blog dominique autie

 

Vendredi 9 juin 2006

05: 56

Célébrations

 

X

 

L'abstinence

 

 

pygargue

 

Appelons, cette fois, un chat un chat. La page que voici ne redouble pas cette autre-là. Je m'avance à mains nues, je renonce à situer mon propos entre la définition du dictionnaire et je ne sais quelle thèse officielle, nécessairement bourrée de bons sentiments. [J'ai entré le mot dans la recherche d'images de Google, pour voir : je suis tombé sur tous les sites américains qui prônent l'abstinence sexuelle jusqu'au mariage. C'est à hurler. À fuir – d'autres diront : à se prendre une bonne cuite, illico.

Le mot paraît hors d'usage. Au premier pas, la langue ferait-elle défaut ? C'est partir du plus loin. Du fond du trou.]

*

L'évidence est telle qu'on doit la rencontrer formulée ici ou là, peut-être même dans les lieux nauséabonds que j'évoquais il y a un instant : elle est le contraire du manque. C'est d'ailleurs pour cette raison que le mot existe. On dispose, sinon, de renoncement, privation, refus, déni. Ou encore de : morale, dogme, interdit (volontairement, je laisse à part règle, qui peut servir, et Loi, avec sa capitale, qui nous surplombe).

[J'oubliais : peur.]

*

L'alcoolique abstinent n'a pas peur. Juste froid aux yeux.

*

Au début, l'abstinence de l'alcoolique est un fragile équilibre entre d'immenses bénéfices qui ne sont encore qu'entrevus et un manque que la cure a déporté vers une forme très étrange de faim : une salivation parfois intempestive, toujours réglée sur l'heure des repas. Hors de question de ne pas répondre par retour à ce message enzymatique. Entre les repas, c'est le quartier de pomme salvateur. Et un rigorisme étroit – qui donne le ton à l'entourage – quant au moment de passer à table. Une négligence domestique peut vous faire rechuter. Au point qu'être seul signifie être maître de ses heures (il ne doit plus exister, peu s'en faut, que les moines et les militaires encasernés pour se plier collectivement à l'horaire immuable, pour l'ingérer comme modus vivendi).

Heures [qui signifie office dans le vocabulaire liturgique, et prière par ellipse puis métonymie], grandes et petites. La sonnerie du réveil, la perfusion de café fort, la gamelle des chats, la grande gorgée d'eau du milieu de la matinée (au goulot) : je prie, sans savoir que je prie. La prière – l'heure – me prend en charge. Me porte, me déleste et m'allège d'une ancienne angoisse qui rôde encore [je parle des premiers temps de l'abstinence, qui peuvent durer de six à douze mois]. C'est la seule chose – cette dimension primale mais essentielle de la prière – qu'il serait inutile d'enseigner à l'alcoolique abstinent novice d'un ordre régulier.

*

[Vous trouvez que tout cela n'est pas très vendeur ?
À la bonne heure ! – aurait dit ma grand-mère maternelle.]

Il n'y a rien à vendre au candidat à l'abstinence, et l'alcoolique abstinent n'a rien à revendre à personne. Une forme de tyrannie, du moins les premiers mois, préside à ses rapports avec ce et ceux qui l'environnent.

Il me faut, sur ce qu'on nomme la postcure, être aussi clair et rigoureux que possible : cette période n'est pas de tout repos pour l'alcoolique ; elle est désespérante pour l'entourage, contrairement à toutes les idées reçues par angélisme et bien-pensance ; dans le couple, notamment, l'alternative se profile très souvent : ou bien l'horreur de la rechute, ou bien l'explosion [provisoire ? il y faudrait un talent peu commun] du couple – ce n'est pas mon sujet d'aujourd'hui, mais il conviendra d'y venir, car la discrétion et la pudeur qui incitent les professionnels de la prise en charge à contourner ce versant de la postcure laisse l'alcoolique démuni devant l'épreuve du retour, de la sortie de cure.

