blog dominique autie

 

Vendredi 2 février 2007

08: 36

 

 

 

matteo_ricci

 

Vive Matteo Ricci ! bis

ou ter… peu importe – Vive Matteo Ricci !

 

ricci_vignette

[Présentation du volume – Cliquer ici.]

 

À propos de Matteo Ricci, Traité de l'amitié, édition bilingue,
traduit du chinois par Philippe Che, introduction de Michel Cartier,
Éditions Noé [1]ISBN 2-916312-00-5 – 80 pages, 12 €
(diffusion Les Belles Lettres).

 

 

 

J'avais eu quelque peine à me procurer Le Palais de mémoire de Matteo Ricci de Jonathan D. Spence, cet essai d'une parfaite allégresse qui laisse loin derrière lui, le souffle court, les deux ou trois hagiographies françaises qui circulent sur le jésuite sinisé.

Je pourrais enluminer tout un petit mystère sur les raisons de ma fascination pour 利瑪竇 [prononcer Li Madou, son nom chinois]. Mais l'affaire est limpide. S'il est certain qu'un travel writer ne saurait exercer sur moi telle emprise, c'est donc que Matteo procède à l'inverse de ce qu'attend du voyageur notre cartel malouin spécialisé dans le trafic d'imaginaire à trois yuan : Matteo est un lettré qui coltine toute une bibliothèque mentale, faute de tonnes de papier dans sa malle des Indes – Italien, il se rend au Portugal, séjourne quelques mois à l'université de Coimbra et s'embarque pour Goa en 1578, où il sera ordonné prêtre : l'itinéraire obligé de tout Occidental rêvant du Cathay [2]. Son entreprise est le contraire d'une délocalisation de l'âme : comme le veut l'art de la mémoire, qui affiche déjà vingt siècles de bons et loyaux services depuis le banquet fatal auquel réchappa Simonide de Céos, ses loci – il emporte avec lui ses lieux de mémoire et les images, les indices iconiques qu'il y a lui-même ordonnés (Mary Carruthers préfère le concept de mnémonique architecturale à celui d'art de la mémoire, qu'elle juge trompeur [3]).

Ce qui fait tout le prix de cet homme est qu'il se soucie comme d'une guigne de l'éditeur de romans de terroir qui attendrait comme la manne le manuscrit de ses carnets de voyage, un Le Bris avant la lettre et son marketing du « grand dehors », promoteur de la glisse de l'âme – [j'arrête, ici, c'est promis et je m'y tiens]. Ricci, c'est le non-retour, la fin de non-recevoir. D'ailleurs, Ricci écrit en chinois. Il faudra le traduire si l'on veut lui donner un stand à Saint-Malo.

D'où l'intérêt du merveilleux opuscule que j'ai découvert samedi chez mon libraire. Ce n'est plus une nouveauté nouvelle, puisque l'ouvrage a été imprimé il y a un an – c'est pour cela que je fréquente ce libraire-là, parce les livres n'y affichent pas une date de péremption. En 1595, Matteo Ricci remet le manuscrit de son Traité de l'amitié rédigé en chinois à un certain prince, Qian Zhai, supposé le lui avoir commandé. Dans sa courte et impeccable introduction, Michel Cartier met en lumière les tenants et les aboutissants de ce qui est à peine un artifice. Moins que la teneur des cent aphorismes composés par le jésuite (nombre d'entre eux recyclent la matière gréco-latine consacrée à ce noble sujet), c'est la perspective du propos et la posture mêmes de son auteur qui donnent à l'œuvre sa saveur : porteur d'un monde (le nôtre, dont nous avons fait ce que nous constatons aujourd'hui) qu'il parvient à contenir dans son palais de mémoire, Matteo Ricci nous tourne le dos. Nous en sommes à devoir tendre l'oreille pour saisir quelques bribes de ce qu'il dit à Qian Zhai, son protecteur. Nous croyons comprendre que, s'il y a emprunt à la grande tradition dont l'auteur est issu, nous sommes prémunis toutefois contre toute langue de bois :

XXX

[60]……À quelle époque vivons-nous donc ? Les mots caressants font naître l'amitié, les paroles sincères le ressentiment !

Les éditions Noé, à qui nous devons souhaiter longue vie et prospérité, ont traduit dans la matière du livre – la très belle idée d'un calque qui forme jaquette – une part de cette singularité. Le papier est encore un peu trop blanc mais, ma mansuétude leur est acquise, les cinq cahiers intérieurs sont bel et bien cousus. Vive Matteo Ricci  !

 

 

[1] Éditions Noé, 11 rue Jean-Jacques Rousseau, 60950 Ermenonville.
[2] Nom par lequel Marco Polo désigne la Chine du Nord.
[3] Le Livre de la Mémoire – La mémoire dans la culture médiévale, traduit de l'américain par Diane Meur, collection « Argô », éditions Macula, 2002, p. 112 sq.

 

Matteo Ricci, portrait figurant dans la collection du Stonyhurst College de Clitheroe (Lancashire, Grande-Bretagne).

 

soupe_chinoise

 

 

CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…
Cliquez ici.

Commentaires:

Commentaire de: gmc [Visiteur] · http://gmc.blogspirit.com
SOIXANTE EN REFLET ACTUALISE

Tous les éditeurs de talent sans exception font paraître des romans de terroir, cultivant ainsi des lopins qui ne demandent que jachères sans enluminures. Aucune fiction n'est meilleure qu'une autre, la catharsis opère aussi bien dans les gradins d'un stade qu'au sein d'universités dites contemplatives. Qui crée la différence entre les étonnants voyageurs de la planète foot et ceux qui hallucinent en cherchant à donner un sens arbitraire à l'insensé? Celui qui écoute les fragrances du royaume du Siam ignore volontairement que Joséphine ose même s'exhiber dans le sein bruyant et odorant des désirs les plus noirs. Vernis et patines sont arômes multicolores qui se réverbèrent sur les ray-ban des dandys de l'imagerie populaire.
Permalien Samedi 3 février 2007 @ 11:53

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

mars 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML