blog dominique autie

 

Jeudi 5 octobre 2006

06: 44

Présentation à Gargas
de l'Homme-aux-liens
– 3
…………x• Le titre complet de la partition – cliquez ici.

……………………………………………………………………....• L'argument – cliquez ici.

……………………………………………………………………....• La partition – cliquez ici.

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L'épreuve de la bibliothèque

 

 

epreuve_bibliotheque

 

 

 

«

Un président de la République ne décide pas l’invention d’une grotte ornée parmi les grands travaux qui marqueront son règne. La grotte n’est pas un musée, elle en est le contraire, la pure contestation. On ne peut lier une grotte du paléolithique supérieur – tenter d’y lire, peut-être… la grotte, c’est la bibliothèque réelle, immémoriale : ici, on lit – on ne lie pas.

Dans Présentation à Gargas de l'Homme-aux-liens, il y a ce passage – l'un de ceux dont j'ai dit, le lendemain de la première visite nocturne, que je m'étais tendu des pièges à moi-même. [Tentez de lire à haute voix, d'abord recto tono [1], la dernière phrase – quelques autres, de la même eau, concernant la thématique des liens, émaillent le parcours –, puis en vous efforçant de faire comprendre à votre interlocuteur qu'il ne s'agit pas deux fois du même verbe : vous vérifierez à quelle gestuelle de la langue et des mains (et, pratiquement, de tout le corps) il vous faut recourir.]

J'ai surtout parlé ici de la performance, encore sous le saisissement de l'offre qui m'avait été faite – comme si le seul fait de compter un lieu parmi les deux ou trois centres de la Terre qui vous permettent de ne pas perdre l'équilibre, de ne pas trébucher à chaque pas, suffisait à vous faire compter, par ceux qui ont la garde du lieu, comme étant du lieu et, peu ou prou, des leurs. Il me semble n'avoir pas fini, dans ma fréquentation intérieure de la grotte, de prendre l'aune des mots qui me sont venus pour enchâsser dans le parcours les textes qui se sont imposés – les passages de Bataille, de Teilhard, de Quignard, le poème de Marguerite Duras

Un temps, après l'avoir écrit comme sous la dictée, j'ai craint que le rapprochement de la grotte et de ce lieu très précis où se trouvent mes livres ne fût l'effet d'une sorte de manie de l'imagination, ou de fixation – ainsi que la psychanalyse propose que certains êtres restent ainsi fixés au stade buccal, anal.

Dimanche, il est arrivé ceci : j'ai pris enfin, d'autorité sur l'écran et le cahier des charges professionnel, les quelques heures nécessaires à enregistrer la partition de l'Homme-aux-liens. Pour en garder trace sonore dans la petite audiothèque que je numérise à temps perdu ; mais aussi parce que cet enregistrement va permettre de rendre compte, à quelques personnes et institutions concernées, de l'entreprise menée cet été par celles et ceux qui ont organisé le centenaire de la découverte scientifique des mains de Gargas.

boitier_gargas_vignette

Je dispose d'un enregistreur de qualité semi-professionnelle, acquis il y a six ans pour exécuter des travaux de transcription de réunions, conférences, forums et congrès pour nos clients. Et j'ai fait, pendant plusieurs années, de la radio. L'affaire aurait relevé de la routine s'il ne s'était agi de restituer – ou de tenter de le faire – ne fût-ce qu'une infime part de l'étrange précipité de contraintes environnementales et de circulation de l'émotion qui opéra dans l'hygrométrie aberrante de la grotte. J'avais procédé à quelques essais de matériels sur mon bureau, où se trouvent non seulement les outils informatiques nécessaires à la numérisation de la bande mais aussi un matériel audio, qui lui est relié, permettant une vérification immédiate des essais de prise de son. Dimanche, sans préméditation aucune, je me suis vu installer le dispositif d'enregistrement sur la grande table de la bibliothèque, dans l'angle le plus proche du pupitre acquis pour y poser la partition à la septième et ultime station du parcours dans la grotte, devant la grande paroi des mains. Je l'ai déposé là, partition ouverte, au retour de la seconde visite nocturne, dans la nuit du 30 août. Il n'a pas bougé depuis.

Cet angle a aimanté ma lecture, c'est vers lui que je me suis dirigé, en aveugle, concentré sur l'exercice que j'allais, différemment, imposer à mon corps.

Dans l'angle des livres, j'ai retrouvé la voix. Je fus dans la grotte, le temps de la lecture.

La bibliothèque n'est pas une manie langagière. Il n'y a pas non plus de fixation. C'est, il se peut, une forme singulière de régression qu'il conviendrait plutôt d'évoquer : la passion de l'univers souterrain est couramment associée à un retour amont, lourd de sa charge numineuse [2], vers quelque éden fœtal. Pourquoi et comment cette même volte serait inspirée par l'alignement ordonné des supports de la pensée – mes livres –, tels qu'ils constituent le milieu non humide de ma bibliothèque, déploie devant moi un petit mystère (dont je ne sais s'il est une forme du mysterium tremendum) qu'il me faudra examiner.

 

 

[1] Recto tono : Dans le chant liturgique, manière de chanter les récitatifs sur une seule note, sans inflexion d'aucune sorte. « Ce chant, dont les anciens n'avaient pas soupçonné même la possibilité, ne se distingue de la lecture toute de convention qui lui sert de type, que par ce quelque chose de plus soutenu dans la voix qui caractérise la voix chantée… » (Dom Pothier, Mélodies grégoriennesSource : Dictionnaire pratique et historique de la musique).
[2] Les historiens des religions, les anthropologues, les philosophes ont mis au rebut, et c'est bien leur tort, ce terme utilisé par le théologien allemand Rudolf Otto pour définir le phénomène, tout à la fois énergie et sentiment, qui marque l'impact, sur le for intérieur de l'être humain, d'une relation avec la transcendance : contrairement au sacré, qui qualifie principalement l'objet (chose, situation, temporalité vécue comme extérieure au sujet), le numineux prend la mesure de la force plastique, sur l'individu et sur les collectivités humaines, du mysterium tremendum, le mystère qui fait trembler. Seule l'école jungienne fait encore usage du concept de numineux, dont le maître fit son miel. [Rudolf Otto, Das Heilige, 1917 ; traduction française : Le Sacré – L'élément non rationnel dans l'idée du divin et sa relation avec le rationnel, Payot, 1929.]

 

 

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Commentaires:

Commentaire de: P.D [Visiteur]
Le plus simple : envoyer des Scouts nettoyer vigoureusement toutes ces manifestations supra-naturelles pour en revenir à la vraie foi !

Voir sur Wikipédia la page des Ig-Nobel. "Archéologie : les Éclaireurs de France, groupe de jeunes protestants (sic), nettoyeurs bien propres de graffitis, pour avoir effacé les peintures rupestres de la grotte de Meyrières, près du village de Bruniquel."
Permalien Jeudi 5 octobre 2006 @ 19:41
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Sur Gallica une précision intéressante, tome 6 1886 Revue scientifique :

Sur les Hyenes de la grotte de Gargas decouvertes par M Felix Regnault 328
Permalien Dimanche 8 octobre 2006 @ 19:14
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Type : texte imprimé, périodique

Auteur(s) : France. Comité des travaux historiques et scientifiques
Titre clé : Revue des travaux scientifiques (Paris)

Titre(s) : Revue des travaux scientifiques [Texte imprimé] : publ. sous la dir. du Comité des travaux historiques et scientifiques
Numérotation : Tome 1 (1881)-tome 18 (1898)
Publication : Paris : [s. n.], 1881-1898
Description matérielle : In-8
Note(s) :
Pour les titres successifs voir :"*Revue des sociétés savantes. Publ. sous les auspices du Ministère de l'instruction publique et des cultes. Sciences mathématiques, physiques et naturelles". - Porte en tête : Ministère de l'instruction publique
Périodicité : Annuel
Titre(s) en liaison :
- Suite de : Revue des sociétés savantes. Sciences mathématiques, physiques et naturelles = ISSN 1255-9105

Indice(s) Dewey : 001
ISSN 1255-9113

Notice n° : FRBNF32858898
Permalien Dimanche 8 octobre 2006 @ 19:17
Commentaire de: P.D [Visiteur]
Je reviens à ma marotte :

On a Félix Louis Regnault collaborateur du chronophotographe Jules Marey qui dès 1895 a filmé une femme Oulouf faisant une poterie, il doit s'agir du docteur Félix Regnault qui écrivait beaucoup de textes sur l'anthropologie à cette époque.

Doit-on identifier ce docteur Félix-Louis Regnault et le Félix Regnault de Toulouse qui était docteur lui aussi et directeur fondateur d'un laboratoire de chimie à Toulouse ?
Permalien Lundi 9 octobre 2006 @ 13:56

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
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