Grand jeu concours de printemps (suite – et fin ?)
Quand le saute-ruisseau aurait pu être…
La troisième option de participation à notre grand jeu concours de printemps était muséographique : indépendamment de son usage et de sa dénomination précise (désormais connus) – en attribuant une origine et une fonction imaginaires, éventuellement fantaisistes à l'objet –, en proposer une notice descriptive répondant aux normes du catalogage : ce texte sera supposé prendre place dans le catalogue d'un musée ou d'une exposition.
Une lectrice, trois lecteurs ont proposé six notices, que voici.
Merci, de nouveau, à celles et ceux qui ont joué le jeu dans une ou plusieurs des options proposées.

Ernest-Louis Desnos (1853-1925)
Fin XIXe – Début XXe siècle.
Paris – Musée d’Histoire de la Médecine.
Pince en fer dorée au bronze râpé par endroits, avec un mécanisme cranté permettant de resserrer progressivement les deux tiges. Coussinets en mousse à chaque extrémité, avec des aspérités permettant d’enserrer. Cordelette assortie.
Ernest-Louis Desnos, chirurgien français, dont la spécialité fut les maladies de l’appareil génito-urinaire. Il fut tout naturellement amené à s’intéresser à la circoncision, et à la pratiquer.
Faisant face aux pratiques ancestrales de circoncision, et désirant la pratiquer dans les conditions optimales d’hygiène, il aurait imaginé et fabriqué cette pince à la fin du XIXe siècle, et l’aurait utilisée lors d’opérations dans son propre cabinet de chirurgie.
La pince permettait de resserrer progressivement le prépuce, une fois celui-ci dégagé, bien en avant du gland. De la sorte, cela permettait ensuite de pratiquer l’incision de manière franche et nette, avec l’aide des deux mains.
Cette pince a été utilisée lors de la fin du XIXe et toute la première moitié du XXe siècle, puis abandonnée au profit de techniques de médecine plus modernes.
Elle trouve sa place de manière intéressante dans une évolution de la médecine et des conditions d’hygiène.
Bibliographie :
Histoire de l'urologie (avec planches), 1914.

Martial Deschamps (1933)
Illiers-Combray – Musée beauceron d’art moderne
et contemporain.
Technique mixte : cordelette de velours usagée, argent massif vieilli.
Alors que Martial Deschamps était à la recherche, à temps perdu, d’objets usagés dans le grenier de sa tante Léonie, afin de réaliser plusieurs ready-made destinés
à une exposition personnelle que lui avait proposée
la galerie Verrat-Dodo, il est littéralement tombé en arrêt devant un rare exemplaire de « saute-ruisseau » abandonné là par une ancêtre depuis qu’Haussmann et ses épigones avaient assaini les rues des principales villes françaises.
Un des traits de génie deschampsiens est en effet de savoir distinguer le chef-d’œuvre derrière la banalité, et de redonner une dignité à un humble accessoire rendu inutile par l’avancée du progrès.
Rappelons que Martial Deschamps est à l’origine du mouvement « Soupière – Sous-tasse » qui a si profondément marqué les années 1950.
Malheureusement, le cartel qui accompagnait le présent objet lors de l’exposition Martial Deschamps : ce dont on ne peut parler, il faut le faire à la galerie Verrat-Dodo du 31 octobre 1933 au 15 janvier 1934, a disparu lors du décrochage des œuvres. Il est donc aujourd’hui impossible de déterminer avec précision les intentions initiales de l’artiste, malgré une fouille assez complète de la décharge municipale de Moinville-la-Jeulin, où avaient été stockés les invendus de l’exposition.
Les spécialistes de Deschamps en sont réduits aux hypothèses, la plus vraisemblable étant que Martial Deschamps aurait imaginé pour le modeste « saute-ruisseau » une haute destinée de « pince-nez », voué à parer les mauvaises odeurs de l’urinoir (Fontaine) de son petit cousin Marcel.
Après diverses péripéties, l’œuvre, un moment en possession du célèbre collectionneur rochefortais Ferdinand Pinot, a été acquise par le musée d’Illiers-Combray grâce au soutien du FRACAS de la région Centre.
Bibliographie :
Jean Sombre : Martial Deschamps : des Bas Bourgs à Beaubourg, itinéraire d’une beauceron, Éditions du Blé dur, Chartres, 1995.
Félicie Londres : L’art contemporain a-t-il une odeur ? : controverse autour d’un pince-nez, Éditions de la flèche irréprochable, Chartres, 1957.

Anonyme, 1860-1880
Boston – Medecine show and Charlatanism Museum.
Pince en laiton munie d’une cordelette gris foncé de 50 cm de longueur.
Cette pince inventée par un charlatan ambulant de l’est des Etats-Unis fut vendue durant une vingtaine d’année à la fin du dix-neuvième siècle comme étant la réplique exacte de la pince qu’utilisait Cléopâtre VII pour s’allonger le nez. Vendu sous la dénomination : « Cleopatra’s clip », cet objet fit un tabac auprès des épouses des nouveaux riches des villes de la côte est, jusqu’à ce que le docteur Shaw lance sa campagne en 1879 pour prévenir des risques d’une telle pratique. Ayant ausculté une jeune femme se plaignant de douleurs nasales et qui, deux ans durant, avait utilisé cet allongeur de nez deux heures par jour, il prit la résolution de lancer une campagne de prévention nationale et d’avertir les forces de l’ordre pour arrêter le charlatan vendeur du rêve esthétique. L’escroc ne fut jamais découvert mais l’usage de l’objet déclina rapidement puis disparut complètement au bout de quelques mois. Les indications du vendeur étaient, selon les dires d’une des victimes : de fixer solidement un crochet au mur, d’y passer l’extrémité de la cordelette ; une fois posée la pince Cléopâtre sur le nez à allonger, il suffisait de se pencher en arrière d’un angle d’à peu près 30 degrés par rapport à la verticale et cela une demi-heure le matin et une demi-heure le soir ; les résultats étant prétendument visibles au bout du premier mois.
Bibliographie :
H.P. Noze & H. Blair, [Cat.exp.] Nineteen century’s charlatanism objects of Boston’s museum, Boston, 1975, n° 51, pp.32-33.

Batisto Bellosio, arrière-petit-fils d’Anselmo Bellosio
Première moitié du XXe siècle.
Mirecourt. Musée de la Lutherie..
Pince en fer dorée au bronze râpé par endroits, avec un mécanisme cranté permettant de resserrer progressivement les deux tiges. Coussinets en mousse à chaque extrémité, avec des aspérités permettant de retenir les pièces. Cordelette assortie.
Cette pince datant vraisemblablement du début du XXe siècle aurait été la création de Batisto Bellosio, travaillant sur les traces de son ancêtre. Plus précisément tourné vers les saxophones et les clarinettes, à la différence de son aïeul, il aurait imaginé cet instrument pour créer des tampons d’une infinie précision.
La mousse, entortillée et roulée en boule, ou par la suite pressée, était disposée entre les deux tiges. Progressivement, celles-ci se resserraient à l’aide des crans, de manière à former définitivement une masse compacte, qui était découpée par la suite à la circonférence adéquate.
Une telle manipulation révèle, s’il en était besoin, le soin et la minutie apportés à l’époque aux accessoires pour instruments à vent : écouvillons, tampons… La cordelette permettait par ailleurs de pendre plusieurs pinces en même temps.

XIXe siècle
Collection particulière, Lons-le-Saunier.
Ustensile de cuisine, étain et bois, avec cordon tressé en laine (longueur variable), env. 9 x 24 cm.
La Montbéliarde a été créée au milieu du XIXe siècle dans l’est de la France avec l’essor de la fabrication et de la commercialisation des célèbres saucisses dites « de Montbéliard » ou « Morteau ». Toutes deux constituées de chair de porc assaisonnée puis enfilée dans un boyau du même animal, ces saucisses sont fumées avant d’être cuites à l’eau puis dégustées chaudes ou froides dans des plats plus ou moins élaborés. Si la « Morteau », plus courte et grosse, est servie tranchée, la « Montbéliard », plus longue et fine, est plus maigre et moins fumée, et se présente entière.
Ce sont ces détails qui ont amené les fabricants du Haut Doubs à se munir d’un outil efficace pour manipuler les saucisses : une pince réglable en métal athermique permet de saisir le produit quelle que soit sa taille et de l’y maintenir grâce à des crans dans la tige ; les embouts en bois légèrement bombés retiennent la saucisse sans la percer ni altérer son goût ; le cordon relié à la pince par un anneau sert à la pendre pour la fumer puis la placer dans l’eau bouillante de la cuisson avant de l’en sortir en toute sécurité. À aucun moment, le produit gastronomique n’est ainsi touché par ses fabricants, qui peuvent, le temps du fumage ou de la cuisson, tourner en toute quiétude les pages d’un livre sans crainte de les graisser.
Il est à noter que les principales concurrentes des « Montbéliard » ou « Morteau », les saucisses dites « de Toulouse », « Rosette de Lyon » ou « Mortadelle », ne bénéficient d’aucun ustensile permettant à leurs fabricants de les manipuler sans se graisser les doigts.
Bibliographie :
Dominique Autié, D’un salon foireux, Courts manuels portatifs de survie en milieux hostiles – 27, lundi 19 mars 2007 : Samedi et dimanche derniers, se tenait à Toulouse le salon du livre ancien. Depuis quatre ou cinq ans, les organisateurs louent la superbe salle des Pèlerins de l'Hôtel-Dieu et ses annexes. […] Au milieu d'une des deux allées, cinq ou six libraires avaient dressé la table et finissaient de saucissonner. […] Jusqu'à penser qu'effectivement de tels tenanciers guettaient le pigeon, il n'y avait qu'un pas : aucune envie d'entrevoir le livre enviable ou envié et de devoir glisser dans une main un billet gras mouillé sentant encore la rosette et la mortadelle.

Anonyme
Première moitié du XXe siècle.
Paris. Bibliothèque de l’Université Panthéon-Assas..
Pince en fer dorée au bronze râpé par endroits, avec un mécanisme cranté permettant de resserrer progressivement les deux tiges. Coussinets en mousse à chaque extrémité, avec des aspérités permettant de retenir les pièces de tissu. Cordelette assortie.
Cette pince aurait été fabriquée au début du XXe siècle. Sa création reste anonyme, et l’on peut le comprendre aisément si l’on en juge par son utilité.
Au début du XXe siècle, les huissiers de Justice devant être à même de répondre à de multiples requêtes aux fins de constat d’adultère, et ne pouvant, malgré leur autorisation de pénétrer dans les parties communes, traiter toutes les affaires, ont eu recours à un autre moyen par le biais de cette pince.
Il s’agissait dès lors, pour une personne soupçonnant sa moitié de liaison adultérine, d’attacher durant la nuit la pince à la chemise de nuit de l’autre – homme ou femme – et de relier la cordelette à son propre pied.
Ainsi, si une quelconque initiative de quitter le lit se produisait durant la nuit, la personne s’en trouvait de suite réveillée et par là-même vigilante. Le travail de l’huissier de Justice se trouvait de la sorte facilité, pouvant organiser ensuite sur un vrai fondement une visite matinale de constat d’adultère.
Il semblerait que, cette pratique étant devenue désuète, l’utilisation de cette pince le soit devenue aussi.
Salon du livre de Paris 2007
L'an dernier à la même époque, j'avais brièvement commenté les chiffres publiés dans Livres Hebdo par le Syndicat national de l'édition, à l'occasion du salon du livre de Paris. Ils y sont, chaque année, assortis d'une analyse sur les grandes tendances de l'exercice écoulé.
