blog dominique autie

 

Vendredi 31 mars 2006

06: 22

Célébrations

 

VII

 

L'œuf à la coque

 

oeuf_coque

 

 

En choisissant – croyais-je – au hasard l'œuf à la coque pour thème de ma septième célébration, j'entendais m'accorder une pause (Dieu lui-même se l'est autorisé, dit-on) : le genre de texte que l'on pond comme on peint la girafe, par lassitude de tondre les œufs, avec pour seul écueil Le Parti pris des choses (mais, comme l'échec s'essuie, le plagiat s'éponge, un petit coup dans les mollets et hop ! vous n'allez pas en faire un plat ?). Or, à peine décalotté, l'œuf s'avère regorger de tout un inconscient baveux – la tête, décidément, n'est pas assez dure encore.

*

J'aurais dû pourtant me souvenir que l'œuf à la coque charrie sous sa coquille le mot mouillette, l'une de ces crottes de nez de la langue qui vous font regretter de n'avoir pas opté pour l'espéranto.

*

Il tranchait les mouillettes de la famille comme il découpait le pur fil, avec la même lente minutie, avec le même amour pour le pain. Elle s'exaspérait à tout coup – quoi qu'il fît, elle pestait : Ils vont être cuits, agite-toi, veux-tu ! Elle le regardait faire en le morigénant, tournait le dos au sablier et nous servait, écumante, des œufs mollets. Lui et moi les adorions juste baveux. Les trois dernières années de sa vie, nous avions rendez-vous pour des agapes de filets de harengs pommes à l'huile, de fromage de tête et d'œufs morveux. Nous mangions tout cela en silence, en pensant à elle sans nous le dire.

*

L'œuf à la coque, j'y songe, les Sup' de Co n'en ont jamais rien fait et n'en feront jamais rien. L'idée que ce mien plaisir-là leur est à jamais soustrait me fait me réjouir : j'ai pourtant décidé de cette chronique à bonne franquette, sans l'avoir couvée.

*

Les saintes femmes détestent préparer les œufs à la coque : il n'existe pas, pensent-elles, de recette de l'œuf à la coque qu'elles pourraient transmettre à leurs filles, en même temps que leur haine des hommes – un œuf à la coque n'exige qu'une pure attention à l'autre. Un œuf à la coque, c'est de l'amour.

*

[Essai sur le mode malrucien] – Dès le quattrocento, l'œuf à la coque n'était pas d'abord de la gastronomie, pas plus que le Polaroïd® ne sera d'abord une photographie.

*

[Méthode rouergate [1]]
Baveux : un Je vous salue Marie et un Notre Père.
Blanc pris, jaune liquide mais chaud : deux Je vous salue Marie et un Notre Père.
Mollet : deux Je vous salue Marie et deux, voire trois Notre Père.
La recette s'entend l'œuf (à température ambiante) plongé dans l'eau bouillante et aussitôt extrait du récipient à l'Amen.

*

Ceci est mon œuf.

 

*interlettreinterlettre*

*

 

 

Célébration de la gomme
Célébration du fond de robe
Célébration de l'eau minérale
Célébration des myopes
Célébration de la pistache
Célébration de la vapeur

 

À suivre.

 

 

[1] Je garantis la traçabilité de cette méthode, recueillie auprès des religieuses d'Aveyron qui assuraient l'hôtellerie de l'institut médico-pédagogique où j'ai travaillé la nuit, de 1972 à 1976, en banlieue parisienne. S'il m'arrivait de prendre ma veille sans avoir dîné, la religieuse de garde proposait de me préparer de leurs œufs – la communauté entretenait, quasi en secret, un poulailler dans le fond du parc. Le rituel a bientôt voulu que je réponde : un Notre Père et un Je vous salue, ma Sœur, mais prenez bien le temps de les réciter.

Ceci est mon œuf : photomontage D.A.

