blog dominique autie

 

Jeudi 28 décembre 2006

06: 14

 

De la charge de

chat d'éditeur

[ou d'écrivain, selon une alternance aléatoire
qui n'affecte pas, semble-t-il, le sommeil paradoxal du chat]

 

 

chat_ecrivain11
xxx
[Zoom – cliquer ici]
En veillant à ne pas déranger l'intéressée
dans l'exercice de sa charge. Merci.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sablier…………………
CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…
blanc
Cliquez ici

 

Samedi 23 décembre 2006

19: 38

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie
blanc_mince

 

28 – Les derniers livres d'heures

« Les Points cardinaux » de Zodiaque

 

vie_vierge_zodiaque

 

Zoom

 

 

L'ouvrage qu'il me fallait ouvrir pour ouvrir cette page, en cette veille de Noël, n'a pas encore rejoint la bibliothèque. Une libraire d'ancien à Cluny m'a réservé hier son exemplaire de Jours de la Nativité ; j'ai glissé ce matin l'enveloppe contenant mon chèque dans la boîte aux lettres la plus proche. Il sera en souffrance, quelque part, au fond d'un sac postal, quand je mettrai en ligne cette page et, plus tard, quand l'Occident oubliera, pour une part significative de ses foules, qu'il fête le mystère de Bethléem.

J'aime la présence suspendue de ce livre. Autant que, chaque année un peu plus, me répugne Homo festivus le laïc, l'outre vide, le mort bon vivant.

J'aime ne posséder que ces quatre volumes de la collection « Les Points cardinaux » des moines de l'atelier du Cœur-Meurtry de l'abbaye Sainte-Marie de La Pierre-qui-Vire. J'aime savoir qu'il m'en manquerait une vingtaine si j'étais le collectionneur que je ne suis pas.

J'aime que ces moines aient été éditeurs, imprimeurs, libraires.

Depuis quelque temps, je me surprends à penser à eux souvent : depuis, si j'y songe, que nous avons mis en chantier les premiers ouvrages de « D'Orient et d'Occident ». Depuis qu'a paru notre édition de La nuit veille d'Armel Guerne, qui a collaboré à deux de ces volumes – donnant des textes parmi les plus beaux qu'il ait écrits pour Les Jours de l'Apocalypse.

Hier, je croyais disposer de Jours de la Nativité, mais Zodiaque a publié un autre titre, La Vie de la Vierge – huit ans après le premier, qui date de 1960. Et j'ai découvert, en le cherchant sur le portail des libraires d'ancien, que c'est le poète Pierre Emmanuel qui en accompagne les clichés : il me faudra, ici, évoquer un jour son Évangéliaire [1], que je lisais au printemps 1968 tandis que ma génération jetait son âme aux orties, avec les ronces du christianisme et quelques vains pavés.

Exténué par l'augmentation du prix du papier et par les charges, l'atelier du Cœur Meurtry a cessé de vivre. Les éditions Desclée de Brouwer ont racheté le fonds Zodiaque en 2002. J'aime comprendre que ma pensée secrète tient peut-être à ce que notre travail d'éditeur, ici, appelle sur lui la grâce efficiente qui inspirait les derniers moines éditeurs d'Occident.

 

À suivre.

 

[1] Éditions du Seuil, 1961.

 

Galerie
Cliquez ici.

 

En ouverture, ci-dessus : Nativité, Auvenas (Rhône), milieu du douzième siècle. En regard, poème de Paul Claudel. La Vie de la Vierge, pp. 76-77.

Références dans la collection :

La Vie de la Vierge, volume 17, textes d'écrivains et de poètes contemporains (Léon Bloy, Paul Claudel, Charles Péguy, Max Jacob, Georges Bernanos, Marie Noël), 1968.
Vierges romanes, volume 4, textes médiévaux traduits par Armel Guerne et Élisabeth de Solms, photographies de Pierre Belzeaux et Jean Dieuzaide, 1961.
[Lire la chronique consacrée à ce livre dans la rubrique « Statuaire » : cliquez ici.]
Les Jours de l'Apocalypse, volume 16, poèmes d'Armel Guerne, visions de saint Jean, 1967.
Le Monde des cryptes, volume 22, textes de Blaise Pascal, introduction de Dom Claude Jean-Nesmy, 1973.

 

puce_grise

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley 23 – Promenade aux puces
24 – De quelques ennemis du livre 24 bis – Les marginalia de l'ogre
25 – Risques et périls – Sur l'exercice du métier d'éditeur
26 – La symétrie est l'ennemie de l'œil (et peut-être de l'âme)
27 – Un livre n'a pas d'odeur

 

 

index_garamond

Mercredi 20 décembre 2006

05: 13

Célébrations

 

XII

 

Le cigare
xxx
Entretien avec Yves Belaubre

 

 

a_robaina

 

 


xxxxxx
xxxxxx
xxxxxx
xxxxxx

Fumeur de cigarillos, cédant parfois à l'appel d'un vrai bon cigare, il est temps de (re)nouer quelque lien avec une communauté que menace l'air du temps. J'ai choisi de le faire en conviant ici Yves Belaubre, croisé jadis ici, à Toulouse. Je le remercie d'avoir bien voulu me conforter dans mes inquiétudes, tout en me réjouissant de cette nouvelle rencontre.

 

Dominique Autié : Le magazine Cigare & sensations, que vous avez fondé, s’adresse à tous ceux qui apprécient les cigares, moins pour être à la mode que pour le plaisir, le partage, la spiritualité. Pensez-vous que le cigare perpétue en Occident une très ancienne fonction rituelle et sociale du tabac, qu’on a décrite dans certaines sociétés traditionnelles ?