L'augmentation de la production de nouveautés et de nouvelles éditions n'avait été que de 2,4 % en 2005 par rapport à 2004, pour une baisse – symbolique, mais négligeable en soi, de 0,5 % – du chiffre d'affaires global. Symbolique, car c'était la première fois depuis 1997 que ce chiffre d'affaires était en recul. Ce qui permettait à Livres Hebdo de titrer son dossier : Le marché du livre en 2005 : À oublier !
J'ai donc reçu samedi matin le nouveau millésime [1], titré de façon moins désinvolte : 2006 : Une année qui fait mal. Est-ce à dire que, cette fois, il n'est plus question d'oublier la leçon ? Il aura fallu, en effet, produire 8 % de nouveautés et de nouvelles éditions [2] de plus qu'en 2005 (57 728 contre 53 462) pour aboutir à une récession de 1,5 % du chiffre d'affaires. La pire année, à cet égard, depuis 1991, reconnaît l'organe de la profession. En dix ans, le nombre annuel des nouveautés aura plus que doublé [3] pour maintenir artificiellement un résultat en équilibre apparent. Illusoire même, sans doute.
L'analyse détaillée, genre par genre, spécialité par spécialité, des hausses et des baisses de production comme de chiffre d'affaires n'apprend rien d'essentiel. Le nombre des nouveautés produites dans le domaine des livres de sport est passé de 652 en 2005 à 998 en 2006, soit une augmentation de 53 %. So what ? [Commentaire : secteur dopé par la coupe du monde de football. Un peu court, sans doute.]
Je ne voudrais pas donner un seul instant le sentiment d'un quelconque triomphalisme de mauvais aloi, même si l'analyse constante que je propose à mes étudiants semble malheureusement trouver un sinistre début de validation (des courbes comme celles-là ne s'infléchissent pas, elles se cassent…). D'autant qu'en 2006 nous aurons, ici, contribué à ces mauvais résultats pour trois nouveautés vraies prises en compte dans les statistiques du syndicat. Je me contenterait d'apporter deux éclairages, parmi d'autres possibles, aux réflexions que l'avenir du marché du livre ne devrait pas manquer d'inspirer à tout lecteur conséquent.
Tout d'abord, une enquête dont les résultats sont publiés dans ce même numéro de Livres Hebdo. Elle a été menée conjointement par le Syndicat national de l'édition, le Syndicat de la librairie française (SLF) et le ministère de la Culture. Elle porte sur l'économie des librairies indépendantes [4]. Il serait trop long de la résumer rigoureusement. Sans doute y renviendrai-je, tant elle me paraît lourde d'enseignements. Je n'en tire aujourd'hui que cette seule donnée : la rentabilité moyenne de la librairie indépendante est de 1,4 % – elle culmine à 2 % pour les entreprises qui réalisent un chiffre d'affaires annuel supérieur à un million d'euros, elle n'est que de 0,6 % pour les petites librairies situées sous la barre des 300 000 euros. Allez faire part de ces chiffres au propriétaire du magasin de prêt-à-porter tendance ou à celui de la décongellerie de pâte à croissant et de baguettes de synthèse qui sévissent en bas de chez vous… [Avec un peu de chance, quelques éléments de comparaison se trouvent sur Internet : afficher ses profits n'est pas dans l'esprit français.] Comment mieux dire qu'à travers ces chiffres jusqu'à quelle limite extrême les acteurs de la grande distribution, qui sévissent dans ce secteur comme presque partout ailleurs, ont tiré sur la corde : à la prochaine tension, au prochain tour de vis, elle rompt.
D'autre part, un petit zapping arrière qui s'est imposé à moi et qui m'a fait retrouver, dans nos archives, quelques numéros de notre revue professionnelle datant de l'automne 2001, soit dans les semaines qui ont suivi les attentats du 11-Septembre. Je savais ce que j'y allais chercher, et l'y ai trouvé.
Livres Hebdo a en effet rendu compte, sans tarder, des effets des attentats sur le marché du livre aux États-Unis [5]. Sur le strict plan des chiffres, nul doute que l'activité économique a accusé le coup dans ce secteur comme dans la plupart des autres. Il est fait clairement état d'un brutal (mais éphémère) discrédit dont fut frappé l'ensemble des médias audiovisuels. D'où la ruée des américains vers des livres soudain nécessaires, et vers ces éditeurs [des presses universitaires, en particulier, pour des ouvrages de géopolitique] dont ils n'avaient souvent jamais lu aucun titre [6]. Il est clairement mentionné que ce ne fut pas la seule impossibilité, pour les éditeurs et les médias, de maintenir les campagnes de promotion programmées par les éditeurs de best-sellers qui incita le public à s'éloigner, un temps, des livres qu'on avait prévu de lui faire lire.
Que nous indiquent encore les New-Yorkais, à l'automne 2001 ?
Plus subtil, ce recours au lieu lui-même, le lieu des livres : C'est l'un des paradoxes de l'après-11 septembre ; une chute des ventes de 25 % cette semaine-là sur l'ensemble des librairies américaines, mais une fréquentation en moindre déclin, rayonnages des mégastores Darton et coins café des Barnes & Noble grouillant soudain de milliers de lecteurs venus rejoindre la foule et feuilleter un livre [7]. Il est toutefois assez difficile de démêler, dans le propos de François Cusset – qui signe, depuis New York, ce long article à peine plus de deux semaine après les événements –, ce qui, sur le mouvement qu'il décrit, relève de l'impressionnisme et ce qui s'appuie sur des données objectives encore éparses. Mais le gérant de la librairie St Mark's Bookshop dans l'East Village lui confie comme une petite chose vue, bien précieuse : Avec les ponts et les tunnels fermés, on a dû fonctionner plusieurs jours encore sans livraisons ni diffuseurs. Pourtant, si les gens étaient d'abord trop choqués pour envisager d'acheter des livres, beaucoup avaient peur de rester chez eux : la librairie de quartier, dans ce cas-là, est un bon endroit où aller.
La messe est dite, il me semble : sans doute faut-il poser avec plus de fermeté la question de la fonction et de l'usage de ce lieu qu'est la librairie, à jamais non soluble dans les mètres linéaires d'un rayon dédié d'hyper ou de mégastore – celui-ci fît-il l'affaire en cas de crise, comme semble l'indiquer François Cusset. Certes, on comprend que les libraires tentent d'améliorer les conditions qui leur sont faites par des éditeurs happés par cette fuite en avant que stigmatisent, cette année plus encore que la précédente, les résultats économiques du secteur. Tout en sachant qu'ils seront, à très court terme désormais, les premières victimes, désignées, de l'inexorable asphyxie. Ne convient-il pas, dans le même temps, de préparer les librairies de demain ? Des lieux où l'on viendra feuilleter et acquérir des livres différents de ceux qu'on placera dans son caddie, le samedi, entre les couches-culottes du petit et les ravioli en boîte.
Des livres qui ne seront pas produits par les mêmes éditeurs, ni diffusés, ni distribués par les mêmes entreprises :
– dans la grande distribution, des ouvrages édités d'emblée en cinq ou dix langues par des éditeurs européens (l'édition française a devant elle ce marché international qu'elle a pratiquement laissé en friche ces quinze dernières années, en comparaison d'autres pays d'Europe) – des livres d'excellente qualité éditoriale et technique, nous sommes placés mieux que quiconque, ici à InTexte, pour en témoigner puisque nous réalisons, depuis plus de sept ans désormais, plusieurs dizaines de ces ouvrages chaque année pour nos clients allemands, anglais, italiens, espagnols…
– et, dans ces lieux qu'on ne saurait déserter sans nous déserter nous-mêmes, dans des librairies entièrement reconfigurées avec la participation – pourquoi pas ? – d'éditeurs engagés sur l'autre versant du livre (et je n'ai écrit ni pensé que celui-ci prévaut sur celui-là, j'ai seulement la conviction que l'un et l'autre n'ont pratiquement pas de caractéristiques économiques communes), des livres qui paraîtront nécessaires à de petits groupes de lecteurs, parfaitement repérables et repérés la plupart du temps ; comme à des lecteurs isolés, eux-mêmes non solubles dans un quelconque panel – des jeunes, parfois de très jeunes gens, qui cherchent. Qui viennent jusque dans une librairie pour se chercher, se rencontrer eux-mêmes dans un livre.
Une telle partition imposerait de renoncer à bien des discours, à bien des convenances, à une certaine idée abstraite de la culture. La mise en œuvre, raisonnée ou orchestrée, d'un tel scénario rendrait d'emblée obsolète, du moins dans ses modalités actuelles, la loi Lang sur le prix unique du livre promulguée en 1981. Mais là, j'ai conscience de m'en prendre au tabou absolu. Je sais que cette seule notation ruinera, aux yeux de la plupart de mes interlocuteurs du secteur, toute pertinence éventuellement reconnue, jusqu'à cette ligne, à mon exposé.
Au point qu'on peut se demander si le premier obstacle qu'auront à surmonter les hommes de bonne volonté qui s'attèleront, tôt ou tard, à la tâche délicate d'assurer un avenir au commerce de la librairie de neuf n'est pas, encore une fois, le poids des mots, et de quelques idées mortes pour s'être laissé momifier encore vivantes.
[1] Le marché du livre 2007, supplément au n° 682 de Livres Hebdo du 23 mars 2007. Titrre singulièrement mal choisi, puisqu'il s'agit bien d'une analyse des résultats de l'année 2006.
[2] Livres du fonds, anciennement parus, mis à jour ou relookés, transférés dans une nouvelle collection porteuse, ou tout simplement passage au format de poche – avec attribution d'un nouveau numéro d'ISBN, c'est là le critère.
[3] En 1996, on avait décompté 27 224 nouveautés et nouvelles éditions, rappelle Livres Hebdo.
[4] Livres Hebdo n° 682 du 23 mars 2007, pp. 74-78.
[5] Principalement, Livres Hebdo n° 440 du 5 octobre 2001, pp. 4-7. Dès le numéro précédent, daté du 28 septembre 2001, il était fait état de consommateurs, outre-Atlantique, qui se sont rués chez leurs libraires.
[6] Livres Hebdo n° 440, p. 5.
[7] Ibid., p. 4.
[8] Ibid.
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Comme annoncé, le jeu-concours a pris fin, pour les options ethnographique et muséographique, ce vendredi 23 mars à 5 h 59, avec la mise en ligne d'une nouvelle chronique. Jusqu'à ce dimanche 25 mars 2007 minuit, les notices muséographiques seront prises en compte. Elles seront publiées vendredi 30 mars.
Cet objet est bien une pince à jupe du dix-neuvième siècle, appelée aussi saute-ruisseau [1]. Le cordonnet était tenu à la ceinture et pendait parmi les plis de la jupe ou de la robe. À l'approche d'une bordure de trottoir ou d'un escalier, il suffisait de tirer sur celui-ci pour relever le bas du vêtement, maintenu serré dans la pince.
C'est donc Nicolas Meynard qui, depuis le Québec où il séjourne, a donné la bonne réponse ethno-lexicographique. Nicolas est l'un de nos anciens étudiants en BTS édition. Il a trouvé, selon son vœu, à faire carrière à Montréal. D'ailleurs, m'écrit-il, on trouve d'autres images sur le web sous le nom anglais skirt lifter, notamment plusieurs exemplaires en vente sur eBay. Les mécanismes de fermetures sont parfois surprenants. Un site français montre effectivement un modèle différent de celui que je détiens :
Nicolas avait été mis sur la bonne piste, dans la journée, par Édouard Puginier, depuis Paris. Je rappelle qu'Édouard, de la même promotion que Nicolas, a réalisé l'environnement visuel de nos trois sites, dont ce blog. Il m'avait contacté dans l'après-midi de mercredi, par la petite boîte de dialogue iChat sur laquelle nous sommes tous connectés, ici, pour me livrer tout le raisonnement par lequel il concluait que l'objet servait à pincer un tissu, sans doute un vêtement.