 

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Commentaires:

Commentaire de: Jacques Layani [Visiteur]
J'ai bien ri, ce matin. Voilà une célébration nourrissante, rassurante.

Cela étant, méfions-nous des Sup' de Co. Ils sont capables de tout. L'oeuf à la coque sous vide, ça ne m'étonnerait pas. Dans un emballage cubique (plus facile à stocker, à transporter) décoré à l'ancienne (bonnes vieilles recettes de chez nous), avec coquetier en plastique, cuiller jetable fournie et mouillettes dans leur emballage séparé garantissant la fraîcheur du pain sans farine. Ah oui, penser à faire figurer sur l'emballage une nappe à carreaux (rouges, évidemment). Une idée de génie, je vous le dis ! Il faut mettre ça en pratique tout de suite.

-- Allo, Sup' de Co ? Dites...
Permalien Vendredi 31 mars 2006 @ 10:28
Commentaire de: Feuilly [Visiteur]
De l’œuf à la poule il n’y a qu’un pas. Et quand la poule est là, la grippe aviaire n’est pas très loin.

Mais, comme on sait, la grippe étant de nature ravageuse, elle se préoccupe peu des intérêts financiers des grands industriels du secteur. Or ceux-ci étaient parvenus à nous vendre (plus cher) des poulets dits fermiers, c’est-à-dire des volatiles élevés en batterie mais qui avaient l’immense bonheur de pouvoir prendre l’air quelques heures par jour. Evidemment, avec la grippe, les pauvres bêtes risquent de se retrouver confinées à l’intérieur, comme tous leurs homologues à plumes.

Le problème rencontré par les professionnels du secteur est donc le suivant : comment vendre toujours aussi cher des poulets fermiers qui n’auront jamais vu la couleur du soleil ? Et bien on a fait appel aux diplômés des écoles de commerce qui ont bien entendu trouvé la solution (comme quoi on leur apprend tout de même quelque chose dans ces grandes écoles où ils sont resté confinés quelques années comme de simples volatiles). Leur réponse, la voici : comme il y a plusieurs critères pour définir le poulet fermier (nourriture, race sélectionnée, âge proche de la maturité sexuelle, etc.), le fait qu’une des conditions ne sera pas remplie n’altérera paraît-il en rien la saveur initiale des bestioles. Il reste à recruter quelques spécialistes en marketing pour convaincre le public qu’il n’y a rien de plus fermier qu’un poulet enfermé. Comme les citadins n’ont plus vu de vrai poulailler depuis pas mal de temps, cela ne devrait pas être trop difficile. C’est ce qui s’appelle faire une omelette sans casser les œufs.
Permalien Vendredi 31 mars 2006 @ 16:11
Commentaire de: Lambert Saint-Paul [Visiteur] · http://lambertsaintpaul.hautetfort.com/
C'est un coup à vous offrir du mimosa. (Ceci est mon oeuf, c'est énorme !).
Permalien Vendredi 31 mars 2006 @ 16:21
Commentaire de: Martine Layani [Visiteur]
- N'te bile pas, ma poule, même avec des oeufs cassés, on s'ra toujours plus nombeux qu' ces humains, dit le coq.

- Ah, Coco, tu m'fais frissonner...

(accent provoquant et prolétaire du coq - accent bas-bleu pour la poule). :-))
Permalien Vendredi 31 mars 2006 @ 17:07
Commentaire de: Alina [Visiteur] · http://www.alinareyes.com
C'est très drôle, Dominique. Et ça m'inspire tant de choses que je renonce à les dire. Ou bien juste une : le rapport de l'oeuf à la coque et du sablier n'est-il pas en soi un poème ?
Permalien Vendredi 31 mars 2006 @ 18:15
Commentaire de: sistereden [Visiteur] · http://justeuneimage2.blog.expedia.fr
Tout simplement savoureux.
Permalien Mardi 4 avril 2006 @ 06:53

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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