blog dominique autie

 

Mercredi 20 décembre 2006

05: 13

Célébrations

 

XII

 

Le cigare
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Entretien avec Yves Belaubre

 

 

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Fumeur de cigarillos, cédant parfois à l'appel d'un vrai bon cigare, il est temps de (re)nouer quelque lien avec une communauté que menace l'air du temps. J'ai choisi de le faire en conviant ici Yves Belaubre, croisé jadis ici, à Toulouse. Je le remercie d'avoir bien voulu me conforter dans mes inquiétudes, tout en me réjouissant de cette nouvelle rencontre.

 

Dominique Autié : Le magazine Cigare & sensations, que vous avez fondé, s’adresse à tous ceux qui apprécient les cigares, moins pour être à la mode que pour le plaisir, le partage, la spiritualité. Pensez-vous que le cigare perpétue en Occident une très ancienne fonction rituelle et sociale du tabac, qu’on a décrite dans certaines sociétés traditionnelles ?

Yves Belaubre : Le cigare (et la pipe à sa façon) sans aucun doute. Ce sont deux objets, deux pratiques et deux consommations que l’hystérie d’une poignée de médecins incompétents et autoritaires, financés par les laboratoires pharmaceutiques, amalgame à l’usage plus ou moins servile de la cigarette tout en diabolisant à coup de statistiques fantaisistes le nom d’une plante très belle qui s’appelle le tabac.

On sait que chez les indiens Arawaks du Venezuela, comme chez les Taïnos des Caraïbes, les Mayas du Yucatan ou encore dans les tribus d’Amérique du Nord décimées par l’Européen, le tabac et la fumée de tabac avaient des fonctions médicales, rituelles et politiques. Herbe « magique » car médiatrice entre les hommes et les dieux (l’univers est la « maison de fumée ») le tabac était principalement cultivés par les sorciers (hommes-médecines) pour soigner, interpeller les morts (les dieux), et appréhender l’avenir. Il était donc très utilisé par les chefs pour préparer les décisions politiques et sceller des alliances. Ainsi la fumée de cigare, dont les compagnons de Colomb témoignent dès leur rencontre avec les Taïnos de Cuba et d’Hispaniola (Saint-Domingue), a toujours eu partie liée avec la puissance et ses rites (ses signes).

On ne s’étonnera donc pas qu’au dix-neuvième siècle, à la suite de la naissance du cigare moderne (manufacturé), le cigare fasse le bonheur des grands de ce monde, des princes, des banquiers et industriels de la révolution capitaliste en cours, en se mettant en scène grâce à l’invention du marketing (bagues, vistas, coffrets etc.), qui n’est probablement que le rituel de la religion de la marchandise.

Cette fonction rituelle et sociale du cigare est reprise et assumée récemment par l’épicurisme qui réintègre la notion de puissance à travers celles de luxe, d’émotion (sensations) et de dépense (au sens élaboré par Georges Bataille), en réunissant les fumeurs de cigares au sein de clubs, pour des banquets, des dégustations, voire des soirées mondaines.Concernant la cigarette, il faut se rappeler que l’immense développement de ce produit industriel – aujourd’hui plus dérivé du tabac que tabac – a été essentiellement porté par la puissance socialisante du partage de la fumée : le fait d’offrir une cigarette ayant été et étant souvent encore un geste initiateur de communication entre les individus atomisés par la société moderne. Toutefois on notera que la symbolique de la puissance s’est focalisée sur le cigare (conformément aux origines), tandis que la cigarette, devenue produit démocratique par excellence des années 1930 aux années 1960, cristallise désormais bon nombre des redoutables qualités de la servitude.

D.A. : Le club « Pour une poignée de cigares » est inquiété, ces temps-ci, par la plainte d’une association au motif de publicité et de promotion en faveur du tabac sur son forum en ligne. Selon cette association, exprimer une opinion sur un cigare qu’on a fumé est assimilé à de la propagande en faveur du tabac et tombe sous le coup de la loi Evin. En ce domaine comme en de nombreux autres, le monde associatif n’est-il pas en passe de devenir bien plus menaçant pour les libertés que ne l’est le législateur ?

Y.B. : L’organisation associative comme n’importe quel type d’organisation n’a nul privilège quant à l’intelligence, l’humanité ou la démocratie. Je ne pense pas que le monde associatif puisse être plus menaçant pour la liberté (pour moi il n’y en a qu’une, et quand il y en a plusieurs c’est que la liberté est amputée) que ne peut l’être le législateur puisque les associations de type puritain moraliste vengeur et victimaire, comme les associations anti tabac ou anti-alcool, s’appuient toujours sur la législation pour mener leur programme hygiéniste liberticide.

La menace vient de l’instrumentalisation systématique de la justice et du fait que les juges de France acceptent que leur travail se réduise à favoriser les transferts d’argent depuis des personnes baptisées criminelles vers des personnes baptisées victimes.

Quant au financement des associations par les pouvoirs publics, cela pose de réels problèmes politiques et moraux, dont s’accommodent néanmoins la duplicité et la sottise de nombre de politiciens.

Pour ce qui est du tabac, les associations qui attaquent les fumeurs de cigares aujourd’hui n’ont pas encore mesuré le risque politique, moral et physique qu’elles prenaient ce faisant. Car les fumeurs de cigares ne sont pas les citoyens les plus habitués à obéir, et il est un moment où la réponse aux menaces individuelles comme à l’instrumentalisation de la justice à des fins totalitaires, exige tous les moyens de la Résistance. Les formes que prendra celle-ci dépendront désormais de la tournure des événements et du niveau d’impudence des nazillons issus de l’accouplement de la moraline et de la pharmacie.

D.A. : Je vous ai connu auteur, notamment d’un très beau texte sur le peintre Carlos Pradal. Vous avez choisi le journalisme. En la circonstance, ne pensez-vous pas que la presse porte une lourde responsabilité dans le pouvoir exorbitant dont dispose désormais le monde associatif, ainsi que dans la pratique de la délation et de l’intimidation comme mode de gestion de l’espace social ?

Y.B. : Je suis toujours écrivain et ne revendiquerais que ce titre si un titre était nécessaire. J’ai publié dernièrement un poème dont je suis assez satisfait. Je ne me crois surtout pas journaliste car je méprise autant les journalistes que l’idéologie de l’objectivité. La société éditrice du magazine Cigare & Sensations, que j’ai créé avec le photographe Michel Fainsilber, s’appelle « Subjectif », ce qui souligne cette vérité de l’écriture et de la vie. Je n’ai aucune foi en la communication car j’ai étudié de près les techniques de manipulation et ne donne nulle autre valeur que polémique (c’est-à-dire guerrière) à ces notions de message, de code et de signes avec lesquelles les médias et leurs experts préparent aujourd’hui l’abrutissement de l’humanité.

Je fais partie de ces quelques personnes qui ont lu et appris Épicure et qui en ont tiré une philosophie épistémologique, morale et politique qui n’accorde aucun crédit à l’objectivité, que celle-ci tapine sous les oripeaux de la science, des statistiques ou de l’information. Car la démocratie, lorsqu’elle prétend être dirigée par les experts (ceux qui sont propriétaire de l’objectivité), meurt aussitôt.

Aussi ne me dirai-je jamais expert en rien, ni même professionnel de quoi que ce soit, et je fonde sur cette impertinence ontologique ma liberté de penser, mon goût du discours et la suprême valeur que j’accorde au seul sentiment absolument non objectif – et le plus fiable qui soit : l’amitié.

Les amis s’estiment, s’entraident, se soutiennent et sont capables d’agir fermement, rapidement, violemment au besoin, et de concert si la délation et l’intimidation osent approcher de leur jardin.

 

 

*interlettreinterlettre*

*
À suivre.

 

Alejandro Robaina à Paris, en juin 2006.
Photographie de Michel Fainsilber pour Cigare & Sensations.

Une notice sur Yves Belaubre [cliquer ici].

 

 

Célébrations

de la gomme du fond de robe de l'eau minérale
des myopes de la pistache de la vapeur
de l'œuf à la coque de la machine à écrire
de la paternité de l'abstinence du papier peint

 

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cigare

Commentaires:

Commentaire de: P.D [Visiteur]
"Croisé du cigare" joli titre de noblesse et pour prouver ses quartiers il suffit de montrer son bon goût !
Permalien Mercredi 20 décembre 2006 @ 12:29

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
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