Il a déjà perdu quelques kilos et il va continuer à maigrir pendant plusieurs semaines. Cet allègement de lui-même en vient à dessiner l'ascèse sur ses traits (le spectre d'une longue maladie pour ceux qui ne sont pas informés de ce qui lui advient, son entourage professionnel par exemple). Alors qu'intérieurement, ce déficit énergétique – compensé par un traitement de vitamines B1, B6, B12 –, correspond à une véritable recomposition du métabolisme, à la mise au point définitive d'un pacte biologique avec son corps, que l'alcool ne suralimentera plus. Il lui faut désormais apprendre à se nourrir. Il a faim, je l'ai dit. Son corps, pendant ces mois, devient une sorte d'alambic, de laboratoire où se concoctent des recettes dont il n'a pas le temps ni l'énergie de parler, c'est sa seule affaire du moment, qui le concentre, le recueille, le ferme en quelque sorte. C'est son grand œuvre : il est en train de transmuer de la lie en or. Il demande qu'on lui foute la paix – simplement, que le dîner soit prêt à 19 h 40 (à 45, il ne répond plus de rien).

C'est, ordinairement, invivable pour le proche témoin tant impliqué dans le processus alcoolique. Je ne jette aucune pierre. Je ne suis pas loin de penser que, dans cette phase-là, c'est l'autre (le conjoint, ou le plus proche interlocuteur de l'abstinent, s'il vit seul) qui devrait bénéficier de toute la compassion de l'entourage et de la société. Il ne suffit pas d'informer les familles et d'ouvrir à leur usage quelque vague groupe de parole ; c'est une véritable prise en charge qu'il conviendrait de prévoir pour ce traumatisme profond asséné par celui qui revient de la mort, qu'on ne reconnaît plus.

*

Je continue (il va sans dire que nous avons de la suite dans les idées, c'est d'ailleurs ce qui sauve l'addictif, le moment venu).

Comment, donc, évoquer toutefois de quelle sérénité se trouve comptable l'abstinence ? Comment rendre sensible ce point d'ancrage qu'elle scelle dans nos vies d'addictifs ? Je cherche une image, ce sont des sensations tactiles et des sons – des musiques – qui me viennent.

Une piste, peut-être. L'abstinence dériverait – comme on détourne le cours d'un torrent – notre sensualité liquide de la gorge vers la peau et l'oreille interne. [Je n'ai aucune certitude, je m'interroge à haute voix.]

Le résultat, quel qu'en soit le processus profond, est d'un absolu confort (je ne pense pas [à] mon abstinence, la façon dont je cherche mes mots pour en parler en est la preuve).

*

J'aurai encore à méditer ici sur deux points, au moins.

D'une part, la survenue dans ces lignes – dans ma langue organique pour écrire l'abstinence – d'images qui renvoient à une certaine forme de vie religieuse, celle des ordres réguliers notamment (questions subsidiaires : l'abstinence serait-elle un intégrisme ? existe-t-il quelque rapport entre la règle d'abstinence de l'alcoolique et la chasteté du religieux ?)

Cette forme étrange de dissidence, d'autre part, qu'instaure l'abstinence dans une vie : ce principe dérogatoire que le corps-esprit de l'alcoolique abstinent reconnaît, plus qu'il ne le revendique, dans son commerce avec le monde et ses lieux communs, ses évidences bon marché, ses injonctions à obtempérer. Jusque dans son imaginaire – la photographie qui illustre cette page en fournit un exemple : les métaphores qui me viennent ont partie liée avec le froid, la glace, l'air raréfié d'altitude – et non avec la chaleur de la commensalité, d'un cocooning intellectuel et moral.

Roger Caillois a vingt-cinq ans lorsqu'il écrit ce texte [1] :

Alors parfois, comme l'ombre d'une aile froide, un souffle aigu, descendant du glacier, transit soudain le passant, l'arrache à la tiédeur qui l'endort, raidit ses muscles, coupe ses nerfs. L'homme aspire malgré lui l'air glacial et raréfié des cimes et s'en trouve lavé, puissant et comme neuf, inquiet de ce frisson qu'il sent implacable et séduit par cette pureté, cette noblesse, ce vertige – le froid.
Au point extrême où se fondent les sens et la volonté, il est ainsi une lucidité, une ivresse qui balaie d'un souffle scrupules et incertitudes. Elle ne laisse subsister que les dures aiguilles et la glace d'une rigueur sereine et délibérée. C'est cette brûlure froide qui trempe l'être et lui confère l'investiture royale des élus qui, au plus creux de l'amour et jusque dans les bras de l'amante, ne sont jamais ce que les femmes les plus amoureuses tentent toujours de faire des hommes qu'elles aiment : des enfants.

 

*interlettreinterlettre*

*
À suivre.

 

[1] Roger Caillois, L'Aile froide, Fata Morgana, 1989, pp. 12-13. Ce titre est emprunté au nom du glacier (dont la graphie est aujourd'hui : Ailefroide) qui descend de la Barre des Écrins. Caillois renonça, au dernier moment, à la publication de ce texte – l'un des tout premiers qu'il écrivit – dans la Nouvelle Revue française, au printemps 1939, le jugeant trop lyrique en en relisant les épreuves. Il fallut attendre 1989 pour le découvrir. Roger Caillois est mort en décembre 1978. Il me reçut à quelques reprises cette année-là, la dernière fois moins d'un mois avant son décès. Odile Felgine ayant explicitement évoqué la dipsomanie de Caillois dans la magnifique biographie qu'elle lui a consacrée (Stock, 1994), je m'estime autorisé à mentionner ici combien l'alcoolisme du maître, partagé durant ces heures, servit de troublante et perverse caution au mien. Relisant les lignes d'une terrible beauté qui s'imposent, comme une sorte d'envoi, au texte d'aujourd'hui, il me vient soudain que l'auteur donne ici l'indice irrecevable – mais cohérent avec le reste de son œuvre – d'un alcoolisme abstinent qui aurait précédé l'expérience active de l'alcool. L'hypothèse paraîtra d'emblée évidente, je suppose, aux lecteurs du Fleuve Alphée. Il est probable que cette intuition, qui m'a saisi à l'instant tandis que je rédigeais cette note en bas de page, appelle quelque développement ultérieur. Ne serait-ce que par égard pour mon visiteur d'aujourd'hui à qui l'œuvre de Roger Caillois n'est pas familière. Je déteste assez moi-même ces clins d'yeux entendus entre spécialistes pour ne pas en insulter ceux qui me font l'honneur de me lire.

Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus).
Cet oiseau de proie nord-américain vit au bord des lacs et des rivières, sur les lagunes côtières, dans les estuaires, sur les côtes escarpées et les îles. Il se reproduit en l'Alaska et au Canada. Il hiverne sur les côtes du Canada et de l'Alaska, et dans quarante-huit États des U.S.A., jusqu'en basse Californie et depuis le Maine jusqu'à la Floride. Il est commun en hiver le long du Mississipi et du Missouri. Cliché D.R. (proposé en téléchargement gratuit comme fond d'écran).

 

Plusieurs autres chroniques ont été consacrées, sur ce site,
à l'alcoolisme abstinent :

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*

 

Célébrations

de la gomme du fond de robe de l'eau minérale
des myopes de la pistache de la vapeur
de l'œuf à la coque de la machine à écrire
de la paternité

 

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Commentaires:

Commentaire de: Louis-Paul [Visiteur] · http://leblogdelouis-paul.hautetfort.com/
Levé, mon verre d'eau citronnée – celui qui « nettoie » – une autre dépendance, à la nicotine… – à peine avalé, je me précipite sur votre site, impatient de cet article évoqué hier soir entre nous.

Il me faut attendre le temps du café qui passe et je peux enfin vous lire.

Je n'en reviens pas, l'identification est presque absolue !
Je voudrais écrire et écrire, je ne le ferai pas, du moins de suite, je dois me préparer et ne pas oublier ce premier repas retrouvé au CALME (Centre de Cabris, voir commentaire sur note de mon Blog « Nouvelle Vie » du 26 mars) où j’ai réappris à me nourrir d’autre chose que d’alcool, repas obligatoire, comme les deux autres, à mon abstinence.
Ce petit déjeuner que je ne prends qu'après le rasage, pour laisser la faim venir, tout un rituel.