Yves Belaubre : Le cigare (et la pipe à sa façon) sans aucun doute. Ce sont deux objets, deux pratiques et deux consommations que l’hystérie d’une poignée de médecins incompétents et autoritaires, financés par les laboratoires pharmaceutiques, amalgame à l’usage plus ou moins servile de la cigarette tout en diabolisant à coup de statistiques fantaisistes le nom d’une plante très belle qui s’appelle le tabac.

On sait que chez les indiens Arawaks du Venezuela, comme chez les Taïnos des Caraïbes, les Mayas du Yucatan ou encore dans les tribus d’Amérique du Nord décimées par l’Européen, le tabac et la fumée de tabac avaient des fonctions médicales, rituelles et politiques. Herbe « magique » car médiatrice entre les hommes et les dieux (l’univers est la « maison de fumée ») le tabac était principalement cultivés par les sorciers (hommes-médecines) pour soigner, interpeller les morts (les dieux), et appréhender l’avenir. Il était donc très utilisé par les chefs pour préparer les décisions politiques et sceller des alliances. Ainsi la fumée de cigare, dont les compagnons de Colomb témoignent dès leur rencontre avec les Taïnos de Cuba et d’Hispaniola (Saint-Domingue), a toujours eu partie liée avec la puissance et ses rites (ses signes).

On ne s’étonnera donc pas qu’au dix-neuvième siècle, à la suite de la naissance du cigare moderne (manufacturé), le cigare fasse le bonheur des grands de ce monde, des princes, des banquiers et industriels de la révolution capitaliste en cours, en se mettant en scène grâce à l’invention du marketing (bagues, vistas, coffrets etc.), qui n’est probablement que le rituel de la religion de la marchandise.

Cette fonction rituelle et sociale du cigare est reprise et assumée récemment par l’épicurisme qui réintègre la notion de puissance à travers celles de luxe, d’émotion (sensations) et de dépense (au sens élaboré par Georges Bataille), en réunissant les fumeurs de cigares au sein de clubs, pour des banquets, des dégustations, voire des soirées mondaines.Concernant la cigarette, il faut se rappeler que l’immense développement de ce produit industriel – aujourd’hui plus dérivé du tabac que tabac – a été essentiellement porté par la puissance socialisante du partage de la fumée : le fait d’offrir une cigarette ayant été et étant souvent encore un geste initiateur de communication entre les individus atomisés par la société moderne. Toutefois on notera que la symbolique de la puissance s’est focalisée sur le cigare (conformément aux origines), tandis que la cigarette, devenue produit démocratique par excellence des années 1930 aux années 1960, cristallise désormais bon nombre des redoutables qualités de la servitude.

D.A. : Le club « Pour une poignée de cigares » est inquiété, ces temps-ci, par la plainte d’une association au motif de publicité et de promotion en faveur du tabac sur son forum en ligne. Selon cette association, exprimer une opinion sur un cigare qu’on a fumé est assimilé à de la propagande en faveur du tabac et tombe sous le coup de la loi Evin. En ce domaine comme en de nombreux autres, le monde associatif n’est-il pas en passe de devenir bien plus menaçant pour les libertés que ne l’est le législateur ?

Y.B. : L’organisation associative comme n’importe quel type d’organisation n’a nul privilège quant à l’intelligence, l’humanité ou la démocratie. Je ne pense pas que le monde associatif puisse être plus menaçant pour la liberté (pour moi il n’y en a qu’une, et quand il y en a plusieurs c’est que la liberté est amputée) que ne peut l’être le législateur puisque les associations de type puritain moraliste vengeur et victimaire, comme les associations anti tabac ou anti-alcool, s’appuient toujours sur la législation pour mener leur programme hygiéniste liberticide.

La menace vient de l’instrumentalisation systématique de la justice et du fait que les juges de France acceptent que leur travail se réduise à favoriser les transferts d’argent depuis des personnes baptisées criminelles vers des personnes baptisées victimes.

Quant au financement des associations par les pouvoirs publics, cela pose de réels problèmes politiques et moraux, dont s’accommodent néanmoins la duplicité et la sottise de nombre de politiciens.

Pour ce qui est du tabac, les associations qui attaquent les fumeurs de cigares aujourd’hui n’ont pas encore mesuré le risque politique, moral et physique qu’elles prenaient ce faisant. Car les fumeurs de cigares ne sont pas les citoyens les plus habitués à obéir, et il est un moment où la réponse aux menaces individuelles comme à l’instrumentalisation de la justice à des fins totalitaires, exige tous les moyens de la Résistance. Les formes que prendra celle-ci dépendront désormais de la tournure des événements et du niveau d’impudence des nazillons issus de l’accouplement de la moraline et de la pharmacie.

D.A. : Je vous ai connu auteur, notamment d’un très beau texte sur le peintre Carlos Pradal. Vous avez choisi le journalisme. En la circonstance, ne pensez-vous pas que la presse porte une lourde responsabilité dans le pouvoir exorbitant dont dispose désormais le monde associatif, ainsi que dans la pratique de la délation et de l’intimidation comme mode de gestion de l’espace social ?

Y.B. : Je suis toujours écrivain et ne revendiquerais que ce titre si un titre était nécessaire. J’ai publié dernièrement un poème dont je suis assez satisfait. Je ne me crois surtout pas journaliste car je méprise autant les journalistes que l’idéologie de l’objectivité. La société éditrice du magazine Cigare & Sensations, que j’ai créé avec le photographe Michel Fainsilber, s’appelle « Subjectif », ce qui souligne cette vérité de l’écriture et de la vie. Je n’ai aucune foi en la communication car j’ai étudié de près les techniques de manipulation et ne donne nulle autre valeur que polémique (c’est-à-dire guerrière) à ces notions de message, de code et de signes avec lesquelles les médias et leurs experts préparent aujourd’hui l’abrutissement de l’humanité.