Merci à toutes celles et ceux qui sont intervenus dans cette enquête. Ils recevront dans la journée de ce vendredi 23 mars – y compris le gagnant ! ainsi que les auteurs des notices reçues à ce jour –, un courrier électronique leur proposant le lot de consolation promis.
[1] Au fil de mes vérifications sur Internet, j'ai vu que l'on attribue parfois la dénomination de suivez-moi-jeune-homme à cet objet. Il s'agit, me semble-t-il, d'un abus coupable : le suivez-moi-jeune-homme désigne le ruban qui flottait jadis au chapeau des jeunes filles ; je propose qu'on en sauvegarde la subtile délicatesse lexicale, sans la plomber d'une extension vaguement égrillarde.
Cette page est partie intégrante de la chronique La bibliothèque est un jardin clos
parue dans la rubrique L'ordinaire et le propre des livres

À partir du douzième siècle, le culte de Sainte Ursule et des Onze mille Vierges joua un rôle important chez les religieuses de Cologne et des environs. La visionnaire Elisabeth de Schönau (ca. 1129-ll64) remplit un rôle important dans la propagation de cette dévotion. Elle écrivit un livre des révélations sur la sainte foule des vierges de Cologne. En 1156, on se bousculait dans un cimetière datant de l'antiquité, situé devant les murs de Cologne. Immédiatement les squelettes trouvés en quantité innombrable furent considérés comme des reliques des Onze mille Vierges. Par ses visions, Elisabeth tentait d'en savoir davantage sur les martyres et de prouver l'authenticité de ces reliques par une information surnaturelle et inébranlable. Un siècle plus tard, ce fut au tour de la mystique Elisabeth van Spalhbeck († ca. 1280) d'être associée au rassemblage de reliques. Le 9 juillet 1272, l'abbé Willem van Rijckel lui envoya le crâne de sainte Uda. L'abbé tenait d'ailleurs un inventaire des reliques provenant de Cologne où il était installé. Grâce à cela, il s'avère que l'on envoya à plusieurs reprises des crânes à Spalbeek.
La bienheureuse Elisabeth mourut à Herkenrode. Là sont actuellement conservés quarante-huit chefs reliquaires. Il n'est pas exclu que ces exemplaires appartiennent à ceux qui formaient la collection d'Elisabeth. Seule une recherche technologique peut donner une réponse définitive sur l'âge de ces objets. Nous pouvons provisoirement constater que l'habillage des chefs reliquaires provient de diverses périodes. De minuscules inscriptions gothiques indiquent le quinzième-seizième siècle, d'autres en capitales romaines datent du dix-septième-dix-huitième siècle. Cela ne dit naturellement rien à propos de l'âge de l'objet lui-même. Une parure usée était en effet habituellement remplacée par une nouvelle. Quoi qu'il en soit, cette collection est (pour l'instant ?) le dernier grand trésor de reliques dans le Limbourg. Dans les Pays-Bas méridionaux, d'autres trésors de reliques exceptionnels sont encore conservés : ainsi, entre autre, les fameux petits jardins clos (cat. 99, 114, 115, 166 et 175), dont celui du béguinage de Diest, daté de 1613, dans lequel cinq chefs reliquaires semblables sont également intégrés.
Les moniales et les béguines étaient essentiellement impliquées dans l'habillage des reliques. Puisque l'art de coudre et de broder n'était pas l'apanage du clergé masculin, ces derniers confiaient la décoration textile des restes des saintes aux religieuses. Les vingt-sept reliques crâniennes sélectionnées sont pratiquement toutes habillées et décorées selon le même procédé.
La tête est toujours complètement emballée, si ce n'est une partie du front laissée en réserve afin de rendre la relique littéralement touchable. Sur l'occiput, un morceau d'étoffe peint en rouge, référence au sang des martyrs, a généralement été déposé. La mentonnière qui recouvre une grande partie du visage, forme la base de l'identification et présente les principales différences quant au choix du tissu de la décoration et de la finition. Un certain nombre d'éléments décoratifs se retrouve sur presque toutes les reliques crâniennes, comme les petites figures de cuivre doré et frappé représentant une sorte de tête de lion ou de monstre et datant probablement du treizième-quatorzième siècle. Le dessous de la plupart des têtes reliquaires est renforcé par un morceau de parchemin ovale qui a été découpé dans un manuscrit, un psautier de la région mosane. Sur toutes les têtes sont cousues des petites perles de verre bleues. Onze chefs reliquaires sont parés d'une couronne de fleurs faites de fils de métal, de soie et de rinceaux multicolores. Il est frappant que toutes les petites couronnes comptent précisément six fleurs. Les inscriptions annexes sont probablement sorties de leur contexte mais sont mentionnées dans cette notice afin d'être exhaustif.
Des recherches ultérieures sont prévues par Christina Ceulemans et Vera Vereecken, de l'Institut royal du patrimoine artistique de Bruxelles. Un rapport provisoire sera publié dans les Annales du Troisième congrès international pour le textile ancien, et plus particulièrement pour le textile médiéval dans la région du Rhin et de la Meuse (12-15 mai 1992, Aix-la-Chapelle).
(Nous remercions de tout cœur Sœur Zita des Chanoinesses régulières du Saint Sépulcre, Herkenrode, qui nous a permis de prendre connaissance de ces reliques en 1991.)
A. (inv. n° 1), diamètre 12,5 cm, hauteur 14 cm.
Fragment crânien emballé. La mentonnière consiste en une bande de velours avec un motif floral stylisé brodé de fil de métal, datant prollahlement du 15°-16° siècle. Inscription sur papier : 'de S. Ledegario-ep. et mart'.
B. (inv. n° 2), diamètre 17,5 cm, hauteur 13,5 cm.
Crâne complet, mentonnière en satin avec des bandes surcousues en fil d'argent et portant le monogramme IHS en tissu rouge. Sur la tête une couronne de fleurs avec du fil en métal, de la soie multicolore et des rinceaux en métal, qui était portée par les religieuses lors de la prise de voile, de la célébration d'un jubilé et sur leur lit de mort. Inscription sur papier : 'de S(an)cto pancration'.
C. (inv. n° 3), diamètre 10 cm, hauteur 13 cm.
Fragment de crâne, mentonnière en satin avec le monogramme A(N)NA brodé avec du fil d'or sur un fond de velours jaune. Inscription sur papier : 'de S. Gregorio. papa'.
D. (inv. n} 4) diamètre 11 cm, hauteur 13 cm.
Fragment crânien, mentonnière en taffetas avec du fil de métal tiré et enroulé selon un modèle géométrique. Monogramme IHS brodé. Inscription sur papier : 'de S. Gregorio mart'.
E. (inv. n° 5), diamètre 11 cm, hauteur 15 cm.
Fragments crâniens, mentonnière en soie avec du tissu velouté en dessous, broderie en fil de métal : 'M(ARI)A'. Petite couronne de fleurs en fil de métal avec passementerie. Inscription sur papier : 'de S. Pancratio mart.'
F. (inv. n° 6), diamètre 10 cm, hauteur 13 cm.
Fragments de crâne avec mentonnière en soie et en dessous du taffetas. Monogramme de Marie brodé.
G. (inv. n° 7), diamètre 11 cm, hauteur 16 cm.
Fragment de crâne, mentonnière en soie avec tissu velouté sur lequel se trouve le monogramme IHS en soie jaune. Bord en fausse fourrure. Inscription sur papier : 'de Costa S(anc)ti'.
H. (inv. n° 8), diamètre 10,5 cm, hauteur 13,5 cm.
Fragments de crâne avec le monogramme AN(N)A en soie jaune, fleurs en fil d'argent fixées sur le front. Inscription sur papier : 'de SS. Sergio. et Baccho'.
I. (inv. n° 9), diamètre 11,5 cm, hauteur 14,5 cm.
Fragment de crâne, emballé dans une mentonnière en soie et pourvu du monogramme de AN(N)A en soie rouge. Inscription sur papier: 'de S. Zacharia. papa'.
J. (inv. n° 10), diamètre 10,5 cm, hauteur 17,5 cm.
Fragments de crâne, emballés dans une mentonnière en soie et pourvus d'un habillage de satin avec des bandes surcousues en fil d'argent. Monogramme de M(ARI)A en velours rouge. Petite couronne de fleurs en passementerie.
K. (inv. n° 11), diamètre 10,5 em, hauteur 18 cm.
Fragment de crâne, emballé dans une mentonnière en soie avec un tissu, monogramme IHS. Couronne de fleur avec perles et passementerie.
L. (inv. n° 12), diamètre 11 cm, hauteur 17,5 cm.
Fragments de crâne, double bord en fil de métal argenté, restes de motifs de verdures et de feuilles garnis d'or véritable. Tissu gothique tardif. Couronne de fleurs en fil de métal avec des rinceaux.
M. (inv. n" 13), diamètre 17 cm, hauteur 14,5 cm.
Crâne complet, habillage en soie et en damas avec le monogramme IHS.
N. (inv. n° 14), diamètre 10,5 cm, hauteur 14,5 cm.
Fragments crâniens, soie et satin avec bandes surcousues en fil d'argent sur lesquels est apposé le monogramme IHS en métal doré.
O. (inv. n° 15), diamètre 11 cm, hauteur 14,5 cm.
Fragments crâniens, soie et tissu avec le monogramme AN(N)A sur du velours vert.
P. (inv. n° 16), diamètre 11 cm, hauteur 15 cm.
Fragments de crâne, mentonnière avec des motifs de verdure et de feuilles, comprenant une sorte de galette, fixé par endroits sur du velours noir, alternant avec des bandes surcousues en fil de métal. Tissu gothique tardif. Couronne de fleurs en fil de métal avec des rinceaux.
Q. (inv. n° 17), diamètre 10 cm, hauteur 15,5 cm.
Fragments de crâne, mentonnière en satin et soie avec le monogramme de M(ARI)A en velours jaune. Inscription sur papier : 'de S(an)cto Chr(isto)foro'.
R.(inv.n° 18), diamètre 9 cm, hauteur 11 cm.
Fragment de crâne avec satin du 18°
siècle, entouré d'un motif floral. À l'avant un tissu côtelé dont une partie des fils est en soie, pourvu de lettres brodées en gothique tardif.
S. (inv. n° 20), diamètre 10 cm, hauteur 13,5 cm.
Fragment de crâne avec une mentonnière en tissu bleu gothique tardif sur lequel sont cousues des perles bleues formant les lettres 'P' et 'A'. Au milieu du ruban une fleur brodée. Au-dessus, un ruban de tissu du 18° siècle avec un motif floral.
T. (inv. n° 22), diamètre 15 cm, hauteur 14,5 cm.
Crâne complet avec une mentonnière en tissu gothique tardif sur lequel les lettres 'G' et 'P' ont été brodées.
U. (inv. n0 24), diamètre 16 cm, hauteur 12,5 cm.
Crâne complet, revêtu de satin et de damas rouge, monogramme AN(N)A sur l'avant. Ruban frontal en fil d'argent.
V. (inv. n° 26), diamètre 17 cm, hauteur 14,5 cm.
Crâne complet, emballé dans du tissu gothique tardif aver les lettres 'E' et 'P' brodées autour d'un motif floral central.
W. (inv. n° 27), diamètre 13 cm, hauteur 14 cm.
Crâne complet, mentonnière eu tissus velouté rouge avec des motifs de fil de métal stylisés, probablement du 15°-16° siècle ; des bandes de tissu décorent l'arrière de la tête.
