blog dominique autie

 

Jeudi 15 juin 2006

10: 18

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie
blanc_mince

 

21 – Livres reliés

 

 

livre_electronique

 

 

Voilà quelque temps déjà que je cherchais le prétexte de signaler ici le blog de Francis Pisani, journaliste indépendant, installé depuis 1996 près de San Francisco et de la Silicon Valley, passionné par tout ce qui touche aux technologies de l'information et de la communication telles qu'on les comprend et les perçoit en Californie, selon ses propres termes. Pour qui n'est pas informaticien mais entend suivre l'actualité de la société de l'information, ses nouveaux outils, ses tendances, Francis Pisani propose des pistes précises et documentées, dont il résume en quelques mots l'intérêt. Il vous donne les clés, quelques mots de passe, et à vous de jouer : vulgarisateur et pédagogue comme les Anglo-Saxons seuls, d'ordinaire, savent l'être. Une exception, dont il faut savoir profiter.

Francis Pisani a publié, lundi, le cinquième billet d'une série qu'il a intitulée Le futur du livre. Il sera bon de contrarier la logique du blog, qui veut que le visiteur lise à rebours de la chronologie, et de commencer par la première livraison de cet ensemble prodigieusement tonique.

Cela se lit comme une sorte de petite parabole à deux personnages – ou se suit comme une partie de tennis : Kevin Kelly – journaliste, écrivain, dont l'itinéraire et la production évoquent le touche-à-tout à large spectre – et Bob Stein, directeur de l'Institut pour le futur du livre, sont dans un bateau… la barque de Francis Pisani, justement. En pleine tempête cérébrale. La numérisation des millions de volumes qui dorment dans les bibliothèques du monde entier (à commencer toutefois par celles des États-Unis), la mise en réseau des contenus, le pouvoir et l'argent qui sont en jeu dans ce travail pour titans du scanner font souffler des vents contraires qui donnent de l'effet aux balles qu'échangent les deux joueurs sur le court de Francis Pisani. L'arbitre a déjà rendu le propos si dense et lumineux que je me garderai bien de la moindre paraphrase. Tout juste une ou deux réflexions off, lorsque vous aurez lu ces cinq billets.

blanc
1interlettre 2 interlettre3interlettre 4interlettre 5

 

*

Stimulant, non ? Je fais toutefois un saut en régie pour suggérer un petit aménagement au montage. Il concerne essentiellement le titre que Francis Pisani a choisi pour lier les cinq épisodes de sa chronique, sur quoi je m'interroge : du futur de quels livres s'agit-il ici ? et tant Kevin Kelly que Bob Stein parlent-ils bien, d'ailleurs, du livre et de son avenir ?

À la première question, je répondrais volontiers que l'enjeu du débat concerne seulement ce qu'il adviendra des contenus de millions de volumes, anciens et récents, dès lors que la numérisation rendra possible la diffusion, l'exploration, la commercialisation – mais aussi et surtout la mise en perspective par l'activation hypertextuelle – desdits contenus. J'ajoute que cette masse extraordinaire d'information se trouve, depuis cinq siècles, disponible dans des codex dupliqués mécaniquement grâce au caractère mobile. Dans son principe, le débat serait strictement le même si ces contenus avaient été conservés, en un seul exemplaire original, gravés, ou peints – voire enregistrés sous forme de sons ! – sur des galets, de l'écorce végétale ou sur des milliers de kilomètres de bande magnétique analogique.