Je fais partie de ces quelques personnes qui ont lu et appris Épicure et qui en ont tiré une philosophie épistémologique, morale et politique qui n’accorde aucun crédit à l’objectivité, que celle-ci tapine sous les oripeaux de la science, des statistiques ou de l’information. Car la démocratie, lorsqu’elle prétend être dirigée par les experts (ceux qui sont propriétaire de l’objectivité), meurt aussitôt.

Aussi ne me dirai-je jamais expert en rien, ni même professionnel de quoi que ce soit, et je fonde sur cette impertinence ontologique ma liberté de penser, mon goût du discours et la suprême valeur que j’accorde au seul sentiment absolument non objectif – et le plus fiable qui soit : l’amitié.

Les amis s’estiment, s’entraident, se soutiennent et sont capables d’agir fermement, rapidement, violemment au besoin, et de concert si la délation et l’intimidation osent approcher de leur jardin.

 

 

*interlettreinterlettre*

*
À suivre.

 

Alejandro Robaina à Paris, en juin 2006.
Photographie de Michel Fainsilber pour Cigare & Sensations.

Une notice sur Yves Belaubre [cliquer ici].

 

 

Célébrations

de la gomme du fond de robe de l'eau minérale
des myopes de la pistache de la vapeur
de l'œuf à la coque de la machine à écrire
de la paternité de l'abstinence du papier peint

 

CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne – Naviguez par thèmes… Cliquez ici

cigare

05: 12

 

Yves Belaubre

 

 

Écrivain, journaliste, consultant et critique cigare, Yves Belaubre appartient à une de ces familles qui font et transmettent l’esprit du cigare dans le monde.

Élevé au cigare – son père a créé Quai d’Orsay et Pléiades –, il se passionne pour la philosophie, devient professeur mais quitte rapidement l’enseignement pour se consacrer à l’écriture, au scénario, au journalisme ainsi qu’à la dégustation de cigares. En 1995, il réalise pour la télévision, à Cuba, un documentaire de 52 minutes sur le Havane qui fait référence : La fabuleuse histoire du Puro.

Il participe à L’Amateur de Cigare puis au magazine Club Cigare. Sollicité par la société française Credo, il crée en 1997 une gamme de cigares au Honduras sous la marque Credo Ligas. Apprécié pour son savoir-faire de ligador (le « maître de chais » des cigares, celui qui détermine les assemblages de feuilles ou ligas, qui vont donner sa ligne gustative au cigare) et sa connaissance des traditions culturales et manufacturières, il intervient comme consultant pour des compagnies françaises et américaines au Honduras et en République Dominicaine durant le boom américain.

nez_du_cigare

Dans le même temps, désireux de développer et de diffuser auprès des amateurs l’esprit sensitif de la dégustation du cigare initié par Gilbert Belaubre, ils développent ensemble avec les Editions Jean Lenoir un petit orgue aromatique pour le grand public intitulé Le Nez du cigare.

cigare&sensations
XXX
XXX

Aujourd’hui directeur de publication du magazine Cigare & Sensations, Yves Belaubre s’attache à défendre les plaisir du bon vivre et à faire découvrir les multiples terroirs du cigare, leur histoire et leurs spécificités gustatives. Il s’intéresse tout particulièrement aux alliances gustatives.

Toulousain, il s’enthousiasme pour la diversité des eaux de vie d’Armagnac et l’immense potentiel de plaisir qu’elles offrent aux amateurs de cigare dans le mariage avec les grandes vitoles. Consultant auprès du BNIA et de la Maison Tariquet, il crée avec eux le Trofeo Habanos Armagnac, concours international d’alliance des cigares de la Havane et des Eaux de vie d’Armagnac, dont la finale se tient chaque année lors du Festival del Habano à Cuba.

De son goût pour la philosophie, on retiendra son intérêt pour la maîtrise hédoniste : Toutes les sensations sont vraies, il convient de les comprendre, disait Épicure au milieu de son jardin.

 

 

Permalien

Lundi 18 décembre 2006

05: 16

 

Happiness is a Warm Gun

Courts manuels portatifs de survie
en milieux hostiles – 23

 

warm_gunWhen I hold you in my arms / And I feel my finger on your trigger / I know no one can do me no harm / Because happiness is a warm gun / Yes it is.
Lennon-McCartney, 1968.

 

Pour Jean-Claude Bastos,
les musiciens, les danseurs et les comédiens de Gare aux Artistes.

 

 

 

Il ne s'agissait pas de quelque spectacle de rue, ni d'une improvisation, ni d'un bœuf. Mais bien d'une prestation qui leur avait été commandée, à laquelle ils ont travaillé pendant plusieurs semaines, qu'ils ont répétée sur place. Il leur était demandé, en quelque sorte, de présenter les lieux à la communauté professionnelle qui va les faire vivre afin de les rendre accueillants au public – auquel ils s'ouvriront dans peu de mois. Un intérieur immense, complexe, encore vierge de tout aménagement, ou presque. Une sorte d'étonnante dédicace, en ces temps profanés, voulue par celui qui a la charge de ce qui n'est désormais plus un chantier, ni encore le musée qui a inspiré l'architecture que voici.