X. (inv. n° 36), diamètre 10 cm, hauteur 13,5 cm.
Fragment de crâne aver une mentonnière sur laquelle sont brodées en minuscules gothiques blanches du 15°-ló° siècle les lettres 'VM KAT' formant probablement 'Virgo Martyr Katarina'.
Y. (inv. n° 38), diamètre 11 cm, hauteur 14,5 cm.
Fragment de crâne, entouré de soie et en dessous de tissu velouté, monogramme de M(ARI)A eu soie jaune sur du velours rouge. Bordure en imitation de fourrure et petite couronne de fleurs avec passementerie et rinceaux.
Z. (inv. n° 40), diamètre 11 cm, hauteur 17,5 cm.
Fragment de crâne, entouré avec une bande de velours rouge avec un motif floral brodé et stylisé de fil de métal datant du 15° ou 16° siècle.
Z'. (inv. n° 43), diamètre 13 cm, hauteur 16,5 cm.
Fragment de crâne avec une mentonnière en velours vert et un motif floral en fil de métal brodé datant du 15° ou 16° siècle.
BIBLIOGRAPHIE : Die Visionen der hl. Elisabeth und die Srhriften dee Abte Ekbert und Emecho von Schönau, éd. F. Roth, Wenen-Wurzburg, 1886 ; P. George, De reiiekenschat van de Benedictijnerabdij van St. Truiden. Historische benadeeing. Nieuwe documenten, in [Cat. exp.] Stof uit de kist. De middeleeuwse textielschat uit de abdij van St. Tcuideu, Sint-Truiden, 1991, pp. 11-37.

Ce buste forme un ensemble avec le panneau reliquaire de l’église du béguinage à Louvain (cat. 130). Des bustes semblables sont connus depuis le dixième siècle et s’ils étaient originellement fabriqués en métal noble sur un noyau en bois, plus tard, ils le furent également en bois polychromé. Ce type persista au cours des siècles et cet exemple du dix-septième en est un des derniers représentants bien que réalisé en des matériaux succédanés. L’emploi visible d’un véritable crâne est typiquement baroque et donne à l’ensemble un aspect quelque peu lugubre.
Au centre du crâne, le monogramme du Christ, une croix et un cœur en passementerie d’or sur du velours. Sur la tête une petite couronne de fiancée ou de prononciation des vœux, des cheveux en étoffe et en fil d’or et voile de fiancée. Sur le buste lui-même, du velours et des fleurs en fil d’or. Le crâne appartenait sans doute aussi à une béguine qui est morte en odeur de sainteté.
BIBLIOGRAPHIE : P.V. Maes & J. Vandegaer, [Cat. exp.] Schatten der armen. Het artistiek en historisch bezit van het OCMW Leuven, Leuven, 1988, n° 255, p. 317-318.
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[1] Illustrations et notices reproduites de l'ouvrage :![]()
Le Jardin clos de l'âme – L'imaginaire des religieuses dans les Pays-Bas du Sud,
depuis le treizième siècle,![]()
sous la direction de Paul Vandenbroeck, avec des contributions de Luce Irigaray, Julia Kristeva, Birgit Pelzer et al., catalogue de l'exposition organisée par la Société des expositions, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 25 février - 22 mai 1994, éditions Martial et Snoeck, pp. 244-245.![]()
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L'ordinaire et le propre des livres – Petite philocalie
Monsieur, – Une bibliothèque privée est l’ultime territoire matériel et spirituel de l’âme : l’Ultima Thulé [1] – je vous offre cette définition, dont je ne sais que trop combien elle contredit toutes celles qui vous auront été inculquées jusqu’alors : mais elle prévaut ici, parce que c’est moi qui ai rassemblé ces volumes, parce que moi seul pressens la raison, en partie mystérieuse, qui rend nécessaire leur présence conjointe à portée de ma lecture.
Si une telle perspective rebute le penser-sympa de l’époque, veuillez admettre que cette définition prévaut aussi parce que j’en décide, de plein droit.
Traverse cette bibliothèque qui a besoin de la traverser (la configuration des lieux l’impose). N’y séjourne que celle ou celui que j’y convie. C’est un lieu clos. Tout partage ne peut s’y produire que selon un principe d’étanchéité absolue à l’égard des manières détestables du temps. La matérialité de ces ouvrages – et, par voie de conséquence, leur contenu – ne retrouveront lien avec le patrimoine commun que le jour où d’autres que moi auront éventuellement loisir d’en décider. Jusque-là, ces livres et ce qu’ils contiennent me sont consubstantiels.
Il est, j'en conviens, détestable de s'auto-citer. Mais, ayant dû écrire ces lignes voilà peu de jours, pourquoi m'en imposerais-je la paraphrase ? D'autant qu'il y a mieux à faire : écrivant que la bibliothèque est un lieu clos, j'éprouvai quelque réticence – mais, à ce moment-là, le propos n'avait d'autre perspective que circonstancielle. Je m'acquittais du redoutable pensum qu'impose la rédaction d'un sous-titrage Antiope (les cinéphiles savent ce que vaut l'exercice, la plupart du temps).
C'est à l'aube, le lendemain, que les images de jardins clos – et d'abord l'expression elle-même – s'imposèrent, présentes comme si le temps de mon sommeil avait été nécessaire pour traiter la formulation lacunaire, ou lestée de trop de scories (et combien abstraite !), et restituer dans ses couleurs et sa surabondance le confinement de la clôture.
On nomme jardin clos des compositions mobilières – entre vitrine, reliquaire et maison de poupée – qu'aux quinzième et seizième siècles principalement fabriquaient les moniales des couvents et béguinages des Pays-Bas méridionaux [2]. Fleurs séchées, pacotilles, matières diverses et tissus à valeur de reliques, figurines et décors évoquaient le plus souvent le Paradis : depuis le Cantique des cantiques, l'union amoureuse de l'âme et de l'Aimé se réalise dans le jardin d'amour [3], celui où se déroule la chasse à la licorne, allégorie de l'Incarnation, rappelle Paul Vandenbroeck.
Julia Kristeva, dans le texte subtil et fort – « Le bonheur des béguines » – qu'elle a donné, pour le catalogue de l'exposition de Bruxelles [4], note que la plupart des tableaux exposés sont des œuvres anonymes réalisées non par les béguines elles-mêmes, mais probablement sur leur commande et selon leurs instructions. Seuls les reliquaires et les « installations » dites jardins secrets semblent de leurs mains.
Cet art singulier ne laisse d'évoquer, par anticipation, les « boîtes surréalistes » du sculpteur Joseph Cornell et, plus près d'ici dans l'espace et le temps, du Montalbanais Paul Duchein. À certaine liberté près, toutefois, que ne prirent pas nos faiseurs d'art contemporains [5], comme en témoignent crânes et bustes reliquaires qui, produits dès le douzième siècle dans ce même cadre des béguinages du Nord, semblent conforter la thèse d'Eugenio d'Ors, qui veut que le baroque soit un système surtemporaire, non borné dans l'espace et le temps entre le bûcher de Giordano et la mort de Bach : la boîte crânienne d'une voisine de cellule morte en odeur de sainteté est l'ultime jardin de l'âme, on ne peut mieux clos.
Julia Kristeva médite, avec toute l'acuité d'une femme interrogeant les signes laissés par d'autres femmes, sur la relation de la clôture et du secret, sur les mélancolies féminines que transposent, dans l'agencement insolite de ces tabernacles vitrés, pétales et corolles de fleurs séchées ou recréées par le tissage. Pourtant, conclut-elle, lorsque le reliquaire accumule les flacons et les étuis, lorsque le jardin secret bourgeonne de fleurs réservées ou écloses, le secret commence à se transmettre : il avoue, presque, sa doublure sexuelle, l'image d'un corps qui s'exhibe ou, au contraire, se punit pour enfin mériter le jardin, l'Éden.
Le jardin clos, contre toute apparence, se soustrait de lui-même au règne de la quantité : ce que j'évoque peut prendre naissance à notre insu dès lors qu'un livre rejoint le tout premier acquis dans l'intention plus ou moins discernée d'ouvrir une piste, une voie d'exploration au seul usage de l'âme, qui l'exige. Dès lors, se tisse un lien ténu et secret entre les pages de volumes que nul ne songerait à rapprocher ; d'autres viennent bientôt à manquer, qu'il faut convoquer toutes affaires cessantes. Et le secret tend à se fermer sur lui-même, non pour satisfaire quelque stratégie d'investisseur qui dissimule ses coups ; mais, parce que l'âme tisserande sait seule disposer la chaîne et la trame de ce qu'elle tisse, quelque concentration lui sera nécessaire.
[1] Cherchant, par principe, quelque lien susceptible d'éclairer le visiteur sur cette Thulé – terre bien réelle des missions de Jean Malaurie et territoire mental, sorte d'équivalent glaciaire du désert intérieur –, je découvre que quelques fous furieux se sont, au fil des âges, emparés de ce mythe-là aussi pour, de l'or, faire leur boue et touiller quelque pensée fécale. La prévarication, en la circonstance, ne saurait être tenue pour anecdotique puisque, si je m'attarde contre mon gré sur l'une ou l'autre des innombrables pages consacrées à ce mésusage du mythe, la seule constante qui émerge du cloaque est la mainmise – on n'ose dire intellectuelle – de ladite secte sur les principaux dignitaires du national-socialisme, dont le fürher lui-même. Que Jean Malaurie ait intitulé Ultima Thulé l'un de ses plus récents ouvrages, consacré à l'histoire de l'exploration polaire (Le Chêne, 2000), dispensera du moindre soupçon sur mon recours à Thulé jusqu'aux plus sourcilleux de nos délateurs.
[2] Le Jardin clos de l'âme – L'imaginaire des religieuses dans les Pays-Bas du Sud, depuis le treizième siècle, sous la direction de Paul Vandenbroeck, avec des contributions de Luce Irigaray, Juila Kristeva, Birgit Pelzer et al., catalogue de l'exposition organisée par la Société des expositions, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 25 février - 22 mai 1994, éditions Martial et Snoeck.
[3] Le mot même de paradis, indique Paul Vandenbroeck, provient d'une racine de l'ancien persan qui signifie jardin clos, magnifique.
[4] Op. cit., pp. 167 sq.
[5] Que je suis bien imprudent de pourfendre, m'étant moi-même complu dans l'arbitraire de cet exercice, il y a une vingtaine d'années [deux pièces à conviction : cliquez ici].
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Jésus apparaissant à une moniale.
Socle – réalisé selon le principe du jardin clos – de l'une des deux tours reliquaires du Reliquaire de la Sainte-Croix, ca. 1650, Waasmunster, Museum van de Abdij van Roosenberg, notice n° 119 dans le catalogue de l'exposition Le Jardin clos de l'âme (op. cit.).
Le trésor de l'Imprimerie nationale : MAINTENANT OU JAMAIS !
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…………Cliquez ici.Le collectif Garamonpatrimoine a écrit à François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, pour évoquer l'absence de projet et de toute perspective pour le patrimoine typographique et les savoir-faire rares de l’Imprimerie nationale, depuis le démantèlement de l’établissement et la vente du site historique parisien.
• Lire Chronique d'un désastre, sur ce site. Sylvie Astorg et Dominique Autié, à titre personnel, InTexte au titre des entreprises
et institutions signataires de l'appel, ont apporté leur soutien dès 2005 au collectif Garamonpatrimoine.
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Essai de marketing blogosphérique :

Nul n'attendait l'auteur de ce blog sur le registre périlleux du ludique ?