Pas plus que n'est envisagé le destin des contenants (ces livres du passé, en tant qu'objets), n'est discutée la production éditoriale à venir : comment intégrera-t-elle l'immense acquis quantitatif et qualitatif de la mise en réseau des contenus antérieurement publiés sur support papier ? comment cette production prendra-t-elle en compte désormais les potentialités de l'hypertexte ? comment, enfin, les éditeurs légitimeront-ils le choix d'une impression traditionnelle sur papier (même si celle-ci ne devait précéder que de quelques mois l'accès numérique aux contenus – une sorte de délai de carence semblable à celui, de plus en plus court, qui sépare la sortie d'un film en salles et sa commercialisation sur DVD). Ces précisions ne sont pas un reproche adressé aux intervenants conviés par Francis Pisani, qui traitent d'un sujet passionnant dans leur champ de compétences. C'est le titre, Le futur du livre, qui me paraît ambigu.

De rares allusions, au fil de la dispute orchestrée par Francis Pisani, laissent entendre que les livres de demain pourraient être les mêmes que ceux d'aujourd'hui, que des éditeurs entêtés continueraient de faire paraître au même rythme effréné, dans des formats immuables et des collections conçues en abyme ; porteurs de contenus qui imposeraient que l'on ferraille pour pouvoir les numériser en raison d'auteurs frileux ou résolument hostiles à toute mise en jeu – et, finalement, à tout partage – de leur œuvre.

D'un point de vue d'éditeur (en référence à l'exercice traditionnel de ce métier, tel que je le pratique depuis un peu plus d'un quart de siècle), ce scénario n'est pas plausible.

De cette fuite en avant faite de surproduction et de soins intensifs pour maintenir un chiffre d'affaires constant et des marges à la hausse, le terme se profile déjà. D'autant plus nettement que, contrairement aux énergies de substitution du pétrole quand il viendra à manquer, les supports du futurs sont connus, d'ores et déjà largement maîtrisés et en essor constant : que les pratiques de lecture documentaire continuent d'évoluer – et l'on ne voit pas comment elles ne tendraient pas à user des facilités de l'hypertexte –, que l'informatique domestique poursuive ses conquêtes, et je ne donne pas cher du millésime 2010 du Petit Larousse ni, d'ailleurs, du vingtième roman d'Amélie Nothomb à paraître la même année. Et qu'on ne vienne surtout pas me dire que le seul attachement sentimental, sensuel, proustien – que sais-je encore – à l'odeur de l'encre d'imprimerie précipitera le moindre lecteur dans une librairie. Il faut chercher autre chose, qui est de l'ordre d'un anthropologie de la chose imprimée, du codex, de l'écrit – qui en appelle à l'histoire de la lecture, du texte déclamé à la méditation tacite en passant par la lecture marmottante du Moyen Âge. Ivan Illich, entre autres, a écrit des pages nourricières pour une telle approche [1].

En 1991, quand j'ai dû réorganiser ma table de travail pour y installer mon premier Mac, j'ai conçu et fabriqué de mes mains, peu de jours après, un lutrin en bois, sur pied, à juste hauteur pour consulter sans effort mes dictionnaires d'usage courant. Aujourd'hui, la toute dernière version numérique de l'Encyclopædia Universalis et Le Littré veillent dans le disque dur de ma machine. Un clic de souris est moins coûteux pour mes vieux os qu'un quart de tour vers le lutrin, qui trône toujours à ma gauche.

Je me souviendrai longtemps du jour de 1998 où Sylvie Astorg et moi avons vu, sur l'écran du PC de son frère, apparaître un mystérieux schéma en couleur sous forme d'un arbre, à partir duquel François Astorg nous raconta la vie de Jean Henri Fabre… Il travaillait à l'époque au sein de Trivium, l'entreprise fondée par Michel Authier et Pierre Lévy pour développer des outils d'analyse et de gestion des ressources humaines issus de leurs recherches sur les arbres de connaissance [2]. Nous avions juste introduit dans l'ordinateur le fichier Word de l'essai que Sylvie et moi venions de consacrer à l'entomologiste. Le livre était sous presse chez l'éditeur.