La troupe a conçu tout un itinéraire, balisé de musique, de mots, de corps évaluant l'espace, le dépliant, le déroulant sous les pas de ceux qui s'avançaient à leur suite – qui, pour certains le découvraient.

Dès la première station, ils étaient là. Non prévus, non conviés dans la chorégraphie, mais évidents, auto-érigés, opaques et denses de la seule nécessité de leur autofocus, anticipant les évolutions des danseurs, mettant un genou à terre, se courbant, faisant de leur corps pro(s)thétique des courbes, des plis et des nœuds plus hiératiques que n'en auraient fait eux-mêmes des hiérophantes. Deux appareils photographiques numériques de gros calibre, l'un avec flash, et une caméra d'épaule – parabellum et lance-roquette. Les trois servants ont assuré le tir, à bout touchant parfois, en contre-plongée, en travelling compensé. Ils ont coïté avec les danseurs, plongé le zoom dans le pavillon du saxophone bariton, flashé les pieds, les mains, la bouche, les oreilles de qui déclamait. Ils réglaient entre eux trois l'évolution de leurs objectifs et n'abandonnaient la scène qu'une fois la performance terminée, se portant au-devant de la suivante, ouvrant le cortège, maîtres de cérémonie, hôtes et chefs du protocole.

Personne n'a songé à les congédier, les artistes sont restés tendus sur leur jeu, agrippés à leur partition. Ma rage froide n'a suscité qu'un sourire poli auprès des assistants à qui j'ai eu l'imprudence d'en confier le motif.

dieu

Ces gens d'image n'auraient pas compris qu'on émette le moindre doute sur leur légitimité à occulter au public la scène qu'ils mitraillaient. Tant cette image du réel qu'ils produisent est aujourd'hui notre seule réalité œcuménique, notre visible politiquement, esthétiquement, spirituellement correcte. Ce sont leurs clichés qui nous donneront la clé de lecture des corps qui évoluaient devant nous. Jusqu'à ce qu'ils affichent en temps réel les centaines de plans mémorisés provisoirement dans la carte à puce de leur Nikon, nous n'aurons rien vu, rien entendu, notre corps n'aura pas eu d'existence, hic et nunc, dans la proximité des corps qui venaient à notre rencontre.

Bras armé du journaliste, le photographe est partout en son royaume, il peut piétiner, polluer, conchier le monde qui l'entoure, celui-ci ne saurait prétendre exister tant qu'il ne l'a pas accouché de ses pixels. Il est le maître du monde. Il est Dieu, son regard nous surplombe de cette certitude muette quand, exténué par l'effort de création, il baisse la garde – rapporte sous la ceinture l'énorme bite du zoom, avec la rondeur m'as-tu-vu des burnes, héritée de l'ancien magasin à film et du moteur qui permettaient aux correspondants de guerre d'immortaliser en quinze images par seconde la chute d'un hélico descendu par les Viêts, plus sûrement que ne l'aurait fait leur collègue cameraman.

On sait qu'aujourd'hui cette technologie peut tenir dans un dispositif moins volumineux que mon paquet de cigarillos. Mais Dieu est couillu, Il entend que ça se sache, qu'il soit dit que notre âme est suspendue à l'extrémité de Son gland. La noire silhouette – profilée comme un 6,35 – du D2Xs reflex à capteur CMOS de 12,4 millions de pixels avec lequel Il consent à nous identifier est la première image qu'Il nous inculque d'un réel dont nous avons eu la folie de nous déprendre.

 

 

gode_terminator_big
XXX
XXX
CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…

Cliquez ici

Mercredi 13 décembre 2006

05: 32

rennes_courant2

Courts manuels portatifs de survie
en milieux hostiles – 22

 

pere_noel
XXXX
XXXX
XXXX

 

……………………………………Huit livres

………………………pour tenter d'échapper au
……
……………………………Christmass market
………………
……………………………Manuel de survie en période
………………………plus que toute hostile

 

 

 

Comme l'an passé, voici quelques indications à l'usage de celles et ceux que Noël sous blister en tête de gondole rend malades.

Je rappelle, tout d'abord, que j'ai pris la peine, en 2005, de mettre en ligne deux pages contenant des idées de cadeaux. Vous devez les considérer comme d'une actualité d'autant plus grande que les ouvrages que j'y présentais ne sont plus des nouveautés, pour ceux qui l'étaient à l'époque, et que l'année écoulée a rendu plus mémorables encore ceux qui avaient déjà survécu à l'imbécile tyrannie du vient de paraître :

Cadeaux de Noël 1 Cadeaux de Noël 2
renne_courant
……
guirlande1
……
Ces petites choses qui bougent, clignotent, turlupinent et tapinent partout vous agacent ?
C'est voulu : je vous overdose pour que vous n'ayez plus la patience de les supporter quand vous sortirez faire vos achats de Noël. Et encore n'ai-je pas eu la guirlande trop lourde, il me semble.

……
guirlande1

 

langues_noires
………………Ouvrir le livre

XXX
XXX
XXX
XXX

XXX
Jean-Luc Aribaud est photographe, poète et éditeur à l'enseigne des éditions N&B (Noir et Blanc). Il s'expliquera ici, dans quelques jours, de ce triple art de vivre.
J'avais indiqué son livre, Une brûlure sur la joue. Il a fait paraître cette année un bien beau recueil, Les Langues noires, dans lequel alternent ses photographies et ses textes.

……………vous étiez de mon commencement
…………je suis de votre sommeil
…………j'apprends à replier mes rêves
…………sous la nappe des bruits

Au cours de l'entretien que je mettrai en ligne dans quelques jours, Jean-Luc Aribaud évoque la tyrannie de l’écriture et s'étonne que tous les artistes ne soient pas éditeurs – entendez : ne déploie pas la même générosité que lui devant l'injonction de vivre.

