blog dominique autie

 

Mardi 26 septembre 2006

06: 48

Sous l'arbre triste

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Goa, une nuit de juin 1612.

 

Cette nuit-là, il avait entendu, à une heure déjà avancée, le retour du capitaine. Les cafres avaient rejoint l’aile de la villa réservée au personnel de maison. Puis tout était redevenu silencieux. Allongé sur son lit, il attendait le sommeil en déchiffrant quelques pages de Nicolas Eymeric. Les froides outrances décrites dans le Directoire des inquisiteurs lui paraissaient une fiction qui se pouvait lire comme un pur divertissement. La journée avait été plus étouffante que toutes les précédentes, comme si les pluies de mousson attendaient que le ciel ait atteint son point de fusion pour lessiver enfin Goa de sa poussière et guérir les hommes de leur langueur. L’air brasillait jusqu’au cœur de la nuit ; même froide, la braise piquait d’infimes brûlures la tête et les membres d’Antoine. Il enjamba la fenêtre.

Il s’enfonça dans la moiteur ténébreuse des allées, caressé par les palmes basses et les gerbes d’asparagus.

Cela se confondit d’abord avec la rumeur du Mandovi qui, en dépit de l’écran que faisait la villa, parvenait jusque dans le jardin. Ce fut bientôt un murmure, une modulation, une vocalise ténue mais obstinée. Il en chercha la direction dans le labyrinthe de la végétation et l’obscurité. Quand il parvint près d’elle, c’est lui qui sursauta. Il reconnut Apsara, allongée au pied d’un arbre. « Tu ne peux voir ses fleurs, lui dit-elle sans plus de surprise, mais goûte leur parfum !
– C’est pour le respirer que tu viens ici ?
– C’est mon arbre. Il s’appelle l’arbre triste. Il ne pousse qu’à Goa. Assieds-toi près de moi, que je te raconte. Il y a très longtemps, bien avant que les Portugais ne traversent les mers, le seigneur qui régnait sur cette île avait deux filles aussi belles l’une que l’autre. La première tomba amoureuse du Soleil, avec qui elle fit l’amour. Mais bientôt le Soleil lui préféra sa sœur. Alors, folle de jalousie et de désespoir, elle se tua. Elle fut brûlée, selon les rites de l’Inde. De ses cendres, que l’on avait dispersées dans ce jardin, naquit un arbre dont les fleurs haïssent le Soleil et ne s’épanouissent que la nuit. Je suis la réincarnation de cette princesse. Cet arbre, c’est moi ! »

Antoine s’allongea. Il trouva la nuit plus claire en cet endroit des jardins. La silhouette de l’arbre se dessinait sur le ciel. Il tourna les yeux vers la jeune Indienne. Il distinguait maintenant ses traits. « Pourquoi m’as-tu appris à sourire ? Fallait-il que tu viennes de si loin pour cela ? » Elle s’était redressée et le regardait, prenant appui sur un coude. « Tu as deviné, je suppose, que le maître de cette maison use de moi parce que, dès le lever du soleil jusqu’à la fin du jour, je suis son esclave qui commande à d’autres esclaves. Il n’a jamais pu faire que, le soir, je ne redevienne la fille de l’ancien seigneur de Goa. Dom Nascimento n’a qu’un goût de cendres dans la bouche lorsqu’il m’étreint. On prend Apsara le jour, mais la nuit Apsara se donne.

Antoine n’eut qu’à accueillir le sourire que lui offrait sa bouche immense. Il lui semblait toucher des yeux l’émail de ses dents. Au lieu de s’effacer, le sourire d’Apsara se propageait, la nuit de sa peau s’ouvrait sur un ciel saturé d’étoiles. Comme un oiseau de mer se met sous le vent puis se retourne pour fondre sur la vague, son propre corps se laissait porter par l’haleine tiède qui effleurait à présent son visage, par la houle du regard, par la brise des mains d’Apsara. C’était maintenant à ses doigts de s’étonner d’une peau sans grain, plus lisse que la soie, à sa bouche, à sa langue d’égrener le chapelet des dents, à sa main de consentir à la rondeur du sein venu s’y lover, chaud, palpitant, têtu. Soudain, lui-même était drapé dans la soie de gestes qui redessinaient son cou, ses épaules, sa poitrine. Comment se sentir plus richement paré qu’en étant nu sous de telles caresses ? Une jambe croisait la sienne ; le métal d’un bracelet cherchait à se refermer sur leurs deux chevilles ; la hanche roulait dans le creux de son ventre ; il en guettait le rythme comme d’un chant de marin paumoyant une barque sur la grève, remontant le long de la cuisse, accédant au brisant des reins, à l’écueil poli par le sel, au récif fessé par le ressac depuis la nuit des temps. Tu es Krishna, le dieu bleu, je suis la petite déesse des eaux, sortie des hauts-fonds pour te faire ensemencer la nuit. Il y a si longtemps que je suis jalouse de ton lingam, que je le veux pour moi seule, que la yoni d’Apsara réserve pour tes lèvres son lait sublime. Viens me boire, viens prendre avant de me donner ! Et ce fut l’arche de la nuit qui se dressa dans son regard, tendue par une fine chaînette d’or, et le ciel vint basculer à sa bouche, et se fendre, et palpiter.

Travaillé, modelé comme une glaise redevenue originelle, soumis à d’interminables semailles, irrigué de salive, de baumes, scandé de mantras et de plaintes, il fut couvert par mille corps et la voûte céleste s’arrima à son ventre.

Il ne sut si la foudre le clouait à la terre ou si c’était le feu vital jailli de lui qui zébrait la nuit et dispersait une pluie d’étoiles.

Il lui sembla que le jardin murmurait, une voix venue de partout alentour l’enveloppait. Nous avons été tous les dieux de l’Inde.

La dévotion avec laquelle son corps fut touché, baisé, consommé cette nuit-là fit entrevoir à Antoine les raisons dont pouvaient arguer les tenants de la chrétienté pour qualifier d’idolâtres les sœurs et les frères d’Apsara. « J’aimerais que tu m’apprennes à célébrer ce culte dans ta langue, lui dit-elle. Le sort nous oblige à nous entendre avec les mots de ceux qui nous apportent la honte et la mort. Ils sont une terre stérile.
– Les armées de mon peuple ne vaudront guère mieux, si leurs navires touchent un jour cette côte.
– Pourquoi es-tu ici ?
– J’étais venu exercer la médecine, loin de mon pays.
– Nous ne sommes malades que de vos maladies. Tu as mieux à faire parmi nous.
– Je suis venu ici parce que j’ai tué un homme… »

Il y eut soudain de grosses gouttes de pluie, lourdes, lentes, et les palmes des lataniers qui résonnaient comme la peau d’un tambourin.

 

© Sylvie AstorgDominique Autié, 2002.