Tant mieux ! Je n'y ai d'ailleurs aucun mérite, ayant été précédé sur la Toile, avec finesse et talent, par au moins l'un des auteurs dont le site figure dans mes liens connivents. Tenter de restaurer un jeu non dénaturé par le festif peut compter, dans un moment de folie, parmi les grandes utopies qui valent : dans l'un de ses livres lumineux, Roger Caillois rappelle comment la devinette est à l'origine de la métaphore [1].
L'objet que voici figure parmi le petit peuple de ceux auxquels je tiens. Je ne saurais jurer de qui je le tiens – fort probablement, d'un membre de ma famille. Parce qu'il m'est arrivé de le montrer, de le faire prendre en main à des hôtes de passage ou à des proches, parce que leur déroute amusée et les manipulations qu'ils ont improvisées devant moi pour forcer son secret m'ont toujours réjoui, il ne m'a pas paru indigne des quelques instants que certains d'entre vous auront peut-être l'envie et le goût de lui consacrer.
Je les en remercie dès à présent.
[1] Roger Caillois, Art poétique, (« Préface aux Poésies » – « L'Énigme et l'Image »), Gallimard, 1958, pp. 127 sq.
Tous les visiteurs du blog, réguliers ou occasionnels, sont admis à concourir. Ils peuvent le faire dans une ou plusieurs des trois catégories suivantes :
• Option ethnographique : Décrire en quelques mots la fonction de cet objet, sans obligation de donner sa dénomination précise.
• Option lexicographique : Fournir l'une des dénominations de cet objet. Le jury se réserve la possibilité d'exiger les sources, en cas de litige.
• Option muséographique : Indépendamment de son usage et de sa dénomination précise – en attribuant une origine et une fonction imaginaires, éventuellement fantaisistes à l'objet –, en proposer une notice descriptive répondant aux normes du catalogage : ce texte sera supposé prendre place dans le catalogue d'un musée ou d'une exposition. On pourra s'inspirer de la notice fournie en référence [cliquer ici], extraite d'un catalogue d'exposition auquel il sera fait allusion dans une prochaine chronique.
Modalités :
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• Les visiteurs du site peuvent concourir pour les options ethnologique et lexicographique dès la mise en ligne de cette page, en utilisant la zone Commentaires. En cas de dysfonctionnement, ils peuvent le faire par courrier électronique [sur l'adresse qui s'affiche, remplacer l'euro par l'arobas].
• Pour l'option muséographique, les notices proposées pourront – sous réserve de l'accord de leur auteur – faire l'objet d'une publication en ligne, après la clôture du jeu-concours. Il importe donc que ces textes soient envoyés par courrier électronique afin de rester inédits jusqu'à ladite publication. Un accusé de réception électronique sera systématiquement adressé à chaque expéditeur. Les adresses électroniques invalides seront motif de non-prise en compte de l'envoi. Dominique Autié s'engage à respecter la confidentialité des coordonnées électroniques des participants, de même que leur anonymat (s'ils souhaitent voir leur contribution publiée sous pseudonyme – mention qui devra être précisée dans l'envoi).
Lots de consolation :
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• Un livre, expédié à nos frais, dédommagera les participants les plus méritants. Avertis par courrier électronique, ceux-ci pourront choisir parmi une liste constituée de titres de la collection « D'Orient et d'Occident », quelques ouvrages figurant en double dans la bibliothèque personnelle de Dominique Autié et d'œuvres de ce dernier non disponibles en librairie.
• Pour les options ethnographique et lexicographique, le jeu concours prendra fin sans préavis au moment de la mise en ligne d'une nouvelle chronique.
• Pour l'option muséographique, les textes peuvent être adressés jusqu'au dimanche 25 mars 2007 à minuit.
• Le jury est souverain.
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Depuis que ce blog existe [1], à l'écart des plateformes d'hébergement spécialisées, j'ai pris la mesure des privilèges que me vaut ce mode de gestion. À la lumière des deux sites professionnels créés dans la foulée (dont notre site d'entreprise) avec le même logiciel open source, j'ai eu l'occasion de mettre à mal, pour nous-mêmes, ici, nombre d'idées reçues concernant, entre autres, les critères qui régissent la visibilité d'un site par les moteurs de recherche – des idées, pour l'essentiel, propagées par les prestataires du secteur, dont l'intérêt bien compris exige qu'ils se rendent incontournables. Quand je bute sur quelque difficulté technique dans un projet de mise en page, je le dois à mes limites d'autodidacte dans la programmation html, non au formatage nivelé par un informaticien qui aurait décidé – pour ne citer que cet exemple – que les commentaires d'un blog n'ont pas à être enrichis typographiquement.
Cette autonomie, précieuse à plus d'un titre, a un prix. Que voici :
Un samedi matin de l'été 2006 j'ai trouvé, répartis sur d'innombrables pages du blog, plusieurs centaines de spams traditionnels ; il était possible d'en isoler un radical, dans l'adresse ou dans les liens qu'ils contenaient, pour les éliminer par séries de cinq ou de dix à l'aide de la fonction antispam. Il me fallut toutefois des heures pour assainir le site. J'ai pris le parti, ce jour-là, de fermer les commentaires des pages ainsi polluées. Comme si cela avait donné la rage à l'attaquant, d'autres salves ont suivi, toujours menées entre la nuit du vendredi et le dimanche à l'aube. C'est alors que je vis apparaître, plus systématiquement, un autre type de messages, produits par des logiciels malveillants, qui découragent toute recherche de radical, donc toute velléité d'inscription sur les listes noires des serveurs.
Ces temps-ci, des missiles ciblent les dernières pages encore ouvertes, devenues rares au fil de ce pilonnage systématique [2]. La campagne de censure touche à son terme.
Car c'est bien d'une entreprise de bâillonnement qu'il s'agit. Impossible de ne pas sentir se profiler, derrière ces concrétions tératologiques, la figure d'un des innombrables agents actifs chargés de parquer le matériel humain – et, dans le recours à cette arme biologique, une sommation à s'agréger, à rejoindre quelque domaine calibré de la Toile qui, tout en protégeant l'usager, facilite la tâche de ceux qui le surveillent. On ira jusqu'à mettre à la disposition des internautes des outils de délation, qui est une modalité tendance du lien social. Toutes raisons pour lesquelles, on le suppose, cette forme de criminalité est si peu inquiétée.
[Vaut-il encore la peine de mentionner la position qu'occupent ces spammeurs deux fois anonymes sur l'échelle de l'incivilité coprogène, juste au-dessus des propriétaires de chien en milieu urbain [3] ? Et seuls les devancent, sur le registre de l'abjection, les marchands d'armes, ces B.O.F. [4] de la sujétion économique et morale des peuples par la guerre.]
Au-delà du pré carré de la page personnelle qui affiche ses courtes limites, c'est la Toile qui semble affectée d'une de ces pathologies cutanées que donnent à voir les atlas de dermatologie et les cires anatomiques. À l'arrière-plan d'un dégoût de surface est tapi l'archaïque effroi de notre peau, susceptible de devenir dans l'instant le support de ces métastases. De telles images tirent leur pouvoir d'une contagion immédiate inoculée dans la lésion du regard qu'elles pratiquent. Le web est un tissu conjonctif, il est aussi l'épiderme qui recouvre ce tissu.
À l'écran, les pages ainsi grêlées ne laissent d'évoquer le mode de présence au monde eczémateux qu'induisent l'exercice contingenté de la raison et notre souffreteux désir de liberté.
[1] Première mise en ligne le 27 octobre 2004.
[2] En revanche, je maintiendrai ouvertes la plupart des pages de la rubrique Alcoolisme abstinent, afin que des personnes en difficulté avec l'alcool n'aient pas le sentiment de se trouver sur un site institutionnel aux contenus verrouillés ; ainsi que quelques autres pages qui, curieusement, restent les plus fréquentées du blog : celles, notamment, consacrées à Maria João Pires, à Karl Böhm et à… Ray Conniff…
[3] Indulgence plénière, par fait du prince, à l'exclusive intention de Pélagie et de son propriétaire, dont je n'aurais sans doute pas à craindre; pour la tenue de mon seuil, qu'ils comptent l'un et l'autre parmi mon voisinage.
[4] Pour commissaire en beurre, oeufs, fromages, intermédiaire du négoce, profession jadis considérée comme « aristocratique » dans le petit monde des Halles – mais stigmatisée par le bon sens populaire comme relais inutile et parasitaire, supposée s'en mettre plein les poches et responsable de la vie chère.
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Françoise Giroud aurait écrit, ou répondu dans une interview, ou déclaré dans une conférence – je n'ai jamais pu trouver la référence de son propos – qu'exercer le métier de journaliste c'est, à tout moment, se poser les deux questions suivantes et pouvoir y répondre clairement : D'où je parle ? À qui je parle ?
Je tiens cette citation d'un homme à qui je rends hommage ici – l'une de ces dettes enfouies au long de deux années et demie de chroniques. À la fin de 1977, Jean de Charon prit la direction d'Impact médecin, où je travaillais depuis deux ans. Il venait du Point. C'est sous son impulsion que le modeste mensuel dont j'avais la charge est vite devenu l'hebdomadaire de référence du corps médical, qu'il est toujours. Avoir travaillé sous la direction de cet homme de presse, au sens plein que ce mot peut revêtir, fut une leçon de vie avant même d'être une formation enviable pour qui prétend écrire. Jean de Charon est aujourd'hui vice-président de l'Institut français de journalisme. Nous nous croisons tous les cinq ans, par des hasards qui n'en sont jamais tout à fait. Il est toujours surpris, me dit-il, que quelqu'un lui rapporte m'avoir entendu parler de lui avec émotion, ignorant que mon interlocuteur le connaît. Jamais il ne se passerait un an, si je l'en crois, sans qu'il ait par ouï-dire confirmation de ma gratitude.
Quinze promotions de mes étudiants en édition ont planché sur cette phrase de Françoise Giroud. Car ce qu'elle enseigne a valeur universelle, bien au-delà du registre sur lequel son auteur l'a formulée. Et cela vaut pour l'écrivain, et vaut pour l'éditeur.
Aux trois, elle enseigne la réserve, pour ne pas dire la modestie – vertu mal cotée s'il en est.
D'où je parle. – Le journaliste, l'écrivain et son éditeur pratiquent plus volontiers un exercice qui, pour distinct qu'il paraisse vu de loin, répond pourtant à la contre-formule qui peut se résumer ainsi : Je vais vous dire qui je suis, à vous ma cible, que la force de vente me désigne. C'est dire si le journaliste et l'écrivain – romancier, intellectuel, spécialiste de toute question qui agite l'époque – méconnaissent celles et ceux devant qui on les enjoint de faire la roue. Quant à l'éditeur, je m'étonne parfois de cette insistance, chez nombre de mes confrères, à entretenir nos contemporains des états d'âme de la profession, quand ce n'est pas de leur cénesthésie personnelle pour les moins aguerris. J'essaie alors d'imaginer mon charcutier se rengorgeant de l'héroïsme qu'il y aurait à me vendre, il est vrai, la meilleure andouillette du marché.
De fait, il y a bien, stricto sensu, quelque chose de déplacé dans ce que le marketing nomme le « positionnement » de qui parle, aujourd'hui. Sans doute est-ce pour cette raison que, le plus souvent, ce qui est dit, ou écrit – et ce dans quoi, ou sur quoi l'écrit circule – sonne si faux. D'où je parle – en prendre conscience claire, une fois les miroirs contournés, est une chose ; pour une large part, l'intérêt de la réponse est affaire de génie lieu. Et l'on ne compte pas les lieux qui encourageraient plutôt à se taire.