Collection « Tram », 64 pages, A Éditions, 2006 – ISBN 2-909656-91-8 – 4,90 €.

renne_courantXXX
la_garon
………………Ouvrir le livre

XXX
« Ce livre a une histoire
extraordinaire,
c'est un livre qui voulait vivre.
La Garon a été écrit depuis
quelques années déjà,
il vivait au fond d'un placard.
Je l'avais enfermé
tout au fond de moi
sans penser qu'il m'avait
construite
et que nous grandissions
ensemble. »


……………………………………C. C.-C.

XXX
XXX
XXX
XXX

XXX
Elle tient un blog sous le beau titre Les Eaux vives et laisse souvent ici un signe, toujours sensible, de sa lecture. Claude Chatron-Colliet m'a fait l'hommage de son roman, La Garon, il y a quelques jours.
Je lui ai dit combien m'ont touché les instants – presque volés au travail professionnel qui me dévore ces temps-ci – passés à entrer dans son récit. Tout m'indique qu'il s'agit là d'un de ces livres que rien ne saurait empêcher de cheminer – cette mystérieuse patience de l'exemplaire qui rejoint son lecteur, des années parfois après qu'on l'a vendu ou donné à on ne sait plus qui. Ce cheminement secret, et non les caprices prévisibles du box-office, sont notre raison d'écrire, Claude Chatron-Colliet l'a souverainement compris.
La publication de La Garon marque aussi la rencontre de l'auteur avec un autre ami de la Toile, Louis-Paul Fallot, qui rend à la Haute Provence – à Méailles et ses environs plus précisément – un hommage photographique permanent.
Que ce beau livre rencontre les âmes pour qui Claude Chatron-Colliet l'a écrit, ainsi qu'elle l'évoque avec des mots graves et justes.

Avec des photographies de Louis-Paul Fallot. Éditions Thélès, 2006 – ISBN 2-84776-749-5 – 18,90 €.

renne_courant

XXX
fondane
………………………Zoom

XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX

XXX
J'ai rencontré Patrice Beray à l'époque où il animait la revue Delta Station blanche de la nuit (quatorze numéros parus de 1984 à 1992), qu'il avait dédiée à une haute idée de la poésie.
Quelle ne fut pas ma joie de voir son exigeant regard associé de nouveau à l'œuvre souterraine de Benjamin Fondane !
Je prépare ces jours-ci quelques questions auxquelles Patrice Beray accepte de répondre : à lire ici en janvier. Nous devons nous rencontrer à Toulouse à la fin de ce mois, pour reprendre le fil de notre dialogue, parler de Fondane, préparer cette ou ces page(s) sur l'une des figures les plus intraitables du vingtième siècle.
J'aimerais également présenter l'œuvre poétique de Patrice Beray. Le monde alentour sera en pleine suralimentation festive. Sans doute pourrons-nous retrouver ensemble un peu de l'ascèse du poème.

Patrice Beray, Benjamin Fondane, au temps du poème, collection « Les Amis de L'Éther vague », 256 pages, Éditions Verdier, 2006 – ISBN 2-86432-486-5 – 25 €.
Benjamin Fondane, Le Mal des fantômes, nouvelle édition établie par Patrice Beray et Michel Carassou, avec la collaboration de Monique Jutrin ; liminaire d'Henri Meschonnic, 288 pages, Éditions Verdier, 2006 – ISBN 978-2-86432-485-0 – 9,50 €.

renne_courant
XXX
hist_mammif
………………Ouvrir le livre

XXX
Dans ces « histoires vraies »,
Francis Duranthon évoque deux
des grandes figures scientifiques
qui ont marqué le destin du
Muséum d'histoire naturelle
de Toulouse
 :
Édouard Lartet (1801-1871),
inventeur du premier singe
fossile ;
et Henri Filhol (1843-1902)
fils du premier directeur
du muséum toulousain, qui publia
un très grand nombre
de fossiles
provenant entre autres de fouilles
menées dans le Quercy.
Toulouse redécouvrira en 2007
les trésors que recèle
son muséum,
l'un des plus riches d'Europe
notamment pour ses collections
de paléontologie
et de préhistoire.

XXX
XXX
XXX

XXX
Après avoir présenté Histoires de dinosaures, paru dans la même collection, j'eus la surprise de recevoir trois commentaires de visiteurs me remerciant pour cette bonne idée de cadeau à faire à un enfant ou à un jeune. Francis Duranthon eut, quand je le lui rapportai, un sourire de jubilation : il confirme, c'est dès deux ans qu'on forme un paléontologue…
Et l'on imagine mal, en effet, un très jeune enfant que n'emporterait pas dans les rêveries les plus extravagantes l'accent chantant de l'auteur quand il décompte les vertèbres d'un improbable fossile – tant les adultes eux-mêmes sont sous le charme.
Francis Duranthon nous rend familières des notions que nous pensions ne jamais pouvoir mémoriser, telle cette « échelle des temps géologiques » que l'éditeur a eu la bonne idée de placer sur le rabat avant du livre (vous avez pensé à zoomer sur la couverture qui est à gauche, j'espère, que je ne décarcasse pas pour des queues d'archéoptéryx). De sorte qu'on peut, en permanence, garder ce document sous les yeux, voire s'en servir comme d'un marque-page.
Quelques « fiches » particulièrement claires, à la fin du volume, sont consacrées à des concepts clés de la paléontologie : la théorie de l'évoution, les systèmes de classification (binominale et philogénétique), l'anatomie comparée…
De la vulgarisation de très haute tenue, comme trop peu de scientifiques français en cultivent le talent.