François avançait en aveugle dans cette expérience, avec un logiciel Trivium en phase expérimentale. Il ignorait tout du fichier que nous avions choisi pour test, et tout de la biographie de Fabre. Il trouva qu'il était beaucoup question d'insectes, mais aussi d'architecture dans ce texte d'environ 350 000 signes. Notre livre s'intitulait Jean Henri Fabre – Maisons, chemin faisant, il prenait effectivement pour fil rouge les demeures où le naturaliste avait vécu et produit son œuvre magistrale, depuis l'Aveyron, où il est né, jusqu'à Sérignan en Vaucluse où il passa la seconde partie de sa vie. François interpréta comme une anomalie une partie de l'arborescence, qui semblait vraiment une pièce rapportée : il s'agissait, en fait, du tout dernier chapitre, dans lequel nous traitions de la renommée de Fabre au Japon. Le logiciel avait éprouvé quelque difficulté à « raccrocher ce wagon-là » et l'avait isolé. Pas une remarque tirée des informations analysées par le programme qui ne fût pertinente – et jusqu'à notre style (la longueur de nos phrases, leur complexité syntaxique et lexicale) fut décrit avec une finesse certaine.

On imagine encore mal, il me semble, quelles découvertes attendent les chercheurs qui exploreront après numérisation, avec de telles intelligences expertes, des travées entières de livres, mais aussi de documents d'archives les plus divers qui dorment depuis des décennies, voire des siècles. Des trésors vont surgir, dont seul l'hypertexte révélera (tel un bain chimique dans la chambre noire) le prix insoupçonné. Voilà ce dont nous parlent, quelques années plus tard, Kevin Kelly et Bob Stein chez Francis Pisani. Et cela est exaltant, bien entendu, et n'a que très peu à voir avec les nouveautés qui s'empilent aujourd'hui chez les quelques libraires qui continuent à exercer leur profession et, plus efficacement pour leurs promoteurs, se contestent les têtes de gondole dans les grandes surfaces de l'Occident. Ces livres-là sont, pour une énorme part excédentaire – surnuméraire conviendrait mieux –, des livres morts : comme des immeubles que l'on construirait aujourd'hui sans l'eau, le gaz ni l'électricité, sans conduits pour acheminer la fibre optique chez ceux qui les habiteront – ou conçus dans des matériaux opaques aux ondes du Wi-Fi.

Les évolutions économiques, les exigences des consommateurs, la concurrence avec d'autres médias ne laisseront d'ailleurs survivre que des livres de qualité, affirmait déjà Jean Lissarrague en 1997, dans un texte dont le propos était bien d'interroger les lendemains du livre : je fais commenter ces quelques pages depuis bientôt dix ans à mes étudiants en formation à l'édition (même si – ou justement parce que – je n'en partage pas toutes les conclusions), tant leur rigueur d'analyse conserve à la réflexion de Jean Lissarrague toute sa fécondité [3]. Car je pense que la réponse est là, dans une nécessité qui rendra irréductible la chose imprimée.

Les chapitres que je déroule lentement pour former L'ordinaire et le propre des livres ne partagent pas d'autre finalité commune : cerner peu à peu, souvent de façon passablement impressionniste, l'irréductible du livre, le cœur vivant d'un objet, d'un support singulier à partir duquel les éditeurs de demain pourront œuvrer à sa renaissance. J'y crois. Les lecteurs familiers de ces pages le savent. C'est aux professionnels du livre de conduire cette réflexion. Notre tâche sera d'autant plus aisée que le thésaurus numérique des savoirs sera constitué et sa mise en pratique (plus encore que sa consultation) devenue une routine.

 

À suivre.

 

[1] Ivan Illich, Du lisible au visible : la naissance du texte. Un commentaire du Didascalicon de Hugues de Saint-Victor, traduit par Jacques Mignon, Le Cerf, 1991.
[2] Michel Authier et Pierre Lévy, Les Arbres de connaissance, La Découverte, 1992. L'Intelligence collective – Pour une anthropologie du cyberspace, que Pierre Lévy a signé seul (La Découverte, 1994), reste l'ouvrage qui m'a ouvert à une curiosité active pour les technologies de l'information et les potentialités des réseaux.
[3] Jean Lissarrague, « Quels lendemains pour le livre ? », Esprit, octobre 1997, pp. 212-222. Jean Lissarrague est gérant du Centre français du droit de copie (CFC). Il a été notamment président-directeur général des éditions Bordas-Dunod et vice-président du Syndicat national de l'édition.