 

 

 

Ce texte est extrait d'une centaine de feuillets écrite durant l'été 2002, en vue de financer – en la recyclant dans un roman lisible – l'énorme matériau documentaire que j'avais déjà accumulé, à l'époque, en vue de la composition de mon Nocturne. Relater ici l'interminable parcours au prix duquel nous nous étions convaincus, Sylvie Astorg et moi-même, d'en rédiger le premier chapitre [1] n'aurait pour seul intérêt que d'illustrer d'un exemple vécu les règles extravagantes que s'imposent à eux-mêmes (et, par contre-coup, aux auteurs qu'ils dirigent) ceux à qui incombe, dans l'édition française, la fabrique des romans à succès. À commencer par cet introuvable grand public dont, après trente ans d'exercice du métier d'éditeur, je n'ai toujours pas identifié le premier, le plus maigre spécimen plausible qui en attesterait l'existence.

Plus insolite est l'existence, bien réelle du Nyctanthes arbor tristis, dont notre lecture du fascinant Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales (1601-1611) [2] nous avait révélé l'existence. Voici ce que dit de cet arbre le médecin et botaniste portugais Garcia da Orta (Castelo de Vide, ca. 1500 - Goa, 1568) :

C'est un arbre de la grandeur d'un olivier, qui a des feuilles semblables au prunier ; sa fleur est de nuit (lorsqu'il fleurit), fort odoriférante, d'aucun usage (que je sache) à cause de la tendresse, si ce n'est que les habitants du lieu se servent du pécoul [pollen] des fleurs, qui sont jaunes, pour en donner couleur à leurs viandes, car elles colorent aussi bien que le safran. Quelques-uns disent que l'eau de la fleur étant distillée est fort propre pour les yeux, étant appliquée sur la partie avec un drapeau de lin trempé en icelle.

C'est un arbre qui ne croît qu'à Goa, qu'on dit avoir été apporté de Malacca. À dire vérité, je n'en ai point du tout vu autre part en toutes les Indes. Il est appelé à Goa parisataco, en malais singadi : il a eu ce nom d'Arbre triste à cause qu'il ne fleurit que la nuit. Ceux du pays racontent qu'un certain grand seigneur appelé Parisatacus avait une belle fille, laquelle éprise de l'amour du soleil, il eut affaire avec elle. Mais que du depuis, lui l'ayant quittée pour être enamouraché d'une autre fille de Parisatacus, elle se tua elle-même par jalousie & désespoir. Des cendres de laquelle, après qu'elle fut brûlée (car encore aujourd'hui on brûle les corps morts en ce pays-là), cet arbre prit naissance ; les fleurs duquel haïssent si fort le soleil qu'elles ne le peuvent voir [3].

 

 

[1] À la demande d'un éditeur de très grand renom, réputé pour ses tirages et ses ventes massifs. Une seconde étape chez un confrère de celui-ci, non moins connu, a orienté tout le travail d'un été vers la mémoire morte de nos ordinateurs. Grâce au blog, quelques paragraphes trouveront peut-être d'autres lecteurs que les quelques proches qui ont cessé d'attendre la suite avec une impatience non feinte (nous avait-il semblé, à l'époque – je souris, car j'ai entendu cette ritournelle des centaines, pour ne pas dire des milliers de fois : J'ai fait lire mon manuscrit à des amis [à ma tante, à mon kiné, à mon beau-père qui était archiviste paléographe…] et ils sont unanimes : il faut absolument publier ce livre, d'ailleurs c'est eux qui m'ont contraint(e) à prendre rendez-vous. Moi, vous savez…).
[2] Magnifiquement réédité par Xavier de Castro et présenté par Geneviève Bouchon, avec un apparat critique d'une exceptionnelle richesse : en deux tomes, éditions Chandeigne, collection « Magellane », 1998. L'extrait de Garcia da Orta est reproduit p. 503 (tome I), dans une note appelée à la première occurrence de l'arbre triste, plusieurs fois mentionné par Pyrard dans son récit. C'est, ici, la traduction de Charles de l'Écluse (publiée en 1619) qui est citée.
[3] L'arbre triste fait l'objet du « Colloque sixième » des simples et des drogues de l'Inde de Garcia da Orta dans la nouvelle traduction de Sylvie Messinger Ramos, António Ramos et Françoise Marchand-Sauvagnargues, collection « Thesaurus », Actes Sud, 2004 ; pp. 73 sq.

 

Femme (amoureuse ?) du Rajasthan (détail), gouache sur papier,
seconde moitié du dix-huitième siècle, Rajasthan.
Fogg Art Museum, Harvard University, Cambridge ; peinture reproduite et commentée dans B.N. Goswany, L'Inde du Tendre, éditions Mazenod, 1987, pp. 64-65.

 

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Mardi 19 septembre 2006

07: 52

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie
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25 – Risques et périls

Sur l'exercice du métier d'éditeur

 

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À propos de la parution des deux premiers titres
de la collection « D'Orient et d'Occident », dirigée par Jean Moncelon
aux éditions InTexte :
Armel Guerne, La nuit veille, avec une introduction de Jean-Yves Masson,
Mounir Hafez, Ce Moi sur lequel ma vie ne peut rien.

 

 

La livraison, jeudi dernier, d'une dizaine de cartons en provenance de notre imprimeur, contenant des exemplaires des deux premiers titres de la collection « D'Orient et d'Occident » (l'essentiel du tirage a été livré à notre diffuseur-distributeur), a scellé dans le poids du papier une étape nouvelle de mon cheminement d'éditeur.

La publication d'une collection à risques d'éditeur, dans laquelle nous nous engageons ces temps-ci, se démarque en effet de mon exercice de la fonction éditoriale pendant près de vingt ans, de 1979 à 1998, aux commandes d'une des plus anciennes maisons d'édition françaises ; sur trois points au moins, l'expérience est nouvelle : j'étais salarié, nous sommes aujourd'hui – Sylvie Astorg et moi – comptables de l'entreprise que nous avons créée, qui fait vivre six personnes (de prestations dans le secteur éditorial et la production de contenus spécialisés) ; le choix d'une thématique pour constituer un catalogue n'a subi d'autre influence que nos propres affinités électives, notre intuition et, pour une large part, notre conviction de devoir mettre notre compétence et nos moyens dans une certaine démarche intellectuelle et spirituelle, qui passe et ne pourra cesser de passer par le livre ; enfin – et cette considération n'est pas de moindre importance –, les conditions d'exercice de ce métier et les contraintes qui pèsent sur le rayonnement de la pensée par le livre ont très significativement évolué depuis dix ans, au point qu'une croisée de chemins se profile, pour qui sait en discerner les signes, au sein même des professions dont pourrait dépendre l'avenir de ce support.