Collection « Paléo », 176 pages, Éditions Bréal, 2005 - ISBN 2-74950-552-6 – 19,50 €.

renne_courant

XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
martin_morsly
………………………Zoom

XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX

Jean-Luc Aribaud, l'éditeur cette fois, m'adresse quelques-uns des livres qu'il publie. Ainsi, en 2005, ai-je découvert Papier du sang, un texte de Frédérique Martin qui emprunte la délicate alternance de la prose et du poème.

« C'est l'heure. On délivre la pauvreté des ultimes questions. »

Les deux formes se mêlent, provoquent de telles fulgurances.

………….......D'un sommeil de verre
………………….......L'homme nu
.…………………….......Se délie

La brève prose de Deuil, d'Hélène Morsly, ne se glose pas. Si ce n'est pour indiquer combien ce texte pourrait être écrit, des millions de fois, par chacun de nous, qui avons perdu une mère, un père, l'être aimé. L'humain, sur son registre le plus universel, est à l'œuvre dans ce récit impeccable.
Pour en scanner les couverture, à l'instant, je n'ai pas enlevé le papier cristal qui recouvre ces deux livres, restés dix-huit mois sur cette table où je n'écris plus (à la main) : ils attendaient que je parle d'eux, ici. J'ai tardé à le faire mais, au fil du temps, il m'est souvent arrivé de les ouvrir, d'en relire quelques pages. Ils m'étaient devenus l'un et l'autre étrangement familiers. Je m'en dépossède presque aujourd'hui en proposant de les partager.

Frédérique Martin, Papier du sang, 64 p., Éditions N&B, 2005 - ISBN 2-911241-47-9 – 11 €.
Hélène Morsly, Deuil, 32 p., Éditions N&B, 2005 - ISBN 2-911241-39-8 – 10 €.

renne_courantXXX
danse_ame_noel
………………Ouvrir le livre
………………….(galerie)

XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX
XXX

XXX
Sans oublier l'exception ! la seule nouveauté dont il est opportun de parler comme d'un must, du livre cadeau tendance en plein Kali-yuga – cet âge de Fer qui nous rouille, nous glace, nous blinde la pensée.
La collection « D'Orient et d'Occident » constitue un vrai risque éditorial : s'il y a place pour une forme d'édition qui résiste aux formatages du mass market, le professionnalisme sera la première clé de sa réussite. La deuxième, tout aussi incontournable, tient dans le minimum d'attention que les lecteurs concernés par la circulation de tels livres voudront bien accorder, avec un peu de conséquence, à ceux qui choisissent de les diffuser.

La Danse de l'âme – Odes mystiques et quatrains retrouvés des soufis (Ibn al-Fârid, Hâtif Isfahâni, Hâfiz, Djâmi, Saadi, Bâbâ Tâhir) ; traductions et présentations par MM. Grangeret de la Grange, Jouannin, Defrémery, de Chézy, Garcin de Tassy et Huart ; textes rassemblés et introduits par Jean Moncelon – 1 volume 22,5 x 28 cm de 96 pages et quatre pages de hors texte, cahiers cousus non massicotés, Éditions InTexte, 2006 – ISBN 2-9514986-7-5 – 24,50 €.

renne_courant

 

 

pere_noel_3
XXX
XXX
XXX

Il n'y a pas de livre introuvable. Muni du code ISBN, que je donne ici pour chaque titre présenté, n'importe quel libraire peut vous procurer un livre dans un délai d'une semaine. Si l'on vous fait des raisonnements, si vous sentez que vous bassinez votre interlocuteur, tournez les talons et laissez-le s'étouffer sous ses piles d'Amélie Nothomb. Les éditeurs des livres cités dans cette page ont tous un site Internet, dont je donne le lien – à l'exception des éditions N&B, qui seront présentes sur la Toile en 2007. Et les librairies en ligne ne sont pas les suppôts du diable, contrairement à ce que chantent d'éternels esprits chagrins qui n'y entendent rien au commerce du livre – ou que cela arrange de l'affirmer.

Le temps des sourires a fait son temps. Tout œcuménisme, tout masochisme complaisant sont vains devant les forces de vente qui prétendent nous gouverner l'âme. Faire choix d'un livre, c'est prendre un parti, de bien plus claire façon que de proférer quelque opinion politique nécessairement impalpable.

……renne_couronne……
xxxxx
xxxxx
CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…

Cliquez ici

Vendredi 8 décembre 2006

21: 00

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie
blanc_mince

 

27 – Un livre n'a pas d'odeur

Dimension olfactive de la possession délirante

 

 

Pour Jean-Paul D***,
et cet autre
amateur connu de lui.

 

langes_detail

Zoom

 

 

Cestius dit qu'il consacrait, dans les dernières années
de sa vie, tout son argent dans l'achat de vins et de volumes
mais réservait toujours quelques pièces de monnaie
pour faire imbiber des linges intimes à des personnes du voisinage
qu'il s'appliquait sur le nez tandis qu'on tirait de lui
du plaisir avec les doigts.

Pascal Quignard, Albucius, P.O.L., 1990, p. 194.

 

 

Je veux travailler dans l'édition car, toute petite déjà, j'aimais respirer l'odeur de l'encre dans les livres.

