blog dominique autie

 

Vendredi 18 août 2006

06: 45

 

 

 

 

la_grotte_le_ciel
À Gargas, la grotte, le Ciel – Le poème à la nuit d'Alina Reyes
[La Voie lactée – Cliché @ Thierry Lambert. Zoom : cliquer ici]

 

 

Mercredi soir, à la nuit tombée, nous étions une quinzaine – venus de Toulouse, des villages voisins, gens du tout-venant, à gravir le petit sentier qui conduit à l'entrée de la salle supérieure de Gargas, dans les pas de Yoan Rumeau. Parmi nous, Alina Reyes, l'invitée, l'invitante de cette visite nocturne, hors du temps ouvrable : à l'heure de la nuit redoublée – celle du dehors, qui étoffait les contreforts pyrénéens, mêlée à l'instant de notre passage à la nuit des profondeurs, impassible, immuable, glaciale. Glaciaire. La nuit des signes.

Alina Reyes a caressé de sa voix douce le beau silence de Gargas, comme pour se concilier le génie du lieu. Puis la voix s'est affermie, pour prier. Elle s'est nouée, soudain, pour évoquer la Vie – et invoquer Massabielle, cette autre grotte humide, non loin de là – devant l'immense fente de la roche qu'un homme du gravettien [1] a teintée d'oxyde de fer.

À plusieurs moments de son poème (la visite suivait son cours, menée par Yoan Rumeau, elle rouvrait le petit cahier et sa voix suspendait alors le temps du savoir, ouvrait sur l'immobilité des signes), elle a nommé le Ciel, avec quoi les hommes du paléolithique supérieur commerçaient depuis le tréfonds des grottes. L'idée m'a surpris, presque pris au dépourvu, mais elle est évidente : La voûte sombre de la roche, que n'atteignait pas toujours la lueur des torches, peuplée de son bestiaire zodiacal…, m'a-t-elle simplement répondu, après que nous sommes sortis de la grotte, presque étonnée de mon étonnement.

Je reproduis un passage du courrier électronique qu'elle m'a adressé jeudi matin, alors que nous étions convenus, en nous saluant la veille, qu'elle me confierait les premiers versets de son poème, ceux qu'elle a lus non loin de l'entrée de la grotte, lors de la première station, afin que je les reproduise ici. Je pense que ce texte n'en est pas vraiment un. S'il appartient à une littérature c'est à l'orale, il fallait être là pour l'entendre mais je ne peux pas le donner par écrit, il y faut la voix et la présence, vous avez peut-être vu que je l'ai noté à main levée dans mon cahier au stylo rouge comme il me venait (pendant que je me balançais pour aider les mots à venir). C'est comme ça qu'il est bien. J'ai commencé à en taper quelques mots pour répondre à votre demande mais ça n'allait plus. J'écrirai sûrement un texte sur Gargas, que j'aime passionnément, ou peut-être non, seulement d'autres paroles juste notées pour les dire à une autre occasion…

Parvenue devant la grande paroi des mains [2], elle a fait face aux empreintes énigmatiques, dos à nous comme dans une liturgie extraordinairement ancienne, dépouillée, sans complaisance, comme pour emprunter au Livre un psaume, une lamentation pour motif de sa leçon de ténèbres. Ceux qui étaient là furent alors, brièvement, une communauté – de pensée, de recueillement, d'émotion. Jusqu'à la volte-face des derniers mots, jusqu'à ce que le corps enfin fasse signe parmi les signes.

Alina Reyes a parfaitement raison : son poème à la Nuit de Gargas est pure oraison, offrande de l'instant infusé d'éternel.

Par excellence, ce qui ne se fixe pas.

 

*

 

[Alina Reyes intervenait dans le cadre des manifestations organisées pour le centenaire de la découverte scientifique des mains négatives de Gargas par le préhistorien toulousain Félix Régnault. Lire les précédentes chroniques consacrées à la préparation de ces visites noctures, auxquelles j'ai le redoutable bonheur d'être associé. Cliquer ici.]