Je comptais marquer cette double parution en proposant de partager une réflexion aussi sereine que possible, instruite, quelque peu prospective sur ce qu'engage aujourd'hui un tel projet. Sur ce que peut bien signifier, en 2006, la création d'une maison d'édition (de plus), alors même que j'ai pointé, ici même, le destin funeste et certain qui guette la surproduction de nouveautés dans laquelle s'est laissé prendre le secteur. Je mesure qu'il me faudra disposer d'un temps pour préparer quelques lignes substantielles, dans le cadre limité d'une page lisible à l'écran. Je le ferai. Je ne manquerai pas de le faire. Je me contenterai d'insister, pour l'heure, sur le constat que, moins que jamais, l'exercice de ce métier n'est dissociable d'un risque. C'est, il me semble, sur la nature d'un tel risque, qu'il serait pertinent de réfléchir. Il est financier, c'est bien clair ; il ne se limite pas à ce seul registre, c'est également une évidence. Je suggère seulement ceci : croiser les composantes de ce risque avec les circonstances dans lesquelles ce risque est encouru volontairement (l'état d'une société, d'une civilisation, du monde) permet de mieux comprendre pourquoi et comment l'édition a constitué, historiquement, l'un des plus sûrs indicateurs non seulement des phases critiques qu'ont traversées et traversent les sociétés humaines, mais encore des perspectives de dénouement, de reprise, de renaissance, d'aurore qui, toujours, se sont préparées, mûries à l'écart (si ce n'est en secret) – même si elles nous donnent le sentiment d'émerger, comme miraculeusement, après les tempêtes ou les nuits d'encre. Je ne suis pas loin de penser qu'une telle évaluation du risque, selon les modalités que je viens d'évoquer, est – sinon le seul – du moins l'un des examens les plus féconds auquel puisse procéder quiconque se sent attiré par ce métier. Ou quiconque prétend discourir sur les états de service de tout un secteur qui, quoiqu'il s'efforce de donner le change, court à la crise.

Parmi ce qui singularise notre démarche présente en regard des années de métier qui l'ont précédée, pour ce qui me concerne, j'allais oublier un point important : dans un premier temps du moins, nous ne publierons que des auteurs d'un passé plus ou moins proche, les œuvres de nombre d'entre eux, de surcroît, ne nous parvenant qu'après l'épreuve d'une, voire deux transpositions entre leur langue et la nôtre. Je trouve enviable telle exemption qui nous épargne l'ego de nos contemporains, que tout concourt à frustrer ces temps-ci. À bientôt cinquante-sept ans, il me semble avoir réglé mes problèmes avec la gloire, ce qui me vaut, en droit, de ne plus me sentir contraint d'accorder une oreille complaisante aux jérémiades de ceux qui n'y parviennent pas – ou, pire, ne tentent même pas d'y parvenir. L'avenir prochain du livre se fera en dépit – ou sans, ou contre, ou à rebours – des pouvoirs de l'argent et, surtout, du pouvoir médiatique (essentiellement journalistique) ; il se fera aussi, pour partie, contre – ou à rebours, ou sans… – les auteurs. Ceux, en tout cas, dont le strabisme aura interdit qu'ils se détournent un instant de la zone ombilicale de leur anatomie ; ceux qui, non contents d'ignorer les enjeux du livre (auxquels ceux qu'ils écrivent ressortissent), auront même découragé plus d'un éditeur de bonne volonté de prendre le moindre risque pour les publier. Ceux pour qui écrire ne sera jamais un métier, parce qu'ils penseraient démériter en s'assignant des règles aussi sévères que celles sur lesquelles le menuisier, le potier, l'électronicien fondent leur prestation.

Au moins, pour acheminer « D'Orient et d'Occident » vers son point d'équilibre, puis de viabilité conforme au réalisme de gestion qui s'impose heureusement, n'aurons-nous affaire qu'à des techniciens, d'une part, et des gens de foi – dans le livre, dans la langue, dans les contenus –, de l'autre (les deux pouvant exceptionnellement se confondre en un même interlocuteur) : des traducteurs, des universitaires (tel Jean-Yves Masson, qui nous a accordé une très précieuse introduction à l'œuvre d'Armel Guerne, pour notre nouvelle édition de La nuit veille), les exécuteurs testamentaires d'œuvres essentielles, soucieux avant tout qu'elles continuent de rayonner (je rends hommage à ceux que concernent ces deux premiers titres), un directeur de collection dont l'itinéraire personnel tend à nous prémunir contre toute pensée locale

Les conditions semblent bien réunies pour que notre bonheur d'éditer se nourrisse de ce qui a toujours fait l'honneur de ce métier : un sens du risque qu'équilibre une forme particulière de réserve (Quignard dirait : le goût de situer un travail in angulo).

J'admets qu'une telle assertion, ces temps-ci, puisse surprendre.

 

À suivre.

 

Le site de la collection « D'Orient et d'Occident »

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley 23 – Promenade aux puces
24 – De quelques ennemis du livre 24 bis – Les marginalia de l'ogre

 

 

 

 

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Vendredi 15 septembre 2006

06: 32

 

Un livre est un secret

 

 

 

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Le monde entier est ma cachette
de Jean-Paul Chavent, La Table ronde, avril 2006. 20 €.

 

 

 

Cher Jean-Paul,

Inutile de tricher avec les lecteurs du blog : nous nous connaissons depuis trente ans. Impossible de tricher avec toi : tu l'imagines, pas plus aujourd'hui qu'en avril je ne saurais parler de ce livre de toi en quelques paragraphes. En parler, je veux dire : en vanter les mérites, en recommander la lecture, manier le superlatif. Il y faudrait une forme d'impudeur qui ne nous convient pas.

Le monde entier est ma cachette a paru à l'office du 6 avril. L'exemplaire que j'ai sous les yeux est arrivé par la poste quelques jours auparavant. Mon nom figure, auprès d'un tout petit nombre d'autres qui me sont essentiels, dans les remerciements. Des remerciements dans un roman ? Cela, déjà, est un décalage. En fait, nous sommes quelques-uns qui avons lu ce qu'il sera suffisamment convenu de nommer des états de ce texte. Je vais le dire autrement, je crois qu'il le faut : parmi ceux que tu désignes dans cette page, il en est de ce petit nombre, depuis des lustres qui ont notre âge de raison, dont l'amitié te côtoie, qui te voyons vivre, c'est-à-dire écrire.

Pour nous – et pour quelques passant(e)s qui te croisent de façon assez attentive pour que cela les marque –, tu incarnes l'une des dernières figures possibles – à ce titre saisissantes – de l'écrivain vivant. Plus que jamais, ces temps-ci, l'écrivain qui se respecte est un écrivain mort. Mort au marketing éditorial, mort à la pose de l'écrivain (maudit ou non), mort à la pile. Mort. Les rares survivants partagent l'étrange point commun d'être hantés par ce que Quignard nomme le jadis, que tu désignes plus volontiers comme le monde ancien : non pas une nostalgie de terroir (qui est le kérosène des écrivains du même nom), non pas cette fixation que je fais sur le pain congelé et sur le goût des abricots ; non pas ce raidissement devant ce qui advient – mais une sorte de tendresse qui, comme les sources de Pagnol, ne se dit pas, se laisse à la rigueur deviner.

