blog dominique autie

 

Lundi 11 septembre 2006

07: 38

 

Pour Hervé Guibert

Entretien avec Guillaume Ertaud et Arnaud Genon

à l'occasion de la mise en ligne du site

www.herveguibert.net
guibert_l_ami

Zoom

 

 

[En 1990, quand parut À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, comme à beaucoup d'entre nous, Hervé Guibert m'était inconnu. La lecture éblouie de L'Image fantôme, écrit dix ans plus tôt, m'incita à découvrir l'œuvre peu à peu. Chaque livre affermissait ma conviction que les textes de la fin ne sont pas des écrits de circonstance ; que leur tessiture même n'est sans doute accessible que dans l'enfilade de la petite vingtaine des titres qui les ont précédés – sans oublier les balises que propose l'œuvre photographique ; que nous sommes devant une œuvre majeure. Le Mausolée des amants, publié dix ans après la mort de l'auteur, a scellé cette certitude et mon attachement à Hervé Guibert.
Je ne peux que me réjouir profondément de l'initiative qu'ont prise Guillaume Ertaud et Arnaud Genon [1] de créer enfin un site Internet dédié à l'homme et à son œuvre. Je leur ai proposé de présenter eux-mêmes leur entreprise. Je les remercie d'avoir accepté le principe de cet entretien.

D.A.]

 

 

Dominique Autié : La disparité des ressources disponibles en ligne sur Hervé Guibert et son œuvre, à laquelle le site que vous inaugurez se fixe de remédier, n’est-elle pas à l’image d’une grande disparité dans la façon même dont cette œuvre est, aujourd’hui, lue, étudiée, diffusée ?

Arnaud Genon : C’est en effet le constat que nous avons fait avec Guillaume Ertaud. Les informations, les études sur l’œuvre d’Hervé Guibert existent mais sont souvent disséminées, éparpillées non seulement sur Internet mais aussi dans des revues plus spécialisées, majoritairement universitaires. Cet éparpillement est de même géographique : l’œuvre d’Hervé Guibert est lue et étudiée dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, États-Unis, Australie, Canada…) mais aussi au Maroc, en Allemagne et bien sûr en France. Et, comme vous le dites justement, il semble qu’il en soit de même dans la manière dont cette œuvre est aujourd’hui lue ou appréhendée. Guibert a joui, à la fin des années 1980 et au début des années 1990 d’une médiatisation extraordinaire, car il a su toucher ses lecteurs, les émouvoir, et les entraîner avec lui dans son aventure littéraire et photographique qui était aussi une expérience de vie. Après la disparition de Guibert, en décembre 1991, les relais médiatiques se sont faits moins nombreux et l’université a commencé à regarder son œuvre avec scepticisme, croyant finalement qu’il ne s’agissait que d’un phénomène de mode. Or, nous constatons aujourd’hui qu’il n’en est rien, et que les études guibertiennes se portent bien, que les maîtrises et les thèses sur son travail sont de plus en plus nombreuses.

Il y aussi, bien évidemment, le sida. Cette maladie fait toujours peur et marginalise Guibert auprès de certains lecteurs. Mais, si on le lit bien, on se rend rapidement compte que son œuvre va au-delà d’un simple témoignage sur le sida. Le sida n’aura été finalement pour lui qu’un moyen d’aller au bout du dévoilement de soi qu’il s’était fixé d’atteindre. Il s’agissait donc pour nous de rassembler les lecteurs et les chercheurs guibertiens pour tenter de proposer une vision plus large – et par là plus juste – de son œuvre, de tenter de révéler son vrai visage en ne le restreignant pas à ce qui avait fait son succès. Il nous fallait aussi rappeler le fait que Guibert était un excellent photographe et que cette partie de son travail n’a pas, à tort, toujours été envisagée à l’égal de ses livres.