À qui je parle. – Pour m'être trouvé, en presque vingt ans, des dizaines, des centaines de fois, il se peut, derrière une table où la production éditoriale dont j'avais la responsabilité s'offrait au public de salons du livre ou de congrès, ma conviction est ferme qu'aucune étude de marché, si sophistiquée en soit la méthode, ne parviendra jamais à discerner la cible d'un livre ou d'une collection. J'ose même l'hypothèse que voici : si le marketing éditorial s'appuyait sur des ratios aussi froidement efficaces que ceux fournis par les études de marché à l'agroalimentaire et aux principaux secteurs de la grande distribution, ses performances multiplieraient par dix les ventes de l'édition.
Ajoutons que nous sommes en pays latin : pour vendre notre saucisse, nous parlons volontiers de nous, de l'amour que nous avons mis à la saucissonner ; nous aimons nous faire pleurer à l'évocation vibrante des abîmes métaphysiques dans lesquels tuer le cochon nous plonge ; l'Anglo-Saxon, pas plus philanthrope qu'un autre mais pragmatique, s'inquiètera plus spontanément de celui qui pourrait avoir quelque raison d'acheter la saucisse qu'il fabrique. Cette différence de posture ne date pas d'hier. Elle induit tout un état d'esprit chez l'éditeur et le patron de presse, qui n'est pas sans effets sur le texte du journaliste et sur celui du romancier – de façon bien plus nette encore, sur le travail du polygraphe ou du spécialiste qui se veut vulgarisateur et pédagogue. Voilà qui suffit à expliquer pourquoi, loin de tout soupçon de protectionnisme, les éditeurs anglo-saxons traduisent si peu d'ouvrages français de sciences humaines, pourquoi leurs encyclopédies sont plus prisées que les nôtres, pourquoi (ce point était vrai il y a dix ans, en est-il autrement depuis ?) un Britannique amateur de bon vin ne saurait trouver dans une librairie de Londres un seul livre consacré aux grands crus du Bordelais sous la plume d'un de nos œnologues, traduit du français.
Ce qui tendrait à dire que pour envisager son lecteur, l'écrivain, le journaliste, l'éditeur doivent d'abord poser armes et bagages. Certains le savent, d'intuition : répondre à la question À qui je parle ? relève, non de l'application de quelques principes économiques, mais de l'exercice spirituel. J'aime croire qu'un Jean Malaurie, fondant en 1955 la collection « Terre humaine » sur la foi d'un livre qu'il a lui-même écrit, s'acquit cette clairvoyance rare dans le froid polaire qui vit naître ses Derniers Rois de Thulé.
Théâtre du temple maçonnique de Williard, Ohio, en 1912.
© Willard Memorial Library.
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CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
L'ordinaire et le propre des livres – Petite philocalie

L'humaniste est fondamentalement un annotateur de livres, affirme Jean-Marc Chatelain, conservateur à la Réserve des livres rares de la BnF, dans « Humanisme et culture de la note », l'un des passionnants articles rassemblés dans ce cahier [1]. J'avais présent à l'esprit ce diagnostic sans appel, eu égard aux titres et qualités de celui qui le pose, à chaque fois qu'il m'advint de jeter ici même quelques imprécations, dont on me sait familier, contre celles et ceux qui ont caviardé la chose imprimée qui m'échoue dès lors – plus qu'elle ne m'échoit – à leur suite.
Encore faut-il s'entendre sur la notion d'humanisme : la trajectoire historique du concept me paraît, à l'instant, étrangement superposable à celle du mot hystérie [2]. La question ne serait pas de savoir s'il existe (s'il peut encore exister) des humanistes au vingt et unième siècle, pas plus que de disputer sur la pertinence nosographique d'une hystérie masculine ; mais d'identifier qui peut et veut statuer aujourd'hui sur l'usage des mots hors d'usage : L'hystérie, en tant que maladie, est bien une réduction, mais c'est aussi une création originale, fruit d'une démarche, d'un type de pensée qui en ramenant la chose appréhendée à l'intérieur de certains paramètres, de certains canons qui sont ceux de la médecine, la transforme en objet saisissable [3]. Quelle discipline scientifique (dure ou non), quelle instance normative, quel dictionnaire peuvent transformer de nos jours l'humanisme en objet saisissable ?
Là résiderait la clé de ces annotations relevées sur des volumes parus postérieurement à la ruine de tout humanisme, c'est-à-dire après la mise en œuvre par l'État nazi d'un crime conçu et perpétré à l'échelle de ce qui est hors de l'homme, à la mesure de l'appareil de laboratoire ou de la machine industrielle [4]. Cette borne posée à l'avancée de l'espèce humaine a marqué, selon les uns, la fin de l'histoire, celle de la littérature selon d'autres, ou encore de la modernité. Qu'on veuille ne pas considérer comme futile ma remarque : les marginalia dégradés [5] (dégradants pour le livre), constitués le plus souvent de traits grossiers qui balafrent le livre (devenu entre-temps jetable) de cicatrices indélébiles, les pages cornées qui scandent les séquences hachées d'une lecture inconséquente forment bien le pathétique apparat non critique d'un post-humanisme triomphant (Quand je lis, je m'approprie le livre, il fait partie de moi, il devient mon corps – qui n'a entendu, n'osant les contredire, ces niaiseries culturellement correctes ?)
Toute la passionnante démonstration de Jean-Marc Chatelain consiste à indiquer comment les marginalia balisaient un enrichissement du texte par la lecture érudite, destiné à être partagé avec d'autres lecteurs choisis, voire recueilli dans une édition augmentée. Plus encore, car la note, écrit-il, est à la source de l'indexation : Dans le vocabulaire latin des humanistes, les matières indexées s'appellent notabilia (les Italiens parlent encore aujourd'hui, pour une table des matières, de « cose notevole ») et les indexations tituli. Ce sont ces derniers qui émaillent souvent les marges des livres des XV° et XVI° siècles et sont posés là en vue de la confection de recueils de « lieux communs ». Le livre imprimé de la Renaissance hérite directement de cette pratique en faisant souvent figurer en manchette de tels tituli, qui servent ensuite à la compilation d'un index, lesquels, en conséquence, n'ont pas le caractère systématique de nos actuels index mais procèdent au contraire d'un choix : index qui « indexent » moins, au sens moderne du mot, qu'ils ne relèvent les mots et les choses « dignes d'être remarqués » [6]. Deux illustrations donnent à voir les planches du De arte excerpendi [De l'art d'extraire les notes] de Vincentius Placcius (Stockholm et Hambourg, 1689) sur lesquelles est décrit un meuble à lieux communs, permettant de ranger les notes dans l'ordre alphabétique des tituli.
De telles inscriptions évoquent elles-mêmes un exercice « marginal » de l'art de la mémoire, activement pratiqué à cette époque (auquel Jean-Marc Chatelain, curieusement, ne recourt pas à l'appui de son propos), tant il semble que cette armoire à tituli pouvait efficacement augmenter le mobilier du théâtre de la mémoire de Giulio Camillo (1544) [7].
L'histoire nous condamne à prendre aujourd'hui nos notes sur des feuillets volants, qu'il sera loisible au bouquiniste appelé demain à liquider l'encombrant mémorial de mes lectures, plus probablement qu'à mes ayants droit, de jeter aux ordures : nos notes sont à l'image de notre temps, une vaine ponction égoïste, sans perspective de partage ni d'enrichissement du savoir dont nous disposons comme d'un dû. Et les saignées que les moins scrupuleux pratiquent dans le blanc des marges ou dans l'interlignage du texte ne sont pas sans parenté avec les ornières laissées par le passage d'un 4x4 dans un chemin forestier. Le lecteur post-humaniste est un chasseur – dans le meilleur des cas un touriste, qui se signale par ses papiers gras, ses Kleenex usagés et ses cannettes vides.
L'exemplaire de L'esprit des lois qui m'a été obligeamment offert est sans date, le premier et le dernier cahier ayant été arrachés. De même qu'il est intégralement surligné, sur près de six cents pages notes comprises, il est toutefois sur-daté par son dernier lecteur. Tout indique que le volume a été imprimé vers la fin du dix-neuvième siècle ou au tout début du siècle dernier : une édition courante, reliée de façon rustique, pour l'étude. Un graphologue confirmerait sans doute que, par son style, l'écriture qui en ruine les marges n'est pas antérieure à la date symbolique que je fixais plus haut – elle semble celle d'un homme d'âge mûr plus que d'un étudiant, je prendrais volontiers les paris sur un retraité, veuf, client des premières universités du troisième âge, à la toute fin des années 1960.
Il n'échappera pas qu'il a souligné jusqu'à ses propres gloses. Le crayon à papier de cet homme s'émerveille d'une vacance, d'une vacuité dont il entend ne rien perdre. Il fait figure de pionnier.
Depuis, c'est à grands traits de Stabilo® jaune fluo que nous signalons le prix exorbitant qui s'attache, croyons-nous, à notre pitoyable usage du monde.
[1] « Le livre annoté », Revue de la Bibliothèque nationale de France, n° 2, juin 1999 – ISBN : 2-7177-2075-8 – ISSN : 1254-7700.
[2] Mettre la main, si possible, sur un exemplaire d'Histoire de l'hystérie du Dr Étienne Trillat (collection « Médecine et Histoire », Seghers, 1986). j'ai eu la chance de rencontrer très régulièrement l'auteur de ce livre tonique et superbe d'intelligence érudite, psychiatre des hôpitaux, directeur de L'Évolution psychiatrique dont Privat était l'éditeur dans ces années-là.
[3] Étienne Trillat, op. cit., p. 10.
[4] Max Picard, L'Homme du néant, traduit de l'allemand par Jean Rousset, La Baconnière, 1947, p. 49. Cité par Alain Finkielkraut, La Mémoire vaine – Du crime contre l'humanité, collection « Les Essais », Gallimard, 1989, p. 18.
[5] Spontanément, je tenais ce mot pour masculin, s'employant exclusivement au pluriel. Marginalis,e est absent de Gaffiot, cet adjectif substantivé au neutre pluriel semble dont un bricolage du bas latin. Faute d'en trouver mention dans un seul des dictionnaires dont je dispose, n'ayant pas remarqué dans le cahier de la BnF d'occurrence où il serait suivi d'un adjectif ou employé au singulier avec un article qui en eût indiqué le genre, j'ai procédé à une rapide recherche sur Google : les libraires d'ancien, les conservateurs des bibliothèques et les universitaires de première instance et d'assises semblent unanimement opter pour un féminin invariable – une marginalia serait le strict équivalent d'une marginale, expression employée par deux auteurs au moins du cahier « Le livre annoté ». Je suis froissé par ce manque de rigueur – pour ne pas dire de rigorisme – en un domaine qui pourtant l'exige (l'un des rares où l'on puisse l'imposer et l'exercer sans être en butte à l'espéranto ambiant, qui a d'autres substantifs à châtrer). Je saurai gré à un lecteur sourcilleux, détenteur d'un écrit qui éclaire l'origine et sanctionne le bon usage de mes marginalia litigieux, de me mettre dans la confidence de ses sources.
[6] « Le livre annoté », op. cit., p. 31.
[7] Giulio Camilio, Le Théâtre de la mémoire, traduit de l’italien par Eva Cantavenera et Bertrand Schefer, Édition Allia, 2001 (publication originale : 1550).