Il y a chez toi ce secret bien gardé d'une vie d'écriture. C'est ce qui te prémunit quand tu t'exposes. C'est ce qui nous rend, nous autres près de toi, confiants.

*

Il y a des livres qu'il nous faut absolument écrire et publier. Les écrire peut prendre des années et, quoi que j'en dise ici (dans cette maison, à l'occasion dans ces pages), la durée de leur écriture a finalement peu à voir – en tout cas, beaucoup moins qu'il ne nous serait pratique de le laisser croire – avec le peu de temps de l'horloge dont nous gagnons chèrement la maîtrise. Ces livres-là ne sont pas saisonniers, la chronobiologie échouerait à plaquer ses grilles pour en éclairer l'évolution (j'en parle volontairement comme d'un syndrome, d'une propagation cancéreuse : la langue à l'œuvre emprunterait parfois un mode métastatique ?) – au point que nous devenions aux yeux de nos proches pendant dix ans, pendant une vie, ce livre-là que nous sommes incertainement en train d'écrire. Le livre qui dévore de l'intérieur [c'est ce que nous consentons à en dire], qui est le livre par quoi nous dévorons le monde. Le livre de notre pouvoir, qui est d'abord notre capacité à ne pas disparaître corps et biens.

Vient, il se peut, le moment où le livre doit paraître. Non que la langue ait atteint son terme. Ce serait plutôt – je le suggère, mais tu le contesteras peut-être, de l'ordre du Ça suffit ! ou encore : Ça a assez duré ! que d'autres en fassent ce qu'il est possible ou enviable d'en faire !

Parce que ces livres-là sont inattendus, personne n'a fait du zèle pour nous attendre : on sonne, pas de réponse, ce sont justement les RTT du comité de lecture, le programme de rentrée est ficelé depuis belle lurette. De ces livres-là, quand enfin ils paraissent, il serait incongru de parler toutes affaires cessantes, en veillant à ce que l'article tombe la semaine même de l'office. D'ailleurs, personne, à proprement parler, n'en parlera vraiment – ou alors beaucoup plus tard, presque incidemment, comme s'il était une évidence que chacun a lu ce livre, en son temps… ce livre dont personne n'a parlé. [J'entends parler du livre comme, sortant du cinéma, les gens s'installent à la table voisine du bistrot où je lis et parlent du film – ou, je tente cette formule, le dernier livrel'on parle. Sinon, c'est la musique ambiante, assez forte pour couvrir ce qui subsiste d'angoisse et de vague culpabilité de n'avoir vu de film, acheté de livre qui offrent la dernière langue où l'on cause : nous touchons peut-être ici aux racines de l'alexithymie.]

Même si ton existence ne fait pas mystère de la littérature qui lui fait office de pompe cardiaque, Le monde entier est ma cachette ressortit à l'ordre du secret. Vivre est un secret. Quatre cent vingt-six pages (le livre a failli en compter le double) pour dire cela. C'est bien.

*

Comment leur expliquer ? Comment, sans que cela passe pour une variante de la stratégie du renard sous la treille ? ou pire, pour un désabusement ? Nous ne nous sommes pas vus depuis des mois et notre dernière conversation téléphonique date de la sortie de ton livre, justement. J'espère me tromper, il me semble toutefois que les lecteurs professionnels ont accueilli Le monde entier est ma cachette du même silence glaciaire qu'il y a deux ans mon Clavier…. Nous avons appris à vivre avec cette indifférence ; elle est, pour nous, une donnée récente ; nous avons connu l'un et l'autre le goût de l'éloge, de l'hommage parfois venus de grands lecteurs sous des rubriques enviées ; qu'il s'agisse de l'attitude de ceux qui leur ont succédé, des règles du jeu qui dévient nos envois aux derniers survivants quand un de nos livres paraît ou du constat que ce que nous écrivons n'est pas conforme à l'époque, rien de tout cela ne nous est indifférent – ce serait mensonge d'affirmer le contraire, de s'acquitter de cette blessure narcissique par un vieux missile scud mouillé lancé à l'aveugle contre l'air du temps. C'est ainsi.

[Au moment où la rentrée littéraire a été déchargée au Fenwick sur les tables de nouveautés, repoussant les derniers invendus dans la fosse, je nous offre la joie secrète de t'afficher ici. Je dis nous car, je l'ai mesuré en rouvrant tout à l'heure cette page en attente de son texte depuis avril (tout le reste était prêt pour le scoop, ta photographie, le montage avec le livre ouvert), indiquer ce roman de toi aux lecteurs du blog me procure l'étrange sentiment d'être moi-même présent, en pile, en tête de gondole, pour la course aux prix. Cela, dans une sorte de légèreté, de grâce hors de saison. Voilà qui nous décale encore d'un cran au regard du convenu, du convenable, du convenant.

Si je tire toutes les conséquences de cette découverte, cela signifierait que l'œuvre de l'ami est ce qui nous répare de livres que nous portons trop longuement, que nous tardons à voir publiés – ou que nous n'écrirons pas.]

Je t'embrasse.

 

 

Bibliographie de Jean-Paul Chavent – Cliquez ici.

Lire le texte qui figure au dos de la couverture du roman
Le monde entier est ma cachette, – Cliquez ici.


Lire une autre chronique dans laquelle est évoqué
le premier roman de Jean-Paul Chavent, Violet ou le Nouveau Monde – Cliquez ici.

 

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Lundi 11 septembre 2006

07: 38

 

Pour Hervé Guibert

Entretien avec Guillaume Ertaud et Arnaud Genon

à l'occasion de la mise en ligne du site

www.herveguibert.net
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Zoom

 

 

[En 1990, quand parut À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, comme à beaucoup d'entre nous, Hervé Guibert m'était inconnu. La lecture éblouie de L'Image fantôme, écrit dix ans plus tôt, m'incita à découvrir l'œuvre peu à peu. Chaque livre affermissait ma conviction que les textes de la fin ne sont pas des écrits de circonstance ; que leur tessiture même n'est sans doute accessible que dans l'enfilade de la petite vingtaine des titres qui les ont précédés – sans oublier les balises que propose l'œuvre photographique ; que nous sommes devant une œuvre majeure. Le Mausolée des amants, publié dix ans après la mort de l'auteur, a scellé cette certitude et mon attachement à Hervé Guibert.
Je ne peux que me réjouir profondément de l'initiative qu'ont prise Guillaume Ertaud et Arnaud Genon [1] de créer enfin un site Internet dédié à l'homme et à son œuvre. Je leur ai proposé de présenter eux-mêmes leur entreprise. Je les remercie d'avoir accepté le principe de cet entretien.

D.A.]

 

 

Dominique Autié : La disparité des ressources disponibles en ligne sur Hervé Guibert et son œuvre, à laquelle le site que vous inaugurez se fixe de remédier, n’est-elle pas à l’image d’une grande disparité dans la façon même dont cette œuvre est, aujourd’hui, lue, étudiée, diffusée ?

Arnaud Genon : C’est en effet le constat que nous avons fait avec Guillaume Ertaud. Les informations, les études sur l’œuvre d’Hervé Guibert existent mais sont souvent disséminées, éparpillées non seulement sur Internet mais aussi dans des revues plus spécialisées, majoritairement universitaires. Cet éparpillement est de même géographique : l’œuvre d’Hervé Guibert est lue et étudiée dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, États-Unis, Australie, Canada…) mais aussi au Maroc, en Allemagne et bien sûr en France. Et, comme vous le dites justement, il semble qu’il en soit de même dans la manière dont cette œuvre est aujourd’hui lue ou appréhendée. Guibert a joui, à la fin des années 1980 et au début des années 1990 d’une médiatisation extraordinaire, car il a su toucher ses lecteurs, les émouvoir, et les entraîner avec lui dans son aventure littéraire et photographique qui était aussi une expérience de vie. Après la disparition de Guibert, en décembre 1991, les relais médiatiques se sont faits moins nombreux et l’université a commencé à regarder son œuvre avec scepticisme, croyant finalement qu’il ne s’agissait que d’un phénomène de mode. Or, nous constatons aujourd’hui qu’il n’en est rien, et que les études guibertiennes se portent bien, que les maîtrises et les thèses sur son travail sont de plus en plus nombreuses.

Il y aussi, bien évidemment, le sida. Cette maladie fait toujours peur et marginalise Guibert auprès de certains lecteurs. Mais, si on le lit bien, on se rend rapidement compte que son œuvre va au-delà d’un simple témoignage sur le sida. Le sida n’aura été finalement pour lui qu’un moyen d’aller au bout du dévoilement de soi qu’il s’était fixé d’atteindre. Il s’agissait donc pour nous de rassembler les lecteurs et les chercheurs guibertiens pour tenter de proposer une vision plus large – et par là plus juste – de son œuvre, de tenter de révéler son vrai visage en ne le restreignant pas à ce qui avait fait son succès. Il nous fallait aussi rappeler le fait que Guibert était un excellent photographe et que cette partie de son travail n’a pas, à tort, toujours été envisagée à l’égal de ses livres.

Guillaume Ertaud : C’est la raison d’être de ce site. Je laisse à Arnaud le soin de répondre pour l’œuvre littéraire. Pour ce qui est des photographies d’Hervé Guibert, il faut bien reconnaître que leur diffusion par le livre n’est pas à la hauteur de leur intérêt. Le travail mené par la galeriste Agathe Gaillard depuis plus de vingt ans pour assurer une diffusion à ses photographies est primordial mais malheureusement isolé. Ses photographies, et au-delà son travail autour de la photographie, nécessitent une lecture exigeante. On a trop tendance à les considérer comme un violon d’Ingres, ils demeurent encore dans l’ombre de son travail d’écriture. Il y a un gros travail à faire pour replacer cette partie de l’œuvre dans le contexte de sa production. Par exemple, je reste toujours étonné à la lecture des analyses du travail de Sophie Calle, de Duane Michals, ou de Raymond Depardon (autour du recours à la photo pour mettre en place un récit) sans qu’il ne soit fait mention de celui d’Hervé Guibert, alors que sa créativité me semble être au moins égale. À la différence des études littéraires, l’université lève timidement le voile sur les études photographiques. Gageons qu'à la faveur des récentes avancées dans ce domaine, on prenne conscience du vide à combler.

D.A. : Rendre sensible l’œuvre d’Hervé Guibert ne peut faire l’impasse de la dimension photographique – c’est une évidence –, mais non plus de la voix, me semble-t-il. J’ai dit ici même [2] le choc que m’avait valu la découverte de Lecture, le CD audio contenant l’enregistrement de Guibert lisant ses textes ainsi qu’un entretien avec Jean-Marie Planes, paru aux éditions Le Bleu du ciel. Comment envisagez-vous de mettre les ressources de la technologie de l’Internet au service de ces différents registres de l’œuvre ? Quid des problèmes de droits ?

Arnaud Genon : Vous évoquez très justement la place de la photographie dont je viens de parler rapidement. L’œuvre de Guibert ne se comprend que dans son ensemble, elle est d’une cohérence remarquable. Il nous faudrait aussi évoquer la place de son « œuvre » journalistique, car Guibert fut critique de photographie pour Le Monde, et de son film La Pudeur ou l’Impudeur… Mais pour en revenir à votre question, nous allons effectivement tenter de faire entendre la voix de Guibert, de montrer des extraits de son film, dans la mesure où cela est possible d’un point de vue technique. De même que Guibert « passait » très bien à la télévision (le succès de ses apparitions à Apostrophe en 1990, et à Ex-libris en 1991 en témoigne), il possédait une voix tout ce qu’il y a de plus radiophonique, calme, posée et douce. Ce serait donc un cadeau à faire aux visiteurs du site que de faire entendre, quelques minutes au moins, cette voix singulière.

Ce site n’est pas né spontanément. Nous l’avons réfléchi avec Guillaume Ertaud depuis plus d’un an. Nous avons tenu à le créer avec l’autorisation de Christine Guibert, qui nous soutient dans cette entreprise. De même Agathe Gaillard, qui gère aujourd’hui l’œuvre photographique de Guibert et qui a très largement contribué à sa reconnaissance en tant que photographe, suit de près l’évolution du site et nous encourage à poursuivre notre travail. Les problèmes techniques seront donc peut-être plus difficiles à surmonter que les problèmes de droit… Mais sur cette question, Guillaume est plus compétent que moi.

Guillaume Ertaud : Je nuancerai l’avis d’Arnaud, techniquement tout au moins. La diffusion sonore, comme celle d’images animées, n’est plus vraiment une difficulté technique. L’étape cruciale me semble résider dans le choix de ce que l’on souhaite diffuser, car la parole et l’image animée sont des matériaux qu’il faut distiller avec précaution pour rester dans le cadre « éditorial » que nous tentons de suivre. Pour les droits, je ne vous apprendrai pas qu’il sera peut-être plus facile de négocier avec France Culture qu’avec TF1 !

D.A. : Vous sollicitez des contributions, des échanges. Sur quels aspects de l’œuvre et de la vie d’Hervé Guibert vous semble-t-il qu’un site, de la tenue du vôtre, puisse – et doive – par priorité apporter un éclairage, des ressources (ce terme me semble important), voire des documents nouveaux ?

