blog dominique autie

 

Mercredi 12 avril 2006

07: 30

Célébrations

 

VIII

 

La machine à écrire
Les merveilleux gymnasiarques
(sous bénéfice d'inventaire)

 

underwood_5

 

 

Je me suis appliqué. Comme à l'époque. Surtout que, maintenant, je sais intégrer de la typographie dans les images de Photoshop, déformer le texte, donner une ombre aux caractères. C'est qu'il s'agit de lui rendre hommage, à ELLE, en fait. Non aux machines à écrire. Ou, du moins, à travers une machine à écrire bien particulière – celle qu'elle m'a offerte pour mon seizième anniversaire, sans me demander mon avis –, célébrer l'apprentissage orthodoxe du clavier auquel elle m'a contraint, sous sa férule, dès le papier cadeau mis en boule et le bolduc récupéré par mon père (qui en tenait des réserves de toutes tailles, de toutes couleurs, pour toute circonstance fériée ou non).

*

Sa stratégie consista à tuer dans l'œuf toute mauvaise habitude : hors de question qu'en attendant la première leçon je m'amuse à dactylographier avec l'index de la main droite l'un de mes poèmes hermétiques de l'époque. Ce seraient les cinq doigts de chaque main correctement distribués sur les touches, selon le canon du certificat d'aptitude professionnelle de sténodactylographe, qu'elle s'honorait de détenir – grâce à quoi elle avait pu mettre du beurre dans les épinards non assaisonnés que mon père cultivait dans le jardin de derrière de notre pavillon de Sceaux (celui de devant, où il avait appris à marcher, lui était concédé pour les roses et les troènes).

*

A Z E R … P O I U
Q S D F G … M L K J

Cela sentait les gammes. J'avait sottement délaissé le Gaveau quart de queue à l'orée de l'adolescence : ce que mon père n'avait pas voulu exiger de moi (je n'ai jamais pu lui en vouloir, quoi qu'il m'en coûte aujourd'hui de ne pouvoir me réparer de mes journées d'écran par un contrepoint de Bach, les yeux fermés, sur l'ivoire d'un tout autre clavier), ELLE l'obtiendrait d'emblée, de force, d'autorité. De guerre lasse, pour ce qui me concernait – je voulais voir mes poèmes hermétiques sacralisés sur l'extra strong.

*

Ce fut terrible. Quand je sus, les yeux clos, frapper le K ou le X du bon doigt de la bonne main, sans la moindre approximation, je dus apprendre à taper le plus vite possible deux phrases, l'un constituée de mots courts, l'autre de mots longs. La première (qui aurait pu être : Ton thé t'a-t-il guéri ta toux ?) me manque, aujourd'hui, et je n'ai trouvé nulle part sur la Toile trace d'une méthode, en faveur dans les années où elle-même apprit la sténo et la dactylographie, comprenant cet exercice. Mais il m'arrive encore de me réveiller la nuit d'un rêve dans lequel, pour un cénacle de vieilles au menton planté de soies de goret (Goya revu par Fellini), je radote la seconde : Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques.

*

Je crus, dès lors, avoir accédé à l'autarcie tant espérée. Pour la première fois, elle posa cette question, qui lui devint familière : Est-ce qu'un jour tu vas gagner trois sous avec ce que tu écris ?

Quelque temps après, j'ai publié, ma première plaquette de poésie, à compte d'auteur.

*

1976 : contrat de première embauche [Je suis désolé, ça m'a échappé, comme si cette expression avait quelque chose de très naturel, comme si elle disait bien ce qu'elle veut dire, bon, je reprend ?] 1976, tout juste libéré des obligations militaires, je me trouve devant celui qui sera mon premier patron dans le domaine de la communication. Donc, vous me dites que vous vous sentez de taille à faire ce journal [1] seul ? Vous auriez besoin de quoi pour y réussir ?
Et moi d'énoncer : un bureau, une chaise, un téléphone et une machine à écrire.
– Et, devant la machine à écrire, la plus jolie de mes secrétaires, je suppose ?
– Non, Monsieur
 [sic], je tape avec mes dix doigts, et j'irai plus vite en dactylographiant directement mes textes qu'en les écrivant à la main.

Il appela son assistante : Voulez-vous préparer un contrat pour ce garçon. Il commence cet après-midi.

Merci Maman. [Cette phrase courte, libre de toute coquille, est à sa place dans ce texte. Elle n'est le produit ni d'un bourdon ni d'un mastic.]

*

 

Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques
Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques

Ces merveilleux équilibristes sont d'excellents gymnasiarques, vous dis-je.

*

Modèle allemand du début des années 1960, réputé portable, de marque Grundig. Un coffrage caréné comme celui d'une machine à coudre.

1992 [Ce n'est pas si vieux] : Mes voisins ont compté les trois cents feuillets de Blessures exquises, mon premier roman.

*

Lors de mon dernier déménagement, il y a un peu moins de deux ans, je l'ai donnée à mon futur ancien voisin, un addictif du vide-greniers.

Pour voir.

Le deuil est un exercice de filedefériste. Et, depuis toujours, j'ai le vertige.

 

*interlettreinterlettre*

*

 

 

Célébration de la gomme
Célébration du fond de robe
Célébration de l'eau minérale
Célébration des myopes
Célébration de la pistache
Célébration de la vapeur
Célébration de l'œuf à la coque

 

À suivre.

 

 

[1] Il s'agissait du magazine destiné au corps médical Impact Médecin, alors mensuel, que venait de lancer à grands frais l'agence spécialisée France 1. Mon interlocuteur était Daniel Martet, prêt à mettre à terme à l'expérience, à moins qu'un « fou », avait-il dit, ne s'engage à assurer seul les fonctions cumulées de rédacteur en chef, de secrétaire de rédaction et de pigiste. Je fus ce kamikaze.

Underwood No. 5, 1925, U.S.A. © The Classic Typewriter Page.

 

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Vient de paraître !

 

 

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Une aventure éditoriale passionnante s'engage…
Je l'ai peu évoquée ici,
un site vous en dira plus :

 

 

Commentaires:

Commentaire de: makowski [Visiteur] · http://www.ooops.pl/
peut etre Vous connaissez ca:
http://www.typewritermuseum.org/
et specialement ca:
http://www.typewritermuseum.org/lib/library_photo_ero.html
bien sur aussi chez moi ;-)
http://www.ooops.pl/blog/?p=1095
bonne journee!
mr m.
Permalien Mercredi 12 avril 2006 @ 10:06
Commentaire de: Danielle [Visiteur]
Ah les tue-la-toux de mon grand pére...
Permalien Mercredi 12 avril 2006 @ 15:40

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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