blog dominique autie

 

Vendredi 26 mai 2006

23: 23

 

Malraux,

l'Orient, l'Occident… (1)

 

malraux_jeune
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Sans doute convient-il de qualifier cela de bonheur de l'incorrigible. Je m'efforce, ce soir, de m'en tenir à cette exégèse.

Voilà quelque temps [prenez des notes, je ne répéterai pas, je suis si fatigué], j'ai acheté le nouvel album de Gérard Manset, Obok, qui venait de paraître. Le tirage limité, qui comprend un petit livret de quarante-huit pages avec des textes – des méditations sur les neuf titres de l'enregistrement – que Manset réserve, écrit-il, aux fidèles d'entre les fidèles, et j'en suis. Le dernier chant d'Obok, l'un des plus beaux du disque, s'intitule La Voie Royale. Dans le booklet, Manset me confirme que le texte qu'il psalmodie, obscur et somptueux, est bien une évocation du roman de Malraux.

Toutefois, ce que Manset dit de Malraux dans son commentaire (ici, le propos devient plus discursif, plus hésitant) me fait sursauter. Il invoque le livre qu'un ami journaliste lui a prêté, sur Malraux et l'Indochine, sans autre référence. Un livre auquel l'autre tient comme au Saint Graal, précise Manset. Donc un livre épuisé. Que j'identifie sans trop de peine [1] et que je me procure dans la semaine par mon réseau de bouquinistes en ligne. Car mon intention est de parler d'Obok ici [je le ferai bientôt, enfin… si les lectures en abyme engagées à cause de Manset m'en laissent le loisir] et de tenter de démêler ce qui me paraît un quiproquo entre les deux hommes, qui me fascinent l'un et l'autre, dont les Orients respectifs me semblent tout aussi singuliers, dérogatoires, irréductibles à quelque notice, insolubles dans le nomadisme bien-pensant de l'époque.

Et ce soir, parvenu à la dernière volée de pages de l'essai de Walter G. Langlois, je comprends que mon sujet recoupe bien d'autres préoccupations, toutes plus pressantes les unes que les autres, bien au-delà de l'album de Manset : je n'avais pas encore convié Malraux devant le Taj, même si j'avais acquis à parution le précieux recueil André Malraux et la tentation de l'Inde que les éditions Gallimard ont coédité en 2004 avec l'Ambassade de France en Inde ; je n'avais pas non plus explicitement songé que devenir moi-même l'éditeur d'une collection intitulée « D'Orient et d'Occident » consistait à continuer de vouer à l'auteur des Antimémoires une sorte de piété quasi filiale. Je comprends surtout, dans une référence donnée in extremis par Langlois, que mon sujet tient sans doute dans les cinq pages d'un numéro de La Nouvelle Revue Française que Malraux consacre à ruiner le livre d'Henri Massis, Défense de l'Occident, paru le même mois que sa propre Tentation de l'Occident.

La critique de Malraux n'est pas reproduite dans le premier volume des Œuvres complètes en Pléiade. Mais comme on trouve tout sur Internet, j'ai aussitôt localisé un bouquiniste qui détient un exemplaire de ladite livraison de la NRF, pour un prix qui s'avérera certainement inférieur à celui des frais d'expédition.

Etc.

J'ai moins de temps que jamais. J'ai, ce matin, pour la première fois depuis plus d'un an, manqué le rendez-vous de la mise en ligne d'un nouveau billet, parce que je n'avais eu ni le courage, ni la disponibilité nécessaires pour en achever un. Je guetterai, fébrile, la réponse du libraire. Et relirai, en attendant, « D'une jeunesse européenne [2] », un autre texte nourri de l'aventure indochinoise que les Œuvres complètes n'ont pas repris non plus. Mais ce texte-là, je le détiens, je l'avais déniché bien avant qu'il suffise d'un clic de souris pour comprendre ce qui a bien pu échapper à Gérard Manset, quand il a grimpé le grand escalier délabré de la Poste centrale – à Phnom Penh, où Malraux et Chevasson furent jugés, en juillet 1924, pour le vol de bas-reliefs sur un temple d'Angkor.

 

 

[1] Walter G. Langlois, André Malraux, l'aventure indochinoise, Mercure de France, 1966.
[2] In « Les Cahiers verts », Grasset, 1927, pp. 129-153.

André Malraux au Siam fin 1923 ou début 1924, peu après son arrivée en Indochine.
Cliché de Clara Malraux (collection Florence Resnais) reproduit dans la publication du ministère des Affaires étrangères, André Malraux, sous la direction de François de Saint-Cheron, mai 1996, p. 7.

 

 

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Commentaires:

Commentaire de: Robert Marchenoir [Visiteur]
Ah! Gérard Manset... Vous aussi?

Personnellement, je l'ai un peu lâché depuis quelques albums. C'est lui ou c'est moi?
Permalien Dimanche 28 mai 2006 @ 23:07
"Finir pêcheur" "Quand tu Portes"...
Toutes Choses N° 002676, novembre 90

Amitiés, Louis-Paul
Permalien Mercredi 31 mai 2006 @ 00:02

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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