blog dominique autie

 

Vendredi 2 mars 2007

05: 15

vignette_mirabilia……………
xDe choses esmerveillables

 

 

…………………………III

 

…………Dans l'arène

 

 

 

 

………courselles_dumont

[Zoom]

 

«



«
«
«
«
blanc_marge30

 

Grâce aux efforts des saints Pothin et Irénée, l'église de Lyon était dans l'état le plus prospère ; mais son accroissement avait multiplié ses périls en éveillant sur elle l'attention des païens. L'année 177 la destinait à de cruelles épreuves. Assaillis de dénonciations, les magistrats informèrent contre les fidèles, et en firent arrêter un grand nombre, entres autres Sanctus, Maturus, Alcibiade, Blandine et sa maîtrese Bibliade. Au jour dit, ils furent conduits enchaînés sur la place publique, où les attendait le gouverneur, assis sur son tribunal. Près de là se tenaient les bourreaux, avec l'étalage ordinaire des chevalets, des fouets à lanières plombées, des tenailles, des grils et des brasiers ardents. Une ceinture de soldats maintenait la foule à distance.

L'interrogatoire commença ; mais tous ne se montrèrent pas également forts contre la douleur. Avec les esclaves qu'on avait saisis au domicile des accusés, la torture fut à peine nécessaire : ils appuyèrent de leur faux témoignage toutes les calomnies odieuses ou stupides dont on chargeait leurs maîtres. Les confesseurs supportèrent la question avec une sereine fermeté : le diacre Sanctus, à chaque torture qu'on lui infligeait, se bornait à répondre : « Je suis chrétien », comme si ce mot résumait tout pour lui, race, patrie et famille. Matur et Attale se conduisirent en véritables athlètes.

Quand on vit paraître Blandine, tous les cœurs s'émurent. C'était une pauvre esclave, convertie depuis peu. Faible et maladive, elle se soutenait â peine, et pourtant elle se trouva subitement remplie d'une force inexprimable. En vain les bourreaux s'acharnèrent-ils sur la frêle créature. « Je suis chrétienne », répétait-elle par intervalles, « et l'on ne fait point de mal parmi nous ». Bibliade, sa maîtresse, avait renié le Christ ; le courage de l'esclave la réveilla comme d'un songe, et elle désavoua tout ce qu'elle avait dit. Les interrogatoires durèrent plusieurs jours. Chaque soir, on ramenait les chrétiens, à demi morts, dans leur prison. De nouveaux arrivants comblaient les vides, car la persécution devenait de plus en plus active.

Suivant l'usage, on avait réservé pour la célébration des jeux publics trois des condamnés, Sanctus, Matur et Blandine. On lâcha les bêtes dans le cirque, et les valets, armés de longs fouets, les poussèrent d'abord sur les deux premiers, qu'elles traînèrent en tous sens, meurtris et couverts de plaies. Le peuple, qui réglait l'ordre et la durée des supplices, demanda qu'on les fît asseoir sur la chaise de fer rougie au feu, puis qu'on les achevât à coups d'épée. Blandine, attachée à un poteau en forme de croix, récitait, d'une voix ferme, des prières, qui retrempaient la force des martyrs. Les animaux ne la touchèrent point ce jour-là.

Au mois d'août, époque de la grande fête de Lyon, on reprit le cours des exécutions. Tous les chrétiens qui avaient déjà confessé la foi persistèrent ; ceux qui avaient faibli (les tombés) se rétractèrent avec éclat. Attale et Alexandre, deux Asiatiques, parurent les premiers dans l'arène, et achevèrent leur sacrifice par le glaive. Ponticus, un enfant de quinze ans, eut une fin non moins glorieuse. Blandine enfin, après avoir été flagellée, déchirée par les bêtes, brûlée par tout le corps, fut exposée, dans un filet, à l'attaque d'un taureau sauvage, qui la frappa de ses cornes, la lança en l'air et la foula aux pieds. Dans ses derniers instants, l'héroïque femme paraissait n'avoir plus de sentiment ; « on eût dit qu'elle avait déjà quitté ce monde et que, plongée dans une extase de béatitude, elle s'entretenait avec le Christ ».

Quant aux chrétiens qui étaient citoyens romains, exemptés par la loi de l'exposition aux bêtes, peine infamante et vile, ils furent décapités au nombre de vingt-quatre. On rassembla en un monceau ce qui restait des martyrs, on le brûla, et l'on en jeta les cendres dans le Rhône.

 

»




La Vie des saints illustrée pour chaque jour de l'année
d'après les grands recueils de l'hagiographie moderne,
Librairie Firmin-Didot et Cie, 1893, pp. 292-295 [1].

 

[1] Je compte pour mirabilia les plus beaux récits de la tradition chrétienne dans leur formulation populaire. Non par dérision, mais en m'appuyant sur la grande parenté – de nature et de stratégie narrative – qu'on relève entre la plupart de ces textes et les relations des voyageurs de l'ancien temps. Mirabilia encore, à mes yeux, le legs vainement décrié des peintres pompiers, tels Henri Courselles-Dumont ou William-Adolphe Bouguereau, qui ont rehaussé l'imaginaire toujours à l'œuvre dans la plus modeste séquence de nos mythologies.

 

Henri Courselles-Dumont (1856-1914 ?), Dans l'arène, huile sur toile. Exposé au salon des Artistes français de 1912. D'après une carte postale de l'époque.

 

Argument aux Mirabilia

I L'Arbre à Canards

II Les éléphants de Pline

 

lion_lycosthenes
CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…

……………………………………………………Cliquez ici

Pour cette rubrique, la vignette du renvoi
à l'Index est choisie parmi les gravures
du Prodigiorum ac ostentorum chronicon
de Lycosthenes.

Commentaires:

Commentaire de: de Lucenay [Visiteur]
Cela devrait être drôle ce récit pieux, annoncé par un tableau pompier où le petit modèle montmartrois a bien du mal à s'inquiéter de ce lion empaillé... et puis l'on est pris par l'histoire, les détails "qui ne s'inventent pas", on se demande ce que l'on aurait fait; on n'est plus très fier de soi et l'on admire Blandine et les autres martyrs.
Permalien Vendredi 2 mars 2007 @ 11:49
Commentaire de: Constantin Copronyme [Visiteur] · http://constantincopronyme.hautetfort.com/
La lecture de la Légende dorée de Jacques de Voragine est une source d'émerveillements toujours renouvelés. N'y apprend-on pas, par exemple, "qu'Hérode se suicida de l'épée avec laquelle il pelait une pomme" ?
Permalien Vendredi 2 mars 2007 @ 17:52
Commentaire de: Pidiblue [Visiteur]
Je préfère l'histoire de la Tarasque et de Sainte-Marthe ...
Permalien Samedi 3 mars 2007 @ 12:28
Commentaire de: jan O [Visiteur]
j'ai un dessin a vous envoyer sur ce sujet
Permalien Samedi 24 mars 2007 @ 11:49

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

octobre 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML