blog dominique autie

 

Vendredi 29 juin 2007

14: 01

 

Abstinence :
intertresetroit
tolérance zéro

 

t_es_bourre_ou_quoi

 

 

Je rapproche deux faits, inégalement médiatisés ces derniers jours : d'une part, la déclaration du président de la République affirmant qu'il n'a jamais bu une goutte d'alcool de sa vie [1] et, d'autre part, l'étude actuellement conduite par l'État en vue de réduire le taux d'alcoolémie autorisé au volant de 0,5 g/l. Le ministère concerné démentirait cette rumeur, mais on imagine ce qu'il en est des rumeurs qui font l'ouverture d'un bulletin d'information sur une chaîne de télévision…

Pour ce qui de cette mesure à venir, un rapide inventaire des pratiques au sein de l'Union européenne apprend que six États membres, tous situés à l'Est de l'Europe, ont opté pour un taux zéro : dès lors, une sauce trop vinaigrée, une salade de fruits arrosée de Grand Marnier, mais aussi – on l'ignore d'ordinaire – une friction trop généreuse d'après-rasage ou d'eau de toilette alcoolisée suffisent à rendre le test positif.

J'ai, comme chacun, visionné la prestation de Nicolas Sarkozy devant les journalistes qui couvraient le G8. J'ai lu sur le site du Monde le témoignage de Richard Werly, journaliste présent à la conférence de presse [3], dont la pondération fait, une fois n'est pas coutume, honneur à sa profession. Je me garderai de tout affirmation – et, plus encore, de tout jugement à l'emporte-pièce.

Les législateurs estonien, hongrois, lettonien, polonais, tchèque et slovaque ont eu le mérite (et, sans nul doute, le courage) de placer leurs concitoyens devant une évidence : il n'existe pas de demi-mesure dans la prise en compte de la consommation de l'alcool et de ses effets ; pas plus dans la sphère intime, qui confronte le buveur occasionnel ou addictif à sa pratique, que dans celle des sociétés. C'est d'ailleurs ce qui rend si antipathique le dossier de l'alcoolisme et de sa prévention : impossible de se montrer convivial, œcuménique, bien-pensant sans passer pour un pitre et un salaud aux yeux de ceux qui savent de quoi il en retourne. À 0,2 g/l, un verre de vin, un demi pression passeront encore, pas un whisky strictement dosé. Ce qui signifie qu'il conviendra de renoncer à effectuer des contrôles routiers à certaines heures et en certains endroits du territoire, sauf à verbaliser plus d'un conducteur sur deux. Si de tels contrôles étaient pourtant mis en place, la seule stratégie raisonnable et efficace consistera, pour tout citoyen sachant qu'il prendra le volant dans la journée ou dans la nuit, à renoncer purement et simplement à toute consommation d'alcool. À moins que le test ne soit pratiqué systématiquement qu'en cas d'accident, ou à titre répressif dans le cadre de contrôles ciblés, et j'y vois alors une mesure non seulement inutile au regard des effets attendus (la baisse des accidents dû à une consommation excessive d'alcool), mais également injuste : si j'ai une bonne bouille et une maîtrise confirmée de la conduite, je pourrai, moyennant une prise de risque très réduite (je parle, bien entendu, de la peur du gendarme, non du risque d'accident), m'en tenir à une vigilance très approximative sur mon taux d'alcoolémie lors d'un dîner entre amis ou d'un vernissage mondain.

L'étape entre la législation actuelle et l'interdiction totale d'une alcoolémie positive au volant me semble vaine, et moralement pitoyable parce que dictée par la peur de déplaire.

