blog dominique autie

 

Mardi 11 septembre 2007

07: 51

 

 

pieta_munich

 

Pietà
intertresetroit
selon Philip K. Dick

 

 

Comme souvent : une simple note en bas de page, dans un essai sur la Bibliothèque nationale de France – qui fera prochainement l'objet d'une contribution à L'ordinaire…. L'auteur cite un bref passage d'une conférence de Philip K. Dick, dont le texte a paru en français avec trois autres [1]. Je suis loin d'être un grand lecteur de science-fiction. Mais une virée sur le site de l'éditeur me convainc : Dick, au fil de ces exposés, aborde dans les années 1970, des thématiques d'une brûlante actualité, selon la figure obligée des débiteurs de saucisses qui rédigent les quatrièmes de couverture dans la plupart des maisons d'édition.

Dans le premier de ces textes, m'attendait une surprise de taille, d'une eau bien plus saisissante qu'un faciès d'E.T. fraîchement débarqué :

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Il arrive que certaines situations angoissantes créent instantanément un être humain là où il n'y avait, quelques minutes plus tôt, qu'une poignée d'argile. Une telle situation peut se lire sur les visages des pietà médiévales : le Christ mort dans les bras de sa mère. Deux visage, en fait : celui d'un homme, celui d'une femme. Étrangement, sur de nombreuses pietà, le visage du Christ semble bien plus âgé que celui de sa mère. C'est comme si un vieil homme était porté par une jeune femme : elle est encore en vie, et pourtant elle est venue avant lui. Il a parcouru, en vieillissant, tout son cycle de vie, tandis qu'elle a le même visage qu'elle a toujours eu, non pas hors du temps, au sens classique, mais capable de transcender ce qui s'est passé. Lui n'a pas survécu ; on peut le lire sur son visage. Elle survit. D'une certaine manière, ils ont traversé ensemble cette épreuve, mais en ressortent changés d'une manière différente [2].

À plusieurs reprises, dans ces quatre textes, Philip K. Dick insiste sur les deux questions qui lancinent ses récits : Qu'est-ce que la réalité ? et Qu'est-ce qui constitue un être humain authentique [3] ? Or, l'hypothèse à l'appui de laquelle Philip K. Dick invoque ici cette singularité du genre pietàqui me fascine de longue date [4] – touche à ces deux préoccupations, et non à la seule genèse de l'humain comme semble l'indiquer l'auteur. Pour mieux dire, la question du hiatus chronologique entre la Vierge et son Fils sur les pietà opère au cœur du concept qui lie les deux problématiques – la réalité et l'humain –, à savoir le Temps :

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Notre discipline, la science-fiction, se soucie de la partie du cycle de vie de notre espèce qui s'étend devant nous. Mais si c'est un véritable cycle, alors, d'une certaine façon, sa partie future a déjà commencé. Ou, tout au moins, nous pouvons, sur une base quasi mathématique, extrapoler précisément les chiffres manquants de la série dont nous représentons le passé. Premier chiffre: la culture de la Terre-Mère. Ensuite, les divinités solaires masculines, avec leurs sociétés strictes et autoritaires, de Sparte à Rome jusqu'à l'Italie et au Japon fascistes, à l'Allemagne et l'Union Soviétique. Et à présent, peut-être sommes-nous parvenus à ce point vers lequel tendaient les pietà médiévales : dans les bras de la Terre-Mère, qui vit encore, la divinité solaire morte, son fils, se trouvant de nouveau dans le silence du retour à la matrice d'où il est issu. Je pense que nous entrons dans la troisième et peut-être dernière séquence de notre histoire, et il s'agit d'une société que notre discipline entrevoit et qui sera bien différente de l'une comme de l'autre des deux civilisations mondiales que nous avons connues par le passé. Ce n'est pas un cycle à deux temps ; nous n'avons pas atteint la conclusion de la période de la divinité solaire masculine après quoi nous revenons simplement à un culte de la Terre-Mère primordiale, que ses seins regorgent de lait ou non. Ce qui gît devant nous est nouveau. Et il est possible qu'au-delà il y ait encore autre chose, quelque chose d'unique et d'encore opaque à notre regard. Je peux voir moi-même jusque-là : la réalisation, l'accomplissement, ou la pietà médiévale comme réalité vivante, notre milieu total, un environnement externe aussi vivant que nous-mêmes - voilà jusqu'où porte mon regard. Pour le moment du moins. Je pourrais m'en contenter ; je serais ravi de m'étendre en somnolant et toujours en vie « invisible mais non point effacé » comme l'écrit Henry Vaughan – dans ses bras [5].

