blog dominique autie

 

Jeudi 31 mai 2007

15: 05

 

Dérives


Le multimédia pris au mot
derives1
…………………Consulter le sommaire
…………………du premier numéro de Dérives

intertresetroit
…………………Cliquer ici.

 

 

Je dois à ma dévotion pour la figure et l'œuvre de Fernand Deligny d'être entré en contact avec David Yon, alors qu'il préparait, avec l'équipe de net4image le premier numéro de la revue Dérives. Dois-je lui redire, ainsi qu'à ceux qui l'entourent, ma joie de voir enfin publié dignement ce texte ? Sylvie Astorg et moi l'avions fait paraître dans une publication associative très largement diffusée (nous n'en demandions pas plus), dans le mois qui suivit la mort de « Del » – le seul hommage quelque peu substantiel face au quasi déni de la presse établie (Libération compris qui, vingt ans plus tôt, aurait consacré un numéro spécial à l'événement).

Très tôt, j'ai compris que le projet de publication évoqué par David Yon présentait quelque singularité : très étranger au cinéma, c'est à d'autres signes que j'ai pris la mesure de l'entreprise. Jusqu'à ce qu'elle me paraisse exemplaire d'une démarche parfaitement conséquente au regard de la production intellectuelle et artistique telle qu'elle est contingentée aujourd'hui, au regard des supports désormais disponibles et des publics en attente de cheminements non prévisibles parce que soustraits, pour une large part, aux injonctions du commerce – celui des images, des mots, des idées soumis, comme la mode et les entremets, aux règles de la grande distribution.

Je remercie David Yon d'avoir accepté le principe de cet entretien pour faire connaître ici le travail de net4image et présenter les objectifs de Dérives.


*

 

Entretien avec David Yon

 

Dominique Autié : Le revue multimédia – dans l’acception la plus stricte de ce mot – dont vous faites paraître ces jours-ci le premier numéro est l’émanation d’une équipe qui travaille sous l’égide d’une « coopérative pour la création audiovisuelle », net4image. Quelle est, à grands traits, l’histoire de votre projet, qui en sont les principaux protagonistes ?

David Yon : Le projet net4image est né en 2000. À l’époque, je travaillais sur Paris dans une chaîne de télévision. Ne trouvant plus de sens à ce travail dirigé par des intérêts avant tout économiques, j’ai démissionné et recommencé des études dans le domaine du cinéma. L’idée de net4image a d’abord été de profiter de ce nouvel espace appelé Internet pour offrir une visibilité à des textes, films et photographies. Un espace où les petites choses faites chez soi puissent avoir une existence aux yeux de l’autre. Progressivement, une ligne éditoriale s’est dessinée et le site a été reconnu.

L’idée de Dérives est née en 2004 avec l’essor du Dvd. Je me suis dis qu’une nouvelle possibilité de diffusion / écriture était en train de naître. En alliant un livre et un Dvd, nous pouvons créer des résonances entre les médias et permettre au lecteur de devenir spectateur et inversement : « On peut voir une chose, écouter, lire, voir des images en mouvement, et avoir une émotion, une idée qui chemine, imaginer… », ainsi que le formule la déclaration d'intention de Dérives. Le site Internet derives.tv fait également partie intégrante du projet éditorial.

Dérives : revue et Dvd, et site Internet pour le cinéma s’inscrit dans une démarche d’ouverture vers des champs de réflexion et de pratiques hors du domaine de définition du cinéma. On ne peut pas séparer les choses : le cinéma s’inscrit dans un contexte vivant, et ne se limite pas à la forme « film ». Le premier numéro de Dérives s’intéresse à la question de l’image et du lieu à travers le cinéma de Jean-Claude Rousseau, le travail du poète éducateur Fernand Deligny, les ciné-voyages de Nicolas Rey…

L’équipe de Dérives est constituée de cinq personnes ayant un parcours universitaire en multimédia, cinéma, métiers du livre, muséologie et anthropologie : Jérôme Dittmar, Laura Ghaninéjad, Noria Haddadi, Damien Monnier et moi-même. Nous travaillons avec une graphiste et photographe iranienne, Mansureh Tahavori, et un concepteur Internet, Emmanuel Lavergne. Nous approchons tous de la trentaine et avons une activité salariée en dehors de net4image. Nous habitons entre Paris, Lyon et l’ île d’Yeu.

 

D.A. : D’emblée, je suis frappé par l’usage que Dérives entend faire de la diversité des supports qui sont aujourd’hui à notre disposition : cinéma, DVD, site Internet, revue imprimée de présentation traditionnelle, organisation de manifestations.Et cela en faisant preuve d’un professionnalisme qui vous honore : votre site www.net4image.com a été sélectionné parmi les 500 meilleurs sites web du moment dans le magazine Best on web de décembre dernier ; votre revue témoigne de la même volonté de tirer le meilleur parti du support. Cette attitude est rare, curieusement, les champs respectifs du papier et de l’électronique restant, en dépit des discours lénifiants et des vœux pieux, deux territoires encore très peu perméables l’un à l’autre. J’aurais peine à admettre que votre démarche n’est pas le fruit d’un véritable projet concerté, d’une réflexion de fond sur les supports, l’évolution des modes de lecture, le commerce des œuvres dans nos sociétés…

D.Y. : Le multimédia a longtemps été pour la création le sésame magique. On nous a dit que le numérique allait permettre des choses merveilleuses, un nouveau cinéma, un nouveau langage, sans parler de la tarte à la crème de l’interactivité.

L’écrit, l’image en mouvement, le son. Comment cela entre-t-il en résonance ? Comme pour toute création, il s’agit de rapports. En ce qui concerne Dérives, nous avons suivi une orientation et, avec le temps, les textes, images et films sont entrés en relation les uns aux autres, comme votre texte, Fernand Deligny, le réfractaire.

Nous avons essayé de penser Dérives, comme on penserait un film. Les éléments sont autonomes mais une fois rassemblés, ils forment un tout cohérent. L’écrit met en place une pensée, le film la rend sensible.

 

D.A. : Nous savons, gens du livre, que « l’édition à deux vitesses » est d’ores et déjà une réalité : la prochaine étape, dont l’urgence se fait pressante, consistera à reconnaître une bonne fois qu’il s’agit de deux « filières » parfaitement étanches, ne mettant pas en cause les mêmes acteurs, de l’auteur aux circuits de distribution et de vente, en passant par les technologies mises en œuvre – et à en assumer de part et d’autre, bien évidemment, les conséquences qui s’imposent. Selon votre expérience et vos réflexions, en va-t-il de même pour le cinéma ?

D. Y. : Le cinéma est beaucoup plus jeune que l’édition, mais il traverse également une crise.

Les outils numériques (caméra Dv, montage virtuel) ont démocratisés la création mais la diffusion est contrôlée par d’autres intérêts. La pyramide qui va du créateur, au producteur vers le diffuseur s’est inversée. Ce sont désormais les diffuseurs qui dictent leurs exigences aux producteurs. Aussi, la pression sur les auteurs est si forte que ceux-ci se croient obligés d’anticiper sur ces exigences dans les projets qu’ils présentent.

Pour obtenir une aide à l’écriture ou à la réalisation, il faut écrire un dossier avec un projet, un scénario. Il faut dire, démontrer. Dans cette situation, comment faire financer un film où l’on cherche, un film qui se cherche ? Fernand Deligny a dit à propos du cinéma : « L’image est en dehors du langage, c’est ce qui nous échappe... c'est une trace... une trace qui attend, aux aguets... ». Comment parler de cela avec un chargé de programme travaillant à la télévision ? Alors des films qui ne sont pas dans la logique du diffuseur ne sont pas ou peu vus.

La question que nous nous posons aujourd’hui est de savoir si un projet comme Dérives peut avoir une existence économique. Dérives est imprimée à 500 exemplaires : il est clair que nous ne nous inscrivons pas dans la perspective d’une diffusion de type mass media ou grande distribution.

Mais grâce à Internet, nous pouvons élargir notre espace de diffusion et toucher des personnes qui viennent d’horizons divers et qui se reconnaissent dans notre démarche. Un espace d’échange peut donc se créer : par exemple, Dérives s’ouvre avec le texte d’un critique japonais, Daisuke Akasaka, qui nous a contactés par e-mail. Dans les premières commandes qui ont été faites sur Internet, il est agréable de voir deux commandes provenant des USA, deux du Japon, de l’Irlande, d’Algérie…

Mais Internet n’est pas une finalité en soi, nous voulons aussi organiser des rencontres entre les auteurs et le public par le biais de projections.

Pour en revenir à votre question : oui, pour le cinéma, il est souhaitable que d’autres équilibres se mettent en place. Il faudrait pouvoir créer des salles de cinéma qui accueillent les réalisateurs venant projeter leur film, leur cassette vidéo numérique sous le bras, et qui vendraient leur Dvd à la sortie. Aussi, il faudrait repenser le financement du cinéma, ne pas favoriser uniquement les spécialistes des dossiers écrits mais accepter des sons, des images comme preuves d’un désir et d’un film à venir.

Des horizons existent. Des passionnés travaillent, se regroupent, discutent, écrivent et filment.

 

 

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