Quant aux termes dans lesquels Nicolas Sarkozy s'est défendu des soupçons suscités par sa prestation devant la presse le 7 juin dernier, il suffit de rappeler clairement ceci : soit il compte parmi les 4 % de sujets atteints d'un dysfonctionnement de l'enzyme hépatique impliquée dans le métabolisme de l'alcool et développe, depuis la naissance, une intolérance sévère à toute boisson alcoolisée ; soit il a, de façon libre ou contrainte, pour une raison qui ne saurait me regarder (ni en tant qu'individu, ni en tant que citoyen), adopté une conduite d'abstinence à laquelle il n'aurait donc jamais dérogé. Dans cette seconde hypothèse, il convient d'avoir en mémoire que l'abstinence alcoolique pratiquée par les anciens buveurs excessifs ne souffre aucun aménagement, par le court compromis : nous agrémentons l'huile de nos salades d'une rasade de jus de citron. Afin que nulle ambiguité n'ait place dans l'esprit de personne, mieux vaut s'assurer, en toute rigueur, que c'est bien à cette abstinence-là qu'on se réfère, que c'est elle qu'on invoque.

Sur la prestation de notre président, qui a tant occupé le désœuvrement public ces dernières semaines, encore ceci : vous ne verrez jamais un alcoolique abstinent jeter sa bouteille vide à la figure de son prochain, même s'il semble tituber. Notre propre négociation avec la mort nous a rendus, pour la plupart, trop modestes – et fiers – pour prendre le risque de nous tromper.

 

 

[1] Source (entre autres) : site Internet du Nouvel Observateur, mise en ligne du 22 juin 2007 à 11 h 47 : « Le présentateur peut-être ivre lui-même ».
[2] Sur la chaîne LCI, ce mardi 26 juin à 8 h 30 (la rumeur d'État m'étant imposée avec mon double express, au zinc du petit café montalbanais où j'ai mes habitudes lorsque je me rends au département Archives et médiathèque de l'université ; nous auditionnions, mardi, les candidats de la prochaine promotion de master professionnel d'édition).
[3] Mise en ligne du 13 juin 2007 à 8 h 52, en collaboration avec le quotidien suisse Le Temps, « Heiligendamm, jeudi 7 juin, 17h30… »

 

 

T'es bourré ou quoi ? – Image circulant sur la Toile, dont l'origine n'est nulle part précisée (du moins mes recherches sont-elles restées vaines).



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Commentaires:

Commentaire de: Jacques Layani [Visiteur]
Il affirme qu'"il n'a jamais bu une goutte d'alcool de sa vie". Extraordinaire. Ce personnage affirme et il faut le croire. Voilà, c'est comme ça. C'est la politique de l'affirmation et de la bouche ouverte, qui gobe. Il l'a dit, c'est donc vrai. En avant, marche. Une-deux, une-deux.