J'avais déjà beaucoup aimé celui sur l’eau minérale, celui de ce jour me ravit.

Il ne s’agit pas d’un compliment d’usage, je ne partage pas tous vos points de vue, notamment publiés très récemment (et c'est bien ainsi, pas de pensée unique !)
Cet article sera tellement utile pour mieux nous comprendre, et il est si bien écrit.
Je suis enchanté de cette lecture matinale. Amitié et bonne journée, Louis-Paul.
Permalien Vendredi 9 juin 2006 @ 07:39
Commentaire de: Claude [Visiteur] · http://leseauxvives.blogspirit.com/
Je reste muette.

Mon corps se glace, mes larmes coulent, j'ai mal de vous lire.

Je fais partie de cet entourage dont vous parlez si bien, qui subit, console et pardonne et dont la vie fut souvent mise en jeu par le comportement du non abstinent.
Je connais tous les processus et les procédés que vous décrivez, de la solitude du malade face à cette faim intérieure qui le dévore comme un feu, brûle, consume, ronge et détruit non seulement lui même mais aussi ce qu'il a de plus cher: son enfant. (dans mon cas)

Toute ma vie dans ma chair, dans ma mémoire, s'inscriront en lettres de sang, les traces physiques visibles et invisibles de ce démon cet "homme en noir" dont parle si bien Marina Vlady.

Et pourtant, je veux croire en cette volonté intérieure, cet amour de la vie, que tout est encore possible grace au choix, à la responsabilité, à cet instinct de survie qui nous porte et nous emporte à fonder et à construire au delà de la douleur car nous sommes deux à revenir de la mort. Chacun enfermé dans sa propre solitude, l'incompréhension du monde et le monde de l'incompréhension : une tour d'ivoire au milieu d'un désert.

Il ne s'agit donc pas d'intégrisme, d'un coocooning intelectuel et moral mais d'une prise de conscience du malade qu'il n'est pas seul, et qu'une lumière d'espoir brille en lui vers SA guérison SA sérénité.

J'ai un profond respect pour la douleur de l'abstinent comme pour tout autre personne dans la souffrance. Je m'incline, je compatis non pas verbalement, superficiellement mais de tout mon coeur parce que je l'ai vécu.

De ma vie, je n'ai jamais pu supporter une goutte d'alcool,ni quelqu'un qui en exhale, pourtant, je lève avec vous mon citron préssé dix minutes avant le petit déjeuner et mon quartier de pomme de dix heures le matin.

Messieurs,
Je suis une survivante et chaque instant pour moi est source d'émerveillement, même si le chemin est plein d'embûches, je ne sais pas vous, mais moi, je me battrais.

D.A. Je vous remercie de votre texte qui illumine un peu plus ceux qui ne "savent" pas et qui marque la volonté de traduire une identité non seulement dans le NOM, mais aussi dans l'expression physique du ressenti. Votre plume extraordinaire décrit merveilleusement les tourments et les détresses.

LP A très bientôt

Claude

Permalien Vendredi 9 juin 2006 @ 10:58
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
Je suis hors sujet car je réponds à la chronique précédente. Brutal "hasard", le texte suivant m'est venu ce matin sous les yeux. Impossible de ne pas le livrer ici - hélas non à la bonne page. Je recopie sans commentaire (l'auteur est une personnalité trop particulière).

