Revue scientifique, n° 20 du 17 mai 1902, pp. 613-623
[Nous avons respecté la ponctuation, parfois déroutante, de l'auteur.
Les notes appelées entre parenthèses de couleur verte sont de notre fait. D.A.]
[VARIÉTÉS]
Ernest Renan a invité quelque part les tenants du miracle à saisir l'Académie des sciences d'un fait, susceptible de vérification expérimentale, choisi par eux dans la série de ceux qu'ils considèrent comme impliquant l'intervention d'une cause surnaturelle. Avec une douce ironie, il proposait de se soumettre à l'avance au verdict prononcé par la docte assemblée. Cette proposition nous est revenue en mémoire en prenant connaissance de la Note (a) sur le linceul prétendu du Christ, vénéré à Turin, dont il a été donné lecture à la séance du 21 avril dernier. Cependant, le rédacteur de cette communication a déclaré ne vouloir invoquer que des raisons d'ordre scientifique, et c'est en nous plaçant sur le même terrain que nous en entreprendrons l'examen critique.
L'Académie des inscriptions avait été saisie en 1900 d'un débat, qui s'était élevé à propos de l'authenticité du saint suaire de Turin, sur lequel de remarquables photographies, mises sous les yeux du public lors de l'Exposition de l'art sacré organisée dans cette ville en 1898, venaient d’attirer à nouveau l’attention. L’Académie des sciences a été, à son tour, invitée à aborder le même sujet par une Note, qui a reçu immédiatement une grande publicité et paraît avoir piqué au plus haut degré la curiosité dans des cercles où l'écho des travaux de cette classe de l'Institut pénètre rarement. M. Paul Vignon, docteur ès sciences, préparateur de zoologie à la Sorbonne, avait mené à bien, en s'aidant sur certains points, du concours de M. Colson, répétiteur de physique à l'École polytechnique, une série d'expériences, que M. Yves Delage, professeur de zoologie à la Sorbonne, soumettait à l'Académie comme fournissant la preuve décisive de l'authenticité du saint suaire de Turin, portant, comme on sait, une double effigie du corps du Christ, vu de face et de dos.
La thèse de l'authenticité du linceul de Jésus exposé à Turin avait été très énergiquement soutenue en 1898 et dans les années suivantes d'après des arguments empruntés à la fois à la physique et au miracle, à savoir que les empreintes visibles audit linceul n'étaient explicables que par une sorte d'irradiation d'origine surnaturelle ; les auteurs de la Note concluent, eux aussi, à l'authenticité, mais en expliquant la production des images par des émanations d'une nature purement physiologique, agissant sur une pièce d'étoffe enduite de certaines matières, sans le concours d'un agent surhumain. L'argument décisif, sur lequel les uns comme les autres échafaudent leur démonstration, est emprunté à la très curieuse circonstance, que l'image photographique apparue en 1898 est un positif tandis qu'on devait, selon la règle, attendre un négatif. Donc les empreintes elles-mêmes ne sont pas, comme n'importe quel objet placé devant l'objectif photographique, un positif, mais un négatif. Si lesdites images avaient pour auteur un artiste, elles se plieraient à l'ordre commun, tandis que les photographies, qui ont donné en premier lieu et sans intermédiaire un positif, doivent être tenues pour exécutées sur une effigie négative elle-même. Est-ce donc un miracle comme on l'a soutenu ? Point nécessairement. Certains corps naturels peuvent, en effet, agir en qualité de négatifs. « Les auteurs (MM. Vignon et Colson) ont reconnu, en s'adressant aux vapeurs de zinc et à la plaque photographique, que toute substance émettant avec lenteur et régularité des vapeurs capables d'agir chimiquement sur un écran convenable, produirait des images négatives équivalentes à celle du suaire. » Le corps du Christ, placé entre les deux faces du linceul rabattu par-dessus la tête, a-t-il pu émettre des émanations d'une nature analogue ? Oui, et si l'on suppose que le linceul était imprégné d'une certaine mixture, deux images négatives ont dû s'y former, lesquelles ne pouvaient révéler leur véritable nature qu'après la découverte de l'art de la photographie. Mais ce qui s'est passé pour le Christ n'a-t-il pu se produire pour quelque autre personne ? Nullement, parce que, – on le verra plus tard, – l'action physiologique était liée à plusieurs particularités, dont l'ensevelissement du Christ seul, et de nul autre, n'a offert la réunion absolument extraordinaire.
Nous rendrions volontiers hommage à l'ingéniosité de cette démonstration si, malheureusement pour ses auteurs, elle ne se heurtait à des impossibilités qui, faute pour eux d'avoir consulté des hommes compétents, devaient les conduire au plus lamentable des échecs. L'explication empruntée aux « rayons Roentgen », comme on l'a dit spirituellement, était détestable ; celle qu'on prétend tirer d'une « abondante transpiration ammoniacale » agissant sur un linge imprégné d'une « mixture d'huile et d'aloès », est pire. Nous nous croyons en mesure de l'établir en prenant une à une les diverses assertions de la Note.
I. — Le suaire de Turin : ce qu'on sait de ses destinées.
Il n'est pas besoin d'être très versé dans les matières de l'histoire ecclésiastique pour savoir quelle circonspection s'impose en ce qui touche l'authenticité des reliques relatives aux premiers temps du christianisme, à l'époque de Jésus et de ses apôtres. L'extraordinaire foisonnement des souvenirs prétendus des origines du christianisme du IV° au XV° siècle, les superstitions auxquelles ils ont donné leur puissant encouragement, les fraudes visibles qui s'y font reconnaître, la présence d'un même objet unique en un nombre considérable d'exemplaires, ces différentes circonstances prescrivent aux historiens de l'Église l'emploi d'une réserve toute spéciale. Ce sentiment de défiance s'augmente, quand on considère qu'il se produit dans tous les cas une lacune, véritable trou béant d'environ trois siècles, entre les événements dont les reliques sacrées sont destinées à rappeler le souvenir, et l'époque de Constantin où, pour la première fois, il est fait mention d'un certain nombre d'entre elles. Ce sont, en un mot, de détestables conditions, et le nombre des pièces que des considérations exceptionnelles peuvent faire envisager comme dignes d'être vérifiées par une enquête scientifique, est singulièrement restreint, si tant est qu'une seule puisse entrer en ligne de compte. L'origine et les destinées des reliques touchant à la personne même de Jésus et spécialement aux circonstances de son supplice, sont entourées d'épaisses ténèbres, ainsi que les écrivains les plus consciencieux sont dans la nécessité de le proclamer.
Le saint suaire de Turin échapperait-il à la règle commune ? En aucune façon ; c'est, tout au contraire, une des pièces dont, au rebours de beaucoup d'autres, on est en mesure de démontrer le caractère apocryphe, parce qu'on sait les scrupules qui, à une époque moins difficile pourtant en preuves que la nôtre, ont entravé sa reconnaissance officielle [1].
Rappelons d'abord, dans les termes mêmes de la Note, les traits essentiels de la pièce discutée : « Le saint suaire de Turin est une grande étoffe de lin, longue de de 4,10 m, large de 1,40 m, jaunie par le temps, très endommagée par un incendie qui a eu lieu en 1532. Cette étoffe passe pour avoir servi de linceul au Christ. On y distingue, sous forme de taches brunes, deux silhouettes humaines, vues l'une de face, l'autre de dos et s'opposant par les deux têtes. Cette étoffe est la propriété de la maison royale de Savoie depuis le milieu du XV° siècle. Elle est connue en Europe depuis 1353, etc. » Parmi les nombreux linceuls du Christ qui ont été vénérés en Europe, celui de Turin, en raison des empreintes qu'il porte, a donné lieu à un rapprochement avec une pièce d'étoffe également désignée à l'attention par la présence d'une effigie, le suaire jadis conservé à Constantinople. Ce dernier ayant disparu, on a proposé d'identifier le linceul de Turin à celui dont se vantait jadis la capitale de l'Empire romain d'Orient. Nous en dirons un mot tout à l'heure.
L'abbé Ulysse Chevalier, fort compétent en la matière, a énuméré dix-neuf localités où étaient conservés, soit le linceul du Christ en son entier, soit de très notables portions du drap funéraire. Un archéologue de valeur, M. F. de Mély, est en mesure, pour sa part, d'en citer dix-neuf autres ; un petit nombre sont porteurs d'effigies ou empreintes, notamment celui qu'on exhibait jadis à Besançon et qui a disparu lors de la Révolution.
Avant de trouver un asile définitif à Turin, notre suaire était à Chambéry, où la famille de Savoie l'avait installé après en avoir fait l'acquisition de l'Église collégiale de Lirey (Aube), dans le diocèse de Troyes. Ses partisans assurent que ladite collégiale avait été établie pour le recevoir par les soins de Geoffroy de Charny, seigneur de Savoisy et de Lirey. « En 1353, écrit M. Arthur Loth, un noble chevalier champenois, Geoffroy 1er de Charny, fonde à Lirey une collégiale, qu'il dote du suaire actuellement vénéré à Turin. Par don ou par conquête, ce linge sacré était venu en sa possession. » Aucune de ces assertions ne résiste à l'examen. Il n'est pas exact que la collégiale de Lirey ait été fondée en l'honneur du suaire ; M. l'abbé Chevalier a produit sept pièces, de l'an 1353 à l'an 1356 (date de la mort de Geoffroy de Charny), relatives à la fondation de la collégiale et, dans aucune, il n'est question du suaire, qui aurait été, cela va sans dire, la relique la plus illustre à revendiquer. Les renseignements sur la manière dont Geoffroy se serait procuré la précieuse dépouille font, d'autre part, absolument défaut, ce qui est d'accord avec le silence des documents de fondation. Le saint suaire a donc été ignoré de Geoffroy, lequel n'a jamais prétendu en avoir fait l'acquisition « par don ou par conquête [2] ».
Ce n'est pas tout. M. de Mély est en mesure d'indiquer deux pièces plus décisives encore, s'il est possible. L'une de ces pièces est une lettre d'indulgences, signée de douze évêques, qui en 1357, c'est-à-dire un an après la mort de Geoffroy, accordent des indulgences aux pèlerins qui viendront vénérer à certains jours les reliques déposées dans la collégiale, reliques qui y sont énumérées et parmi lesquelles il n'est pas fait mention du suaire. D'autre part, l'obit (b) de Geoffroy de Charny, inscrit au nécrologe de la collégiale, est muet sur la prétendue acquisition de ce seigneur. Ces deux pièces sont publiées dans l'ouvrage d'Arnaud, Voyage archéologique dans l'Aube (Troyes, 1836).
Peu après 1357, paraît subrepticement dans le trésor des reliques de Lirey un suaire, qui devient l'objet de fructueux pèlerinages, attirant de bien loin les aumônes avec les foules. L'évêque de Troyes, Henri de Poitiers, qui, quatre mois avant la mort de Geoffroy, avait confirmé avec éloges le pieux établissement, s'émeut de cette exhibition où il flaire une supercherie, tout au moins une supposition sans garanties. Convaincu de l'inauthenticité d'une pièce, qui est hors d'état de rien alléguer sur sa provenance, il interdit, après une longue et minutieuse enquête, l'ostension de la relique. Mais le chapitre de Lirey était trop engagé dès ce moment pour céder et, ses prétentions ne s'étant pas inclinées devant l'autorité épiscopale, celle-ci dut revenir à la charge. C'est ici que se trouve le document décisif, qui établit historiquement à la fois l'inauthenticité du saint suaire de Lirey-Chambéry-Turin et son caractère de fabrication clandestine. Pierre d'Arcis, évêque de Troyes, interdisant de nouveau l'ostension du Suaire en 1389, reproduit – je cite ici M. de Mély – dans son mémoire l'enquête faite par son prédécesseur, l'évêque Henri de Poitiers et on y lit : Reperit fraudem et quomodo pannus ille artificialiter depictus fuerat, et probatum fuit etiam per artificem qui illum depinxerat, ce qui se traduit en bon français : « Il découvrit la fraude et en même temps comment le suaire avait été exécuté, ce qui fut confirmé par le peintre qui l'avait fait. » C'est M. l'abbé Chevalier qui a publié le vidimus (c) de l'évêque Pierre d'Arcis confirmant la condamnation prononcée, pièces en main et après aveu de l'auteur de la fraude, par l'évêque Henri. Il paraît, circonstance très piquante et que nous révèle M. de Mély, que l'original émanant de l'évêque Henri est entre des mains et sous des serrures très augustes qui le dérobent à l'examen ; mais il y avait le vidimus, qui a permis de tenir provisoirement lieu du document soustrait à notre enquête, et ce vidimus établit, d'une façon définitive et sans appel, le caractère artificiel de la fabrication du saint suaire de Lirey-Turin.
Veut-on savoir quelle réponse les auteurs de la Note font à cette démonstration ? Ils l'écartent dédaigneusement en faisant allusion à des personnes qui « sans beaucoup se soucier des images elles-mêmes, mais en se fondant sur une histoire fort embrouillée qui remonte au XIV° siècle, affirmèrent que le suaire portait une vulgaire peinture, datant de 1353 [3]. » Histoire fort embrouillée n'est pas un argument en présence d'un document de pareille importance et d'une signification aussi précise et qui, d'ailleurs, n'est qu'un des éléments, le plus essentiel à la vérité, de la démonstration du faux. II y a là, de la part de ces messieurs, une marque singulière de légèreté ou d'incompétence.
Ainsi le saint suaire de Lirey-Turin n'invoque aucun titre d'origine ; il est apparu subrepticement peu de temps après la mort de la personne qui est censée l'avoir acquis ou conquis et l'aurait installé comme pièce d'honneur dans une fondation nouvelle ; cette apparition s'est produite dans des conditions telles que l'autorité épiscopale a dénoncé la prétendue relique comme un faux et en a interdit l'exhibition solennelle à deux reprises différentes par la raison qu'elle avait été fabriquée à l'époque même et que l'artiste, auteur des effigies sacrées, avait confessé y reconnaître son oeuvre.
Le pape Clément VII, d'Avignon, dont les pouvoirs étaient reconnus en France, n'hésita pas à confirmer l'interdiction prononcée par les évêques de Troyes, contrairement aux désirs des chanoines de Lirey et de la famille de Charny. Par une bulle en date du 6 janvier 1390, le pontife donna l'ordre que, en faisant l'ostension du suaire, il fût proclamé à haute voix que cette image ou représentation n'était pas le vrai suaire de N.-S. Jésus-Christ, mais seulement une peinture, un tableau figurant ou représentant le vrai suaire. La même interdiction fut maintenue jusqu'en 1449.