Depuis trois ans et demi que j'habite ici, le lundi, le mercredi et le vendredi je vois en me levant – si je tiens le cap de l'aube –, par la fenêtre de mon bureau qui donne sur la rue, une femme inconfortablement assise sur le pas de la porte de la maison qui fait face à la nôtre [1]. [Pour le casting : recrutez un clone de Cesaria Evora]. Enroulée, hiver comme été dans un gros manteau gris, une poussette posée près d'elle, elle attend que soient sortis les conteneurs de déchets du petit supermarché qui jouxte notre maison et fait l'angle de la rue Bayard. Jusqu'à cet hiver, deux employés arrivaient à 5 heures, les jours de passage des ripeurs [2], et sortaient les conteneurs côté Bayard, où la benne passe vers 5 h 30. Depuis janvier, l'organisation a changé : les employé du magasin arrivent plus tard et, l'équipe de la voirie qui traite ma rue n'intervenant qu'entre 6 h 05 et 6 h 10, les conteneurs sont disposés à quelques mètres de ma porte. Pourtant, depuis janvier, cette femme n'a pas modifié son horaire. À son poste dès 4 h 45, elle attend désormais une grande heure que les conteneurs lui soient accessibles.
Ce matin, j'ai compris : elle s'est avancée au dernier moment, tandis que je sortais moi-même sur le seuil, comme chaque lundi à l'approche de la benne, que j'entends venir d'assez loin. J'ai vu l'un des deux éboueurs habituels (le plus âgé, le plus fort en gueule, devait être de repos, aujourd'hui) fouiller lui-même les conteneurs – tout en calmant le conducteur de la benne, qui s'impatientait – et en tirer quelques emballages et un sac (avec du pain, me semble-t-il, datant donc de samedi) qu'il a remis à la femme. Tout cela s'est passé très vite. Les conteneurs ripés sur l'engin et replacés sur le trottoir, le véhicule s'est avancé à ma hauteur. J'ai serré, comme je le fais d'ordinaire, l'avant-bras que m'a tendu le gars avant qu'il ne traite ma propre poubelle : C'est le changement d'heure de sortie des conteneurs qui pose problème à cette femme ?, lui ai-je demandé.
– Pas du tout, c'est le type qui les sort désormais, il lui interdit d'y toucher !
[…i.e. un homme sans âge qui, sur la pointe des pieds, m'arrive à hauteur du myocarde ; sans emploi depuis des lustres, il partage la loge de concierge que tient sa mère dans l'immeuble mitoyen de la supérette rue Bayard. Il n'ouvre la bouche que pour hurler des invectives à la terre entière. Nul n'ignore son existence dans le quartier, où l'on ne saurait faire trois pas sans tomber sur lui. C'est donc pourquoi, depuis quelque temps, il m'arrive, toutes fenêtres fermées, d'entendre sa voix dès la première heure.]
Il est con comme trois bites à genoux, s'est contenté d'ajouter mon interlocuteur.
Nous nous sommes souhaité une bonne journée, la benne s'est éloignée, j'allais rentrer ma poubelle. J'ai vu alors le nain déboucher de l'angle de la rue pour reprendre les conteneurs vides. Je suis allé vers lui : Il faut laisser cette femme faire comme elle faisait avant, vous savez. Il s'est mis à aboyer qu'elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait. Il s'en branle, m'a-t-il juré.
Ordure.
Crâne d'Œuf a passé la main fin décembre. Le magasin est désormais franchisé. Le gérant est un homme avec qui j'entretiens les meilleures relations. Je suis descendu le voir dans la matinée. Il semblait rassuré que je sois parfaitement informé de l'interdiction qui lui est faite, pour des raisons évidentes, de distribuer gratuitement de la nourriture dont la date de péremption est dépassée. Il m'a seulement confirmé ce dont j'étais venu m'assurer : le nain hargneux [décidément, ces hommes de petite taille !] n'est pas recruté pour s'occuper des conteneurs du magasin ; il le connaît juste comme voisin et client ; les employés le trouvent aux abords du magasin, le matin, lorsqu'ils prennent leur service ; ils se contentent de bénéficier du coup de main qu'il leur donne en sortant les conteneurs et en les leur rapportant après le passage du camion d'enlèvement. Pour la beauté du geste.
Je l'ai informé que, ce mercredi à l'heure du loup, le nain me trouverait à l'endroit précis où il n'est donc pas payé pour disposer les trois conteneurs, à moins de cinq mètres de ma porte – et que c'est moi et moi seul, pendant quelques instants, qui ferais la loi dans ma rue, devant ma porte. Il m'a souri : C'est bien.
Depuis vingt-cinq ans, ceux dont se réclament ces jours-ci les deux champions provisoires de la vie politique française ont agité la même férule, se contentant de se la repasser de temps à autre, selon le sens du vent. Ils ont conjointement conduit le tissu social à cet état de tétanie, où un érémiste aura le cœur d'en tyranniser un autre, de toute évidence plus pauvre que lui ; où cela, in fine reste supportable parce que politiquement correct dans la mesure où ces deux-là sont d'un même monde et n'ont donc pas à minauder devant le droit à la différence de l'autre. Je manque sans doute d'imagination, car j'aurais peine à concevoir plus sordide parabole pour indiquer à ces deux rentiers du pouvoir, qui sollicitent mon suffrage, combien me répugnent leur bavardage et leur façon de se pincer les narines, en catimini, à l'heure où une partie de leur peuple fait les poubelles.
06: 25 – Cesaria Evora : 82 ans, Guadeloupéenne. Sans retraite, ayant toujours travaillé aux Antilles sans feuilles de paye. Les employés du supermaché, venus prendre leur service à 5 h 45, l'ont saluée d'un Bonjour Maman bienveillant. Cesaria m'a dit de faire attention car, le jour où il l'a menacée, le nain lui a montré le couteau qu'il a dans la poche.
[1] Inconfortablement, car ce voisin a fait réaliser, pour en équiper son seuil, une série de barres en métal qu'il a fixées en biais [voir cliché pris de ma fenêtre] afin que les SDF ne puissent s'y asseoir.
…………
xxx

Monsieur, – L'attention que, ces temps-ci, un nombre grandissant de citoyens porte à votre démarche, rendant désormais plausible votre accession aux plus hautes fonctions de l'État, me convainc de vous indiquer ici, brièvement, une problématique susceptible de trouver, dans l'esprit de reconstitution du lien social que vous prônez, non pas une solution toute faite, mais une approche nouvelle.
Constat d'échec![]()
Les programmes politiques de gauche comme de droite, alternant depuis un quart de siècle, ont échoué à promouvoir, en matière de prévention et de lutte contre l'alcoolisme, une stratégie de santé publique si peu que ce soit efficace : pire, tous les indicateurs démontrent que l'alcoolisation des jeunes a pris, durant ces années, des proportions dramatiques.
Le rapport remis au ministre de la Santé par M. Hervé Chabalier en novembre 2005 a connu un pénible destin : M. Philippe Douste-Blazy, commanditaire de cette étude, a quitté ses fonctions entre-temps, de sorte que ce texte est tombé sur le bureau du nouveau ministre comme une sorte de bombe à retardement confectionnée par son prédécesseur. Pour la première fois, en effet – quelles que soient les réserves que je suis conduit à émettre aujourd'hui sur un point majeur que j'évoquerai dans un instant –, un tel rapport s'efforçait de parler clair et de préconiser une prise en compte nouvelle des données épidémiologiques liées à l'alcoolisme. Cependant, les accusations lourdes proférées à l'encontre du monde viticole et des professionnels de l'agroalimentaire concernés par la vente de boissons alcoolisées ont entraîné de la part de leurs instances, dès la publication du rapport, des répliques d'une rare violence. J'avais, je le reconnais, mal évalué la portée de ces propos-là dans le texte de M. Chabalier mais, surtout, leur inutilité sur le fond.
La mise en place sous l'égide du nouveau ministre, au moment même de la parution du rapport Chabalier, d'un Conseil de la modération et de la prévention du vin, à l'étrange intitulé, « chargé de concilier les objectifs de santé publique et les impératifs commerciaux d'une filière viticole en crise », eut pour effet de rendre lettre morte l'intégralité des bénéfices, par ailleurs indubitables, de ce travail.
Voilà à quoi peut se résumer, à grands traits, l'état dans lequel trouvera ce dossier le ministre de la Santé du premier gouvernement de votre quinquennat, si vous êtes élu.
Une problématique binaire qu'il convient de récuser d'urgence![]()
Le rapport Chabalier, je l'ai souligné dès sa parution, formule plusieurs préconisations novatrices. Celle qui consisterait, comme au Canada, à associer les alcooliques abstinents à la prise en charge des personnes en difficulté avec l'alcool, continue de me paraître déterminante.
Toutefois, avec le recul d'une année et, surtout, la perspective que vous défendez, Monsieur, d'une nouvelle partition de l'État dans nombre de domaines, je suis convaincu, aujourd'hui, que la très grande faiblesse de cette étude et de ses conclusions, telles que publiées, réside dans l'exacerbation qu'elle a provoquée d'un conflit d'intérêts dont la réalité même doit être soumise à l'expertise. Remettre au jour ce document serait raviver un conflit redevenu latent – ce conflit même qui fait obstacle à toute initiative réaliste, dans notre pays, dès qu'il s'agit de parler d'alcoolisme. Un conflit qu'il conviendrait, non d'éluder, mais peut-être de tenter de clore une bonne fois pour toutes.
J'en suis à penser désormais, comme des voix l'ont fait entendre avec constance du côté du monde viticole, que certaines dispositions de la loi Evin ont, elles aussi, démontré leur inutilité. Nul n'a jamais osé défendre qu'une publicité pour un modèle d'automobile de cylindrée puissante constitue une incitation à l'excès de vitesse ou entrave l'effet des campagnes de prévention routière.
Pour faire bref, je m'en tiendrai à quelques énoncés, presque simplistes, soumis dans la seule perspective d'un examen rigoureux, sévère, sans complaisance – une épreuve qui ne manquerait pas d'inspirer d'autres formulations, plus nuancées et plus efficaces tout à la fois. Voici :
…………• L'échec de toute politique de santé publique en matière de prévention et de lutte contre l'alcoolisme tient, pour une large part, à la remise en cause de produits, alors que l'addiction à l'alcool est un phénomène essentiellement dû, de nos jours, à des données psychologiques et comportementales. De sorte que les représentants du secteur économique des vins et spiritueux sont conduits à s'interposer pour préserver leurs intérêts, perpétuant ainsi des polémiques qui retardent, voire éludent la prise en compte de paramètres pourtant moins sujets à caution que la stigmatisation globale des produits alcoolisés.
…………• Les mesures, principalement répressives, adoptées en matière de lutte contre le tabac menacent d'encourager une analyse des données alcoologiques qui se référerait implicitement aux mêmes modèles cliniques. La singularité de l'addiction alcoolique a fait l'objet de nombreux travaux, dans des disciplines qui, à ma connaissance, n'ont pas assez confronté leurs résultats en vue d'en faire synthèse. Un travail considérable reste à mener, essentiellement transversal. L'alcoolique abstinent que je suis ne retrouve pas, dans les études sectorielles, mention de caractéristiques pourtant cruciales dans toute approche de l'alcoolique : les modalités de la prise de décision chez celle ou celui qui, soudain, décide de faire face à sa dépendance, les conséquences, toujours passées sous silence, d'une ou plusieurs rechutes (on s'en tient à des statistiques, il m'est arrivé d'entendre un médecin alcoologue du secteur privé parler du taux de rechute dans sa consultation comme un commandant de parachutistes parle du niveau toléré de pertes humaines dues au pourcentage de parachutes qui se mettent en torche à l'ouverture), la dimension systémique du dispositif pervers de l'alcoolique… pour ne mentionner que ces exemples.