 

 

[1] Entre 28 000 et 23 000 ans avant le présent.
[2] Située près de l'entrée de la salle inférieure, c'est elle que les visiteurs découvraient, jadis, à peine introduits dans la grotte, encore éblouis par la lumière du jour. Aujourd'hui, après que les maîtres d'œuvre du renouveau de Gargas eurent l'idée parfaite d'inverser le sens de la visite, c'est devant ce panneau que s'achève désormais le cheminement qui conduit le visiteur de la salle « haute » à la salle basse, la plus anciennement fréquentée par l'homme, probablement (celle en tout cas qui porte les signes les plus anciens de son activité) ; de sorte que cette dernière est traversée à rebours, depuis sa partie la plus profonde jusqu'à ce qui était son entrée.

 

 

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Commentaires:

Commentaire de: Alina [Visiteur] · http://www.alinareyes.com
Grand merci pour cette belle évocation de cette soirée. Je crois bien que je ne suis toujours pas sortie de la grotte, hier en tout cas j'y étais encore toute la journée, la plupart du temps immobile à m'occuper du feu dans la cheminée et à le regarder. Bonheur sans pareil à me sentir ici dans mes montagnes immergée dans un temps plein de bêtes, de bébés, d'hommes sous le grand ciel et dans la forêt profonde. Tout ceci au coeur de l'invisible, voilà pourquoi nous sommes faits.
Vous avez eu, Dominique, la délicatesse de retirer du courrier que je vous ai adressé la mention "comme une parfaite idiote" appliquée à mon balancement lors du surgissement des mots, je me permets de la restituer car elle a son importance. Je suis si heureuse de tout ça.
Je vous souhaite beaucoup de bonheur pour vos prochaines interventions. La voix, la parole, le corps.
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 10:38
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Que savez-vous de plus sur ce Félix Regnault ou Régnault de Toulouse ?

D'après le catalogue de la BNF il était membre de la société d'anthropologie dès 1875 et il publie à cette date.
Ce qui m'étonne c'est qu'à Toulouse il ne semble pas y avoir de famille Regnault.

Je connais seulement un docteur Félix Regnault né à Rennes en 1863 de la même famille que l'architecte bien connu Arthur Regnault né en 1839 (son fils ou son neveu je ne sais plus).
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 12:18
Commentaire de: admin [Membre]
Regnault, Régnault ?
J'ai moi-même hésité sur l'accent, mais partout – y compris dans la publication de l'Association française pour l'avancement des sciences où il publie, en 1907, sa communication sur les mains de Gargas, son nom est orthographié avec accent (sur des capitales, de surcroît ! l'intention d'accentuer ne pouvait être plus claire).
Mais, trois pages avant, le grand Émile Cartailhac, qui introduit et cautionne son intervention, l'écrit sans accent, et en minuscules… Je crains que ce ne soit donc au choix.
Je ne dispose pas de plus d'informations sur lui et sa famille. Il était libraire à Toulouse, c'est un point qui m'a évidemment marqué dans ce que m'en a dit Yoan Rumeau – qui est sans doute le principal interlocuteur à interroger, ce que je ferai lors de nos prochaines rencontre, d'ici la fin du mois. Je vous dirai.
Autre piste, le muséum de Toulouse : mais les archives sont encore dans les cartons, jusqu'à la réouverture en 2007.
Dernier recours enfin, plus accessible, notre ami Marc Briand, qui lira sans doute votre commentaire…
Merci de votre lecture et de votre attention.
D.A.
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 14:47
Commentaire de: P.D [Visiteur]
D'après Wikipédia il est intervenu en 1928 dans l'affaire Glozel, la découverte très controversée.

S'il est né vers 1850 il avait donc près de 80 ans alors.

Il serait intéressant d'avoir son acte de décès à la mairie de Toulouse probablement vers 1930/1940.
Simple curiosité généalogique bien entendu.

Régnault ou Regnault c'est la même chose (Renault aussi très souvent).
Au Moyen-Age et jusqu'à la Renaissance on disait Régnault même en Champagne.
L'adoucissement se fait plus tard ... (amuissement ?)
C'est le parler parisien qui triomphe au XVIIème à la Cour, Boileau né à Paris dit Montagne pour Michel de Montaigne !

Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 15:42
Commentaire de: admin [Membre]
"Notre" Régnault est mort vers 1910… Je ne sais plus où je l'ai lu.
L'autre, le médecin, que vous mentionnez dans votre premier commentaire, a également fait carrière scientifique.
Je pense qu'il y a confusion entre les deux homonymes.
Sur les sites de livres anciens, vous trouverez plusieurs ouvrages de Félix Régnault, le "docteur", postérieurs à 1910.
C'est sans doute, pour le passionné de généalogie que vous êtes, la bonne voie que de reconstituer le profil du second (le plus célèbre, sans doute, le plus « répandu »…) et d'obtenir ainsi, en creux, ou en négatif, la fiche signalétique du premier. On saura au moins qui il n'est pas… (nouvelle méthode révolutionnaire brevetée Autié pour généalogistes du futur…).
D.A.
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 16:27
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Je vous copie-colle un morceau de l'article Glozel de Wikipédia :

Félix Regnault, alors président de la Société préhistorique française, visite Glozel le 24 février 1928. Après une brève visite au petit musée installé dans la ferme des Fradin, il porte plainte contre X pour escroquerie au prétexte qu’un prix de 4 francs est exigé pour voir des pièces qu’il considère comme fausses. Le jour suivant, accompagnée de Regnault, la police fouille le musée et saisit trois caisses de vestiges. Le 28 février, le procès de Fradin contre Dussaud est reporté en raison de l'inculpation de Fradin suite à l’accusation de Regnault.

A ma connaissance le docteur Félix Regnault né en 1863 à Rennes neveu d'Arthur Regnault n'a jamais été archéologue et préhistorien !

Y-a-t-il un troisième Félix Regnault ?

Effectivement à la BNF ils mélangent tout comme d'habitude ...
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 16:57
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Un lien intéressant :

http://hubert.houdoy.perso.cegetel.net/glozel.htm



Malheureusement pas de précisions biographiques sur Régnault.
Il faudra interroger la société préhistorique française ...
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 17:26
Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
Il est mentionné, dans les archives de la Légion d'Honneur, un Felix Eugène Raoul Régnault, né à Nancy le 22 12 1845. Le Docteur Régnault dont parle Dominique Autié est décédé vers 1940. S'agit-il du même?
Le libraire toulousain pourrait être né le 22 12 1845 à Nancy et mort à Toulouse en 1910.
Actuellement tout est fermé à Toulouse, archives, bibliothèques...et je suis moi-même sur le départ...Bonne chance.
Permalien Vendredi 18 août 2006 @ 22:29
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Voici ce que je trouve sur rare books :


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REGNAULT FELIX.

GEOGRAPHIE DU DEPARTEMENT DE LA HAUTE-GARONNE. AVEC CARTES ET NOTICE GEOLOGIQUE A L'USAGE DES ECOLES. TOULOUSE. ADOLPHE REGNAULT. 1875.
IN-12 DE 72 PAGES, RELIURE DE L'EDITEUR 1/2 PERCALINE ROUGE, PLATS CARTONNES BLEUS, TITRE IMPRIME EN NOIR SUR LE PLAT SUPERIEUR. ILLUSTRE DE NOMBREUSES VIGNETTES, D'UN TABLEAU HORS-TEXTE, D'UNE CARTE HYDROGRAPHIQUE REPLIEE, DE 4 CARTES D'ARRONDISSEMENTS REPLIEES AVEC LIMITES COLORIEES, ET DE 4 PLANS EN 2 PLANCHES HORS TEXTE. PEU COURANT. - Prix : 60,00 € - Commander
PETITS DEFAUTS SANS GRAVITE, SINON BON EXEMPLAIRE.

Que faut-il en déduire ?
Adolphe Regnault libraire-imprimeur à Toulouse (A Regnault et fils) a eu un fils Félix Regnault semble-t-il.

Or on a aussi le docteur Félix Regnault découvreur de la grotte de Marsolas (Haute Garonne) après 1900. Est-ce le même ? Docteur en quoi ? Sciences physiques ?