Arnaud Genon : Ce site se veut avant tout un lieu de rencontres, d’échanges, de débats… Nous espérons que les visiteurs sauront enrichir le site par la diffusion d’informations, mais aussi par des contributions de type articles qui toucheront tant aux œuvres littéraires qu’au travail photographique. Il est évident que l’œuvre photographique de Guibert a pour l’instant été moins étudiée que les textes. C’est un point sur lequel nous insisterons. En ce qui concerne l’étude des textes, il faut compter désormais avec Le Mausolée des amants (le journal de Guibert) qui, publié en 2001, invite à une nouvelle lecture de l’ensemble de son travail dans la mesure où il s’agit là de « la colonne vertébrale de son œuvre », selon ses propres termes. Certaines de ses nouvelles réunies dans Les Aventures singulières ou Mauve le vierge mériteraient aussi des analyses particulières.
Les documents nouveaux seront aussi les bienvenus. Par exemple, nous avions pensé, avec Guillaume Ertaud, interroger des personnes qui avaient connu Guibert et rassembler quelques témoignages de cet ordre-là. Nous ne sommes en fait qu’au début de notre entreprise, mais il reste tellement à dire sur Hervé Guibert que des éclairages inédits viendront, j’en suis persuadé, nourrir rapidement notre site.

Guillaume Ertaud: Ce site a pour origine une rencontre, et nous comptons bien maintenir l’activité du site dans cette direction. Son ouverture vers des collaborations extérieures est primordiale puisque ce n’est qu’en abordant l’œuvre d’Herve Guibert par une certaine pluridisciplinarité que nous parviendrons à restituer sa richesse. Comme je le disais plus haut, l’œuvre photographique est assez peu mentionnée dans le champ universitaire. Nous espérons contribuer à y remédier, modestement, par une mise à disposition prochaine d’un ensemble iconographique cohérent, afin de rendre un peu plus accessible ses photographies. Ce sera un début. Pour cela, l’Internet est un outil formidable.

Il ne faut pas non plus oublier que ce site est aussi ciblé vers le curieux, le passant ou le passionné. Il est bien difficile d’estimer la quantité et la qualité de telles contributions, mais nous les attendons avec autant d’intérêt que celles des « officiels ». J’aime à me souvenir qu’Hervé Guibert disait écrire pour ses lecteurs. S'ils le souhaitent, ce site est aussi pour eux. Personnellement j’aurai grand plaisir à recueillir les témoignages, comme on peut déjà en lire çà et là sur des blogs, de la rencontre des lecteurs avec l’œuvre d’Hervé Guibert.

 

 

Découvrir le site [cliquez ici]

www.herveguibert.net

 

 

[1] Guillaume Ertaud est né en 1971. Il est l’auteur d’un mémoire de maîtrise d’histoire de l’art sur Hervé Guibert. Concepteur et rédacteur d’un site sur la photographie lalettrephoto.net, il est membre actif de la Société française de photographie. Il mène des recherches personnelles autour de la photographie combinant pratique, histoire et méthodologie. Arnaud Genon est né en 1975 à Pau. Il est docteur en littérature française (il a consacré sa thèse à Hervé Guibert), diplômé de l’université de Nottingham Trent (PhD). Professeur de lettres modernes, enseignant à Troyes, il est aussi membre du groupe « Autofiction » ITEM (CNRS-ENS). Il prépare actuellement un livre sur Hervé Guibert.
[2] Chronique du 15 juillet 2005, Hervé Guibert, le baroque.

 

 

Le seul visage, Éditions de Minuit, 1984. Le volume ouvert aux pages 8-9 montre la dédicace à Agathe Gaillard, dont la galerie avait exposé durant l'automne 1984 les photographies d'Hervé Guibert reproduites dans l'ouvrage – qui constituait donc le catalogue de l'exposition.

 

chapeaurouge
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Vendredi 8 septembre 2006

07: 48

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie
blanc_mince

 

24 bis – Les marginalia de l'ogre

 

 

ocean_indien

 

 

À la mémoire du Dr G. Carlo Salvade,
qui habita Massagno et fut peut-être ce lecteur vorace,
méthodique, envahissant, curieusement fraternel.

 

 

Un mardi à l'aube, je mets imprudemment en ligne une diatribe contre le lecteur qui caviarde son exemplaire. Je crois tenir la loi générale qui m'autorise à en rajouter dans l'anathème : cet homme-là, cette femme, seraient des lecteurs inattentifs, inconstants, frivoles. Voire pire !

Le jeudi même, à l'heure du facteur, la paisible et narquoise contestation de mon propos m'est délivrée. Elle est assortie de la preuve, sans appel possible, que j'ai écrit une sottise : celle ou celui qui a balafré ce livre-ci de soulignements et de mentions marginales l'a dévoré jusqu'à la dernière page. Il s'en est irrémédiablement approprié le contenu. Bien plus : je constate, stupéfait, mon incapacité à détester ce lecteur-là. En un rien de temps (en enjambant le temps), il m'a mis dans sa poche avec son crayon et son affreux Bic à capuchon de l'époque.

Autié, tu dérailles ! Tu vois bien qu'il existe, par delà comme en deça de toutes les macules, les écornures et les usages singuliers du livre, un lecteur fraternel. Autié, tu as déraillé dans ta précédente chronique !
Je plaide assez la levée de la dérisoire autocensure qui nous dissuade, aujourd'hui, d'alerter abruptement notre prochain lorsqu'il se fourvoie de trop évidente façon pour accueillir, sans rechigner, un tel avis lorsqu'il m'est asséné par le hasard – à quoi je n'ai jamais accordé le crédit aveugle que, dit-on, il exige.

 

 

Tentative d'autopsie d'un lecteur

[Pièces à porter au dossier, avec leur commentaire – Cliquez ici.]

 

 

Histoire de l'océan Indien, par Auguste Toussaint, collection « Peuples et civilisations d'outre-mer », Presses universitaires de France, 1961.
L'ouvrage est assez peu courant. Je l'ai acquis sur eBay en tout début de semaine, pour le quart du prix proposé par le catalogue en ligne d'un bouquiniste pour un exemplaire dont l'intérieur était décrit comme frais. Son contenu est de premier intérêt pour mon interminable travail de documentation sur l'Inde des Grands Moghols. Sur eBay, le vendeur avait pris soin de mentionner la présence de nombreuses annotations sur l'exemplaire qu'il proposait aux enchères.

Je rappelle (j'en ai déjà donné ici la référence, me semble-t-il) l'intérêt exceptionnel du numéro que la Revue de la Bibliothèque nationale de France a consacré au livre annoté : n° 2, juin 1999, ISBN : 2-7177-2075-8 – ISBN :  1254-7700.

 

 

…………chat_boule

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[Pour une raison indéterminée, je ne reçois que très aléatoirement, ces jours-ci, l'avis qu'un commentaire a été enregistré par un visiteur. Ayant pris le parti de ne pas modérer les commentaires mais ne disposant pas de temps pour me rendre régulièrement sur le site dans la journée, je prie les lecteurs de bien vouloir me pardonner une éventuelle absence de retour à des propos, remarques ou questions qui l'appelleraient – d'autant que j'utilise plus volontiers le courrier électronique que le commentaire de l'administrateur, d'habitude, pour m'adresser à eux. D.A.]