…………• En matière d'alcoolisme, il est démontré que la prévention, telle qu'elle est mise en œuvre pour des pathologies comme le cancer, les maladies cardiovasculaires, les affections nosocomiales, est pratiquement sans effets sur les comportements addictifs : le prouve l'augmentation conjointe, ces dernières décennies, des budgets dédiés à la prévention de l'alcoolisme et de la prévalence des pathologies liées directement ou indirectement à une consommation excessive d'alcool – ce que viennent confirmer les observations du corps médical, qui a fait état de ses inquiétudes sur le nombre croissant de jeunes présentant des symptômes d'addiction à l'alcool.
…………• Le rapport Chabalier pointe le manque dramatique de possibilités de recours simple et rapide pour les personnes en difficulté avec l'alcool – et je compte parmi elles l'entourage de l'alcoolique : conjoint, famille, chefs d'entreprise confrontés à l'alcoolisme d'un collaborateur, salariés et collaborateurs d'un chef d'entreprise ou d'un cadre alcoolique, amis, voisins, toutes personnes victimes directes des écarts comportementaux du buveur excessif (leur nombre, cumulé, excède sans doute largement celui des électeurs qui auront peut-être assuré votre succès lors d'un second tour de scrutin où vous seriez présent).
…………• Un centre d'accueil et de consultation alcoologique serait-il implanté dans chaque quartier des grandes villes, dans chaque chef-lieu d'arrondissement, ouvert jour et nuit, il n'est toutefois pas certain qu'une avancée significative se laisserait constater dans la prise en charge des personnes en demande (explicite ou non) d'écoute et de soins. Tant il est vrai que la démarche décisive de l'alcoolique qui approche d'une prise de conscience de son état de dépendance et d'une tentative de coup de force pour y mettre fin est un moment fragile, éminemment provisoire, dont nul dispositif sanitaire, nulle communication promotionnelle orchestrée, nulle connaissance rationnelle des données médicales et anthropologiques de l'addiction ne suffiront à décider.
La rupture du lien social, effet et cause de l'addiction![]()
Je pourrais continuer à dérouler ainsi d'autres réflexions, tracer d'autres pistes. Seul un alcoolique abstinent, qui a recouvré la liberté de ne pas se laisser déposséder de son destin, saura trouver les mots pour vous dire que le plus précieux bien que lui ont restitué la cure et les premiers mois d'une abstinence clairement choisie, fut sa capacité à nouer des liens – ou en renouer, que l'alcoolisme avait rompus : avec le monde professionnel dont il a failli être exclu (quand il a modifié à temps sa trajectoire suicidaire), avec les siens (en dépit des difficultés parfaitement repérées mais souvent tues que pose le retour de l'abstinent dans un cadre de vie entièrement réglé sur son ancienne dépendance) ; sans oublier le premier des liens restaurés, dans un bonheur parfois indicible, non partageable, qui est le lien de l'alcoolique avec lui-même, la réhabilitation pour ainsi dire triomphale de son image de soi.
C'est la découverte, sur votre site de campagne, de quelques clichés pris lors de votre visite à des viticulteurs de Murviel-Lès-Béziers le 16 janvier dernier, qui m'a décidé à rédiger et mettre en ligne aujourd'hui cette adresse [1]. Vos origines paysannes, votre expérience aux commandes de l'entreprise agricole familiale à la suite de la mort brutale de votre père, quand vous étiez étudiant, vous rapprochent sans nul doute des femmes et des hommes avec qui vous êtes attablé ce jour-là. Reprendre le dossier de l'alcoolisme à votre initiative et selon d'autres présupposés revêtira d'emblée à leurs yeux, je le suppose, une signification différente. Je vois dans ce lien une chance, une donnée qu'il convient de préserver. Ces clichés sont même emblématiques d'un style de concertation qu'il conviendrait d'inaugurer au sein d'abord des différentes communautés professionnelles et associatives parties prenantes de ce dossier – professionnels de santé, travailleurs sociaux, élus, chefs d'entreprise, groupes d'anciens buveurs : Comment transformer, ensemble, la chape de silence, de non-dit, de mensonge – dont nos sociétés recouvrent la souffrance de l'alcoolique – en incitation à tisser un lien, là où il n'en existe pas ou là où il a été rompu ? Qu'imaginer pour que, dans quelque temps (le temps qu'une idée fasse son chemin, convainque, séduise) le fait de ne pas tenter de tisser ce lien expose à s'exclure soi-même du jeu social ?
Car, je vous le confirme, c'est bien dans la problématique plus ambitieuse, plus nécessaire encore, de l'instauration d'un lien social nouveau, fondé sur la lucidité à l'égard des épreuves qui se dressent, assez brutalement ces temps-ci, face à notre civilisation, qu'il me semble devoir entièrement reconsidérer un problème de société qui ne peut que se nourrir du repli des individualités, de l'appauvrissement du débat public, s'aggraver de l'échec du libéralisme sauvage comme des expédients par lesquels on a cru, jusqu'à ce jour, pouvoir s'en acquitter.
La tâche est ingrate (l'alcoolique est le pire patient qui soit), plombée par des lustres d'atermoiements et de faux débats, austère dans son principe. Faites-en le moment venu, s'il advient, l'un des plus audacieux exercices pratiques pour ceux qui vous accompagneront alors dans votre tentative généreuse de mettre en œuvre une autre façon de vivre ensemble.
[1] Une lettre ouverte eût signifié une démarche exclusivement personnelle. Bien que je n'adhère à aucune association ni ne milite dans aucun parti, je tente d'exprimer ici une démarche qui, je l'espère, excède mon seul point de vue. Vos conseillers trouveront sur ce site toutes les informations souhaitables sur ce qui m'autorise à le faire en tant qu'alcoolique abstinent depuis vingt-deux ans, accompagnant très ponctuellement – hors de tout cadre institué, me prévalant de ma seule qualité d'abstinent – des personnes en difficulté avec l'alcool. D'incessantes vagues de spams m'ont malheureusement contraint à fermer les commentaires de la plupart des pages anciennes de ce site. Je m'efforce de maintenir ouvertes les pages de la rubrique Alcoolisme abstinent, même si ce blog, n'ayant jamais eu vocation de fonctionner comme un forum, suscite peu de commentaires. Nombre de courriers électroniques me sont toutefois adressés par des personnes en difficulté avec l'alcool. C'est enrichi de leur lecture et de leur intérêt que j'adopte ici la forme de l'adresse (qui, selon le dictionnaire, suggère la démarche d'un groupe ou d'une assemblée plus que d'un locuteur isolé).
Lithographie stigmatisant l'interdiction de l'absinthe en France
par le décret ministériel du 7 janvier 1915. Raymond Poincaré, président de la République, piétine la Fée verte mortellement blessée. © Le Musée virtuel de l'absinthe.

……………
xDe choses esmerveillables
…………………………III
…………Dans l'arène

«
Grâce aux efforts des saints Pothin et Irénée, l'église de Lyon était dans l'état le plus prospère ; mais son accroissement avait multiplié ses périls en éveillant sur elle l'attention des païens. L'année 177 la destinait à de cruelles épreuves. Assaillis de dénonciations, les magistrats informèrent contre les fidèles, et en firent arrêter un grand nombre, entres autres Sanctus, Maturus, Alcibiade, Blandine et sa maîtrese Bibliade. Au jour dit, ils furent conduits enchaînés sur la place publique, où les attendait le gouverneur, assis sur son tribunal. Près de là se tenaient les bourreaux, avec l'étalage ordinaire des chevalets, des fouets à lanières plombées, des tenailles, des grils et des brasiers ardents. Une ceinture de soldats maintenait la foule à distance.
L'interrogatoire commença ; mais tous ne se montrèrent pas également forts contre la douleur. Avec les esclaves qu'on avait saisis au domicile des accusés, la torture fut à peine nécessaire : ils appuyèrent de leur faux témoignage toutes les calomnies odieuses ou stupides dont on chargeait leurs maîtres. Les confesseurs supportèrent la question avec une sereine fermeté : le diacre Sanctus, à chaque torture qu'on lui infligeait, se bornait à répondre : « Je suis chrétien », comme si ce mot résumait tout pour lui, race, patrie et famille. Matur et Attale se conduisirent en véritables athlètes.
Quand on vit paraître Blandine, tous les cœurs s'émurent. C'était une pauvre esclave, convertie depuis peu. Faible et maladive, elle se soutenait â peine, et pourtant elle se trouva subitement remplie d'une force inexprimable. En vain les bourreaux s'acharnèrent-ils sur la frêle créature. « Je suis chrétienne », répétait-elle par intervalles, « et l'on ne fait point de mal parmi nous ». Bibliade, sa maîtresse, avait renié le Christ ; le courage de l'esclave la réveilla comme d'un songe, et elle désavoua tout ce qu'elle avait dit. Les interrogatoires durèrent plusieurs jours. Chaque soir, on ramenait les chrétiens, à demi morts, dans leur prison. De nouveaux arrivants comblaient les vides, car la persécution devenait de plus en plus active.
Suivant l'usage, on avait réservé pour la célébration des jeux publics trois des condamnés, Sanctus, Matur et Blandine. On lâcha les bêtes dans le cirque, et les valets, armés de longs fouets, les poussèrent d'abord sur les deux premiers, qu'elles traînèrent en tous sens, meurtris et couverts de plaies. Le peuple, qui réglait l'ordre et la durée des supplices, demanda qu'on les fît asseoir sur la chaise de fer rougie au feu, puis qu'on les achevât à coups d'épée. Blandine, attachée à un poteau en forme de croix, récitait, d'une voix ferme, des prières, qui retrempaient la force des martyrs. Les animaux ne la touchèrent point ce jour-là.
Au mois d'août, époque de la grande fête de Lyon, on reprit le cours des exécutions. Tous les chrétiens qui avaient déjà confessé la foi persistèrent ; ceux qui avaient faibli (les tombés) se rétractèrent avec éclat. Attale et Alexandre, deux Asiatiques, parurent les premiers dans l'arène, et achevèrent leur sacrifice par le glaive. Ponticus, un enfant de quinze ans, eut une fin non moins glorieuse. Blandine enfin, après avoir été flagellée, déchirée par les bêtes, brûlée par tout le corps, fut exposée, dans un filet, à l'attaque d'un taureau sauvage, qui la frappa de ses cornes, la lança en l'air et la foula aux pieds. Dans ses derniers instants, l'héroïque femme paraissait n'avoir plus de sentiment ; « on eût dit qu'elle avait déjà quitté ce monde et que, plongée dans une extase de béatitude, elle s'entretenait avec le Christ ».
Quant aux chrétiens qui étaient citoyens romains, exemptés par la loi de l'exposition aux bêtes, peine infamante et vile, ils furent décapités au nombre de vingt-quatre. On rassembla en un monceau ce qui restait des martyrs, on le brûla, et l'on en jeta les cendres dans le Rhône.
»
[1] Je compte pour mirabilia les plus beaux récits de la tradition chrétienne dans leur formulation populaire. Non par dérision, mais en m'appuyant sur la grande parenté – de nature et de stratégie narrative – qu'on relève entre la plupart de ces textes et les relations des voyageurs de l'ancien temps. Mirabilia encore, à mes yeux, le legs vainement décrié des peintres pompiers, tels Henri Courselles-Dumont ou William-Adolphe Bouguereau, qui ont rehaussé l'imaginaire toujours à l'œuvre dans la plus modeste séquence de nos mythologies.
Henri Courselles-Dumont (1856-1914 ?), Dans l'arène, huile sur toile. Exposé au salon des Artistes français de 1912. D'après une carte postale de l'époque.
…Pour cette rubrique, la vignette du renvoi
à l'Index est choisie parmi les gravures
du Prodigiorum ac ostentorum chronicon
de Lycosthenes.
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
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grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
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Dominique Autié
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