Guillaume Ertaud : C’est la raison d’être de ce site. Je laisse à Arnaud le soin de répondre pour l’œuvre littéraire. Pour ce qui est des photographies d’Hervé Guibert, il faut bien reconnaître que leur diffusion par le livre n’est pas à la hauteur de leur intérêt. Le travail mené par la galeriste Agathe Gaillard depuis plus de vingt ans pour assurer une diffusion à ses photographies est primordial mais malheureusement isolé. Ses photographies, et au-delà son travail autour de la photographie, nécessitent une lecture exigeante. On a trop tendance à les considérer comme un violon d’Ingres, ils demeurent encore dans l’ombre de son travail d’écriture. Il y a un gros travail à faire pour replacer cette partie de l’œuvre dans le contexte de sa production. Par exemple, je reste toujours étonné à la lecture des analyses du travail de Sophie Calle, de Duane Michals, ou de Raymond Depardon (autour du recours à la photo pour mettre en place un récit) sans qu’il ne soit fait mention de celui d’Hervé Guibert, alors que sa créativité me semble être au moins égale. À la différence des études littéraires, l’université lève timidement le voile sur les études photographiques. Gageons qu'à la faveur des récentes avancées dans ce domaine, on prenne conscience du vide à combler.

D.A. : Rendre sensible l’œuvre d’Hervé Guibert ne peut faire l’impasse de la dimension photographique – c’est une évidence –, mais non plus de la voix, me semble-t-il. J’ai dit ici même [2] le choc que m’avait valu la découverte de Lecture, le CD audio contenant l’enregistrement de Guibert lisant ses textes ainsi qu’un entretien avec Jean-Marie Planes, paru aux éditions Le Bleu du ciel. Comment envisagez-vous de mettre les ressources de la technologie de l’Internet au service de ces différents registres de l’œuvre ? Quid des problèmes de droits ?

Arnaud Genon : Vous évoquez très justement la place de la photographie dont je viens de parler rapidement. L’œuvre de Guibert ne se comprend que dans son ensemble, elle est d’une cohérence remarquable. Il nous faudrait aussi évoquer la place de son « œuvre » journalistique, car Guibert fut critique de photographie pour Le Monde, et de son film La Pudeur ou l’Impudeur… Mais pour en revenir à votre question, nous allons effectivement tenter de faire entendre la voix de Guibert, de montrer des extraits de son film, dans la mesure où cela est possible d’un point de vue technique. De même que Guibert « passait » très bien à la télévision (le succès de ses apparitions à Apostrophe en 1990, et à Ex-libris en 1991 en témoigne), il possédait une voix tout ce qu’il y a de plus radiophonique, calme, posée et douce. Ce serait donc un cadeau à faire aux visiteurs du site que de faire entendre, quelques minutes au moins, cette voix singulière.

Ce site n’est pas né spontanément. Nous l’avons réfléchi avec Guillaume Ertaud depuis plus d’un an. Nous avons tenu à le créer avec l’autorisation de Christine Guibert, qui nous soutient dans cette entreprise. De même Agathe Gaillard, qui gère aujourd’hui l’œuvre photographique de Guibert et qui a très largement contribué à sa reconnaissance en tant que photographe, suit de près l’évolution du site et nous encourage à poursuivre notre travail. Les problèmes techniques seront donc peut-être plus difficiles à surmonter que les problèmes de droit… Mais sur cette question, Guillaume est plus compétent que moi.

Guillaume Ertaud : Je nuancerai l’avis d’Arnaud, techniquement tout au moins. La diffusion sonore, comme celle d’images animées, n’est plus vraiment une difficulté technique. L’étape cruciale me semble résider dans le choix de ce que l’on souhaite diffuser, car la parole et l’image animée sont des matériaux qu’il faut distiller avec précaution pour rester dans le cadre « éditorial » que nous tentons de suivre. Pour les droits, je ne vous apprendrai pas qu’il sera peut-être plus facile de négocier avec France Culture qu’avec TF1 !

D.A. : Vous sollicitez des contributions, des échanges. Sur quels aspects de l’œuvre et de la vie d’Hervé Guibert vous semble-t-il qu’un site, de la tenue du vôtre, puisse – et doive – par priorité apporter un éclairage, des ressources (ce terme me semble important), voire des documents nouveaux ?