[Une chose au moins dont nous pouvons être certains c'est que c'est le même Régnault qui découvre Marsolas et qui « invente » les mains négatives de Gargas. D.A.]

A la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Paris on trouve plusieurs Félix Regnault ...
Permalien Dimanche 20 août 2006 @ 23:04
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Marsoulas mille excuses ! Il n'était pas docteur à priori notre Félix Regnault mais bon ...

MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX ARTS - Abbé POULAINE - Félix REGNAULT - VERAN - Abbé CHARTRAIRE - Louis LE CLERT - Lucien BROCHE - Léonce LEX - R.P. DELATTRE - DONAU - LE BOEUF - DE PONTBRIAND - GOULOND - TARDY - GAUCKLER - TOUTAIN.

BULLETIN ARCHEOLOGIQUE DU COMITE DES TRAVAUX HISTORIQUES ET SCIENTIFIQUES.
Année 1903. 2me livraison. Imprimerie Nationale, Paris 1903. Ernest Leroux Editeur. In8 broché LIIIff : (de XLV à XCVIII) + 211 pages (de 209 à 420). Illustré de figures nb in-texte et 14 planches hors-texte dont 3 dépliantes. (Couverture et dos insolés). Bon état. - Prix : 35,00 € - Commander
Communications - Séances - Peintures et gravures dans la grotte de Marsoulas (Haute-Garonne) par Félix REGNAULT - Les fouilles de Hermes (Oise) en 1902, par l'Abbé POULAINE - Rapport sur les fouilles du rempart d'Arles en 1902 et restitution de l'Arc admirable, par M. VERAN (planches XII à XVII). - Rapport sur la démolition d'une partie de l'enceinte romaine de Sens (Yonne) en 1903, par l'Abbé CHARTRAIRE (planches XVIII à XX). - Une statue de Vierge mère à Voutenay (Yonne), par l'Abbé F. POULAINE (planche XXI). - Note sur les fermoirs armoriés d'un livre d'heures conservé à la bibliothèque de Chaumont-en-Bassigny, par Louis LE CLERT. - Inventaire du mobilier du palais épiscopal de Laon, au décès de l'évêque Geoffroy le Meingre (1370-1371). Communication de Lucien BROCHE. - Documents inédits de numismatique bourguignonne, par Léonce LEX. - Note sur une nécropole punique voisine de Sainte-Monique, par le R.P. DELATTRE (planches XXII à XXIV). - Notes et documents sur les voies stratégiques et sur l'occupation militaire du Sud Tunisien à l'époque romaine, par les Capitaines DONAU et LE BOEUF, les lieutenants DE PONTBRIAND, GOULOND et TARDY. Rapport de TOUTAIN (137 pages). - Le quartier des thermes d'Antonin et le couvent de Saint-Etienne à Carthage, par GAUCKLER (planche XXV).
Permalien Dimanche 20 août 2006 @ 23:07
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Toujours Félix mais pas The Cat !

Revue des Pyrénées et de la France méridionale. 1889 Tome I, no 1 (janvier-février) et no 2 (mars-avril).
Toulouse, Privat, 1889. Deux livraisons in-8 brochées, 272-28 pages. (Couvertures usagées, quelques rousseurs.) BON EXEMPLAIRE. ***___***___*** Two soft-cover deliveries 8vo, 272-28 pages. (worn Covers, some foxings.) A. COURET, the Southerners comrades in arms of Jeanne d' Arc. - Felix REGNAULT, the Malarnaud. cave - A. BENOIST, the French alpine Club in the Pyrenees - Pierre VIDAL, the new chronicle of Miguel Parets. - etc. GOOD. - Prix : 50,00 € -
A. COURET, Les méridionaux compagnons d'armes de Jeanne d'Arc. - Félix REGNAULT, La grotte Malarnaud. - A. BENOIST, Le Club alpin français dans les Pyrénées. - Pierre VIDAL, La chronique inédite de Miguel Parets. - Etc.
Permalien Dimanche 20 août 2006 @ 23:19

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