Mounir Fatmi, Les Connexions, 2004.
Francis Pisani a choisi cette œuvre pour illustrer son deuxième billet de la série Le futur du livre. Source : artkrush.com.

 

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley

 

index_manusc

 

Commentaires:

Commentaire de: P.D [Visiteur]
Pas de commentaire jusqu'ici mais cela va venir, seulement il faut réfléchir ... aïe j'ai dit un gros mot !
Permalien Jeudi 15 juin 2006 @ 18:14
Commentaire de: P.D [Visiteur]
On peut rajouter l'importance du Web pour tous ceux qui ne peuvent pas mener une vie normale :
les malades, les handicapés, les grands vieillards, ceux qui ne peuvent se déplacer pour aller dans les musées, aux concerts, au cinéma etc les mal-voyants et aveugles pour qui l'informatique interconnectée en réseau est une fenêtre immense sur le monde avec tous les outils qu'on développe synthèse vocale, traduction en braille, agrandisseurs etc.
Ceux qui vivent dans des endroits isolés qui bénéficieront de la télé-médecine.


Quant à la question du modèle économique à mettre en place pour que tout cela soit viable c'est une autre question, assez compliquée, mais il ne faut pas oublier que plus les usagers sont nombreux plus les coûts s'abaissent.

Personne ne peut donner une limite du développement de l'informatique personnalisée cela dépend des matériels et aucune théorie valide ne rend compte du futur des ordinateurs.


Ce qu'on peut espérer c'est que cette grande unification de l'humanité n'empêchera nullement de développer des différenciations dans des domaines précis, comme une force de retour. Car si l'homme aime communiquer, il aime aussi s'isoler et se particulariser.

Les deux termes doivent donc aller de pair.

L'art en développant le goût individuel est une bonne réponse à ce besoin d'identité personnelle dans le grand maelstrom mondial.

Et patati patata ..
Permalien Dimanche 18 juin 2006 @ 12:23
Commentaire de: karl [Visiteur] · http://www.la-grange.net/
J'ai de nouveau tant à dire sur le sujet. Je viens de finir le livre « Le monde du livre en question » qui date vraiment maintenant et dont la moitié de la prose est… hors sujet, mais avec des informations intéressantes tout de même.

Plus la série d'articles de Pisani. Je pense que la grange fera une livraison bientôt. :)
Permalien Mercredi 21 juin 2006 @ 12:14
Commentaire de: karl [Visiteur] · http://www.la-grange.net/
J'ai de nouveau tant à dire sur le sujet. Je viens de finir le livre « Le monde du livre en question » qui date vraiment maintenant et dont la moitié de la prose est… hors sujet, mais avec des informations intéressantes tout de même.

Plus la série d'articles de Pisani. Je pense que la grange fera une livraison bientôt. :)
Permalien Mercredi 21 juin 2006 @ 12:15
Commentaire de: Feuilly [Visiteur]
Le danger de cette numérisation des livres est de laisser de côté des pans entiers de la culture de l’humanité. On peut ainsi supposer que le domaine anglo-saxon sera sur-représenté. Mais n’est-ce pas déjà le cas ? Ne trouve-t-on pas plus de romans occidentaux dans nos librairies que de contes africains ?

D’un autre côté, ce support informatique sera une belle parade à l’usure du temps et à la conservation des manuscrits.