 

Mardi 5 septembre 2006

07: 44

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie
blanc_mince

 

24 – De quelques ennemis du livre

 

 

in_octavo_olisbos

 

Zoom

 

 

Le livre n'a pas d'ennemis déclarés. Il ne souffre que d'ennemis intérieurs. Lepisma saccharina L. (poisson d'argent ou lépisme argenté) creuse sa galerie, étroite et ronde comme celle des vrillettes dans le bois des poutres. [Un fou, qui aurait jeté un sort au volume, en plantant une aiguille – des dizaines, des milliers – dans toute l'épaisseur du livre.]

lepisme

Au nombre des ennemis intérieurs, quantité de ses lecteur[trice]s. Si j'avais connu ses méfaits avant leur mise en ligne, Mme J. méritait d'émarger dans deux chroniques distinctes. Une recordwoman de la bibliophobie, en quelque sorte.

J'ai reçu d’un bouquiniste le volume consacré à La Peinture persane paru en 1961 dans l’irremplacée collection d’art de l’éditeur suisse Albert Skira : illustrations en couleur contrecollées sur un papier ivoire, typographie parfaite (dans cette même présentation, Skira avait publié le Lascaux ou la naissance de l’art de Georges Bataille, la prunelle de mes yeux). Mon plaisir pouvait être sans partage si, sur la page de garde, Éliane Jacquemyn n’avait calligraphié son nom et la date du 2 juillet 1962 au stylo à bille bleue, de son écriture de dame catéchiste. L’exemplaire, à bien l’observer en lumière frisante, a également son gnon, dans la masse du papier, sur le coin inférieur droit – Mme Jacquemyn a fait ce qu’elle a sans doute veillé, sa vie durant, à ne pas faire avec le verre à moutarde dans lequel elle buvait chaque jour que Dieu lui fit : elle a fait (je pèse mes mots) qu’il lui échappe des mains, ou l’a laissé à la portée d’hôtes négligents, ou d’enfants.

Ma seule consolation est que Mme Jacquemyn, dont les héritiers n’avaient que faire d’un tel livre, est morte – je le suppose (peut-être d'une maladie incurable, dans d'affreuses souffrances assurément).

lepisme

Voilà que je peste : ce livre, acquis par correspondance, est entrelardé de traits de soulignement au crayon à papier – à l'encre, je l'eus retourné à son vendeur, quelque difficile que soit le volume à dénicher ces temps-ci. Mais sa lecture ne souffrira pas qu'un autre m'indique l'importance des mots. Ce soir, ma bolée d'oxyde de carbone devant mon double kérosène serré sera agrémentée, non d'une pincée de paragraphes vivifiante, mais d'une addictive séance de gommage à la terrasse de L'Interlude.

Sans autre procès, je m'y attaque. Et, surprise ! les traits prennent fin page cinquante-deux (le volume en compte près de trois cents), au beau milieu d'un chapitre, à la dixième ligne de la page. Je feuillette jusqu'à l'achevé d'imprimer, plus une ombre de graphite.

Mes observations se confortent au fil du temps, on frôle le théorème : celle ou celui qui y va de l'eyeliner tous les trois mots, qui charbonne parfois des lignes, des paragraphes entiers, en rajoute une couche verticalement dans la marge, ce lecteur-là est un micheton, le livre est sa traînée : éjaculateur précoce, il ne reviendra pas sur le lieu de son médiocre plaisir.

lepisme

Dès 1987, date de la commercialisation du logiciel de mise en page Quark X-Press, l'ennemi intérieur a tiré profit, en la détournant à son bénéfice, de cette invention ni plus belle, ni plus redoutable qu'une autre. Cependant, dès lors qu'ils sont utilisés par le premier venu (pour peu que celui-ci sache pianoter sur un Mac), les outils de PAO sont au livre ce que le simulateur de vol acheté en promo dans l'hypermarché du coin – sa console en bonus pour un euro symbolique – est au pilotage d'un avion de chasse réel. Bientôt vingt ans de livres conçus par des gens qui n'ouvriront jamais un livre de leur vie, qui tiennent le texte pour la survivance ringarde d'un passé révolu, polluante pour l'image (le visuel) et propagent leur cauchemar en martyrisant ce qu'on répugne à nommer encore la typographie.

Il est pathétique de constater que les mêmes ont étendu récemment le rayon d'action de leur incompétence au webdesign, voire s'y sont reconvertis, toujours aigris par cette même haine de l'écrit – dont il est inutile de vouloir leur apprendre que, justement, certains historiens et anthropologues professent depuis peu qu'il est essentiellement iconique (une bonne nouvelle, ai-je écrit ici même, qui ouvre des perspectives innombrables à qui se passionne pour sa migration – textes et images conjoints et non plus opposables – de la page imprimée à l'écran de nos ordinateurs).

lepisme

Abordons le plus ardu, le plus mystérieux : ces gens du livre (dont on ne peut remettre en cause le parcours, ni les mérites) affectés d'une maladie qu'il faut bien qualifier d'orpheline par la force du petit nombre de professionnels que compte le secteur de l'édition, en regard d'autres domaines de l'économie. Ces éditeurs qui persécutent ce qu'ils pensent être un lecteur consentant. Parce qu'eux-mêmes souffrent, je suppose, d'un étrange syndrome qui leur rend détestable le livre dans sa forme classique : phobiques, maniacodépressifs, ils traquent jusque dans le plus infime détail toute disposition qui ferait de la lecture une activité physique sinon enviable, du moins non invasive, non vulnérante – comme la gastronomie libère la contrainte de s'alimenter des risques et périls de la sauvagerie. Ils ont privé le livre du fil qui en rendait solidaires les cahiers, le texte de ses marges, ils ont confisqué aux mains qui tiennent le livre ouvert tout contact avec le papier par la pose de blisters de plus en plus sophistiqués [1], ils ont surexposé la page, solarisé la surface sensible du papier par le blanchiment et le surfaçage, laminé le caractère typographique jusqu'à ce qu'il tranche comme un rasoir sur la rétine du lecteur. Il ont annexé le livre à la panoplie SM de la pornographie ordinaire.

Leur figure tutélaire, le saint patron de la gadgétisation, tendance arts et traditions populaires : celui d'entre eux qui, en 1980, inventa l'in-octavo olisbos, le dildobook au format sex toy – vous savez, ces romans cosy, de forme incroyablement allongée, à faire pâlir Twiggy, dont la couverture mime le papier non blanchi à base de fibres végétales recyclées de vos filtres à café écolos – le livre qui vous assure la crampe au poignet dès la page dix, étroit comme une meurtrière, fuyant comme une sardine qu'on tire du filet, dont il faut briser le dos, qu'il faut violenter pour que l'œil y pénètre (le livre rebutant et confisqué comme un sexe d'adolescente anorexique). Le livre qui tombe des mains.

