Je ressasse, depuis samedi, cette une de Libération.
Je suis allé sur le site du quotidien lire quel contenu illustre cette formule à l'emporte-pièce. Et j'ai compris, très vite, que le message tenait en deux lignes : la première pour stigmatiser la décision d'interdire la route, ce lundi, aux transporteurs professionnels ; la seconde, plus labile dans sa formulation, pour insulter ceux qui, en ce lundi, travailleront. Pas un mot des motifs pour lesquels, d'une seule voix, les salariés du service public ont conspué, en son temps, cette initiative d'une journée de travail offerte aux personnes âgées. Pas un mot des plus roués, qui ont demandé et obtenu de travailler une minute et quarante-six secondes de plus chaque jour ouvré de l'année (la farce comme l'un des modes de l'insulte…).
Un simple détour dans le premier traité d'anthropologie, un seul regard vers les vitraux de nos cathédrales suffiront aux plus incultes à découvrir – d'abord ahuris, puis méprisants à l'égard d'un tel état d'arriération syndicale – que les hommes ont longtemps tenu le fruit de leur travail comme ce qu'ils avaient de plus noble à offrir : à la terre nourricière, aux dieux, à Dieu, à leurs semblables.
Pour une fois, un contenu de quelque valeur pouvait être donné à cette sacro-sainte solidarité qu'on ânonne aux quatre vents, l'un de ces concepts dont l'usage inconsidéré – tel le mot éthique – nous a fait perdre tout sens moral.
L'immobilisation réglementaire des poids lourds n'a, dès lors, rien de choquant : elle procède de la même logique veule : les salariés du service public qui profiteront d'un week-end prolongé de plus, après la débauche de jours fériés du mois de mai, doivent circuler en toute sécurité. Cette mesure est citoyenne. Et tant mieux si elle insulte l'autre moitié de la France active – clou que Libération a cru devoir enfoncer – pour ces cons donc, qui s'obstinent à ne pas obtempérer.
Tel était le sens de la leçon d'immoralité politique – d'immoralité, tout court – que nous administrait Libération dans son édition du samedi de Pentecôte.
Aujourd'hui, à InTexte, nous travaillons. Sylvie Astorg a eu raison d'en indiquer clairement les motifs à nos collaborateurs : moraux, tout d'abord, parce que nous donnons la tête haute cette journée de l'entreprise pour ceux à qui, dès aujourd'hui et demain moins encore, les générations actives ne pourront garantir, comme c'est encore le cas pour très peu de temps, un grand âge tous frais payés ; pour des raisons de pure gestion, en outre, car cette journée, nous en versons concrètement la valeur à l'État, elle s'inscrit dans les charges de l'entreprise. De même que nos cotisations à l'Urssaf contribuent à financer le salaire des employés du service public. Nous donnerons n'importe quelle journée à celle ou celui qui en aura besoin pour des raisons personnelles, mais pas celle-là. C'est ainsi. C'est un principe. La morale est faite de principes.
Nous réalisons les trois quarts de notre chiffre d'affaires auprès de clients anglais, allemands, italiens. Cette journée d'aujourd'hui n'est pas con, messieurs les donneurs d'ordres ! Elle nous fait honte, tout simplement.
Comme nous met la honte au front – Juan Asensio a le courage de nous le rappeler – le sort fait à Peter Handke. Cette chronique-là est écrite, sur la Zone ; une sorte de sens de l'honneur me poussait à me charger de l'autre, en miroir. Voilà qui est fait. Qu'on n'attende de moi aucune repentance pour cette page, qui n'est sans doute pas du goût unique (comme la pensée du même qualificatif), unanimiste et mièvre qui sied, paraît-il, pour évoquer ces questions. Il est même inutile de me le faire observer.

…………………
………………………………CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
………………………………Retrouvez une chronique ancienne
………………………………Naviguez par thèmes…
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 |
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 |
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 |
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||

Index général
Le fil du temps
Jours précédents
ÉDITION EN LIGNE
Thésaurus de l'éphémère
Paul-Émile Autié
Alcoolisme abstinent
De l'alexithymie
Indications
All the world's a stage
Le sac de billes
Wara'
Corps préparés
Manuels portatifs
Qu'est-ce qu'on va devenir
about Dominique Autié
L'agenda / bloc-notes








