blog dominique autie

 

Dimanche 1 octobre 2006

00: 15

 

Dernières acquisitions

ou Le temps en souffrance

 

 

dernieres_acquisitions

 

[Pour le Petit thésaurus de l'éphémère,
non pour L'ordinaire et le propre des livres.]

 

 

Je n'ai plus le temps de rien, ces temps-ci, ni le temps de lever le nez de temps en temps, ni le temps de lire. À peine si je songe à temps qu'un livre passe sur eBay. J'avais, jeudi, un client au téléphone, qui me dictait des corrections sur un texte quand le téléphone portable, dont je me sers comme réveil, a retenti dans mon dos. Répondez, je vous en prie… Je n'en ferai rien, je rappellerai, s'entendit répondre ex abrupto l'hypocrite bibliomane que je reste, même dans les circonstances les plus hostiles. J'ai raflé, en douce, tout en notant les corrections qu'on m'indiquait, deux enchères d'un même vendeur, qui se terminaient à cinq secondes d'intervalle – deux publications anciennes sur et de Novalis (la première très rare, semble-t-il, acquise pour un ami à l'égard de qui il n'était pas question de perdre la face… et nul ne me garantissait qu'un autre moi-même ne guettait pas comme moi les dix dernières secondes, tapi dans l'ombre, la souris à la main… je fus presque déçu de me constater seul, les enchères terminées…) … bref, une vie de fou.

Attendent sur mon ancienne table de travail – je lui tourne le dos quand je suis à l'écran, c'est-à-dire que ma vie entière désormais lui tourne le dos –, l'étude d'Edmond Jacob sur Ras Shamra, qui va peut-être lever le voile sur les questions qu'avait soulevées, sans y répondre, une lecture dont j'avais fait état dans une chronique déjà ancienne ; un beau volume de taille réduite publié par l'éditeur Robert Delpire en 1954, avec la collaboration de Pierre Faucheux pour la maquette : des photographies d'Henri Cartier-Bresson prises à Bali – une sorte d'écrin, sur un superbe vergé pour le texte, que mon doigt refuse de cesser de caresser (il aurait fallu prendre le temps d'une galerie, pour partager un tel bien) ; et la traduction du Tao Tê King [graphie d'époque] par Armel Guerne au Club français du Livre en 1963 : je flaire la splendeur à quelques vers à peine entrevus, ce soir encore.

dossier_vox_vignette

Quant à ces Nus de Harlem – je n'ai pas dédié dix minutes pour le couvrir, depuis quinze jours que j'ai reçu le précieux livret [1], de la même collection que ceux de l'Inde –, ils m'ont décidé à acquérir le seul exemplaire du gros dossier que l'association des Compagnons de Lure a consacré, il y a trente ans, à Maximilien Vox [2]. De sorte que je vais enfin pouvoir étayer l'hommage que j'aurais dû, depuis longtemps, rendre ici à cet homme de quelques informations et références qui donnent quelque prix à la page (ce qu'on glane péniblement sur la Toile au sujet de Vox est une misère). J'attends le volume de Belgique, dans le courant de la semaine, je suppose. Je reproduis, pour l'heure, la couverture clichée par le vendeur d'un exemplaire dont j'ai perdu l'enchère sur eBay, il y a quelque temps – plus passionné que moi de typographie (ou moins attentif au juste prix, je veux le croire) m'a soufflé la mise au tout dernier moment, pour un montant sensiblement plus élevé que l'offre du libraire flamand avec qui j'ai traité ces jours-ci.

Ce soir, la nuit tombée, n'ayant pas mis une chronique en ligne depuis bientôt une semaine et n'en ayant plus d'avance depuis belle lurette, j'ai pris trois de ces livres en souffrance, rentrés dans la dernière quinzaine. Faute de pouvoir les lire, je les ai posés devant l'Inconsolable, comme une offrande votive improvisée, et je les ai photographiés.

 

[Faute de temps, je n'ai rien dit, ce soir, de ces livres.
C'est une photographie que je publie.
L'ordinaire et le propre des livres est ailleurs
– du moins, dans un autre temps.]

 

 

[1] Auquel personne, absolument personne, n'a jugé bon s'intéresser quand il a été mis aux enchères sur eBay, de sorte que je l'ai emporté pour trois sous. Depuis plus de deux ans, désormais, que je suis assidûment les mises en vente sur une liste de mots clés qui me fait destinataire, quotidiennement, des enchères susceptibles de me concerner, il me semble commencer à percevoir un lent mais sensible déclin de l'intérêt des acheteurs de vieux livres. À l'exception de quelques grands classiques de la spéculation (tels les albums de la Pléiade et les lointains ancêtres du travel writing, qui peuvent s'arracher à prix d'or), je vois des vendeurs remballer des trésors mis à prix au-dessous de dix euros, parfois de cinq.
[2] Le préfacier des Nus de l'Inde citait Maximilien Vox. Les Nus de Harlem sont préfacés par Vox.

 

 

…………………reveil………………………
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Commentaires:

Commentaire de: P.D [Visiteur]
Bien cher Dominique, A qui le dites-vous ! Nous conservons nos incunables comme des anachorètes en attendant le déluge des futurs barbares ... le piège c'est que nous ne savons même pas à quoi ressembleront ces primitifs des temps à venir ! De nouveaux peuples premiers peut-être ...
Permalien Dimanche 1 octobre 2006 @ 14:36
Commentaire de: admin [Membre]
Allons, Pierre… quelques raisons d'espérer, tout de même : j'ai repris du service, depuis la rentrée 2005, dans l'enseignement professionnel. Je contribue à former, à l'échelle modeste de deux promotions par an (soit une trentaine d'entre eux, tout de même) les futurs professionnels du livre. Ils ont visage humain, je vous assure. Et, surtout, ils sont prêts à ce que nous leur parlions du livre autrement que comme ces briques de papier blanc plus blanc que blanc, blistérisées, lisses, avec lesquelles on ne fait même plus des piles, mais des murs (des murs contre la curiosité, des murs contre le plaisir de lire, des murs contre l'âme).
Quant aux lecteurs, nous savons depuis longtemps que, pour une large part, c'est nous qui les formons aussi – je dis nous, j'entends les éditeurs, les libraires, les auteurs… Un auteur a les lecteurs qu'il mérite.
(D'où cette conclusion, à votre seul usage, que vous me concéderez : vous avoir pour lecteur se mérite. Je vois mal comment démordre de cette évidence, qui me guide dans mon travail d'éditeur comme dans mon entêtement à écrire).
Belle fin de journée à vous.
D.A.
Permalien Dimanche 1 octobre 2006 @ 14:53

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