Plus tard, le suaire ayant passé aux mains de la maison de Savoie, d'abord à Chambéry [4], puis à Turin, son origine trouva des juges plus indulgents. Cet acquiescement tardif à la reconnaissance d'une relique devenue un gros intérêt dynastique, une sorte de fétiche royal, ne pèse d'aucun poids sérieux dans la balance de l'histoire. L'inauthenticité, disons mieux, le caractère apocryphe et frauduleux du saint suaire de Lirey-Chambéry-Turin est établi par des témoignages dont on n'a pas essayé de mettre en doute la valeur, mais que des auteurs consciencieux, tels que M. Arthur Loth, ont cru pouvoir écarter du débat par le motif que les photographies récentes, ayant fait reconnaître dans les empreintes un portrait négatif, ne peuvent devoir leur origine qu'à une intervention surnaturelle. C'est l'argument de la foi ou de la croyance opposé à la démonstration scientifique.
Les auteurs de la Note ayant déclaré, pour leur part, se placer sur le terrain des faits naturels, l'objection tirée des documents ci-dessus rappelés suffi à ruiner leur thèse. Il m'est impossible, en second lieu, de comprendre sur quoi ils se fondent pour affirmer que le suaire de Turin est « le même que le linceul attribué au Christ et conservé à Byzance dans la chapelle des Empereurs, suaire sur lequel les traits du Christ étaient également reproduits » ; ce rapprochement, d'après ces messieurs, n'était jusqu'ici qu'une possibilité ; mais, à la suite des recherches entreprises par eux, il « est devenu presque une certitude ». Cela signifierait que le suaire de Constantinople, étant considéré comme authentique, doit être tenu pour identique à celui de Turin, qui est lui-même authentique. Cette identification fournirait, en effet, comme l'indique M. Loth, un moyen pour combler en partie l'intervalle effrayant qui sépare l'apparition de notre suaire des événements auxquels il doit son origine. Mais ce n'est qu'une simple hypothèse, en faveur de laquelle on n'a cherché à produire aucun témoignage. L'allégation doit donc être tenue pour absolument étrangère au présent débat.
On sait maintenant pourquoi un maître en ce qui concerne les matières du moyen âge, M. Léopold Delisle, dont les sentiments religieux sont bien connus, a déclaré, à la séance du 25 avril dernier de l'Académie des inscriptions, que la Note soumise à l'Académie des sciences n'était pas de nature à modifier son jugement en ce qui touche le caractère apocryphe du saint suaire de Turin, les arguments présentés antérieurement par M. l'abbé U. Chevalier contre l'authenticité « lui paraissant avoir conservé jusqu'ici leur valeur ».
II. — Le suaire de Turin et le texte des Évangiles.
J'ai fourni la démonstration de l'inauthenticité du suaire de Turin pour tous ceux qui, croyants ou non croyants, laïques ou ecclésiastiques, admettent la valeur de la preuve historique ; les documents que j'ai invoqués sont avoués par tous les défenseurs de la relique, notamment par M. Arthur Loth, qui leur oppose une raison de foi : les empreintes visibles au suaire, constituant un négatif an sens photographique, sont achéiropoiètes (d) et surnaturelles. J'ai dit que les auteurs de la Note s'étaient interdit ce recours. Néanmoins ils assurent que les effigies, étant négatives, ne peuvent pas être une œuvre exécutée par le pinceau d'un artiste.
Quel sera donc, dans l'hypothèse de l'explication naturelle des empreintes négatives du suaire, « l'homme qui a produit ces empreintes et dans quel état, sans doute bien exceptionnel, se trouvait son cadavre ? – Eh bien ! cet homme n'est autre que le Christ ». Après les présomptions favorables tirées du réalisme de certains détails, la Note poursuit : « Ce sont donc les conditions de l'ensevelissement du Christ qu'il fallait étudier. Cette nouvelle étude s'est prêtée à des vérifications très précises, tant expérimentales qu'historiques. » Après qu'il a été constaté que « toute substance émettant avec lenteur et régularité des vapeurs capables d'agir chimiquement sur un écran convenable produisait des images négatives équivalentes à celle du suaire », les expérimentateurs « se sont placés dans les conditions physiologiques et chimiques dans lesquelles se trouvait le cadavre du Christ. Sachant que l'aloès avait été employé lors de l'ensevelissement du Christ, ils ont fait agir sur des linges imprégnés d'une mixture d'huile et d'aloès les vapeurs ammoniacales provenant de la fermentation de l'urée, que contient en grande abondance la sueur fébrile : tout homme mort après de longues souffrances aura émis une pareille sueur. Eh bien ! les vapeurs ammoniacales brunissent la mixture d'aloès en donnant une teinte rougeâtre identique à celle qu'on voit sur le suaire, teinte qui rappelle celle du sang séché ancien. Ces vapeurs donnent des images négatives… L'accord avec les circonstances historiques de l'ensevelissement est d'une précision inouïe ; il était nécessaire que le cadavre ne fût ni lavé, ni oint, ni serré dans des bandelettes : or, il ressort de la lecture du texte original des Évangiles qu'il en fut bien ainsi. Il était nécessaire, d'autre part, que le corps ne restât pas dans son linceul assez longtemps pour se décomposer. Or chacun, quelles que soient ses opinions religieuses, sait que, le dimanche de Pâques, le tombeau était vide. »
Il y a là quatre assertions essentielles contre lesquelles je dois m'inscrire en faux : 1° les Évangiles ne disent pas que le corps de Jésus ait été mis au tombeau sans les soins d'un lavage ; 2° ils n'autorisent pas à parler uniquement d'un linceul sans emploi de bandelettes ; 3° moins encore d'un linceul enduit d'une mixture grasse renfermant de l'aloès ; 4° il n'est point admis par tout le monde que le tombeau qui avait reçu le corps de Jésus descendu de la croix ait été trouvé vide au bout de deux jours, ce qui suppose soit la résurrection au sens chrétien, soit autre chose, et exclut la décomposition du cadavre.
Les auteurs de la Note, n'étant pas au courant des travaux de l'exégèse biblique et n'ayant point consulté, malgré leur assertion si catégorique, le « texte original » des Évangiles, ignorent jusqu'à quel point toutes les circonstances du supplice de Jésus et des événements qui s'y rattachent immédiatement sont sujettes à caution.
Ils invoquent les Évangiles sans savoir qu'ils renferment deux versions, sensiblement différentes, des événements : l'une qui est celle des trois premiers Évangiles, dits synoptiques en raison de leur accord général ; l'autre qui est celle du quatrième Évangile placé sous le nom de saint Jean. Ces deux versions sont précisément en conflit sur les points qu'allèguent les auteurs de la Note, lesquels ont puisé, selon l'avantage de leur thèse, tantôt dans l'une et tantôt dans l'autre.