Ce qui m'amuse, c'est que l'on ait pu prétendre qu'il était dans son état normal, ce jour-là. Si c'est là son état normal, c'est terrifiant.
Permalien Vendredi 29 juin 2007 @ 15:03
Commentaire de: iPidiblue baba d'admiration [Visiteur]
Même pas un Baba au Rhum ...
Permalien Samedi 30 juin 2007 @ 11:44
Commentaire de: Didier Goux [Visiteur] · http://didiergoux.blogspot.com/
Nicolas Sarkozy affirme n'avoir "jamais dérogé". J'aurais une certaine tendance (que je suis incapable d'étayer sérieusement) envers les gens qui ne dérogent jamais - et s'en flattent.
Permalien Vendredi 6 juillet 2007 @ 20:55
Commentaire de: Didier Goux [Visiteur] · http://didiergoux.blogspot.com/
Une certaine tendance à la méfiance : j'écris trop vite, je perds des mots en route...
Permalien Samedi 7 juillet 2007 @ 09:04
Commentaire de: admin [Membre]
Ce n’est peut-être pas un hasard que vous ayez perdu ce mot-là, en cette circonstance-là, au moment de l’écrire. Je déplore qu’il ne vous ait pas fait défaut tout à fait, définitivement.
Quand quelqu’un en arrive à ce niveau d’affirmation concernant sa relation à l’alcool, vous avez neuf chances sur dix qu’il s’agisse d’un alcoolique abstinent (ce que je suis depuis vingt-deux ans), plus rarement – je l’ai rappelé dans mon texte – d’une personne souffrant d’un déficit métabolique qui le rend, pour faire vite, allergique à toute prise d’alcool.
Dans les deux cas, vous n’êtes pas confronté à un discours de fanfaron, mais à un cheminement personnel : douloureux dans tous les cas – avant la décision d’abstinence chez l’alcoolique buveur excessif, sur une vie entière chez la personne allergique.
Votre méfiance systématique est, dès lors, de bien mauvais aloi. S’il y a mensonge, c’est à soi-même que l’alcoolique continue de se mentir. Il est étrange (mais vous n’exprimez, désolé de vous le dire, que le grand ordinaire concernant la question de l’alcoolisme) et pathétique que votre méfiance s’exerce à l’endroit d’une personne qui verbalise sa relation à l’alcool, alors que vous serez le dupe consentant d’un alcoolique, parfois proche de vous, qui vous jure qu’il ne boit pas excessivement et, surtout qu’il s’arrête quand il veut.
Mes pages sur l’alcoolisme abstinent ont pour seul propos de tenter d’éclairer un peu le regard des hommes de bonne volonté, sur qui pèse la désinformation d’État – sur ce sujet-là par excellence, enjeu de luttes d’influences économiques, qui appelle bien trop de rigueur et de courage chez nos politiques, nos cadres, chez la plupart d’entre nous pour être abordé frontalement : de sorte qu’on en transfère la charge à une médecine elle-même démunie face à la personnalité de l’alcoolique, et à une association américaine exerçant un monopole sur le discours touchant à l’abstinence alcoolique (les “AA”, comme ils se nomment eux-mêmes couramment).
Vous nous permettez simplement de vérifier qu’il y a encore – ce que nous savons – un très long chemin à parcourir pour faire céder ces verrous, ces opinions formatées, cet endormissement face à un drame qui tue bien plus que toutes les drogues et les accidents de la route cumulés ; et qu’il nous faut, inlassablement, prendre notre petit marteau et taper sur notre petit clou, pour dire, redire, ce qu’il en est de l’abstinence pour l’alcoolique. Cela, devant les faces goguenardes et incrédules, insultantes pour dire, de gens comme vous.
D.A.
Permalien Samedi 7 juillet 2007 @ 11:46
Commentaire de: Didier Goux [Visiteur] · http://didiergoux.blogspot.com/
Mais, voyons : je ne parlais là QUE de Nicolas Sarkozy ! Croyez que je connais le problème de l'alcoolisme, pour y avoir été au moins deux fois confronté dans mon très proche entourage : c'est un mauvais procès que vous me faites.

Le cas de Sarkozy est évidemment tout autre. Il est constamment sous les feux des projecteurs depuis l'âge de 22 ou 23 ans : comment aurait-il pu devenir alcoolique sans personne, jamais, ne s'en avise et sans que l'information ne nous parvienne ?
Permalien Samedi 7 juillet 2007 @ 11:53
Commentaire de: iPidiblue aka docteur House [Visiteur]
Mon diagnostic : voici deux garçons co-dépendants à la littérature depuis x années mais qui ne se shootent pas du tout avec la même drogue et dans les mêmes conditions (hérédité chargée, influence familiale caractéristique et mauvais entourage professionnel).

Mon pronostic : sévère, involution vers la graphomanie dans les deux cas, compulsion éditoriale, cas classiques dont on connaît l'évolution, à la fin le malade fait des crises d'épilepsies avec crispation de la main qui peuvent être fatales.

Mon ordonnance : Les cas X et Y doivent éviter de se fréquenter car ils pourraient se surcontaminer.
Faire de temps en temps un essai de jeûne, week-end sans un livre et sans une ligne - mais peu de chance de guérison.
Tenir les mains éloignées des claviers d'ordinateur (qui déclenchent des prurits).
Une rémission est toujours possible (de courte durée), la prière est indiquée comme soutien psychologique.
L'entourage doit se montrer patient et le lecteur aussi.

