blog dominique autie

 

Samedi 22 avril 2006

10: 50

 

5. – Paul Vignon
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« Réponse aux nouvelles observations
de M. Vernes »

Revue scientifique, n° 23 du 7 juin 1902, pp. 721-722

 

 

[VARIÉTÉS]

 

Nous ne ferons qu'une réponse extrêmement brève aux nouvelles critiques que M. Vernes présente, tant dans la Revue Scientifique du 24 mai que dans La Raison du lendemain. Ce sera, d'ailleurs, notre dernière réplique à M. Vernes. D'une part, en effet, il n'est pas en notre pouvoir de le contraindre à prendre connaissance de notre ouvrage et, d'autre part, s'il avait cette fois encore jugé convenable de nous lire, il se serait abstenu de continuer à parler comme il le fait.

M. Vernes a déclaré vouloir concentrer la discussion sur quelques points très limités. Inutile de définir à nouveau les empreintes par contact et les impressions chimiques qui obéissent à la loi des distances : M. Vernes est le seul à n'avoir pas compris. Pour ce qui est de l'écart des deux têtes qu'il juge à peine suffisant pour avoir logé une feuille de carton et qu'à plusieurs reprises il a évalué à 1 ou 2 centimètres, il m'accuse d'avoir esquivé la discussion. Or il n'y a pas de discussion possible : M. Vernes a simplement oublié de ramener aux proportions réelles l'écart qu'il mesurait sur les photographies de M. Pia [1]. J'avais hésité à dévoiler aussi nettement son erreur. Même réponse sommaire à l'égard de la différence de longueur des deux silhouettes : M. Vernes a examiné la chose avec soin et décrète que cette différence est d'un sixième environ ; or elle est à peine d'un treizième et provient uniquement de ce que, sur l'image face, les pieds sont restés en dehors des limites de la plaque. Inutile également de nous appesantir sur la beauté des images, dont M. Vernes convient maintenant : mes héliogravures, agrandies ou non, ne sont pas responsables de cette beauté, car rien n'est plus impressionnant que l'épreuve photographique obtenue par application directe sur les clichés de M. Pia.

Les silhouettes de Turin sont enfin des négatifs : c'est bien heureux. Mais MM. Vernes et de Mély s'abusent étrangement s'ils croient avoir trouvé une explication convenable de ce fait. Tout d'abord, ce n'est pas M. de Mély qui aura l'honneur d'avoir fait connaître cette explication : c'est moi-même qui l'ai suggérée tout le premier et qui en ai immédiatement démontré l'inanité (chap. Ier, § III de mon livre). Les « expériences » de M. de Mély resteront stériles. Il ne s'agit pas de faire voir qu'une silhouette modelée en négatif constitue un négatif : cela vraiment, nous nous en doutons. J'ai prouvé qu'il n'y avait aucune commune mesure entre le document original et les mauvais négatifs réalisés, depuis le XIV° siècle, avec l'intention de contrefaire, ou de reproduire, l'étoffe des Charny ; j'ai démontré que le fraudeur du moyen âge, quand bien même il eût voulu imiter les conditions d'une empreinte, eût été matériellement incapable de peindre le saint suaire de Turin tel qu'il est. D'autre part, ces images, du seul fait qu'elles sont des négatifs depuis le XIV° siècle, n'ont pas pu, matériellement, être embellies par des retouches successives [2].

Les productions artistiques, capables de varier dans de si larges proportions suivant le génie propre du peintre ou du sculpteur, n'en obéissent pas moins à des lois profondes et immuables, aussi rigoureuses que celles qui président aux travaux scientifiques. Ces lois sont fixées par la constitution même du cerveau humain. C'est pourquoi une étude fondée sur la connaissance de ces lois peut être intitulée Étude scientifique, et c'est pourquoi j'estime avoir scientifiquement démontré que la thèse du fraudeur peintre est insoutenable. Ce premier point acquis, la proclamation de l'authenticité peut sembler, à quelques-uns, chose plus subjective, ainsi que mon éminent maître M. Delage l'a si bien expliqué. Il n'en est pas moins vrai que si les images de Turin, tout en résultant d'une impression chimique spontanée, ne se rapportaient pas au Christ, toutes les conditions, si étrangement précises, que nous avons tenté de dégager, subsisteraient intégralement ; il s'y ajouterait simplement une étrangeté nouvelle [3]. Ceux-là mêmes, qui ne consentiraient pas à nous suivre plus loin que la réfutation de l'hypothèse impossible de la fraude picturale, devraient être les premiers à proclamer l'intérêt scientifique de la question. Quant à ajourner l'un quelconque de nos contradicteurs jusqu'à cette enquête directe dont il est presque comique de voir M. Vernes s'attribuer complaisamment l'idée première [4]), nous ne songeons pas à le faire : comment donc ! mais sans avoir vu l'étoffe ni l'avoir tenue entre ses mains, M. Vernes n'admet-il pas, dès aujourd'hui, et le caractère négatif et la beauté des images ? Il ira encore plus avant dans la connaissance de la question, du moins nous aimons à en exprimer l'espoir ; toutefois il voudra bien continuer ses recherches sans nous : nous pensons avoir acquis le droit de le laisser poursuivre ses mensurations sans les rectifier désormais.

Paul Vignon.

 

 

Notes du texte original :

[1] Voici l'expression définitive de sa pensée sur ce point : « Comment prétendez-vous expliquer par l'interposition d'un cadavre deux effigies qui ne sont séparées que par un intervalle de 1 à 2 centimètres. » (La Raison du 25 mai.)
[2] Signalons en passant de nouvelles erreurs que M. Vernes introduit dans son interprétation des empreintes de Turin. Il croit que l'interversion entre la droite et la gauche du corps n'aurait pas lieu pour l'image dorsale ; c'est une erreur : les lois de cette interversion sont exactement les mêmes pour les deux silhouettes. Autre erreur : M. Vernes pense que, sur l'image dorsale, nous n'avons aucune raison pour « distinguer entre la droite et la gauche. » Nous sommes, au contraire, obligés de le faire, car le cadavre présentait, entre la crête de l'épaule droite et l'omoplate correspondante, une large ecchymose striée, dans laquelle nous avons reconnu la blessure résultant de la pression exercée par la croix. Cette ecchymose est visible à gauche sur l'image du linceul ; mais M. Vernes, n'ayant étudié les photographies que très sommairement, n'a jamais entendu parler de cette marque si réaliste.
[3] Nous avons fait connaître avec de grands détails les raisons pour lesquelles nous attribuons au Christ les images du linceul. Ces images, observées d'une façon tout à fait objective, nous conduisent toujours droit au Christ, à quelque point de vue que nous nous placions pour en faire l'élude.
[4] On voudra bien se reporter au paragraphe qui termine mon livre.

 

 

Lire la présentation des protagonistes de la controverse
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Lire la présentation du livre de Paul Vignon
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