D'après les trois synoptiques qui représentent, au jugement général des critiques, la forme la plus ancienne de la tradition chrétienne, un personnage juif de marque, Joseph d'Arimathie, à l'exclusion des disciples et amis de Jésus, réclama auprès du gouverneur Pilate le corps, et la permission de le retirer de la croix et de lui donner la sépulture ayant été accordée, l'enveloppa dans un linceul acheté spécialement à cet effet et le déposa dans une tombe neuve. Ce personnage aurait-il omis de laver le corps, c'est-à-dire témoigné d'une négligence et d'une hâte inexplicables ? Cela n'est point probable, et le texte ne dit en aucune façon que le cadavre de Jésus ait été déposé au tombeau avec les tristes stigmates du supplice, sueur d'agonie ou traces de sang, c'est-à-dire sans la toilette préalable qui était d'usage, alors que le linceul lui-même était une étoffe achetée tout exprès en marque de respect et de pieuse sollicitude. Non seulement la Note n'est pas en mesure d'invoquer sur ce point le texte des Évangiles, mais elle se heurte aux vraisemblance les plus élémentaires [5].
Comment d'ailleurs MM. Colson et Vignon se représentent-ils l'emploi du linceul ? Le suaire de Turin est une sorte de bande qui dépasse quatre mètres ; on est obligé de supposer que le corps a été placé d'abord sur une moitié, les pieds affleurant une des extrémités, puis que la seconde moitié a été rabattue par-dessus la tête. Jamais linceul n'a offert de pareilles dimensions et n'a été disposé de telle façon. Un linceul, comme on le voit d'ailleurs par le type offert par les autres reliques de même ordre, est une pièce d'étoffe n'excédant pas de beaucoup la longueur du corps humain ; le cadavre étant déposé au centre, les grands côtés sont rabattus sur le devant, en même temps que les petits côtés sont ramenés sur la tête et sur les pieds ; le corps est ainsi enveloppé et en quelque sorte emmailloté, moulé dans l'étoffe, qui offre des plis de toute espèce, tandis que, pour expliquer la régularité des empreintes, il faudrait supposer un linge disposé à plat, en guise d'écran, comme ces messieurs ont dû eux-mêmes en faire l'aveu.
Continuons l'examen de la version de la mise au tombeau, d'après les synoptiques. Il y est question, sans doute, seulement d'un linceul, sans emploi de bandelettes, mais on ne dit en aucune façon qu'on ait négligé la toilette préalable du corps, qui aurait fait disparaître la sueur nécessaire aux émanations ammoniacales. Une nouvelle difficulté, celle-ci insoluble, est tirée de la circonstance que le linceul, en admettant pour un moment les dimensions proposées, ne pouvait pas être disposé à la façon d'un écran, à plus forte raison d'un double écran, de façon à ce que les vapeurs émises à la fois par devant et par derrière, de face et de dos, impressionnassent avec une régularité toute physique les deux moitiés de cette bande, de dimensions insolites, qui, pour bien faire, aurait dû être rabattue par-dessus un corps lui-même dépourvu d'épaisseur, comme le fait voir l'absence, aux photographies, d'un intervalle appréciable entre l'effigie antérieure et l'effigie postérieure. Et alors ! comment parler de creux et de reliefs, donnant des colorations plus ou moins accentuées ? Non, en vérité, tout cela ne se tient pas et l'hypothèse des actions naturelles est plus inadmissible encore que l'insoutenable hypothèse de l'irradiation électrique, dont M. F. de Mély avait fait bonne justice dans la Revue critique.
Il est indispensable, d'autre part, que le linceul-écran soit imbibé d'un mélange d'huile et d'aromates ; or, la version des synoptiques en ajourne l'emploi au surlendemain de l'inhumation, au moment précisément où le tombeau fut trouvé vide. Voici la version de saint Luc : « Les femmes venues de Galilée avec Jésus… virent le sépulcre et la manière dont le corps de Jésus y avait été placé ; s'en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums. Le jour du sabbat, elles se reposèrent ; mais, au premier jour de la semaine, à l'aube, elles se rendirent au tombeau, portant les aromates qu'elles avaient préparés. » Donc, les aromates divers n'ont pas été utilisés, les femmes qui se disposaient à compléter les soins déjà donnés au corps par Joseph d'Arimathie ayant trouvé la tombe vide.
Si nous consultons la version des mêmes événements telle que la donne le 4e Évangile, que nous tenons avec les critiques les plus autorisés comme une forme nouvelle, très hardiment modifiée, de la légende qui fut accréditée en premier lieu, nous nous trouvons en présence des assertions suivantes : Joseph d'Arimathie, comme à la version des synoptiques, demande au gouverneur romain et obtient de lui la délivrance du corps de Jésus. Avec le concours d'un nommé Nicodème, qui apporte pour sa part un mélange précieux de myrrhe et d'aloès évalué à cent livres (quantité extraordinaire et sans proportion avec les usages !) il entoure de bandes le corps de Jésus en utilisant les aromates [6]. Le surlendemain, lorsqu'on constate que le corps de Jésus n'est plus dans le tombeau, on s'aperçoit que les bandelettes gisent en désordre sur le sol de la tombe, tandis que le mouchoir de figure avait été roulé avec soin et placé à part.
On voit que la Note a pris arbitrairement dans la double version des synoptiques et de saint Jean les traits qui pouvaient convenir à sa thèse. Il lui fallait pourtant faire un choix, et il n'est permis à personne, sous prétexte de s'accorder avec tous les Évangiles, de ne respecter le texte d'aucun. Aux synoptiques ces messieurs empruntent l'emploi du linceul sans bandelettes d'embaumement ; à saint Jean l'emploi du mélange où entre l'aloès, sans s'apercevoir qu'il n'y est plus question d'un linceul, mais uniquement de bandes imprégnées d'une mixture aromatique et d'un mouchoir de tête, trois éléments (bandes, emploi des aromates, mouchoir de figure) qui sont incompatibles avec les synoptiques, lesquels ont renvoyé au surlendemain les soins de l'embaumement complet et définitif, tandis que saint Jean veut qu'il y ait été procédé dès la mise au tombeau. Naturellement, ce dernier traitement exigeait absolument la toilette préalable, et comment, en ce cas, la sueur d'agonie a-t-elle pu agir sur un linge imbibé d'un mélange aromatique ? Je répète, enfin, que les synoptiques n'ont aucunement écarté les soins d'une toilette sommaire que comportaient, au contraire, le scrupule manifeste et l'empressement avec lesquels Joseph d'Arimathie fait emplette d'un linceul neuf et dispose en faveur de Jésus de sa propre tombe [7] ou, tout au moins, d'une tombe toute neuve à son tour [8].
Très mal renseignés sur le contenu des Évangiles, malgré leur prétention d'ajuster leur prétendue démonstration aux détails du texte original, les auteurs de la Note ne sont pas mieux informés des opinions qui ont cours sur la façon dont on peut restituer les faits relatifs au supplice de Jésus, à sa mise au tombeau et aux événements qui en furent la suite. « Chacun sait, dit la Note, que la tombe était vide le surlendemain de la mise au tombeau. » En aucune façon, car les textes des Évangiles sont l'écho de la croyance en la résurrection de Jésus alors que celle-ci commença d'être envisagée d'une façon matérielle, comme un retour à la vie du corps mis en croix, et non plus, ce qui fut sans doute la forme première de la nouvelle foi, comme une série d'apparitions, d'un caractère indécis quoique réelles et nullement exclusives de la présence du corps de Jésus dans le sépulcre. Ceux qui sont honorés des apparitions de Jésus « ressuscité » se demandent parfois s'ils ont affaire à un esprit [9]. Et d'ailleurs, Jésus a-t-il été déposé dans une tombe, enveloppé dans un linceul ? La fuite éperdue de ses intimes devant l'issue tragique succédant à de si hautes espérances autorise toutes les suppositions, et celle-là entre autres que le corps du hardi prophète de la justice ait été abandonné au sort commun des misérables punis par l'ignominieux supplice de la croix, c'est-à-dire remis aux services de la police qui reléguait leurs tristes dépouilles dans une fosse sans honneur et sans respect. En tout état de cause, l'argument en faveur de la conservation des empreintes tiré de la circonstance d'un séjour limité dans la tombe, ne s'appuie nullement sur une donnée universellement admise.
