blog dominique autie

 

Vendredi 3 août 2007

08: 47

Célébrations XIV

 

lancelot_blog

 

 

Le monstre nous poursuit, Lancelot !

Pour de vrai, cette chronique doit absolument s'intituler :

intertresetroit
Honneur à Jacques Blondeau,
intertresetroit
qui a enchanté mon enfance !

 

1961 – date probable de la publication du feuilleton – fut l'année de mes douze ans. J'étais abonné au Journal de Mickey. En juillet de l'année suivante, Georges Bataille mourait à Paris.

Dans ma mémoire, cela a duré des années – qui ne furent sans doute qu'une poignée de semaines, affirmera mon biographe. J'avais obtenu qu'on m'achetât un pantalon de survêtement bleu pétard et une chemisette du même marron foncé que la tunique du chevalier. Comme il était hors de question qu'un jouet figurant une arme rejoignît mes boîtes de Mécano et mon réseau ferroviaire Jouef, je me bricolais [2] mon épée dans des chutes de plinthe. Et, le jeudi matin [3], je guettais le facteur qui délivrait, roulé sous une bande de papier grisâtre, le nouvel épisode d'une mythologie dont les dieux ne cesseront dès lors de s'empiler, dressant aujourd'hui en mon for intérieur une sorte de tour à l'équilibre précaire – entre Pise, Babel et le dakhmā.

Dieu sait pourtant que ce garçon (je parle du jeune Lancelot) est propre sur lui ! Sa petite blondasse d'Elvyne me semble aujourd'hui la sinistre préfiguration des pintades qui me toiseront quelques années plus tard – et me toisent toujours, pour d'autres raisons, l'âge aidant –, sûres de leur cote de faux Botticelli.

Sauf erreur ou omission – et toutes choses égales par ailleurs (merveilleux spécimen de xyloglossie que je donne à ronger aux petits fonctionnaires de l'âme qui auraient égaré leur gamelle) –, je n'ai trouvé sur Internet qu'une seule planche complète de cette série, et une seule page consacrée à Jacques Blondeau, son auteur. J'y apprends que cet homme n'a pas dédié son talent aux seuls pré-adolescents du monde ancien. Dans son Arsène Lupin et son Maigret pour les grands quotidiens et les hebdomadaires des années 1950, il dessinait sensuellement les femmes, me dit-on. On aimerait disposer, à propos d'un tel artiste, de plus et mieux que ces maigres lignes. La Toile est aussi une fosse commune. L'absence y est parfois pénible. Douloureuse. Je me devrais de préparer pour cet homme le Tombeau qu'il mérite. Qu'on m'y aide !

Sans doute existe-t-il – comme c'est le cas, à ma plus grande joie, pour le musicien François de Roubaix ou le chef d'orchestre Ray Conniff [1]) des « fous » du Lancelot du Journal de Mickey des années 1960. Sans doute des amateurs qui vouent à Jacques Blondeau une légitime admiration, doublée de cette forme de piété – que je pratique volontiers moi-même – qui consiste à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'une œuvre et son auteur continuent de rayonner. Peut-être une nièce, un lointain cousin du dessinateur qui se réjouiront qu'on honore la mémoire de leur déjà lointain parent. Qu'ils se sachent bienvenus sur ce blog, dont la tenue, pour une large part, n'est légitime qu'à mesure des liens qu'il (re)tisse entre l'écrit et ses lecteurs.

Reste mon émotion, presque intacte, devant cette planche unique. Disposer de plusieurs épisodes qui se suivent raviverait les braises – j'ai notamment mémoire d'une livraison qui, un jeudi, consista en une seule image pleine page de Lancelot, sur son cheval, s'avançant dans le marais où pataugeait Balsamehr, le répugnant T Rex dressé pour tuer le preux chevalier.

Manquera toutefois le cliché, que nul n'aurait songé à prendre, de l'enfant de onze travesti se contemplant devant l'immense miroir incrusté sur la porte centrale de l'armoire familiale. Nul clinicien ne saurait recourir à l'aune interdite de ses propres métamorphoses pour livrer la moindre étude sur l'importance de cette fonction chez l'enfant. On nous amuse avec une panoplie de concepts fumeux, alors que tout, ou presque, se joue là, devant la glace – et continue parfois de se jouer, plus tard, devant l'objectif d'un appareil photographique, pour quelques-uns que le déni n'a pas réduits à la cécité.

intertresetroit
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[1] Dois-je rappeler aux jeunes lecteurs de ce blog que, dans le monde ancien, le jeudi, non le mercredi, était jour férié pour l'écolier ?
[2] Afin de mieux mâcher le travail de l'universitaire qui se chargera d'établir l'apparat critique de mes œuvres complètes, je confirme que l'imparfait restitue la constance que ma mère observait à confondre cette épée avec un vieux bout de bois qui traînait et n'avait rien à faire dans ma chambre. Mon père, qui ne jetait rien, me réapprovionnait en vieilles moulures dûment entreposées dans la cave de notre pavillon.
[3] Ces pages restent, sur le long cours, parmi les plus visitées et les plus commentées de ce site.

 

……………blondeau_vignettexxx
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