J’ai peur cependant que la pléthore d’ouvrages qui seront ainsi disponibles d’un simple clic de souris ne permettra plus de distinguer les discours pertinents de ceux qui ne le sont pas. Ainsi on voit déjà des auteurs écrire en ligne leurs romans, chapitre par chapitre, et demander même à leur lectorat de suggérer telle ou telle issue à l’histoire racontée. Le lecteur deviendra donc auteur. Ou tout le monde sera à la fois auteur et lecteur. Si cette interactivité a un côté amusant, il ne faudrait pas que les milliards de signes qui seront alors disponibles sur la toile ne prennent alors l’aspect d’un grand bavardage inutile et sans intérêt. Ce qu’on a vu se développer avec la télé-réalité (enfin, pour ceux qui la regardent…) pourrait bien se reproduire ici. Car si j’accède aussi facilement à l’œuvre de Montaigne qu’à celle de mon voisin de palier qui met des textes farfelus sur le net, le risque est grand de ne plus créer d’échelle de valeur et de considérer que tout vaut tout, conclusion à laquelle on ne saurait se résoudre. Pour l’instant mon voisin de palier ne se trouve pas encore en librairie (jusqu’à quand ?), Montaigne, si (mais déjà il faut le chercher au bas des rayonnages). L’étape suivante pourrait donc être ce grand discours du Web, qui mélangera les plus grandes oeuvres avec les réflexions de la concierge (ceci dit sans animosité aucune envers les concierges).

Un autre risque serait de voir les éditeurs rêver de diminuer leurs coûts éditoriaux en ne proposant plus que la version électronique, téléchargeable après paiement par carte bancaire. Plus besoin alors d’imprimeries et de librairies. Vous n’aurez plus qu’à user votre imprimante (pour le plus grand profit des vendeurs de cartouches d’encre) afin de lire à la va-vite des romans jetables, à moins que vous ne préfériez de petits lecteurs genre play-stations portables.

Quelque part le livre papier sacralisait la chose imprimée, il créait une distance entre lui et son public. Cette distance commence sérieusement à s’amenuiser à partir du moment où on publie des tonnes de romans qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. La numérisation des œuvres et le fait que parallèlement je puisse écrire moi-même mes propres textes en ligne va définitivement abolir toute distance, tout éclairage et donc toute échelle de valeurs.
Permalien Mercredi 21 juin 2006 @ 14:42
Commentaire de: karl [Visiteur] · http://www.la-grange.net/
Interessant, parce-que pour l'Afrique internet represente justement une chance. Plus facile de numériser et d'écrire et diffuser les textes passés, il y a des initiatives dans ce sens du musée de l'homme a Paris avec des chercheurs sur le terrain en Afrique.
Permalien Jeudi 22 juin 2006 @ 06:28
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Ce qui est amusant c'est de voir qu'à la vente Pierre Bérès le 20 juin dernier à Drouot les prix ont battu tous les records !
1,32 millions d'euros un livre savant du XVIè illustré sur les oiseaux !

Chaque poème autographe de Rimbaud à 200000 euros minimum ! etc

Comme quoi la superstition de la pièce rare ou la religion de la pièce unique est plus que jamais de mise.
Plus ça change plus c'est pareil !
Permalien Jeudi 22 juin 2006 @ 19:57
Commentaire de: Edern [Visiteur]
Bonjour,

Je reposte ici un commentaire laissé chez Francis Pisani à la suite de la lecture du premier article. Il tape forcément un peu à côté de la plaque par rapport à votre libelle. Prenez-le comme un petit bonjour de Paris de la part d'un de vos élèves en édition sensible aux débats sur l'évolution de l'écrit.

j'arrive ici après être passé par de nombreux liens et poste en vitesse après avoir lu en diagonale l'article et encore plus rapidement les commentaires. (Cette remarque liminaire pour souligner la réalité de l'hypertextualité ou intertextualité comme on disait avant...cette vieille notion s'est juste matérialisé dans l'architecture du web)

