soit sereine et féconde,
M. le Président.
Depuis 16 h 15, ce dimanche 6 mai, le même quotidien suisse qu'il y a quinze jours m'indique votre victoire, désormais certaine. Que je m'abstienne, ce soir, de faire la fête avec ceux qui la feront n'exprime rien de significatif : je m'éloigne des fêtes depuis bien longtemps.
Parmi les quelques signes positifs que j'ai toutefois reçus de vous lors de cette campagne électorale, votre projet de vous retirer durant trois jours pour prendre la mesure de la fonction qui va être la vôtre, pour en investir le rôle, m'a touché. Ce que j'ai lu, à travers vos propos tels que la presse les a transcrits, évoque une retraite fermée : les communautés monacales accueillent ainsi des laïcs qui en font la demande, à charge pour eux de respecter la clôture, cette règle de l'espace et du temps dont les reclus ont fait choix, qui délimite strictement leur vie matérielle et spirituelle.
Peut-être avez-vous décidé que la nation – c'est-à-dire, désormais, la presse – ignore tout des modalités de cette retraite. Si c'est le cas, il aura été sage de le vouloir ainsi. Je souhaite, pour ma part, ne rien apprendre du déroulement anecdotique de votre démarche. Celle-ci inspire le respect – le mien en tout cas : je me suis retiré ainsi, une semaine entière, il y a fort longtemps, en l'abbaye bénédictine de Solesmes, et la possibilité d'un tel recours à moi-même à travers la spiritualité d'une communauté d'hommes a toujours tenu une place importante dans mon existence.
Je vous souhaite l'humilité d'accepter l'idée que vos adversaires les plus éclairés puissent vous aider, mieux que certains de vos amis, à épouser la fonction qui vous échoit. Dieu ! préservez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge [1]. Qu'il se trouve parmi ceux qui n'ont pas voté pour vous assez de citoyens conscients de la valeur de la démocratie pour vous aider à réussir. Oui, chargez-vous de les reconnaître, personnellement, ne laissez à nul autre le soin de vous transcrire leur propos !
Il n'appartient qu'à vous, désormais, de discerner ce qui fera de vous un grand homme d'État dans un monde qui paraît courir un peu plus vite chaque jour vers le précipice. Une telle clairvoyance n'est probablement pas de nature strictement stratégique : elle est, pour une part, d'ordre spirituel, et si c'est bien pour interroger cette dimension-là que vous vous absentez quelques jours du devant de la scène, vous avez raison de le faire.
Je vous souhaite, M. le Président, une retraite sereine, féconde, riche des enseignements dont, pour vous-même, vous souhaitez disposer pour gouverner la France.
Abbaye cistercienne de Fontenay.
Le cloître vu de l'entrée de l'entrée de la salle capitulaire – cliché Zodiaque.
Reproduit de L'Art cistercien en France, collection « La Nuit des Temps », éditions Zodiaque, 1962.
[1] Devise familière de Jacques Mesrine.
…………
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Dominique Autié
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