Revue scientifique, n° 26 du 28 juin juin 1902, pp. 812-813
[CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE]
Le Linceul du Christ. Étude scientifique, par Paul Vignon. – Un vol. in-4°, avec 38 figures dans le texte et 9 planches hors texte ; Paris, Masson, 1902. – Prix : 15 francs.
Nos lecteurs connaissent, par l'article de M. Vernes et la réponse de M. Vignon, que la Revue a donnés dans son numéro du 17 mai, la question du saint suaire de Turin.
Rappelons cependant qu'il existe en effet à Turin, précieusement enfermé dans un coffret à serrures multiples, un long drap de lin. C'est une étoffe d'un ton jaune nankin, qui porte diverses empreintes. Les unes sont des traces noires de brûlures ; les autres, les cernes clairs d'un filet d'eau. D'autres enfin, d'un rouge brun, reproduisent l'image effacée, incomplète et déformée d'un corps humain. Cette image même est faite de deux images : l'une de face, l'autre de dos, qui se succèdent sur le prolongement l'une de l'autre, et réunies par la tête. Cette pièce de toile est vénérée comme étant le linceul de Jésus-Christ.
Cette relique, d'une authenticité suspecte (on ne trouve aucune trace de son existence avant le XI° siècle) et ordinairement cachée avec un soin jaloux, fut montrée au public en 1898. Elle fut alors photographiée par M. Pia. On sait qu'un cliché développé porte une image négative, c'est-à-dire à valeurs inversées. Or il se produisit cette chose surprenante : sur le cliché, le négatif des taches brunes du linceul figurait très exactement l'image positive d'un homme étendu, nu, les mains croisées devant le corps.
À la suite de cette constatation, des polémiques ardentes s'engagèrent. Les uns soutinrent que ces images extraordinaires et même uniques étaient surnaturelles ; les autres affirmèrent que le suaire portait une vulgaire peinture, datant de 1353. Les photographies de M. Pia tombèrent entre les mains de M. Vignon, qui reconnut aussitôt l'intérêt exceptionnel du problème ; ces documents, étudiés d'abord à la Sorbonne avec un scepticisme complet par des hommes de science dont le rôle n'est pas de se fier aux vieilles traditions, revus ensuite avec une attention croissante, parurent bientôt dignes d'une étude minutieuse.
Ce sont les résultats de cette étude, poursuivie pendant un an et demi, que M. Vignon présente dans ce livre qui s'adresse au public instruit, non seulement aux hommes de laboratoire et aux archéologues, mais aux historiens, aux physiciens et aux artistes.
Dans une série de chapitres, M. Vignon étudie l'aspect et la disposition des images visibles sur le saint suaire, l'impossibilité d'une peinture en négatif, l'impossibilité d'une transformation chimique, les caractères des impressions par contact et l'impossibilité de cette impression dans le cas actuel, l'action des vapeurs de zinc sur la plaque sensible, l'action des vapeurs ammoniacales sur l'aloès, l'examen des stigmates marqués sur le corps, la comparaison avec les textes relatifs à l'ensevelissement du Christ. La deuxième partie du volume est consacrée à l'étude archéologique des copies et descriptions du saint suaire ; à l'examen de ce suaire au point de vue esthétique, au point de vue historique, et c'est par les strictes et minutieuses méthodes des sciences naturelles, par une suite d'expériences confirmées par d'ingénieuses et élégantes démonstrations que l'auteur a été conduit à conclure que la relique de Turin est réellement authentique et que ce linceul a bien servi à envelopper le corps du Christ.
Après avoir pris connaissance des critiques adressées à M. Vignon par M. Vernes, et de la réponse de M. Vignon à ces critiques, nos lecteurs seront sans doute curieux de contrôler, sur les belles planches contenues dans le livre de M. Vignon, la valeur des arguments apportés de part et d'autre, et pourront ainsi être à même de se faire une opinion personnelle sur cette question, d'un intérêt vraiment passionnant.
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