J'aurai beaucoup de choses à dire sur le post mais dans notre monde préssé, à l'ère du quasi-instantanné de la communication médiatisée, on a plus le temps de développer de longues réflexions. Toutefois, je ne vois pas en quoi cette intertextualité, la connexion qui existe entre les livres, les textes, est neuve. Quiconque lit sait que les livres se répondent et forment des archipels, qu'ils forment ensemble un même labyrinthe. La culture (le terme est un peu abusif...) est cette mégalopole typographique aux avenues pleines de monuments et encombrées de guides scolaires, aux passages secrets accesibles uniquement aux initiés de cette section du dédale, elle est ce monde de la pensée où chacun peut se perdre s'il le souhaite. Le fait que l'intégralité des textes deviennent accessibles en ligne ne change, AMHA, en rien la donne de l'accès aux connaissances et de la formation d'une culture personnelle, nationale ou communautaire. En France, le réseau des bibliothèques est suffisamment dense et bien organisé pour que chacun puisse trouver ce qu'il cherche ou rencontrer par hasard des auteurs inconnus. Car la constitution d'une culture implique toujours le temps de la lecture (ou de l’écoute ou du visionnage…) qui ne peut être compressé que par la pratique. je pense donc que ce qui compte c'est que les gens s'intéressent à des objets culturels de qualité. Le monde dans lequel je vis me prouve régulièrement que ceux-ci n'intéressent qu'une minorité comme il en a probablement toujours été.

Tous les thuriféraires du livre numérisé vantent la capacité qu’offre le texte numérique pour l’indexation. Certes. Mais ceci est affaire de professionnels du texte, de chercheurs, etc. Que recherche le lecteur lambda, un bon bouquin à dévorer où l’auteur a fait son boulot que ce soit en travaillant le style, l’intrigue, les personnages ou n’importe quelle combinaison de ces trois ressorts. L’œuvre s’élabore au noir, dans la solitude me semble-t-il – enfin l’œuvre qui a des ambitions artistiques (je rappelle que les pigistes de n’importe quel canard sont payés à l’œuvre !) . La découverte d’une œuvre est toujours une rencontre avec l’altérité. L’altérité a tendance à se dissoudre dans le groupe… Comme chantait ce vieil anarchiste de Férré : la pensée mise en commun est une pensée commune…

Quant à la puissance montante des robots lecteurs... on ne peut que s'incliner devant un argument pareil pour faciliter la naissance des liens. Oui l'intertextualité se développe mais en observant la manière de fonctionner de Google (à mon sens le robot lecteur le plus perfectionné actuellement, en tout cas le plus utilisé en France), on se rend compte qu'il ne mène pas forcément vers les pages les plus intéressantes pour notre recherche mais vers les plus fréquentés (donc les plus pertinentes !) et ce sans parler des dérives commerciales d’une société dont l’objectif est ontologiquement le profit de ses actionnaires. Aux sujets des technologies du langage, le blog http://aixtal.blogspot.com/ est très éclairant sur la mécanique et les enjeux de cette nouvelle vulgate.
Las, rien ne semble devoir changer sous le soleil de l'humaine condition : celui qui contrôle le moyen d'accès à la connaissance, l'oriente comme bon lui semble, selon ses propres inclinations. C'est vrai, une nouveauté transparait: ce n'est plus un cerveau forcément partial mais un ordinateur impartial (encore faudrait il réfléchir aux conditions de cette impartialité) qui guide, oriente, suggère mes pérégrinations dans la bibliothèque de Babel.



Permalien Mercredi 28 juin 2006 @ 22:28
Commentaire de: François ASTORG [Visiteur]
Bonsoir Dominique,

Tu fais un travail plus que remarquable et remarqué sur ton blog. C'est un vrai plaisir de te lire. J'espère que tu vas bien.
Merci des qualités que tu as associées à mon nom dans ton propos.

Bien à toi

François
Permalien Samedi 1 juillet 2006 @ 00:16

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

août 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML