisie par l'objectif de trois quarts en arrière – et ce cadrage, d'une audace étonnante, qui ne retient que le galbe de l'épaule sous le plissé de la tunique, le doux arc-boutant de cette chapelle humaine dédicacée à l'Enfant.
De l'étable à la Croix, le Christ emprunte toutes les postures du corps humain, à l'œuvre et aux prises : une succession d'arrêts sur image. La statuaire chrétienne semble n'avoir survécu à l'Ancien Régime que pour ankyloser les héros de La Légende dorée dans le plâtre peinturluré des ateliers sulpiciens. Le martyrologe nous parvient guindé dans une pose frontale, la même que celle des écoliers sur les photographies de classe. Il en va tout autrement de la Vierge, comme si les artistes occidentaux, à toutes les époques, avaient gardé mémoire de la grande Déesse-Mère, fût-ce pour mieux tourner le dos à cette matrice universelle.
Ici, ce sont le photographe et l'éditeur qui déportent mon regard. Je suis frappé par tant de rigueur : la perspective de la Visitation est biaise, son champ scalène.
Au plus noir de la nuit, elle est tirée de son sommeil. Cela est sans rapport avec avec le cauchemar ni, lorsque adolescente elle souffrait d'apnée, avec ces état nauséeux dont elle avait appris à se dégager – aux confins du coma, lui semblait-il – par un effort massif pour rappeler la conscience à l'éveil. Ce n'est pas non plus d'ordre accidentel, un bruit capté par le dispositif d'alarme du sommeil : saisi, le souffle court, on parvient cependant à identifier l'origine concrète de l'alerte, une fenêtre mal fermée, un rixe de chats dans la cour de l'immeuble, la dilatation du bois de charpente dans les anciennes bâtisse, à l'arrière-saison, qui craque comme les articulations du corps.
Depuis quelque temps, elle se surprend les yeux grands ouverts, dans le silence et l'obscurité. Quelqu'un (mais elle n'allume même plus pour se rassurer) la réveillerait avec les plus extrêmes ménagements, se glissant d'abord à son chevet en tapinois, sans prendre appui sur le bord du lit pour éviter toute brusquerie ; puis, après avoir plusieurs fois murmuré son nom, psalmodié une phrase douce près de ses lèvres – Il fait un beau soleil, dehors ; il va être 8 heures…, le lait chauffe pour ton chocolat – lui effleurerait les cheveux. Qui ? Selon les nuits, elle éprouve un vague bien-être, ce qu'elle s'imagine de la sollicitude maternelle penchée sur l'enfant qu'elle fut ou la tendresse chaste d'un homme interdit. Parfois, elle bute au contraire sur le vide de la nuit, sur la neutre indifférence de celle ou celui, elle n'aurait sur dire d'emblée, qui traverse l'antichambre de son sommeil, sans mobile, et la tire pour rien de son absence. Troublée, inquiète au point de devoir se lever, elle ne put, les premières fois, se recoucher qu'après avoir vidé la moitié du pot de fromage blanc, debout devant la paillasse de l'évier, dans la lumière froide de la cuisine. Son organisme prit aussitôt l'habitude de ses boulimies de laitages, de confitures, de miel. Pendant le mois que dura cette cure de substances essentielles, douceâtres et saturées de petite enfance, avant que la balance ne la convainque d'y renoncer, ce fut la faim, seule, qui scanda ses nuits. Puis, à intervalles irréguliers, elle fut de nouveau l'objet de telles visitations [2].
Seul un livre patiente ainsi, souffre que l'imaginaire ouvre d'autres livres en sa présence, appelle d'autres images, d'autres textes – jusqu'à oublier même, dans un premier temps, qu'on a été l'auteur de quelques-unes des lignes que le livre convoque. Marie seule sourit qu'on songe un instant à d'autres qu'elle. Quinconces de pensées, abyme d'images. Livre.
De trois quarts, encore, la Catalane photographiée par l'amour évident de Jean Dieuzaide [3].
D'elle, je ne guette d'abord que l'olive noire de la pupille. Tant de frêle sévérité, comment ne pas solliciter un regard !
Salut, Jardinière du Jardinier
des grâces ;
salut, Planteuse de Celui
qui implante la Vie.
(…)
Salut, Réfection des humains
(…)
Salut, Rayon du soleil spirituel ;
salut, jaillissement
de la Lumière sans couchant…
Devant l'icône, me vient aux lèvres cette prière, murmurée jadis par un frère :
Les poitrines menues que les femmes, même les plus belles, abandonnent à la bouche tendue de leur amant, avec, toujours, la peur inavouée de décevoir, sont sacrées. Le temps glisse sur leur contour de neige et d'ombre. Par elles, les Dieux empêchent l'enfance de mourir [5].
Jusque dans ses apparitions, la Vierge est présente aux angles morts.
Tourner les pages : déplacer la lampe.
[1] Le volume Afrique noire de Michel Leiris et Jacqueline Delange, l'un des premiers volumes de la collection « Univers des Formes » (Gallimard, 1967), complet de sa jaquette et en bon état ne se trouve pas à moins de 300 euros chez les libraires d'ancien. Les enchères sur eBay peuvent excéder sensiblement ce prix lorsqu'un exemplaire y est mis en vente.
[2] Dominique Autié, Blessures exquises, Belfond, 1994, pp. 40-41.
[3] Le cliché de Notre-Dame de Saint-Gervazy (cliché d'ouverture de cette chronique) est de Pierre Belzeaux.
[4] VI° siècle. Traduction Armel Guerne, pp. 8-32 du volume.
[5] Christian Laborde, L'Os de Dionysos, éditions Éché 1987, p. 91.
Notre-Dame de Saint-Gervazy, (Puy-de-Dôme, arrondissement d'Issoire). Statue en bois, hauteur 67 cm. Planche n° 38 de Vierges romanes, photographies de Pierre Belzeaux et Jean Dieuzaide, textes médiévaux traduits par Armel Guerne et Élisabeth de Solms, éditions Zodiaque, collection « Les Points cardinaux », Atelier monastique du Cœur-Meurtry de l'abbaye Sainte-Marie de La Pierre-qui-Vire, 1961.
En marge : Vierge à l'Enfant d'origine catalane, musée de Marès, Barcelone. Bois peint, hauteur 77 cm. Ibid., planche 32.
Dominique Autié
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