Arnaud Genon : Ce site se veut avant tout un lieu de rencontres, d’échanges, de débats… Nous espérons que les visiteurs sauront enrichir le site par la diffusion d’informations, mais aussi par des contributions de type articles qui toucheront tant aux œuvres littéraires qu’au travail photographique. Il est évident que l’œuvre photographique de Guibert a pour l’instant été moins étudiée que les textes. C’est un point sur lequel nous insisterons. En ce qui concerne l’étude des textes, il faut compter désormais avec Le Mausolée des amants (le journal de Guibert) qui, publié en 2001, invite à une nouvelle lecture de l’ensemble de son travail dans la mesure où il s’agit là de « la colonne vertébrale de son œuvre », selon ses propres termes. Certaines de ses nouvelles réunies dans Les Aventures singulières ou Mauve le vierge mériteraient aussi des analyses particulières.
Les documents nouveaux seront aussi les bienvenus. Par exemple, nous avions pensé, avec Guillaume Ertaud, interroger des personnes qui avaient connu Guibert et rassembler quelques témoignages de cet ordre-là. Nous ne sommes en fait qu’au début de notre entreprise, mais il reste tellement à dire sur Hervé Guibert que des éclairages inédits viendront, j’en suis persuadé, nourrir rapidement notre site.

Guillaume Ertaud: Ce site a pour origine une rencontre, et nous comptons bien maintenir l’activité du site dans cette direction. Son ouverture vers des collaborations extérieures est primordiale puisque ce n’est qu’en abordant l’œuvre d’Herve Guibert par une certaine pluridisciplinarité que nous parviendrons à restituer sa richesse. Comme je le disais plus haut, l’œuvre photographique est assez peu mentionnée dans le champ universitaire. Nous espérons contribuer à y remédier, modestement, par une mise à disposition prochaine d’un ensemble iconographique cohérent, afin de rendre un peu plus accessible ses photographies. Ce sera un début. Pour cela, l’Internet est un outil formidable.

Il ne faut pas non plus oublier que ce site est aussi ciblé vers le curieux, le passant ou le passionné. Il est bien difficile d’estimer la quantité et la qualité de telles contributions, mais nous les attendons avec autant d’intérêt que celles des « officiels ». J’aime à me souvenir qu’Hervé Guibert disait écrire pour ses lecteurs. S'ils le souhaitent, ce site est aussi pour eux. Personnellement j’aurai grand plaisir à recueillir les témoignages, comme on peut déjà en lire çà et là sur des blogs, de la rencontre des lecteurs avec l’œuvre d’Hervé Guibert.

 

 

Découvrir le site [cliquez ici]

www.herveguibert.net

 

 

[1] Guillaume Ertaud est né en 1971. Il est l’auteur d’un mémoire de maîtrise d’histoire de l’art sur Hervé Guibert. Concepteur et rédacteur d’un site sur la photographie lalettrephoto.net, il est membre actif de la Société française de photographie. Il mène des recherches personnelles autour de la photographie combinant pratique, histoire et méthodologie. Arnaud Genon est né en 1975 à Pau. Il est docteur en littérature française (il a consacré sa thèse à Hervé Guibert), diplômé de l’université de Nottingham Trent (PhD). Professeur de lettres modernes, enseignant à Troyes, il est aussi membre du groupe « Autofiction » ITEM (CNRS-ENS). Il prépare actuellement un livre sur Hervé Guibert.
[2] Chronique du 15 juillet 2005, Hervé Guibert, le baroque.

 

 

Le seul visage, Éditions de Minuit, 1984. Le volume ouvert aux pages 8-9 montre la dédicace à Agathe Gaillard, dont la galerie avait exposé durant l'automne 1984 les photographies d'Hervé Guibert reproduites dans l'ouvrage – qui constituait donc le catalogue de l'exposition.

 

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Commentaires:

Commentaire de: cedric [Visiteur] · http://rienquemonmonde.hautetfort.com/
Et bien, j'ai fait la connaissance de quelqu'un.

Juste, dans la note, une petite permutation de lettres à Guibert.

"...consacré sa thèse à Hervé Giubert"
Permalien Lundi 11 septembre 2006 @ 10:58
Commentaire de: Andy Verol [Visiteur] · http://hirsute2.hautetfort.com
C'était à n'y plus rien comprendre... Kévin, planqué dans l'entrebaillement de la porte... Son père... Malgré ses 44 ans et son visage ravagé par l'alcool, avait bel et bien le corps national le plus beau qu'il ait jamais vu.

La suite sur http://hirsute2.hautetfort.com
Permalien Jeudi 14 septembre 2006 @ 02:57

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Dominique Autié
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