" L'alcool n'a pas toujours été lié à l'humanité. Tout ce qui se développe spirituellement a son corrélatif dans la substance et inversement tout ce qui est substantiel a sa contre-partie spirituelle. Le vin, l'alcool, n'est apparu qu'à un certain moment de l'histoire du monde et de l'homme. Et il en disparaîtra à nouveau. Nous voyons ici la profonde vérité de l'enseignement occulte. L'alcool était le point conduisant du Je de groupe au Je autonome, au Je individuel. L'homme n'aurait jamais trouvé le passage du Je de groupe au Je autonome sans l'action substantielle de l'alcool. Celui-ci suscita la conscience personnelle, individuelle en l'homme. Quand l'humanité sera parvenue à ce but, elle n'aura plus besoin d'alcool et celui-ci disparaîtra du monde physique. (…) C'est pourquoi on ne doit pas actuellement faire des reproches à celui qui boit de l'alcool tandis que les hommes qui sont en avance sur le reste de l'humanité et ont accéléré leur évolution au point de ne plus avoir besoin d'alcool, devraient l'éviter. "
Rudolf Steiner, Connaissance du Christ, l'Évangile de Saint-Jean (huit conférences faites à Bâle, 1909).

Je ne prends pas position sur ce texte qui peut paraître étrange, et qui n'envisage pas le naufrage alcoolique. Encore une fois, c'est juste la rencontre "fortuite" entre les deux lectures qui m'oblige à le citer.
Seule chose que j'avance : une BONNE lecture de cela escorte au plus profond, et non infirme, l'essentielle chronique du 6 juin et ses commentaires émouvants.

Affectueusement,
Pierre.

Permalien Vendredi 9 juin 2006 @ 14:58
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
Relisant deux des commentaires précédant le mien, j'ai peur de me montrer bien étrange, bien à côté, bien glacé. Et pourtant il me faudrait encore tellement plus de glace - tellement plus "l'ombre de l'aile froide".
Permalien Vendredi 9 juin 2006 @ 15:39
Commentaire de: Danielle tetramégiste [Visiteur]
En attendant que le raisin (vin) ou que le grain (bière) meure, c'est Steiner qui encombre un cimetière déjà gavé de spirites irremplaçables.
Permalien Dimanche 11 juin 2006 @ 10:01
Commentaire de: Danielle [Visiteur]
Abstinence :
Labiale feutrée, mate, érotique
Stridence du "i", funambule de la volonté,
Terminaison sifflante de la tentation.

Un homme, rien qu'un homme, tout un homme,
minute après minute, tenir...se retenir...
renoncement à l'improbable eden.
Solitude

Merci Dominique Autié de décanter, de défaire avec vos mots l'écheveau acide
du chemin.
Permalien Dimanche 11 juin 2006 @ 12:53
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
Ai-je raison ou non de répondre à Danielle Tétramégiste ? Ce n'est pas Steiner que je veux ici défendre, qu'elle se rassure, j'ai bien d'autres lectures. C'est l'esprit de ce lieu de pensée et d'échange, c'est l'immense humanité de Dominique. Il faut que je le fasse, après être intervenu moi-même, parce que c'est trop flagrant. Je croyais avoir pris des précautions. Que fais-je ? Je cite. J'explicite une rencontre entre deux lectures - quelles qu'elles soient. Et vient l'aphorisme, la courte phrase et la courte pensée. La condamnation d'un nom que je ne défends pas. C'est du coup que je le défends. Steiner est intervenu auprès de Ludendorff pour empêcher la première guerre mondiale. Il a été molesté par les nazis. Universitaire, il a éclairé l'œuvre de Gœthe. Il a prononcé des centaines de conférences. Il a inventé l'agriculture biologique. Il a condamné, n'en déplaise à Danielle Tétramégiste, le médiumnisme. Il a dit que la fin du XXe siècle verrait une hégémonie occidentale. Et il a dit - cela a été assez relayé - que si la vache mangeait de la vache, elle deviendrait folle.
Mas qui es-tu devant cela, Danielle Tétramégiste ? Que nous donnes-tu? Du dogme ? Catholique ? Franc-Maçon ? Peux-tu en termes plus clairs que ceux de Steiner expliciter ton pseudo qui sent le "spirite" autant que tous les écrits de Steiner réunis ? Mais tu n'as pas honte ? Danielle, as-tu compris que ce n'était pas ici le site de la formule, qu'il ne fallait pas ici te cacher derrière un lointain nom propre augmenté d'un adjectif de ton cru ?
Je répète, ceci est pour Dominique et ce site. Je n'ai pas l'âme polémique. Veillons avec toi, Dominique, ami de la veille.

Permalien Jeudi 15 juin 2006 @ 01:27
Commentaire de: maudub [Visiteur] · http://vieillegarde.hautetfort.com
Excellente analyse et magnifiques commentaires sur la vie rêvée d'un apprenti-abstinent ...

La nébuleuse du commençant-abstinent est trés bien cernée, peut-être faudrait-il y ajouter la souffrance ? La souffrance sous toutes ses formes, physique, psychique, sociale, familiale, religieuse, phylosophique .... Une des obsessions de départ de l'abstinent est le " TEMPS " retrouvé, car un des avantages du drogué alcoolique est l'oubli du temps qui passe...

Il semble tout à fait vrai que l'abstinent se " fabrique " un nouveau métabolisme, mais il en est totalement inconscient pendant des années... Il faut certainement 2,3,4,5 ans ou plus , pour pouvoir analyser consciamment ce phénomène !!

Par rapport au supra-niveau intellectuel de Rudolf Steiner ou Roger Caillois, l'auteur que je vais citer ne fait pas le poids, mais je crois que cette dame a parfaitement décrit la montée insidieuse de l'emprise alcoolique, ses effets bénéfiques d'abord, puis l'autodestruction, le constat, et la lente et difficile conquète d'une nouvelle autonomie: " D'amour et d'eau fraîche " de Annabel Buffet.
Permalien Mardi 4 juillet 2006 @ 11:48
Commentaire de: admin [Membre]
Grand merci à vous de votre lecture et de votre commentaire.
Je n’insiste pas trop sur cette souffrance, que vous évoquez avec raison (et dans tous ses registres, vous avez aussi raison dans cet énoncé). Je m’efforce d’éviter de décourager a priori ceux qui liraient ces lignes en étant à la recherche de l’issue, pour eux-mêmes ou pour un autre auprès d’eux. Tout cela est tellement une affaire terrible, pour l’alcoolique, pour l’entourage. Votre témoignage est précieux, il rétablit un équilibre que j'ai peut-être tendance à fausser – même si la crainte de tout angélisme me hante !
Cette souffrance, me semble-t-il, est ressentie de la façon la plus singulière qui soit : elle n’est pas normée, prévisible, quantifiable d’un individu à l’autre : elle est la première expérience de la singularité dans ce retour à lui-même de l’alcoolique abstinent, il se retrouve avec cette souffrance qui n’appartient qu’à lui.
Très rigoureuse aussi votre remarque sur le temps que met l’alcoolique à se constituer son métabolisme d’abstinent. C’est très long, je suis pleinement d’accord avec vous. Et, de ce métabolisme, dépend la capacité de l’abstinent à prendre du recul sur sa condition, à l’analyser, à en parler.
Ailleurs, je crois (dans un autre chronique de la rubrique Alcoolisme abstinent, je parle de ce calvaire de la faim à heure fixe, au début, qui vous fait saliver curieusement, qui appelle l’alcool, qu’il faut immédiatement satisfaire par un repas ou – c’est l’astuce que j’avais trouvée – par une pomme. Cela seul, un alcoolique l’éprouve, aucun médecin, aucun alcoologue n’en a la mesure, si tant est qu’il connaisse l’existence de cet étrange phénomène.
Dominique Autié.
Permalien Mardi 4 juillet 2006 @ 12:20
Commentaire de: Olivier Milza de Cadenet [Visiteur]
Pour D.Autié et P. Guinot, l'ami...retrouvé? Nous étions ensemble à Lakanal et publiâmes à plusieurs "Commune présence". Le temps a passé ce qui est dans l'ordre des choses...Salut à vous deux contemporains de la...désalccolisation du monde. Nous gagnons en santé ce que nous perdons en passion...mais ceci n'était qu'un message de retrouvailles.
A bientôt.
Permalien Lundi 6 novembre 2006 @ 16:12

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