Permalien Samedi 7 juillet 2007 @ 12:13
Commentaire de: Dominique WELSCH [Visiteur]
J'ai observé autour de moi la réaction aux propos de Nicolas Sarkozy sur l' Alcool.
Principalement de la méfiance, "il faut se méfier de quelqu' un qui ne boit pas !, c' est louche"...Rassurez nous Président, de temps à autre un petit verre ....Juste un.
L'alcoolique Abstinent, que je suis avec un grand A reconnut aussi vite les regards dont il fût longtemps abreuvé,l' oeil scrutateur du bon-vivant moralisateur à la recherche de la molécule d' alcool pouvant ainsi affirmer "mais si, il boit !" Sauvé !
Alors quand vint l' association Poutine=Vodka, le spectacle allait être grandiose....calez vos magnétoscopes, j' en suis encore resté là, aux magnétoscopes, par nostalgie des k7, il reste juste une place derrière Gainsbourg voulant baiser Withney Houston chez Drucker...Et moi, je me disais combien ont allumé leurs camescopes à mes visites, persuadés que cette fois ci, j' allais "replongé".....3 ans, pas encore et je les voyais repartir penaud, à la MMA, "je l' aurais !"...
Si cette merveilleuse histoire qu' a été ma rencontre avec mon Abstinence, ma révèlation, n' avait été qu' une posture morale, je rirais de toutes cette cruauté...car il convient de ne pas se tromper, l' Abstinence se construit à l' interstice de la mort et de la vie, comme le dernier verre, à la limite extrême des souffrances qu' un cerveau peut encaisser....Et il m' est épouvantable de voir autant de cons dans l' attente de voir "trébucher" l' autre, celui qui ne tient plus la route, l' empêcheur de se saoûler en paix,... si ce n' était à l' époque qu' être ivre que je cherchais, un aspro aurait suffit mais "ivre mort", j' avais déjà outrepassé depuis longtemps le coté ivre de la piéce...
Comme tout est mélangé,comme le raccourci s'est imposé comme forme supérieure de la reflexion.......Pénalisons ! Code pénal en main, interdisons et comme Ponce pilate, lavons nous les mains au dessus d' une barrique !
Permalien Lundi 23 juillet 2007 @ 15:40
Commentaire de: Jean-Michel P. [Visiteur]
Le pouvoir suprême est une drogue dure bien supérieure, dans son ivresse, aux chimies trafiquées de Cali ou de Kaboul. A chaque instant, l’argent vous est donné, les sexes vous sont offerts, le destin, la carrière, la liberté, la vie, hier encore, de tous et de chacun, vous appartiennent.

Le gamin de Neuilly commence sa véritable addiction. Le fils d’immigré hongrois au grand-père Juif, le fils d’une femme abandonnée par son mari, le petit gars d’1, 63 m (sans talonnette) et sans tune (chez les vrais riches), il rêvait de la dope la plus pure. Mais pour ne pas en crever tout de suite, pour en savourer l’exquise épouvante, il fallait y goûter un peu, juste un peu, mais très tôt, au sortir de l’adolescence, avant 30 ans déjà maire et député.

Et puis, lorsque la profonde intoxication aura envahi l’être dans son entier, lorsque la vie même sera accrochée par l’extase du sommet, le dealer (le peuple) risque de se détourner, de ne plus renouveler les doses. Alors, comme un pantin maudit il cherchera l’ombre des sensations perdues, interdites et dans l’enfer du manque plus personne ne se demandera pourquoi il titube.

Permalien Dimanche 29 juillet 2007 @ 19:51
Commentaire de: Antimod [Visiteur] · http://Antimod
Je suis surpris que vous ne l'ayez pas relevé. Notre très cher absident Sarkosy n'a t'il pas consommé du cidre au Mont Saint Michel et du blanc à Sancerre. Sincère ! Sincère ! Qui est Sancerre ici ? Il aurait même déclaré "On peut boire sans consommer ..." ou peut-être l'inverse Peut-importe puisque cette phrase historique si inombrablement répétée n'a ni queue ni tête. En tout état de cause Cidre et Sancerre il s'agit toujours de boissons alcoolisées.
Permalien Mardi 21 août 2007 @ 00:46

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