blog dominique autie

 

Lundi 1 janvier 2007

07: 46

Nouvelle année, nouvelle rubrique… [New is beautiful]

 

 

 

De choses esmerveillables en nature
mirabilia_annonce

 

L'existence sait me rappeler que l'habitude, chez moi si féconde, est source d'ennui chez la plupart de mes contemporains. Je sentais, ces temps-ci, se faner à la lumière des néons les stickers fluo de ma tête de gondole. Celui qui prétend écrire doit savoir que soixante-quinze pour cent des produits de consommation courante que dégorge aux caisses le caddie moyen d'un Européen bénéficient d'une offre promotionnelle : sixième bouteille gratuite, nouvelle recette à prix doux, réduction sur le prochain achat.

Pour mieux continuer à faire du neuf avec du vieux, j'ai songé, un moment, à l'opportunité de décréter 2007 année de l'âme, du moins sur l'empire indiscernable de ce site. Mais quelqu'un eut avant moi la délicate sagesse de choisir à celle-ci quelques nuits. Mes trois cent soixante-cinq journées – plus que tripler l'enchère du Marquis ! – me parurent honteusement lourdaudes.

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C'est alors que j'ai trouvé cette Mandragore, que je ne cherchais pas ; mais je m'étais délecté d'un volume – Les Couleurs de René-Lucien Rousseau – dans cette même collection des années 1950 chez Flammarion.

La mandragore, je l'ai dans la peau – un tatouage [1]. Et sur mes murs : une épreuve contemporaine réalisée par l'atelier de chalcographie du Louvre à partir de la plaque gravée par Abraham Bosse pour Les Plantes du Roi. Acquérir cette petite monographie, supposée ne rien m'apprendre d'inédit sur Mandragora officinarum L. ni sur les mythes et légendes dont elle est le support relevait du geste de piété. C'était compter, toutefois, sans les vertus de ce petit livre, bien documenté, sans la douceur sédative de son bouffant ni la modestie de ses quelques hors-texte noirs, sans doute eux-mêmes imprimés au plomb. L'auteur, en quelques pages, m'a entraîné dans l'univers perdu des mirabilia, m'offrant dix références à explorer, suscitant même la découverte impromptue des Mirabilia descripta du Dominicain Jordan Catala de Sévérac, premier évêque latin de l'Inde, dont l'existence et les écrits avaient jusqu'alors échappé à ma veille éditoriale pourtant attentive sur tout ce qui concerne le sous-continent.

Un rapide survol des rayonnages m'a fait bénir la prudence qui fut la mienne d'engranger quelques livres aux trésors, tel cet Orient fabuleux de Rudolf Wittkower acquis deux fois – toujours cette peur de manquer ! [Cette bibliothèque vaut-elle mieux que les réserves de sucre en morceaux que ma mère, comme nombre de ses contemporaines qui avaient subi les rationnements de l'Occupation, accumulait dans ses placards ?]

En quelques instants, dix, vingt volumes et plus rejoignaient le « Bestiaire fabuleux » de Jean-Paul Clébert, qui me sert d'index, de glossaire, de boîte à mémoire – l'une des mes cachettes d'amphétamines dès que la nécessité se fait pressante d'échapper à la nomenclature binominale qui assujettit le réel.

L'affaire fut entendue : aux célébrations, aux pièces de la statuaire, aux heures de « L'ordinaire et le propre des livres », aux exercices de survie en milieux sévères s'ajouteront des mirabilia. Tant il est vrai que rien ne nous fait plus défaut, ces temps-ci, que ces dérogations de l'imaginaire. Elles ont tenu lieu de science exacte à l'Occident pendant presque deux millénaires. Si j'en juge au beau livre de souvenirs d'Alain Daniélou [2], lu ces jours-ci, qui conforte ma lectures d'Arrien [3], l'idée qu'on se fit longtemps de l'Inde à travers les chroniqueurs d'Alexandre n'était pas plus extravagante que celle véhiculée par la quincaillerie du New Age. Et la médecine contemporaine ne saurait oublier ce qu'elle doit à la science des monstres d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

Je discerne, me semble-t-il, une forme enviable pour ces pages : un document visuel, un texte, de très brèves notes de ma part, indicatives des sources, aussi peu bavardes que possible – quelques éléments mis à la disposition de mon prochain ; qu'à mon insu son imaginaire s'ébroue me paiera amplement de retour.

Aux lecteurs du blog, dont l'assiduité me touche et m'honore, j'offre donc à leur seul usage l'Arbre à Canards, en forme de carte de vœux.

 

 

[1] Réalisé en 1989 par Tin-Tin soi-même, alors installé à Toulouse. Les non-initiés sont invités à prendre la mesure de ce scoop. Je détiens toujours, précieusement archivé, le calque que cet artiste (d'une courtoisie et d'une délicatesse rares) avait exécuté d'une réduction au trait de la planche d'Abraham Bosse, qu'il m'avait demandé de préparer afin de la reproduire avec précision sur ma peau. Cet épisode compte parmi les passages les plus fermement autobiographiques de Blessures exquises.
[2] Le Chemin du Labyrinthe – Souvenirs d'Orient et d'Occident,collection « Vécu », éditions Robert Laffont, 1981. Nouvelle édition augmentée, éditions du Rocher, 1993.
[3] Arrien, L'Inde [Livre VIII de l'Anabase], texte établi et traduit par Pierre Chantraine, Les Belles Lettres, 1927. Deux autres références précieuses : l'admirable volume illustré intitulé Le Voyage en Inde d'Alexandre le Grand, textes d'Arrien traduits et commentés par Pascal Charvet et Fabrizia Baldissera, Nil Éditions2002 ; et encore : Arrien, Histoire d’Alexandre, L’Anabase d’Alexandre le Grand – L’Inde, traduit du grec par Pierre Savinel, suivi de « Flavius Arrien entre deux mondes » par Pierre Vidal-Naquet, Collection « Arguments », éditions de Minuit, 1984 (que je me suis fixé de lire prochainement).

 

Le Sciapode est emprunté à Lycosthenes
(de son vrai nom Conrad Wolffhart – Rouffach, 1518 - Bâle, 1561),
Prodigiorum ac Ostentarum Chronicon, Bâle, 1557.
Le sciapode fera l'objet d'une livraison ultérieure des Mirabilia.

En marge :
Rudolf Wittkower, L'Orient fabuleux, traduit de l'anglais par Michèle Hechter, Thames & Hudson, 1991.
Albert-Marie Schmidt, La Mandragore, Flammarion, 1958.
Jean-Paul Clébert, Dictionnaire du symbolisme animal, Albin Michel, 1971.

 

 

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sera, pour cette rubrique, choisie parmi les gravures
du Prodigiorum ac ostentorum chronicon de Lycosthenes.

Commentaires:

Commentaire de: Kate [Visiteur]
Hum... à voir la gravure, c'est la cuisse de Jupiter ou bien ça lui fait une belle jambe ou bien il prend son pied ou bien c'est un unijambiste ou un fakir ou bien... ou bien...
Mes meilleurs voeux de succès et de joie pour la Nouvelle Année, Dominique.
Permalien Vendredi 29 décembre 2006 @ 18:53
Commentaire de: C.C. [Visiteur]
Peut-être des choses intéressantes ici :
http://kirchersociety.org/
Permalien Lundi 1 janvier 2007 @ 17:20
Commentaire de: Biotiful [Visiteur]
Même si la beauté donne des ailes, beautiful n'en prend qu'un :)
Permalien Mercredi 3 janvier 2007 @ 12:02

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
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