III. — Les empreintes peuvent-elles provenir d'un cadavre ?
La prétention singulière des auteurs de la Note d'ajuster intimement leur hypothèse aux circonstances spéciales et exceptionnelles de l'ensevelissement de Jésus et de son séjour au tombeau s'est évanouie devant l'examen des textes évangéliques.
Rappelons notre point de départ. Les photographies de 1898, en donnant immédiatement une épreuve positive, ont fourni la preuve que les images, jusque-là entrevues assez confusément, « étaient modelées en négatif sur l'étoffe », ce qui exclut le pinceau du peintre et les couleurs de la palette.
Cette constatation trouve, d'après la Note, un appui dans une série d'observations. Je n'ai pu m'empêcher de sourire en voyant que M. Vignon, si facile ailleurs dans le choix de ses arguments, avait cru devoir prendre ses précautions contre… une erreur possible. Tel saint Thomas, passé en un instant de l'extrême scepticisme à la foi la plus entière. Avant de s'écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » il s'est entouré de renseignements recueillis avec une prudence presque soupçonneuse. « L'image de Turin, dit la Note, n'étant pas accessible, il fallait avant tout éprouver la valeur scientifique des photographies de 1898. M. Vignon les authentifia avec certitude. Il s'aida d'une photographie instantanée prise à la dérobée par un assistant au moment de l'ostension. Il rechercha et étudia minutieusement les copies et les descriptions du suaire échelonnées depuis 1375 jusqu'à l'époque actuelle. On a toujours vu sur l'étoffe ce que nous voyons sur les photographies ; mais, comme on ne comprenait pas la signification de ces images, on les a fort inexactement copiées. Nul ne pouvait même les déchiffrer sans s'aider d'un appareil photographique ; par suite, nul n'aurait pu les inventer. » D'autre part, les effigies portées au suaire, telles qu'elles sont apparues dans les photographies, ne dérivent d'aucune œuvre picturale déterminée, et ne se rattachent point à l'art du moyen âge, qu'elles dépassent singulièrement par la facture, par les connaissances anatomiques et notamment par la puissance de l'expression. Il ne peut pas être question, en conséquence, d'une peinture banale, transformée ultérieurement en négatif par une altération chimique. C'est bien une oeuvre autopoiète, qu'on peut définir comme produite, non par un contact direct avec un corps, mais par l'exposition d'une étoffe recevant les effluves régulièrement émis par un corps humain placé dans un certain état physiologique et impressionnant ladite étoffe conformément aux lois d'une action physique dans un milieu soustrait à toute perturbation, en sorte que tous les détails du relief apparaissent dans la mesure de l'écart qui séparerait les différentes parties du cadavre du drap funéraire.
Un artiste du XIV° siècle aurait, d'ailleurs, reculé devant des détails empreints d'un réalisme audacieux. Un peintre n'aurait fait ni si bien, ni avec aussi peu de ménagements pour les traditions ; à plus forte raison pour un fraudeur. « Quelques exemples : les plaies des mains sont dans les poignets ; la plaie du côté est à gauche parce que les empreintes font passer les détails d'un corps de la droite à la gauche ; non seulement le Christ est nu (chose inconvenante), mais il est flagellé jusque sur les parties charnues. »
Ces remarques sont du domaine de l'histoire de l'art sacré ; les spécialistes pourront dire si ces faits sont de nature à exclure, – ou à rendre très difficilement acceptable, – l'hypothèse d'une composition picturale exécutée vers 1360 [10]. Pour ma part, je n'en suis pas autrement frappé ; je trouve que les effigies sont, en somme, d'une belle facture, notamment le visage. Quant aux détails, j'ai grand'peine à admettre, tant que les hommes du métier ne se seront pas prononcés, qu'il y ait là des circonstances sans précédent ; je voyais tout à l'heure, au quartier Saint-Sulpice, des Christs avant la mise au tombeau exécutés en plâtre colorié dans une note tellement brutale que les signes de la décomposition cadavérique apparaissaient nettement. L'artiste (?) a cru ainsi satisfaire certains goûts. Dans ces arguments il y a une trop grande part à faire au sentiment personnel pour qu'on puisse y chercher un solide point d'appui. Que diraient ces messieurs si je faisais la remarque que je n'admets nullement le coup de lance du soldat romain que le 4e Évangile est seul à mentionner et en tirais, ce qui serait mon droit, argument contre l'authenticité du suaire ? La solution du curieux problème posé par les photographies n'est pas dans les considérations de cet ordre.
La question qui se pose est en ce moment : La formation des empreintes, telles qu'on les connaît par la photographie, peut-elle être expliquée par l'action d'un cadavre ? Nous allons voir que ta chose est impossible.
J'admets pour un moment avec ces messieurs, et contrairement aux textes des Évangiles, que le corps du Christ, recouvert lui-même d'une abondante sueur d'agonie, a été disposé dans un linceul de forme et de proportions exceptionnelles, rabattu en deux dans le sens de la longueur et enduit d'une mixture grasse où entrait l'aloès, sans bandelettes, d'autre part, et sans l'emploi du linge-mouchoir, posé directement sur le visage [11]. Une des moitiés du linge est sur le sol de la tombe, qu'on suppose sans doute avoir offert une surface absolument plane. Ce détail à lui seul suppose un dallage soigneusement exécuté, tandis que les tombes juives consistaient en fours ou alvéoles creusés dans un calcaire facile à travailler et ne prétendant point à un dressage géométrique. Mais n'insistons pas sur ce point, qui est secondaire. En revanche, il faudrait expliquer comment, la face postérieure du corps appuyant de tout le poids de celui-ci sur la portion du drap mortuaire qui recouvrait le sol de la loge funéraire, des émanations ont pu s'en dégager régulièrement de façon à impressionner l'étoffe, selon l'exacte proportion des creux et des saillies. Sur le côté dos, nous n'aurions eu, cela est évident, que de grossières empreintes par contact. Passons au côté face : le drap mortuaire est rabattu par-dessus la tête jusqu'aux pieds. Par son propre poids, il s'affaisse et suit grosso modo le relief du corps, dont il épouse à peu près les formes. Pour admettre l'hypothèse des émanations, il faut supposer un linge disposé à la façon d'un écran, c’est-à-dire dépourvu de tout point de contact avec le corps, étendu au-dessus de lui à une certaine distance. Pour entrer dans les vues de ces messieurs, il est nécessaire d'imaginer la disposition suivante : le corps suspendu entre deux écrans d'étoffe tendue, n'offrant ni plis ni creux. Comment, sous l'obsession de l'idée fixe qui les dominait, n'y ont-ils pas pris garde ?