Le livre revisité, dans leurs pires insomnies, par des pornographes impuissants.

roi_de_lepisme

 

À suivre.

 

 

[1] Le pelliculage dit mat fut mis au point dans les années qui ont vu l'émergence de la pandémie de sida. On peut vérifier la parfaite simultanéité de la montée en régime des campagnes en faveur du préservatif et de la sophistication des pelliculages plaqués sur les couvertures des livres, tous genres et cibles confondus. Une sorte de condomisation du produit dit culturel, dont on trouverait sans peine de multiples variantes, à la même période, dans la musique et – c'est une tautologie – dans les arts plastiques.

Dildobook au format 11,5 x 21,5 cm, volume ouvert pour l'anti-plaisir solitaire.

En zoom, dans le premier paragraphe : volume détérioré par des poissons d'argent, ou lépismes. Document extrait du programme « Mémoire du Monde » de l’Unesco. © www.culture.gouv.fr

 

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley 23 – Promenade aux puces

 

 

 

 

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Vendredi 1 septembre 2006

08: 48

Présentation à Gargas
de l'Homme-aux-liens
– 2
…………x• Le titre complet de la partition – cliquez ici.

……………………………………………………………………....• L'argument – cliquez ici.

……………………………………………………………………....• La partition – cliquez ici.

 

Lire Les Mains négatives
à Gargas

 

duras_gargas
Lire les précédentes chroniques
consacrées à Gargas
– Cliquer ici.

Mercure de France, 1979.……….

……….
Le site des grottes de Gargas
Cliquez ici.

 

 

 

Qu'en ce bas monde la piété – qui est une belle posture de l'homme – trouve à s'exprimer loin des chapelles, des intégrismes et des sectes qui souvent les peuplent, qu'elle déroge soudain à toute routine, cela m'est un motif de joie profonde.

Lors de la première, le 23 août, l'épreuve m'a pris au dépourvu : cinq « stations », sur les sept prévues, avaient été franchies sans encombre – si ce n'est la voix, si difficile à placer dans un tel espace, qui requit l'essentiel de mon attention ; je me suis félicité d'avoir préparé chaque texte, remplaçant la ponctuation par des blancs, par des signes dont j'avais improvisé le code à mon seul usage, dans un corps de caractères assez ample pour rester lisible dans des conditions extrêmes, dirait l'autre. La dernière partie du programme s'amorçait, je me croyais tiré d'affaire.

Ce fut donc, pour le public, l'étape devant la grande anfractuosité oblongue, dans la roche, que zappent toutes les descriptions officielles de la grotte (un homme de Gargas a pénétré dans cette vulve de la Terre, deux fois plus haute que lui, l'a entièrement vaporisée d'oxyde de fer). Comme pour les autres lectures, j'attendais en avant, dans la pénombre, que Yoan Rumeau ait terminé sa présentation archéologique et répondu à d'éventuelles questions.

Dès l'amorce du poème de Marguerite Duras, j'ai perçu que je n'étais plus qu'un corps conducteur, ainsi qu'il en va en électricité : un fragile fusible, c'est l'image qui m'est venue, je l'ai dit ici, déjà. Ma voix transmettait l'influx des parois aux séquences du poème – et retour, courant alternatif : des mots aux signes qui leur ont donné souffle, qui les ont inspirés [1].

À la fin, me dirigeant vers la grande paroi des mains, pour le finale, j'ai senti que les jambes me manquaient, j'étais vidé : une énergie qui n'était pas la mienne m'avait traversé de part en part durant les quatre minutes et vingt secondes (temps chronométré ici, en préparant ce programme) qu'aurait dû prendre la lecture des Mains négatives – il se peut que j'aie lu plus vite, ou infiniment plus lentement, je ne saurais l'affirmer. Il me semble avoir lu ou entendu dire que les chamanes, les chiropracteurs, tous ceux qui opèrent par imposition des mains, ceux dont le corps se fait ainsi le conduit entre des forces qui l'excèdent, sortent brisés de leur prestation.

Si j'eus un mérite, ce fut celui de restituer ce texte à la grotte, qu'il s'agissait d'honorer cet été. Il me semble que nous n'avons fait ce soir-là, dans une sobre discrétion (le public, limité à une vingtaine de personnes pour des contraintes de conservation, rendait la cérémonie pour ainsi dire intime, presque secrète…), que venir recharger le chant magnifique de Marguerite Duras de cet amour indéfini (elle le proclame au cœur de son texte ), qui est l'énergie même des Mains négatives.

 

 

Partition de Dominique Autié
pour la lecture
du poème Les Mains négatives
de Marguerite Duras


Cliquez ici.


Les Mains négatives, dans Le Navire Night,
Le Mercure de France, 1979, pp. 103 sq. © Le Mercure de France [2].

 

 

[1] Yoan Rumeau m'a indiqué mercredi que la grotte d'El Castillo, en Espagne (à Puente Viesgo, Cantabrie), par sa localisation à proximité de la côte atlantique, convient peut-être mieux que Gargas, du moins dans une approche littérale du poème. Ce qui a provoqué l'écriture de ce texte n'est certainement pas une inconnue dans la biographie de Marguerite Duras. Yoan Rumeau me confirme qu'en revanche il est peu probable qu'il fût jamais lu dans la grotte d'El Castillo, ainsi qu'il l'a été à Gargas cet été grâce à l'initiative des organisateurs du centenaire de leur découverte scientifique.
[2] J'ai conscience d'écorner en la circonstance des principes, qui ont force de loi, en matière de droit d'auteur – que je m'attache à respecter scrupuleusement par ailleurs, ici même, invitant à l'occasion à ce qu'on les connaisse mieux pour mieux les respecter. C'est pourquoi je donne à voir la partition que j'ai conçue, à mon usage, pour faire une lecture orale de ce texte, par deux fois, devant un public qui n'a pas excédé, en tout, une quarantaine de personnes. J'ai distribué à chacune d'elles, à la fin de ces deux visites, un feuillet sur lequel figurent les références complètes, avec indication des pages dans l'édition utilisée, des textes que j'ai lus, renvoyant à l'édition actuellement disponible en librairie, selon le cas. Pour Les Mains négatives de Marguerite Duras, les propos qui m'ont été adressés par plusieurs participants, bouleversés par ce texte, me permettent de penser qu'autant d'exemplaires de l'ouvrage (disponible en librairie), dont la couverture est reproduite ici en vignette et agrandie en zoom…, seront acquis en librairie dans les jours à venir. Je m'estime moralement quitte, même si la lettre de la loi (non tout à fait l'esprit [sont concernés, ici, les droits patrimoniaux de l'auteur et de l'éditeur qui les exploite, non le droit moral]) reste, en dépit de mon artifice visuel, froissée.

 

Marguerite Duras,
d'après cliché D.R.

 

………main_gargas_index……………
……………………Cliquez ici


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Dominique Autié
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