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Depuis que ce blog existe [1], à l'écart des plateformes d'hébergement spécialisées, j'ai pris la mesure des privilèges que me vaut ce mode de gestion. À la lumière des deux sites professionnels créés dans la foulée (dont notre site d'entreprise) avec le même logiciel open source, j'ai eu l'occasion de mettre à mal, pour nous-mêmes, ici, nombre d'idées reçues concernant, entre autres, les critères qui régissent la visibilité d'un site par les moteurs de recherche – des idées, pour l'essentiel, propagées par les prestataires du secteur, dont l'intérêt bien compris exige qu'ils se rendent incontournables. Quand je bute sur quelque difficulté technique dans un projet de mise en page, je le dois à mes limites d'autodidacte dans la programmation html, non au formatage nivelé par un informaticien qui aurait décidé – pour ne citer que cet exemple – que les commentaires d'un blog n'ont pas à être enrichis typographiquement.
Cette autonomie, précieuse à plus d'un titre, a un prix. Que voici :
Un samedi matin de l'été 2006 j'ai trouvé, répartis sur d'innombrables pages du blog, plusieurs centaines de spams traditionnels ; il était possible d'en isoler un radical, dans l'adresse ou dans les liens qu'ils contenaient, pour les éliminer par séries de cinq ou de dix à l'aide de la fonction antispam. Il me fallut toutefois des heures pour assainir le site. J'ai pris le parti, ce jour-là, de fermer les commentaires des pages ainsi polluées. Comme si cela avait donné la rage à l'attaquant, d'autres salves ont suivi, toujours menées entre la nuit du vendredi et le dimanche à l'aube. C'est alors que je vis apparaître, plus systématiquement, un autre type de messages, produits par des logiciels malveillants, qui découragent toute recherche de radical, donc toute velléité d'inscription sur les listes noires des serveurs.
Ces temps-ci, des missiles ciblent les dernières pages encore ouvertes, devenues rares au fil de ce pilonnage systématique [2]. La campagne de censure touche à son terme.
Car c'est bien d'une entreprise de bâillonnement qu'il s'agit. Impossible de ne pas sentir se profiler, derrière ces concrétions tératologiques, la figure d'un des innombrables agents actifs chargés de parquer le matériel humain – et, dans le recours à cette arme biologique, une sommation à s'agréger, à rejoindre quelque domaine calibré de la Toile qui, tout en protégeant l'usager, facilite la tâche de ceux qui le surveillent. On ira jusqu'à mettre à la disposition des internautes des outils de délation, qui est une modalité tendance du lien social. Toutes raisons pour lesquelles, on le suppose, cette forme de criminalité est si peu inquiétée.
[Vaut-il encore la peine de mentionner la position qu'occupent ces spammeurs deux fois anonymes sur l'échelle de l'incivilité coprogène, juste au-dessus des propriétaires de chien en milieu urbain [3] ? Et seuls les devancent, sur le registre de l'abjection, les marchands d'armes, ces B.O.F. [4] de la sujétion économique et morale des peuples par la guerre.]
Au-delà du pré carré de la page personnelle qui affiche ses courtes limites, c'est la Toile qui semble affectée d'une de ces pathologies cutanées que donnent à voir les atlas de dermatologie et les cires anatomiques. À l'arrière-plan d'un dégoût de surface est tapi l'archaïque effroi de notre peau, susceptible de devenir dans l'instant le support de ces métastases. De telles images tirent leur pouvoir d'une contagion immédiate inoculée dans la lésion du regard qu'elles pratiquent. Le web est un tissu conjonctif, il est aussi l'épiderme qui recouvre ce tissu.
À l'écran, les pages ainsi grêlées ne laissent d'évoquer le mode de présence au monde eczémateux qu'induisent l'exercice contingenté de la raison et notre souffreteux désir de liberté.
[1] Première mise en ligne le 27 octobre 2004.
[2] En revanche, je maintiendrai ouvertes la plupart des pages de la rubrique Alcoolisme abstinent, afin que des personnes en difficulté avec l'alcool n'aient pas le sentiment de se trouver sur un site institutionnel aux contenus verrouillés ; ainsi que quelques autres pages qui, curieusement, restent les plus fréquentées du blog : celles, notamment, consacrées à Maria João Pires, à Karl Böhm et à… Ray Conniff…
[3] Indulgence plénière, par fait du prince, à l'exclusive intention de Pélagie et de son propriétaire, dont je n'aurais sans doute pas à craindre; pour la tenue de mon seuil, qu'ils comptent l'un et l'autre parmi mon voisinage.
[4] Pour commissaire en beurre, oeufs, fromages, intermédiaire du négoce, profession jadis considérée comme « aristocratique » dans le petit monde des Halles – mais stigmatisée par le bon sens populaire comme relais inutile et parasitaire, supposée s'en mettre plein les poches et responsable de la vie chère.
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xxxLes commentaires sont fermés pour cet article.
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
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