
Nouveau, c'est beau. New is clean. L'évidence est telle qu'elle autorise qu'on scelle tout produit nouveau sous un film étroitement thermorétracté – de la fange, une matière issue de la lie excrémentielle du pétrole : vos doigts ne toucheront le bien de consommation courante qu'au-delà des caisses, quand vous en aurez acquitté le prix exorbitant. Jusque-là, vous n'êtes commis qu'au contact frigide d'un glacis. Il peut advenir qu'en vous efforçant de séparer le produit de son condom, vous en blessiez irrémédiablement la surface, elle-même condomisée le plus souvent. Je me souviens de l'achat du tancarville sur lequel je fais sécher mon linge : il m'a fallu plus d'une heure pour fendre, avec la pointe d'une lame de cutter, la pellicule impondérable qui adhérait, sur toute la circonférence, à la gaine en plastique de chacune des cordes de l'étendoir. À la façon dont un pansement peut faire peau sur la plaie qui suppure, une polymérisation importune avait fondu le plastique au plastique – une forme de l'encéphalopathie spongiforme qui affecte l'ustensile blistérisé quand on donne à manger du plastique au plastique : l'un de ces modes d'action tératogènes par quoi nous croyons dominer le monde, source chez le consommateur d'énigmatiques maladies à prions : la Creutzfeldt-Jakob du blister.
Il est temps, désormais. Il nous faut renoncer à tout œucuménisme vain, à toute pudeur inutile à l'égard de gens qui n'en manifestent aucune au nôtre : il nous faut dire à ceux qui innovent que nous savons qu'ils sont payés pour nous nuire. Il nous faut oser leur dire qu'ils exercent un métier de m…, il nous faut leur dire qu'ils sont aussi dangereux pour la planète que les poseurs de bombe le sont pour nos sociétés ; que l'axe du Mal, c'est eux, les intégristes de la nouveauté.
I have a dream : une pluie acide, porteuse d'un précipité en suspension issu de macromolécules mutantes, imbibe les terres émergées de l'Occident d'un écœurant crachin, pendant des jours et des nuits – un déluge par brouillard, non plus par averses et cataractes. Au lieu d'essorer les paysages, les rayons d'un pâle soleil enfin revenu polymérisent la substance inconnue ; ils fixent sur le sol, comme sur tout ce qui croît, s'érige, se déplace et commerce à la surface de la planète, un blister asphyxiant, impalpable, d'un taux de résistance jusqu'alors inégalé, qui adhère au moindre repli du Vivant et vitrifie d'un seul tenant toute une civilisation.
Quel dieu, dans ces conditions, je vous le demande, consentirait à nous racheter ? Quelle opération de promotion, quelle innovation marketing, réactive et flexible, nos forces de vente ont-elles prévu de mettre en œuvre pour l'en convaincre, le moment venu ?
[Oui, je me suis levé d'une humeur de chien. Il y a des jours comme ça.]

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L'insulte aux livres
Le logiciel Photoshop permet en effet de blistériser n'importe quelle image…
Vous évoquez, Olivier, l'une des affaires les plus douloureuses pour qui aime les livres : l'incendie du stock des Belles Lettres, comprenant la totalité des exemplaires de la collection « Guillaume Budé ». Certains titres de ce fonds – qui constituait le fleuron des textes classiques grecs et en latins – étaient toujours disponibles dans leur tirage d'avant-guerre…, imprimés au plomb sur un bouffant plus doux que le plus précieux satin, non massicotés. Le calvaire, on l'imagine aisément, de tout nouvel actionnaire pénétrant dans le magasin de porcelaines, pour qui éditer consiste à faire des piles bien propres en tête de gondole.
La réimpression massive du catalogue, par le pire procédé de clichage (le plus économique, évidemment) et, surtout – prenez un instant pour analyser le tarif téléchargeable sur le site de l'éditeur… – le nouveau prix de vente public de ces ouvrages relèvent d'une malversation purement scandaleuse : la plus arrogante barbarie œuvre ici à visage découvert !
Je vous renvoie sur la question de la destruction des livres par le feu, à deux pages que j'ai consacrées à ce thème : la première sur le cliché célèbre pris après l'incendie de Holland House, la seconde à un livre, à mes yeux bâclé, de Lucien Polastron, Livres en feu – Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques.
Je nourris toujours l'espoir secret que quelques lecteurs entrevoient combien le mot douleur n'est pas, sous mes doigts au clavier, une image gratuite ni outrée à l'évocation de tels crimes contre la matière – et, par contrecoup, contre l'esprit.
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Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
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