blog dominique autie

 

Vendredi 14 avril 2006

06: 22

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie

 

18 – Nus de l'Inde

ou

Mais qu'est-ce que nous sommes devenus ?

 

 

nus_inde_titre

 

 

 

J'ai enchéri ce livre, voilà quatre jours, et l'ai reçu ce jeudi matin. Un premier exemplaire était passé il y a un mois, et les enchères étaient montées à prix d'or entre deux amateurs. Je n'avais pu suivre. J'avais toutefois découvert l'existence de ce qui est donné comme le seul ouvrage de nus signés d'un photographe indien, en Inde.

Je m'étais fait une raison. Lundi, étrangement, j'étais seul. Le vendeur en demandait le cinquième du prix auquel le précédent s'était arraché.

Le format est modeste : 15,5 x 24,5 cm. L'édition a été conçue sans autre luxe que cette jaquette rabattue sur une simple couverture brochée, muette. À l'époque (1966), l'impression en héliogravure était une routine pour l'imprimeur qui respectait son art.

Mais il y a ces pages dépliantes, un mauvais rêve pour le brocheur. Pas une n'est cornée – or il n'est rien de plus délicat que de fermer ces pages en veillant à ce qu'elles reprennent leur juste place, étroitement calculée. Le ou les détenteurs précédents (l'exemplaire a pourtant vécu) ont entouré le livre de soins certainement minimalistes, mais attentifs.

Sans doute prendrai-je un instant, durant le week-end à venir, pour que cette chronique devienne la dix-huitième de L'ordinaire et le propre des livres. Mais ce soir, je me contente de découvrir ce trésor, mis de côté ce matin à l'heure du postier (les clients ne sauraient me passer quelques instants contemplatifs, même au prétexte d'un livre). Et l'envie aussitôt me prend d'en partager ici l'émerveillement. Sans (m')épargner la question qui titre provisoirement cette page :

– nous ne savons plus faire de tels livres, d'une telle parfaite nudité d'objets entièrement dédiés à ce que leurs pages recèlent ;

– nous n'aurions pas la force morale de nous en tenir à ce titre, qui indique et ne vend pas ;

– nous redouterions le ridicule ou le contresens en autorisant le préfacier à écrire, comme premiers mots de son texte, le nom de Maximilien Vox ! [je vous parlerai, un jour, de ce fou de typographie, auteur du catalogue du fondeur Deberny-Peignot] et à imprimer sa préface sur ce curieux papier vert pâle ;

– au photographe qui nous proposerait de publier de tels clichés, nous adresserions un sourire poli et gêné : quelle valeur vénale fixer à des corps que l'objectif semble n'avoir pas même importunés de son déclic ?

Que sommes-nous devenus pour ne pas rêver d'être l'éditeur d'un livre comme celui-ci ?

 

À suivre.

 

 

Galerie
Nus de l'Inde

Cliquez ici

 

 

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley

 

index_manusc

 

Commentaires:

Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
Aujourd'hui Vendredi Seins.
Permalien Vendredi 14 avril 2006 @ 09:54
Commentaire de: Danielle [Visiteur]
Elles sont où les photo de femmes à poil ? Faut payer combien pour les voir ?
Permalien Vendredi 14 avril 2006 @ 10:32
Commentaire de: Lambert Saint-Paul [Visiteur] · http://lambertsaintpaul.hautetfort.com/
Tout est dans la courbe. Très bel oeuf qui se coupe en quatre.
Permalien Vendredi 14 avril 2006 @ 10:40
Commentaire de: Jacques Layani [Visiteur]
Je ne vous étonnerai pas en disant que ce sont justement là les questions que je me pose, chaque fois qu'un ouvrage de cette période me tombe entre les mains. Nous avons perdu une simplicité d'excellent aloi, un sens du contenu et -- n'en parlons même pas ! – un savoir-faire technique. Enfin, on va encore nous traiter de passéistes, de nostalgiques, que sais-je !
Permalien Vendredi 14 avril 2006 @ 11:14
Commentaire de: admin [Membre]

Jacques : pour ma plus grande joie (et ma réflexion, qui s'en nourrit), L'ordinaire et le propre des livres ne m'a pas valu une seule "pique" franche qui nous marginalise dans un passé vieillot et larmoyant. Je commence à croire aux vertus pédagogiques de ce petit clou frappé presque chaque jour avec mon petit marteau. Un auteur m'écrivait, ces jours-ci, avoir exigé et obtenu de son éditeur que son prochain livre soit cousu, se sentant conforté par mes plaidoyers répétés ici même. Ni l'auteur, ni l'éditeur, en la circonstance, ne sont des marginaux du livre. Je tiens l'épisode pour une petite victoire de ce blog. Je concocte une leçon de choses via mon libraire habituel : refuser un livre commandé (hors office, donc) sous le prétexte qu'il n'est pas cousu – à charge pour ledit libraire, bien entendu, d'expliquer très précisément le litige au diffuseur concerné, voire téléphoner à la direction commerciale de la maison d'édition, où (récemment encore, du moins) les appels de libraires étaient pris en considération. Imaginez, dix retours orchestrés dans la même semaine, de dix villes différentes. Le ver du doute serait introduit dans le fruit du marketing éditorial, on commencerait à écorner cette suffisance arrogante avec laquelle on traite le livre, aujourd'hui, jusque dans l'objet lui-même.

Danielle : Deux liens… L’un sur l’image du haut (toute l’image est “sensible” à la souris, il suffit de cliquer). Et un autre sur le mot “Galerie”, en bas. Mais je viens de rajouter la mention “Cliquez ici”. Vous n’êtes pas la première personne à me faire la remarque sur la trop grande discrétion de mes liens, de façon générale. Il est vrai que je pars du principe que, sur une page Internet bien faite, chaque image, chaque mot important, proposent un lien hypertextuel qui permet d’aller au-delà de l’écran, au-delà du miroir. C’est l’intérêt majeur de l’informatique, il faut l’exploiter, la souris l’exige pendant la navigation. Toutefois, les habitudes de lecture évoluent différemment chez les uns et les autres. Il faut en tenir compte également.

D.A.

 

Permalien Vendredi 14 avril 2006 @ 11:46
Commentaire de: Jacques Layani [Visiteur]
Diable ! Voilà une mesure énergique ! Mais il faudrait que tous les libraires se liguent pour réagir ainsi. Une ou deux voix, dix voix même, isolées, ne feront pas fleurir le désert.

Quant à cet auteur qui a exigé un livre cousu, et qui l'a obtenu surtout, c'est proprement incroyable. Il devait avoir un certain poids, tout de même, pour que l'éditeur accepte.

Pour mon premier livre, j'avais exigé, justement, et obtenu, qu'il ne fût pas imprimé sur presse Cameron. Ce fut Aubin, à Ligugé, près Poitiers, qui le réalisa. Mais enfin, c'était en 1987 et, déjà, cela surprenait. Que les temps actuels permettent cette petite victoire ne laisse pas de m'étonner.
Permalien Vendredi 14 avril 2006 @ 13:34

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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