blog dominique autie

 

Dimanche 8 avril 2007

07: 55

 

Ceci n’est pas un miracle

 

tombeau_vide

Fra Angelico, La Résurrection du Christ and et les Femmes au tombeau, 1440-1441,
fresque, 189 x 164 cm, couvent de San Marco, Florence.

 

 

Dans une interview au journal Le Monde [1] peu après la publication des Actes du symposium scientifique sur le Linceul tenu à Rome en 1993, le dominicain Jean-Michel Maldamé juge que la campagne actuelle sur l’authenticité du Suaire […] réduit le contenu de la foi en faisant de la résurrection de Jésus un miracle, au sens positiviste du terme. Venant en conclusion de propos particulièrement hostiles à toute remise en cause des résultats du carbone 14, l’assertion — seule référence théologique dans l’article — n’avait que peu de chances d’éclairer un lecteur non chrétien. Elle avait même de quoi égarer le fidèle dont la foi ne s’appuierait sur aucune formation religieuse quelque peu substantielle.

Si le Linceul est (peut-être) à classer parmi les prodiges, il ne saurait constituer, dans le registre de la foi, la preuve d’un miracle. Si, pour le chrétien, la Résurrection n’est pas un miracle, les faits qui ont pu produire l’image étonnante sur le Linge ne sont donc pas susceptibles du constat de supernaturalitate. Dans ces conditions, pour le magistère de l’Église — si du moins la communauté scientifique s’accordait à la déclarer non produite par un procédé ressortissant aux lois physiques et chimiques objectivement connues —, l’image sur le Linge est surnuméraire, son support encombrant. Voilà ce que l’agnostique se doit, en toute rigueur, de comprendre avant même de poursuivre sa libre méditation devant le Linceul.

Affirmer notre foi devant les hommes de notre temps représente une singulière responsabilité. Car ce que nous affirmons est vraiment l’invraisemblable et il est normal que nous nous heurtions d’abord à une attitude d’incrédulité. Je veux dire par là qu’affirmer ce que notre foi nous fait affirmer, c’est-à-dire […] que l’événement essentiel de l’histoire humaine est déjà accompli ; que jamais aucune révolution, aucun progrès scientifique n’apportera rien d’aussi important que la résurrection de Jésus-Christ, ce sont des affirmations d’une singulière audace [2]. Ces lignes de Jean Daniélou ouvrent un chapitre intitulé « Les fondements de la foi » (le livre par son titre paraissait d’emblée faire écho aux enjeux du débat).

Un autre théologien confirme : On sait que la communauté primitive a vécu ce mystère [la Résurrection] avant qu’il soit consigné dans les textes. Cela est important. Le mystère pascal est en effet l’expression de la foi initiale de l’Église, son témoignage exprès, son manifeste signé dans le sang. La Résurrection, avant d’être un événement, a été une prophétie [3].

Jean Daniélou encore : Tout le mystère du Fils se ramène aux deux mystères essentiels : l’Incarnation, la Résurrection, l’Incarnation étant l’événement stupéfiant de Dieu qui descend vers l’homme, la Résurrection étant l’événement stupéfiant de l’homme qui monte vers Dieu [4]. Ou, pour l’exprimer encore autrement, la Résurrection n’est pas le billet de retour dont l’Incarnation aurait constitué l’aller… Pâques n’est pas vécu dans la solitude du Mont des Oliviers. Le Christ ne « repart » pas comme il est venu ; dans l’optique chrétienne, c’est l’humanité tout entière qui participe à l’événement. Les othonia — les linges funéraires — abandonnés dans le tombeau vide sont anecdotiques. Ils sont, au mieux, un signe.

Dans un petit livre plus récent, signé lui aussi par un prêtre théologien [5], se trouve le rappel d’un des miracles de Jésus et son commentaire, qui suggèrent comment le glissement qui fait confondre mystère de la résurrection et miracle peut s’opérer dans l’esprit le mieux disposé à l’égard de la foi. Il s’agit de la résurrection de la fille de Jaïre, le chef de synagogue, rapportée à la fois par Matthieu, Marc et Luc. L’auteur commente : Elle n’est pas morte, mais elle dort, dira Jésus en pénétrant dans la maison. Il prit la main de la fillette : Éveille-toi. Elle s’éveilla, se leva à l’instant (Luc), se mit à marcher (Marc). “S’éveiller, se lever” font partie du vocabulaire chrétien le plus ancien pour évoquer la résurrection du Christ et des croyants. Ce miracle en est l’annonce et la préfiguration [6]. Mais le miracle ne préfigure pas un autre miracle. Même si Jésus lui-même a tendu la perche à cette lecture ambiguë en affirmant : « Je rebâtirai ce Temple en trois jours », ce qui peut effectivement passer pour l’ultime provocation d’un faiseur de miracles, qui a déjà à son actif la multiplication des pains, la lévitation, l’obéissance des flots à ses injonctions et, justement, quelques résurrections spectaculaires.

C’est encore Thomas qui sera le mieux placé pour l’enseigner : malgré la réalité des faits, la Résurrection reste objet de foi, non de vue. La Résurrection n’est pas le miracle insolite qui ouvre une déchirure dans la trame des phénomènes, mais la réponse de Dieu au problème de la mort, l’absolution à l’absolu du malheur [7].

Pour un chrétien, l’annonce de la Résurrection est un kérygme, Parole pure qui embrase — le scoop est, en quelque sorte, un kérygme profane, dégradé, que suit son train bruyant de casseroles : les preuves.

L’agnostique lui-même ne saurait que faire du scoop de la Résurrection.

 

 

Ce texte de Dominique Autié est extrait de
Toutes les larmes du corps – Devant le Saint Suaire de turin,
Le Rocher, 1998, pp. 45-50.

 

 

[1] Le Monde, mercredi 3 juillet 1996, p. 22.
[2] Jean Daniélou, Scandaleuse vérité, Fayard, 1961.
[3] Jean Lyon, Les Cinquante Mot-clés de la théologie moderne, Privat, 1970, pp. 95-99, article « Résurrection ».
[4] Jean Daniélou, Mythes païens, mystère chrétien, Fayard, 1966. [C’est nous qui soulignons.]
[5] Gérard Bessière, Jésus, le dieu inattendu, Gallimard, 1993, collection « Découvertes ».
[6] Op. cit., p. 71.
[7] Jean Lyon, ibid.

 

 

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Commentaires:

Commentaire de: henrotte Thérèse [Visiteur]
Je me heurtes à une église qui continue de nous infantiliser et oublie de nous conduire vers une vraie spiritualité. Je me heurte aussi à mes semblables qui sont demeurés dans le cathéchisme de leur enfance et non pas entrepris la démarche d'une foi adulte. Terrible non !
Permalien Dimanche 8 avril 2007 @ 10:38

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