Autre remarque : les deux empreintes (face et dos) sont séparées au sommet de la tête par un intervalle de 1 à 2 centimètres. Est-ce là l'épaisseur d'un corps humain ? Si l'on imagine, en effet, que les effigies doivent leur origine à un objet placé entre les deux moitiés du drap, cet objet se trouve réduit à l'épaisseur d'un carton ou d'une lame de bois. Sont-ce là, je le répète, les dimensions qui conviennent à l'épaisseur d'un cadavre, interposé entre les deux moitiés du linge funéraire ?
Donc, dans l'hypothèse de la production des empreintes par un corps humain placé entre les deux feuillets du drap mortuaire, il faudrait que les têtes fussent séparées par un intervalle de 30 centimètres environ, sinon davantage. Et, pour réaliser les conditions indispensables au système des émanations ammoniacales impressionnant le drap funéraire, il faut, entre deux écrans d'étoffe tendue : 1° un intervalle séparant le drap de fond du dos ; 2° l'épaisseur maximum du corps ; 3° un second intervalle entre le drap de face et la partie antérieure du corps, soit 1 mètre au moins, espace que la photographie du suaire devrait faire apparaître entre les têtes.
Cette constatation élémentaire suffit à ruiner l'hypothèse des « sueurs ammoniacales » ; M. de Mély avait déjà, dans la Revue critique, fait voir que l'hypothèse des « rayons Roentgen » se heurtait à une impossibilité de même nature, les têtes ayant dû se fondre en une masse commune.
Et puis, j’ai fait à ces messieurs des concessions que je ne puis maintenir. La vérité, ainsi que je t'ai dit plus haut, est que les corps étaient enveloppés dans un linceul que l'on rabattait sur le devant par les grands côtés, sur la tête et les pieds par les petits côtés. Un tel linge, très mal à propos dit suaire (car le suaire, sudarium, est simplement le mouchoir de figure), épousait tous les reliefs du corps et présentait des plis nombreux, surtout dans les parties où les côtés se rabattaient : ligne médiane du corps vu de face, tête et pieds (par devant). C'est ainsi que nous devons nous représenter les choses d'après les trois premiers Évangiles, le linceul-suaire n'étant, d'ailleurs, point imbibé de matières grasses. D'après le 4e Évangile, tout au rebours, le cadavre avait été, aussitôt après la descente de croix, l'objet d'un traitement plus complet : l'entortillement des membres et du corps au moyen de bandelettes imprégnées d'aromates, la figure recouverte par un mouchoir, exactement ce qui se passe pour la mise au tombeau de Lazare [12].
Nous sommes ainsi dans la nécessité de conclure : Les empreintes, telles qu'elles apparaissent dans les photographies, ne peuvent pas provenir d'un corps, celui du Christ ou de n'importe quelle autre personne.
Et si ces messieurs se défendent contre cette conclusion, je leur fais la proposition suivante : Prenez un cadavre, plongez-le dans un liquide ammoniacal et placez-le entre les deux feuillets d'un drap préparé comme vous l'entendrez. Vous nous ferez voir les résultats obtenus après deux jours d'expérience.
IV. – Les empreintes sont-elles négatives ?
II reste à examiner pourquoi les épreuves photographiques de 1898 ont fourni un positif au lieu du négatif qu'on attendait, ce qui a déterminé les partisans de l'authenticité à déclarer que les effigies elles-mêmes étaient négatives. Cette assertion primordiale et essentielle est à la base des raisonnements de M. Arthur Loth ; elle a fourni le point de départ des expériences de M. Vignon, résumées dans la Note du 21 avril. Toutes les recherches de ce dernier ont pivoté sur cette question : Comment rendre compte par voie expérimentale du caractère négatif des empreintes visibles au saint suaire de Turin ?
La photographie a donné un positif, à la grande surprise des spectateurs ; on en conclut, sans plus d'enquête, au caractère négatif des images. Mais est-ce là un cas unique et qui ne soit susceptible d'aucune autre explication ? La parole sur ce point est avant tout aux personnes versées dans l'art de la photographie et aux physiciens. Nous sommes cependant en mesure de produire sur ce point quelques réflexions qui engageront les hommes de sang-froid à se tenir sur leurs gardes. L'auteur des photographies, M. Secundo Pia, a opéré selon un procédé nouveau, dont il n'a pas fait connaître les particularités. D'autre part, le cas ne s'était-il jamais produit et ne conviendrait-il point d'en chercher l'explication dans une altération chimique de substances ou quelque raison purement physique ?
Mais, là encore, il semble qu'il soit inutile de s'engager en de longs débats si, comme l'affirme M. F. de Mély, le suaire a été photographié par transparence au lieu d'être éclairé par devant. « Ce négatif, dit M. de Mély, point de départ d'une véritable croisade… ne devait-il pas venir nécessairement, puisque c'était par transparence qu'on photographiait le suaire ; toutes les épaisseurs de peinture blanche donnaient forcément un noir, donc. » Pour ma part, j'ai répété l'expérience à peu de frais en décrochant un portrait à l'huile et en le regardant par transparence à la lumière du jour et à celle de la lampe ; j'ai été mis ainsi en présence d'une image analogue à un négatif de photographie et susceptible de donner un positif. En ai-je conclu que ledit portrait était négatif ? En aucune façon.
Une peinture photographiée par transparence donnera-t-elle un positif ? C'est ce qu'il fallait vérifier tout d'abord, et la parole, sur ce point, est à MM. les photographes, amateurs ou professionnels. Si la réponse est affirmative, la cause est entendue et l'hypothèse de la Note est ruinée dans son point de départ.
Voyons ce que nous sommes en mesure d'avancer à cet endroit. À la suite de la publication par les journaux de la note du 21 avril, M. de Mély fait savoir ce qui suit : « Il y a là, à la Bibliothèque nationale, un suaire sur étoffe que m'a fait connaître M. Bouchot, l'éminent conservateur du cabinet des estampes ; je l'ai photographié avant-hier et j'ai obtenu, moi aussi, à Paris, une « épreuve négative », tout comme celle de Turin.
« La chose est bien simple, c'est une épreuve d'une gravure sur bois « imprimée » et « non peinte » sur une étoffe.
« Elle a été tirée en rouge : toutes les parties éclairées, qui sont rouges par conséquent, viennent en noir, tandis que les demi-teintes grises viennent simplement en gris et, par suite, beaucoup plus claires que les portions en pleine lumière… »
Cette constatation semble de nature à mettre fin au débat. M. Vignon déclare, pour sa part, qu'il a pris la précaution d'authentifier les empreintes du suaire par une photographie prise à la dérobée au moment de l'ostension ; mais il ne nous dit pas de quelle nature était l'éclairage, par devant selon les conditions normales, ou par derrière selon ce qu'affirme M. de Mély, pour les photographies de M. Pia ; il ne dit pas non plus s'il a obtenu un négatif ou un positif. La brochure de M. Loth ne m'a pas renseigné clairement sur ce point.
Si donc l'on confirme par silence ou par aveu que les photographies de 1898 ont été obtenues par transparence, les empreintes du suaire auront assurément agi dans l'espèce en qualité d'images négatives, mais elles n'ont agi ainsi qu'en raison d'un éclairage exceptionnel. Conclusion : Il n'est pas établi que les empreintes ou effigies de Turin soient négatives.
V. — L'absence de vérification expérimentale.
Nos lecteurs, s'ils ont pris la peine de nous suivre dans la série de nos déductions, sont maintenant édifiés sur l'authenticité du linceul ou suaire exhibé en pompe à Turin en 1898. Nous avons fait voir :
1° Que les effigies du Christ sont, documents historiques en main, l'oeuvre d'un peintre du XIVe siècle ;
2° Que l'hypothèse de la Note, loin de s'adapter au texte des Évangiles, est avec ces textes dans le désaccord le plus formel ;
3° Qu'un corps enveloppé dans un linceul, dans n'importe quelles conditions qu'on suppose ce corps et ce linceul, ne peut être la cause naturelle des empreintes du suaire-linceul de Turin ;
4° Qu'il n'est pas établi que lesdites empreintes soient négatives, l'aspect positif des photographies de 1898 s'expliquant, soit par cette simple condition que le suaire a été photographié par transparence, soit par quelque raison dont une vérification expérimentale du suaire fera sans doute connaître la vraie nature.
Il nous reste à dire que les auteurs de la Note se seraient épargné cette lamentable déconvenue si eux, hommes de laboratoire, s'étaient conformés à la condition élémentaire de toute vérification expérimentale et scientifique, qui consiste à opérer sur les objets eux-mêmes et non sur l'interprétation donnée à une circonstance relative auxdits objets.
En ce qui concerne le point traité en dernier lieu, je les mets en demeure de nous soumettre des photographies faites sur le suaire par éclairage direct ; si elles sont positives, il restera encore à rechercher quelle explication il convient de donner du caractère négatif des empreintes du suaire, l'hypothèse des émanations chargées d'urée étant inapplicable au cas présent ; si elles sont négatives, le débat est clos immédiatement.
J'avais fait remarquer précédemment que leur hypothèse ne prendrait corps que dans la mesure où ils auraient obtenu des empreintes analogues par le moyen d'un cadavre mis dans les conditions qu'ils ont eux-mêmes énoncées. Ce serait alors, non une preuve, mais une possibilité – je ne puis pas dire une présomption, à cause des preuves accumulées en sens contraire – sauvegardant leur qualité d'expérimentateurs scrupuleux.
Le suaire de Turin, dites-vous, est inaccessible. Et pourquoi le serait-il, sinon parce que ses détenteurs ont tout à perdre, rien à gagner, à écarter une vérification proprement dite, consistant à soumettre à des chimistes un fragment du suaire, lesquels chimistes, loupe et réactifs en main, constateront si l'étoffe porte ou non une peinture ? Le chef de la maison de Savoie-Italie a autorisé les photographes ; sa foi en la relique qu'on prétend être tenue pour le palladium, le « fétiche » d'une famille souveraine, ne lui fera-t-elle pas accepter ce moyen de faire taire les doutes, disons mieux, la réfutation dont M. l'abbé Chevalier a réuni les éléments, et dont M. Léopold Delisle a déclaré, le 25 avril dernier, que les conclusions conservaient toute leur valeur ? Nous mettrons ici sous les yeux de nos lecteurs un extrait du Journal des Savants de septembre 1900, visé dans cette dernière communication : « L'auteur, M. Chevalier, a démontré par des arguments irréfutables que ce suaire, primitivement déposé dans l'église de Lirey, en Champagne, est tout simplement une représentation faite au XIV° siècle du linceul dans lequel Notre-Seigneur fut enseveli. Cette thèse avait déjà été soulevée par M. Lalore, mais M. Chevalier l'a corroborée par des arguments nouveaux et il a réduit à néant les objections qui lui avaient été opposées dans ces derniers temps.
« La thèse de l'abbé Lalore et du chanoine Chevalier doit donc être considérée comme définitivement établie. »
Si les auteurs de la Note avaient pris la peine de s'informer de l'état de la question avant d'entreprendre leurs études de laboratoire, ils auraient compris que tout le débat était subordonné à une question préjudicielle : l'examen chimique du suaire dénote-t-il la présence d'une peinture exécutée par le pinceau d'un artiste ?
Cette vérification, ils ne l'ont pas faite, et l'ensemble de leurs curieuses expériences nous apprendra tout ce qu'on voudra, excepté la « vérité sur le saint suaire de Turin ».
Hypnotisés par l'assertion qui écartait la supposition d'une peinture sous prétexte d'effigies négatives, ils ne se sont même pas demandé si ce caractère négatif des empreintes était acquis à la science et si cette apparence négative ne comportait pas une autre solution, soit celle que nous avons reproduite d'après M. de Mély et qui repose sur l'éclairage de l'objet, photographié non par devant, mais par transparence, soit une autre [13].
Aux quatre arguments exposés plus haut, nous en ajouterons, en conséquence, un cinquième et dernier :
5° Le suaire n'a pas été l'objet d'une vérification expérimentale de nature chimique. Et, tant que cette vérification n'a pas été faite pièces en mains, il n’est permis à personne d'affirmer que les effigies du suaire ne sont pas des peintures.
La note présentée par M. Yves Delage, au nom de MM. Vignon et Colson, à l'Académie des Sciences, dans la séance ordinaire du 21 avril 1902, manque, nous l'avons établi, à toutes les conditions d'une recherche de laboratoire. Ses auteurs n'ont pas eu entre leurs mains l'objet dont ils traitent, bien que cet objet n'ait pas disparu et ne soit pas, en conséquence, non susceptible de vérification. Toute leur démonstration est fondée sur une assertion, qui pourrait reposer sur un véritable quiproquo, puisque le caractère négatif des empreintes, lui non plus, n'est pas établi expérimentalement. Enfin, l'hypothèse proposée se heurte aux impossibilités matérielles les plus sensibles, en même temps qu'elle écarte dédaigneusement les documents authentiques avoués par les maîtres de la critique historique, et invoque à tort et à travers les textes bibliques, insuffisamment étudiés.
Il y a là, si je ne me trompe, matière à de graves réflexions. Il semblerait que l'esprit de la science, le sens de la méthode, subissent une sorte d'éclipse. Distribuée en un trop grand nombre de petits compartiments, sans relations mutuelles, la recherche méthodique cesse d'être dominée par une philosophie générale, créant un lien entre les études exactes en matière de sciences positives ou de critique historique. Ainsi seulement peuvent s'expliquer, sinon s'excuser, dans le pays de Voltaire et de Renan, qui est aussi celui de Lavoisier, de Claude Bernard et de Pasteur, des propositions de la nature de celle que nous venons de soumettre à un examen d'ensemble et de détail tout à la fois. Puisse l'avertissement qui résulte de la tentative avortée du 21 avril porter ses fruits !
P. S. - Ce travail était déjà composé quand M. Henry Bidou a publié dans le Journal des Débats une étude où il insiste, après M. Vignon, sur le caractère réaliste et non conforme à la tradition des effigies marquées au suaire. Par une série de remarques, parfois ingénieuses, parfois très sujettes à caution, il s'est proposé d'établir que l'œuvre ne peut se rapporter à l'art du XIV° siècle ; si les hommes compétents se rangent à ce sentiment, nous en conclurons que les images ont été retouchées à une date plus récente.
Le même écrivain est très frappé de la circonstance que les clous traversent les poignets et les chevilles ; il pourra s'assurer, en consultant la Vie de Jésus de Renan, que les malheureux condamnés au supplice de la croix n'étaient pas « suspendus » à la croix par les mains, le poids du corps portant sur celles-ci, mais maintenus par une pièce de bois passant entre les jambes et formant chevalet. Les pieds n'étaient pas toujours percés, mais parfois rattachés au fût de la croix par des cordes. Saint Luc est pour l'un de ces systèmes, saint Jean pour l'autre ; le premier (XXIV, 39) parle des marques des clous dans les mains et dans les pieds, sans mention de la blessure du côté, qui est inconnue des synoptiques ; le second (XX, 25 et 27) mentionne les blessures des mains et du flanc en gardant le silence sur les pieds.
Enfin M. Bidou déclare – et sur ce point nous sommes en complet accord avec lui – que l'argumentation de M. Vignon repose en entier sur cette assertion, que « les images du suaire résultent d'une action chimique exercée à distance » et que « c'est là qu'une discussion sérieuse, si elle doit avoir lieu, doit se porter. » C'est bien ainsi que nous avons compris la chose quand nous avons établi plus haut que, pour admettre une action à distance sur les deux moitiés du linceul, il faut supposer entre elles un écart d'un mètre environ, écart que les photographies devraient faire apparaître entre les deux têtes côté face et côté dos. Sous ce rapport, l'examen des reproductions anciennes publiées dans les Lectures pour tous (mai 1902), donne lieu à une instructive comparaison. Dans ces reproductions, l'artiste, partant de l'hypothèse d'empreinte par contact, avait judicieusement ménagé un intervalle appréciable entre les têtes, écart que les photographies de 1898 nous montrent ne pas exister au suaire. Donc ces photographies, témoins authentiques et non suspects, interdisent et ruinent irrémédiablement, à la fois, l'hypothèse du contact et celle d'une action à distance exercée sur des linges disposés à la façon d'écrans. Elles se chargent de donner elles-mêmes le coup de grâce à l'interprétation qui a pris pour appui une des conditions dans lesquelles elles se sont produites, à savoir le caractère prétendu négatif des effigies.
Notes de Dominique Autié :
(a) [Il s’agit donc du texte lu à l’Académie des sciences par le Pr Yves Delage – voir notre présentation des protagonistes. Lorsque Maurrice Vernes évoque le travail des expérimentateurs sur lequel s’appuie ladite « note », c’est de Paul Vignon et de son livre qu’il s’agit.]
(b) [Texte de l’office célébré en sa mémoire.]
(c) [Du latin vidimus, « nous avons vu », est la copie certifiée d'un acte antérieur ; on dit que l'acte est vidimé.]
(d) [Orthographié encore acheiropoïète, avec un tréma, signifie « non peint de main d’homme ».]
Notes du texte original :
[1] À consulter : Le chanoine Ulysse Chevalier, correspondant de l'Institut : Le Saint Suaire de Turin est-il l'original ou une copie ? 1899. Du même, Réponse aux observations de Mgr,Emm. Colomiatti, 1900. Du même, Étude critique sur l'origine du Saint Suaire de Lirey-Chambéry-Turin, 1900. — Léopold Delisle, article dans le Journal des Savants, cahier de septembre 1900. — F. de Mély, articles dans la Chronique des Arts, 1900, p. 303 et la Revue critique d'histoire et de littérature, n" du 24-31 décembre 1900. Arthur Loth, Le portrait de N.-S. Jésus-Christ d'après le Saint Suaire de Turin avec reproductions photographiques, 1900.
[2] On s'en convaincra en se reportant aux indications fournies dans le travail de M. Loth, bien que lui-même conclue en un sens différent.
[3] Non pas de 1353, qui est la date de fondation de la collégiale, mais des environs de 1360.
[4] C'est en cette ville, en 1532, qu'eut lieu l'incendie où le suaire faillit disparaître. On crut même, comme on en trouve l'écho dans Rabelais, qu'il n'en subsistait rien ; or il avait échappé au désastre, non sans de sérieuses atteintes, dont il porte encore les marques.
[5] Je suppose que les auteurs de la Note, voyant que l'embaumement avait été renvoyé à un moment ultérieur, ont eu l'impression d'une mise au tombeau provisoire et précipitée. Cela ne les autorise nullement à affirmer ce sur quoi le texte est muet.
[6] Ainsi qu'on le verra tout à l'heure, un linge de petites dimensions, un mouchoir dit suaire, avait été placé sur le visage.
[7] Comme le dit saint Mathieu.
[8] Voici les passages des Évangiles à consulter : saint Mathieu, XXVII, 57 et suiv. ; saint Marc, XV, 42 et suiv., XVI, 1 et suiv. ; saint Luc, XXIII, 50 et suiv., XXVI, 1 et suiv. ; saint Jean, XIX, 38 et suiv., XX, 1 et suiv. Voici les termes dont use le texte grec original pour désigner l'emploi du linceul, puis celui des bandes avec le mouchoir de figure : ἐνετύλιξεν ἐν σινδόνι, ὲνείλησεν τῆ σινδόνι, ἐνετύλιξεν σινδόνι ; il enroula le corps dans un linceul ; ἔδησαν αὐτὸ ἐν ὀθονίοις, ils le lièrent de bandelettes ; le mouchoir est dit σουδάριον, suaire, linge pour essuyer la sueur du visage, qui est employé ailleurs, dans la même acception, à Saint Jean et aux Actes des apôtres.
[9] À une époque ultérieure, bien des années après l'Ascension, saint Paul déclare que Jésus lui est apparu dans les mêmes conditions qu'aux apôtres, bien qu'il le tienne pour résidant au ciel.
[10] Auquel cas on pourrait supposer les retouches, par exemple, après l'incendie de 1532.
[11] Le mouchoir qui avait été posé sur sa tête, dit saint Jean, XX, 7 : τὁ σουδάριον, ὃ ἦν ἐπῖ τῆς χεφαλῆς αὑτοὺ.
[12] Saint Jean, XI, 44, qui est le commentaire et la confirmation de ce qui concerne le Christ. — Donc (système des synoptiques), non pas des empreintes en plan, en projection, ce qu'est une carte géographique â un hémisphère, mais une sorte de décalque irrégulier, en quelque sorte un moulage du corps qu'on aurait déroulé, ou (système de saint Jean) une empreinte du visage sur le mouchoir de tête. En somme, et pour parler franc, rien du tout, puisque ni linceul, ni mouchoir n'ont été imbibés de matières grasses et n'ont pu être impressionnés par la sueur d'agonie, préservée au cas seul d'inhumation hâtive et sans soins.
[13] Il faudrait être renseigné exactement sur les procédés appliqués par M. Pia, qui s'est, d'ailleurs, montré un expérimentateur de grand mérite.
La préparation de ce dossier a requis un véritable travail éditorial. Nous remercions les personnes qui le reproduiront et feront état de cette controverse à partir des pages de ce blog de bien vouloir mentionner leur source. Voir la page d'accueil de ce dossier.
D'avance, merci.
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | |||
| 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 |
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 |
| 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 |
| 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | |

Index général
Le fil du temps
Jours précédents
ÉDITION EN LIGNE
Thésaurus de l'éphémère
Paul-Émile Autié
Alcoolisme abstinent
De l'alexithymie
Indications
All the world's a stage
Le sac de billes
Wara'
Corps préparés
Manuels portatifs
Qu'est-ce qu'on va devenir
about Dominique Autié
L'agenda / bloc-notes