Ce furent presque exclusivement des étudiantes qui, à chaque rentrée pendant plus de dix ans, ont formulé par écrit – dans ces termes, toujours, à de minimes variantes près – les raisons qui les poussaient à préparer le BTS édition, où j'enseignais. L'homme – le visiteur, ici en ces murs – se contente d'un lieu commun timide : Ah ! l'odeur des vieux livres…

J'ai connu l'encre fraîche qui se dépose à la spatule dans l'encrier de la presse à épreuves. Elle sent assez précisément, je suppose, ce à quoi se déclarait allergique ma mère, fille de conducteur d'Heidelberg, épouse d'un chef de fabrication qui, certains jours, descendait aux machines et en rapportait le relent – lui reprochait-elle, le soir, quand il s'approchait d'elle pour l'embrasser. Les livres neufs qu'il m'arrive parfois d'acheter sont aseptisés jusqu'au tréfonds du petit fond (jadis nommé blanc de couture, mais l'expression n'est plus de mise). Quant aux volumes que me cèdent les bouquinistes, dans le meilleur des cas, il en émane un goût rance, qui est celui de la moisissure pour peu qu'ils aient connu l'attente de plusieurs marchés aux livres avant que je ne jette sur eux mon dévolu.

L'odeur des livres, en conséquence, semble ressortir à l'étude hautement problématique et complexe des phéromones.

*

Michel Tournier a publié, il y a plus de trente ans, un monologue intitulé Le Fétichiste [1], qui ne serait qu'un exercice assez servile de psychopathologie appliquée s'il ne recelait cette trouvaille : son cas clinique, banalement entiché de lingeries aguichantes, est caissier dans une banque et découvre, par hasard, les délices de ce qu'il nomme les billets couvés : ceux qu'il retire d'un portefeuille qui a passé plusieurs heures dans la poche revolver d'un pantalon d'homme ou couvés dans la moiteur de l'aisselle, comme des œufs dans un nid au printemps [2], s'il est allé soustraire le porte-monnaie dans la poche intérieure du veston. Tournier – qui a lu Clérambault, comme il a épluché René Zazzo pour écrire Les Météores – fait de son fétichiste un cleptomane. Non par appât du gain, mais par passion des liasses tièdes.

[Posons l'hypothèse suivante : un libraire d'ancien qui connaît mes goûts m'indique qu'il disposera, tel jour, à telle heure, de l'exemplaire d'un titre qu'il sait convoité par moi de longue date, dans son édition d'origine, dont un de ses clients souhaite se défaire. À l'heure dite, je me présente dans l'officine. L'ancien propriétaire sort d'ici, me dit le libraire, en me tendant le livre. Il n'est pas découpé. Devant mon interlocuteur, dont les traits se figent, je plonge le visage entre deux cahiers du volume entrouvert et je respire longuement l’androsténone de l'homme que j'ai peut-être croisé à quelques pas de là, il y a un instant.]

*

Tout reste peut-être à écrire sur le livre de seconde main. Sur la passe que constitue peu ou prou sa cession. Sur les raisons qui contraignent certains à le vêtir de cristal, afin que crisse cette soie rapportée (l'abomination du corps nu – du corps – dans le petit et le grand fétichismes décrits par Clérambault). Sur la possession, dans le cas d'un objet qui n'est pas manufacturé pour lui-même, mais comme sauf-conduit de la pensée, de l'immatérialité de l'âme.

*

Vieillissant il disait : « J'ai éprouvé ce que le caractère des femmes a de plus douloureux et présente d'incompréhensible. Je les ai plaintes et je me suis éloigné d'elles. Mais l'odeur de leurs parties intimes m'emplit de nostalgie à chaque fois que l'idée m'en revient à l'esprit. Même les parties de Spuria sentaient bon. Je ne m'approche plus de ces grands corps mous et récriminants à moins de dix pas. Mais j'achète du linge macéré [3]. »

 

 

À suivre.

 

[1] Michel Tournier, Le Fétichiste (Un acte pour un homme seul), supplément au n° 190 de La Quinzaine littéraire, 48 p, 1974.
[2] Op. cit, p. 35.
[3] Pascal Quignard, Albucius, op. cit., p. 195.

 

Langes de la passion, Éditions L'Éther vague / Patrice Thierry, 1995. Exemplaire relié par Paul-Émile Autié.

 

 

puce_grise

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley 23 – Promenade aux puces
24 – De quelques ennemis du livre 24 bis – Les marginalia de l'ogre
25 – Risques et périls – Sur l'exercice du métier d'éditeur
26 – La symétrie est l'ennemie de l'œil (et peut-être de l'âme)

 

 

……………puce_grise
N O U V E A U : L'agenda / bloc-notesCliquez ici.

 

index_garamond

06: 06

 

livre_deroubaix

François de Roubaix,
charmeur d'émotions


par Gilles Loison et Laurent Dubois
aux éditions Chapitre douze
XXX

TABLE DES MATIÈRES

Le livre

Introduction par Patricia de Roubaix et Yves Josso
Prologue (la Nuit des César 1976)
Paul et Mimma : l’art d’être heureux (la rencontre des parents de François)
Cet enfant a des mains de musicien (la naissance et l’enfance de François)
Campomoro (l’installation de la famille en Corse pour des séjours de vacances et de plongée sous-marine)
Apprentissage des structures (les études de François)
New Orleans College (l’orchestre de jazz fondé par les copains du lycée Carnot)
La vie d’orchestre (la carrière de tromboniste de François et l’apprentissage des métiers du cinéma)
Thaumetopoea (les débuts de compositeur au sein des Films du Centaure, le service militaire et le mariage de François)
Une fille et le succès (naissance de Patricia de Roubaix et premières musiques importantes de François)
Les Aventuriers (la rencontre avec Delon et Giovanni ; films : Les Aventuriers, Le Samouraï, Diaboliquement vôtre)
Hay que trabajar (films : Tante Zita, Le Rapace, Ho ! ; série Les Chevaliers du ciel)
Le Gobbo (François réalise son premier court-métrage ; films : Adieu l’ami, Jeff, La Grande Lessive ; feuilleton Les Secrets de la mer Rouge)
L’homme orchestre (François et la télévision ; une comédie musicale à la française : L’homme orchestre ; autres films : La Peau de Torpedo, L’Étalon, Dernier domicile connu)
Boulevard du rhum (la rencontre avec Vaea, Bardot, Ventura, Girardot)
Je compose et j’enregistre (François et son home studio ; réalisation de son deuxième court-métrage Comment ça va j’m’en fous ; films : Les Amis, Le Saut de l’ange, Les Lèvres rouges, Où est passé Tom ?, La Scoumoune, Les Caïds, RAS ; série Chapi Chapo ; les voyages de plongée)
Il est plus tard que jamais (les concerts de jazz, la rencontre avec Pierre Richard, les dernières musiques, la naissance de Benjamin de Roubaix, Le vieux fusil)
L’héritage de François de Roubaix (l’inspiration pour une nouvelle génération de musiciens)
Filmographie (56 pages) – Discographie (20 pages)

1 CD audio :
– extraits des courts-métrages Thaumetopoea, Allegro ma troppo, Contrepoint, Le pain et le vin, La manif
– 23 musiques de films publicitaires
– 3 chansons
– extraits des feuilletons Les survivants et Que ferait donc Faber ?, des films Rio Araguaia, Comment les séduire, Les poneyttes, Une infinie tendresse
– 2 indicatifs radio
– un extrait d’un concert jazz et d’un bœuf chez Pierre Richard
– ambiance d’une séance d’enregistrement pour un court-métrage

1 DVD audio
– extraits de la majeure partie des grands films mis en musique par François de Roubaix ;
– extraits des séries et feuilletons, des courts-métrages, des indicatifs télévisés pour TF1 et Antenne 2, d’émissions de variétés comme celle d’Avron et Evrard, de spectacles de marionnettes (Pierrot de Philippe Genty) et florilège de films publicitaires produits par Jean Mineur.

 

Prix et modalités de commercialisation
sur le site de l'éditeur :
http://www.chapitre12.com

 

 

 

Permalien

Vendredi 1 décembre 2006

07: 38

 

Dé-blistériser le monde

Courts manuels portatifs de survie
en milieux hostiles – 21

 

pline_blister

 

 

 

Nouveau, c'est beau. New is clean. L'évidence est telle qu'elle autorise qu'on scelle tout produit nouveau sous un film étroitement thermorétracté – de la fange, une matière issue de la lie excrémentielle du pétrole : vos doigts ne toucheront le bien de consommation courante qu'au-delà des caisses, quand vous en aurez acquitté le prix exorbitant. Jusque-là, vous n'êtes commis qu'au contact frigide d'un glacis. Il peut advenir qu'en vous efforçant de séparer le produit de son condom, vous en blessiez irrémédiablement la surface, elle-même condomisée le plus souvent. Je me souviens de l'achat du tancarville sur lequel je fais sécher mon linge : il m'a fallu plus d'une heure pour fendre, avec la pointe d'une lame de cutter, la pellicule impondérable qui adhérait, sur toute la circonférence, à la gaine en plastique de chacune des cordes de l'étendoir. À la façon dont un pansement peut faire peau sur la plaie qui suppure, une polymérisation importune avait fondu le plastique au plastique – une forme de l'encéphalopathie spongiforme qui affecte l'ustensile blistérisé quand on donne à manger du plastique au plastique : l'un de ces modes d'action tératogènes par quoi nous croyons dominer le monde, source chez le consommateur d'énigmatiques maladies à prions : la Creutzfeldt-Jakob du blister.

Il est temps, désormais. Il nous faut renoncer à tout œucuménisme vain, à toute pudeur inutile à l'égard de gens qui n'en manifestent aucune au nôtre : il nous faut dire à ceux qui innovent que nous savons qu'ils sont payés pour nous nuire. Il nous faut oser leur dire qu'ils exercent un métier de m…, il nous faut leur dire qu'ils sont aussi dangereux pour la planète que les poseurs de bombe le sont pour nos sociétés ; que l'axe du Mal, c'est eux, les intégristes de la nouveauté.

I have a dream : une pluie acide, porteuse d'un précipité en suspension issu de macromolécules mutantes, imbibe les terres émergées de l'Occident d'un écœurant crachin, pendant des jours et des nuits – un déluge par brouillard, non plus par averses et cataractes. Au lieu d'essorer les paysages, les rayons d'un pâle soleil enfin revenu polymérisent la substance inconnue ; ils fixent sur le sol, comme sur tout ce qui croît, s'érige, se déplace et commerce à la surface de la planète, un blister asphyxiant, impalpable, d'un taux de résistance jusqu'alors inégalé, qui adhère au moindre repli du Vivant et vitrifie d'un seul tenant toute une civilisation.

Quel dieu, dans ces conditions, je vous le demande, consentirait à nous racheter ? Quelle opération de promotion, quelle innovation marketing, réactive et flexible, nos forces de vente ont-elles prévu de mettre en œuvre pour l'en convaincre, le moment venu ?

[Oui, je me suis levé d'une humeur de chien. Il y a des jours comme ça.]

 

 

durex
CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…

Cliquez ici

:: Page suivante >>

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

décembre 2006
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML