Usage des blogs

Depuis dimanche soir, le nouveau site de l'entreprise est en ligne. J'en ai établi et formalisé le contenu, page à page, ligne à ligne, comme je le fais depuis octobre 2004 sur ce blog. Je peux revendiquer les mots composés en italiques et en gras, la place des illustrations, les galeries visuelles qui présentent nos réalisations professionnelles – et jusqu'au moindre lien qui renvoie d'une rubrique à l'autre, permet de circuler de façon fluide au fil des pages, au fil des travaux et des jours : c'est moi qui l'ai placé.
Utiliser le même logiciel open source que celui de mon blog pour réaliser enfin un site d'entreprise qui évoque l'image de notre offre, l'idée ne m'était pas venue. C'est Sylvie Astorg, dont les fonctions de gérante lui font tenir les comptes de nos déconvenues, qui l'a émise un matin. Elle est en relation quotidienne avec les éditeurs étrangers pour lesquels nous travaillons ; elle s'est rendue à la foire de Francfort en octobre, elle a pris la mesure, sur le terrain, des fruits de son travail d'éditrice déléguée et de l'excellente réputation de l'entreprise. Notre site bancal, farci de coquilles, effrontément laid, sur lequel la production éditoriale de nos clients était dévalorisée, tout cela constituait la seule ombre qui planait sur la bonne image d'InTexte. Moins de trois semaines après qu'elle a lancé cette phrase (presque comme une évidence à laquelle on aurait pu songer plus tôt), les plates-bandes étaient désherbées et nous avions aligné les premiers plants.
Je rends ici hommage à Édouard Puginier qui, sans le moindre état d'âme, a dessiné l'environnement visuel de notre nouveau site et assuré, en amont, la part la plus ardue des aménagements informatiques nécessaires à contraindre un logiciel de blog à ne plus avoir le physique de l'emploi. Je lui dois également le nouveau visage du blog. Est-ce un hasard ? Édouard, qui s'est depuis orienté vers le webdesign et la création en 3D, fut l'un de nos étudiants en BTS édition, il y a quelques années. Il a été formé aux contenus. C'est toute la différence avec le webdesigner du coin, que le texte encombre et qu'exaspèrent, par principe, ceux qui ont le mauvais goût de le produire.
L'an passé, j'ai dû traiter, pour un client, avec une entreprise parmi les plus performantes en matière d'ingénierie informatique. La plus-value des métamoteurs qu'elle a créés et commercialise ne fait pas le moindre doute. Il m'a fallu demander qu'on dispose simplement, sur le menu interactif d'administration d'un site dont je devais finaliser et mettre à jour les contenus, des boutons me permettant de rationaliser la mise en page typographique, sans que je doive intervenir dans le code source html (ce que je sais faire, désormais, grâce à la tenue du blog). J'ai indiqué ma demande avec précision, décrivant les différents niveaux de mon échelle de titres, sollicitant de pouvoir décider moi-même de l'interlignage, des blancs. Je parlais hébreu, j'importunais, j'étais hors cahier des charges. Je pouvais bien introduire mon volapuk par copier-coller, les feuilles de styles formatées par le développeur en feraient ce qu'il était prévu qu'elles en fasse. De quoi me mêlais-je ? Et, surtout, je n'avais rien compris à la culture de l'Internet, qui n'est plus celle, rassise, de l'édition papier. Cerise sur le gâteau d'un mépris affiché, je passais pour un has been.
Sans oublier (il est malheureusement inoubliable) l'escroc aux petits pieds doublé d'un psychopathe aux toutes petites psychoses que nous avons entretenu à demeure pendant huit mois : outre le prix exorbitant de son incompétence, lui aussi nous confisquait les contenus – se défaussant, par des théories informatiques qui se sont, à l'usage, rélévées parfaitement fumeuses, de sa haine pour sa propre langue dévoyée. Notre honte était telle devant notre site d'entreprise, qu'il a laissé en chantier un matin, que nous n'avons même pas cherché à y corriger les innombrables incongruités qu'il y avait publiées. C'eût été peine perdue : en le démontant ces jours-ci, nous avons constaté qu'il l'avait misérablement truffé de codes et de mots de passe qui en verrouillaient l'accès à ses propriétaires…
Cette piétaille du grand ordinaire est du même monde que l'homme qui [quelques lecteurs le reconnaissent, je suis même certain qu'il leur manquait], à l'angle de ma rue, réchauffe jour et nuit la pâte à pain surcongelée, s'auto-érige boulanger occitan, affiche ses valeurs au-dessus de ses viennoiseries caoutchouteuses (excellence, réactivité, flexibilité) et roule en Jaguar.
L'apprentissage patient du blog nous a, peu à peu, affranchis de la suzeraineté d'une technologie illettrée. Il n'est pas certain que, devant le sage ordonnancement des rubriques, le visiteur mesure dès la première visite l'ampleur de la (re)prise de pouvoir dont témoigne ce site d'entreprise, y voie l'acte quelque peu subversif qu'il concrétise pourtant – surtout si, demain, nous commercialisons ce savoir-faire.
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Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
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