À travers nombre d'affiches et de publications qui ponctuent la vie de la cité, conçues ou mises en page par lui, les Toulousains connaissent Joseph Clemente sans l'avoir nécessairement identifié. Graveur, peintre, passionné de typographie, il invite régulièrement à partager un regard plus concerté – plus libre aussi que ne l'encourage la tyrannie visuelle de la rue – sur une œuvre personnelle d'une belle cohérence dans sa variété de techniques.
Aux lois inexorables, les sciences dures – à quoi le musicien, le statuaire, le grammairien prêtent main forte. D’autres nécessités règlent encore la matière, l’espace et le temps : douces, subtiles, qu’un art tout de prévenance et d’égards met au jour. À quoi excelle l’œuvre de Joseph Clemente.
Entretien
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XXX
Dominique Autié : Nous sommes à la veille d’un vernissage. Diriez-vous plus volontiers qu’une exposition nouvelle est une aventure, un bilan, une rencontre nécessaire avec le public ? autre chose encore ?
Joseph Clemente : C’est un bilan. La préparation de l’accrochage suppose de choisir ce que je vais montrer. Il faut trier, parfois exhumer, souvent redécouvrir. C’est un moment où je peux — je dois — avoir le regard d’un étranger, d’un curieux extérieur. C’est très salutaire et propice à l’autocritique qui est l’indispensable antidote à l’incroyable vanité qui consiste à montrer son travail. Disant cela, je ne fais que paraphraser Francisco Goya qui prétendait que la fantaisie sans la raison produit des monstruosités, mais associée à la raison, elle est la madre de las artes. On oublie toujours la seconde partie de la citation.
D. A. : Technique mixte sur toile, estampe et xylogravure sur papier – parfois, papier marouflé sur bois –, sérigraphie et collage, estampe numérique… et même, pour l’exposition prochaine, une œuvre peinte sur un cédérom. Quelle est la part de la technique et quelle est celle de la délectation dans le choix des matières ?
J. C. : Sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie, chantait Georges Brassens. Pour ma part, j’ai mis longtemps à l’admettre : il n’est de produit « présentable » que si les conditions de sa production et de son exhibition (mot anglais pour "exposition") sont maîtrisées. Il existe une dialectique entre le jeu et le produit fini qui rejoint celle de l’imagination et de la raison.
J’ai toujours eu une sorte de répulsion devant l’attirail des outils de l’« artiste-peintre » et, au contraire, une attirance pour les outils plus triviaux tels que bombes à peinture, rouleaux, brosses de peintre en bâtiment… J’ai la même curiosité à l’égard des supports ignobles — littéralement — que la vie quotidienne peut proposer, papiers d’emballages, journaux, boîtiers divers, CD...
Le cas du CD est intéressant : c’est une circonférence, forme peu usitée dans l’art occidental alors que l’Asie en fait la structure des mandalas, par exemple. De plus, un support de données numériques qui devient support de peinture, support tout court, c’est amusant.
D. A. : Vous êtes, cette année, accueilli par Kitty Sabatier en son Atelier, qui est un haut lieu de la calligraphie. Vous êtes vous-même passionné de typographie. Sommes-nous devant un cas avéré de hasard objectif ?
J. C. : Il n’y a pas de hasard. Kitty Sabatier est une amie, une artiste et une pédagogue de grand talent. Nous avons exposé ensemble en 1996. Elle a été — elle est toujours — l’un de mes maîtres en calligraphie et en dessin de lettres. Ces disciplines sont rigoureuses, elles excluent l’approximation, la fantaisie gratuite. L’esthétique y rend des comptes à la fonction, en permanence.
D. A. : Que signifie et qu’implique, pour l’artiste, la volonté de produire une œuvre graphique et – par certaines de ses qualités – plastique dans une société saturée d’images ?
J. C. : Face à la profusion visuelle dont vous parlez, il y a bien sûr la tentation du rien. Mais plus je vais, et moins je produis d’images : il n’y a pas de représentation. C’est un mot du spectacle (représentation théâtrale…) qui n’est pas adapté aux arts plastiques. Ceux-ci me semblent relever davantage de la contemplation. Il faut du silence devant une œuvre. Au fond, ce pourrait être une définition de mon travail : produire — ou induire — du silence.
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❧……Joseph Clemente
Estampes & peintures récentes
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L’Atelier (Kitty Sabatier / Christel Llop)
64, allées Jean-Jaurés ❧ 31000 Toulouse ❧ 05 62 72 28 43
Site Internet de L'Atelier : Calligraphie à Toulouse [Cliquez ici].❧ Vernissage vendredi 4 mai 2007 à partir de 18 heures.
Exposition jusqu’au vendredi 29 juin.
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En vignette : Joseph Clemente – 2003,
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Dominique Autié
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Quand le labeur
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et les lectures
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vous tendent un seul
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qui est l’écran
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grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
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