La Terre-Mère plus jeune que le Surhomme – la divinité solaire masculine, soumise à la linéarité du Temps, morte d'épuisement [6]. Philip K. Dick est épiscopalien, c'est-à-dire anglican. La référence à la Bible est constante dans ces pages où l'auteur de science-fiction (dont lui-même reconnaît qu'il ne sait rien – rien de spécifique dû à son activité, ou qui légitime celle-ci dans le registre des sciences exactes) s'interroge sur les expériences qui structurent l'écriture de ses livres : on lira, fasciné, la découverte par Dick de la triple occurrence d'une même scène (la rencontre d'un inconnu à qui l'on rend service) dans un roman qu'il a écrit en 1970, puis dans la vie réelle, avant qu'un prêtre ne lui fasse remarquer que celle-ci – noms des personnages compris – figure dans les Actes des Apôtres (que Dick jure n'avoir jamais lus avant cette date [7]). La pietà ne fait donc pas ici l'objet d'une froide référence érudite d'anthropologue ou d'historien de l'art. Elle s'impose au cœur d'une réflexion intime dans laquelle la pensée religieuse a sa place pour elle-même, en tant que laboratoire d'humanité, si l'on peut avancer cette image, dans l'esprit où Dick dit poursuivre l'humain, comme un limier à la recherche de ses indices.

Je poursuis avec ce texte – j'excède les limites du droit de citation, que l'éditeur me l'accorde, je souhaite lui valoir quelques lecteurs tant ces textes de Philipp K. Dick sont prodigieusement excitants [8]. Car il n'est pas question d'en rester là avec la pietà. Dick continue de tirer le fil :

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Si une pietà peinte voilà mille ans par un artisan médiéval a pu anticiper, par l'art peut-on dire psionique [9] ? – de ce dernier, notre monde futur, alors qu'est-ce qui pourrait aujourd'hui constituer l'équivalent de son oeuvre inspirée et pré-cognitive ? Que possédons-nous actuellement qui soit aussi simple et familier à notre monde du vingtième siècle que ces pietà ordinaires l'étaient à la chrétienté du treizième siècle, et représente le microcosme d'un futur distant ? Essayons d'imaginer tout d'abord un pieux paysan français du treizième siècle en train d'admirer une pietà rustique et y lisant le présage de la société du vingt-et-unième siècle, qui est l'objet de nos spéculations, nous autres, écrivains de science-fiction. Et puis, comme dans un film de Bergman, passons sans enchaînement à … – à quoi exactement ? Quel est le présage que nous sommes en train de lire ?

Cycler – et recycler. La pietà de notre monde moderne : laide, ordinaire, banale, omniprésente. Non pas le Christ mort dans les bras de sa mère éternellement souffrante, mais un monceau de canettes de bière Budweiser en alu, de vingt-cinq mètres de haut, avec des milliers d'autres canettes, en train d'être ramassées par une benne dans un vacarme assourdissant de ferraille, débordant et s'écrasant au sol comme une grêle métallique, tandis qu'une usine homéostatique géante de bière Budweiser, automatisée et informatisée – une auto-usine, c'est le titre que j'ai donné à une nouvelle [10] – presse fermement contre elle les canettes vides pour les recycler et leur redonner vie, avec un nouveau contenu vivant. Exactement comme avant.., ou bien – si les chimistes des labos de bière Budweiser accomplissent le projet divin du progrès continu – avec une bière encore meilleure dedans.

La Pietà, non plus figure originaire d'un monde ancien, mais conjonction active de deux opérateurs du Temps, intervenant depuis l'une de ces réalités situées sur un axe orthogonal par rapport à celui du temps que nous croyons vivre – idée que développe Dick dans l'ensemble de son œuvre –, voilà qui enrichit considérablement le regard que nous pouvons porter sur le chef-d'œuvre de Michelangelo. Isn'it ?

 

© Les éditions de L'Éclat, 1998,
pour les passages reproduits du texte de Philippe K. Dick.

 

[Liens]
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Ma première mise en ligne
sur la Pietà, en novembre 2004.

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*
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Une page du livre de Robert Hupka.

 

 

[1] Philip K. Dick, Si ce monde vous déplait…, anthologie établie et préfacée par Michel Valensi, textes traduits de l'américain par Christophe Wall-Romana, éditions de L'Éclat, 1999.
[2] Passim, notamment p. 186.
[3] « Androïde contre humain » (1972), op. cit., pp. 61-62.
[4] L'un des premiers textes que j'ai mis en ligne, le seul que j'aie publié deux fois – la seconde le Vendredi saint de 2005. Alina Reyes attira mon attention, dans les commentaires, sur le travail photographique réalisé par Robert Upka sur la Pietà de Michelangelo. C'est seulement des mois plus tard que je fis le rapprochement : je disposais, depuis sa parution, du livre (chef-d'œuvre de mise en page et d'impression !) qui rassemble les plus beaux clichés d'Upka, et c'est précisément de ce livre que j'avais tiré la photographie qui ouvrait sur ce texte – la même, dès novembre 2004. J'ai recomposé la page initiale, ces jours-ci, mais on peut toujours consulter le post de mars 2005, avec l'image et le commentaire d'Alina Reyes.
[5] Et les passages cités suivants : Ibid., pp. 71-74 (texte continu).
[6] Sur le thème de la Terre-Mère – ou de la Grande Déesse, je renvoie (pour ceux qui auront le goût de trouver l'ouvrage chez les bouquinistes ou de le lire en bibliothèque) à la belle étude de Jean Przyluski (qui fut professeur au Collège de France), La Grande Déesse, Introduction à l'étude comparative des religions, Payot, « Bibliothèque historique », 1950. Par ailleurs, les éditions Albin Michel ont fait paraître en 1998 un ouvrage de Shahruch Husain (traduit de l'anglais par Alain Deschamps), La Grande Déesse-Mère (collection « Sagesses du monde »). Le volume est richement illustré, dans une maquette qui est une stricte copie conforme de la charte graphique de Pierre Marchand pour la collection « Découvertes » de Gallimard. Mais ce livre, pourtant utile comme porte d'entrée dans ce vaste et difficile sujet, est donné comme définitivement indisponible sur les sites de vente en ligne.
[7] Dans « Comment construire un univers qui ne tombe pas en morceaux au bout de deux jours » (1978), ibid., pp. 183 sq.
[8] D'autant que cette édition de conférences de Philip K. Dick présente la particularité d'un appareil critique – au demeurant fort intéressant – établi par Michel Valensi, qui est directeur des éditions de L'Éclat. L'éditeur est donc ici editor et publisher (why not ? l'expérience, j'en témoigne, peut être féconde et, surtout, elle me semble emblématique d'un mode de gestion de l'édition dans lequel l'entrepreneur est comptable – parce que compétent – des contenus qu'il publie). Il renvoie presque exclusivement, dans ses commentaires, à des ouvrages publiés par sa propre maison d'édition. Cela va des fragments d'Héraclite (L'Éclat a fait paraître la traduction française de l'édition de Giorgio Colli) à des travaux sur Emerson. Pour comprendre Philip K. Dick et, plus largement, s'instruire, il suffit donc d'acquérir en bloc le fonds des éditions de L'Éclat. Ne vous manquera que la Bible et deux ou trois autres babioles, disponibles dans le domaine public. Ce petit coup de griffe n'atténue pas les mérites de cette maison d'édition, qui sont grands et précieux.
[9] La psionique désigne l’étude des phénomènes dits paranormaux liés au fonctionnement du psychisme : hypnose, télépathie, télékynésie…
[10] « Autofac » (1955), traduction française publiée dans Nouvelles (1953-1963), Denoël, Paris, 1997.

 

 

Pietà, ca. 1400, sculpteur allemand anonyme.
Statue polychrome, hauteur 75 cm. Bayerisches Nationalmuseum de Munich. D.R.

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Commentaires:

Cher Dominique, sur le rôle de l'art, passerelle entre deux mondes, deux réalités (plus que deux époques) glissant l'une contre l'autre sans néanmoins jamais se superposer (ou alors, l'instant d'une révélation), je me permets de vous rappeler mon propre texte...
Toutefois, sans aller lire ou relire tout Dick (beaucoup de choses ne valent rien), je vous rappelle que ce genre de transposition était coutumière d'un Léon Bloy, qui dénichait toujours le Christ ou Dieu dans les réalités les plus en apparence phénoménalement éloignées du sacré, comme par exemple les truismes répétés par les idiots. En fait, l'une des plus éminentes caractéristiques de l'art du XXe siècle, en cela digne héritier de celui du siècle précédent, est de dénicher le sacré dans les ordures, puisqu'il n'ont pu se résoudre à s'en séparer complètement (du sacré...).
Amitiés.
Permalien Mardi 11 septembre 2007 @ 14:05
Mais... j'y songe, cher Dominique, je ne sais si vous connaissez l'ouvrage de Luc de Goustine intitulé Mystique ouvrière et tradition hermétique : le Christ de Tulle (Dervy, 1986) qui établit la thèse selon laquelle le vocabulaire du pèlerinage est entré dans celui du métier d'imprimeur : épreuves, coquilles, bourdons, mais aussi composition et compostage, ces deux mots renvoyant à Compostelle, soit compone stellam, l'injonction de composer l'étoile de saint Jacques, laquelle est l'astre à huit rais du Christ ressuscité...
Vous aimerez je crois !
Permalien Mardi 11 septembre 2007 @ 15:44
Commentaire de: iPidiblue bifide [Visiteur]
Ce pauvre Michel-Ange que je n'avais pas reconnu sous ses nouveaux atours ! Je cherchais je ne sais quel cinéaste transalpin qui s'était penché avec ferveur sur les dames style Michelangelo Antonioni ...
Permalien Mardi 11 septembre 2007 @ 16:12
Commentaire de: cedric [Visiteur] · http://rienquemonmonde.hautetfort.com/
Rien qu'une majuscule.

Dans le deuxième extrait de K. Dick : "...d'où il est issu. je pense que nous..."
Permalien Jeudi 13 septembre 2007 @ 19:16
Mon pauvre Dominique, entre les docteurs en orthographe (qui écrivent comme des pieds, on s'en serait douté) et la fouine versicolore se croyant spirituelle, le niveau de (certains de) vos commentateurs me laisse bien songeur...
Permalien Jeudi 13 septembre 2007 @ 21:58
Commentaire de: iPidiblue et l'adjudant de mes deux [Visiteur]
Mon petit Juan tu devrais prendre en mains des camps de rééducation "à la bonne pensée", lever à l'aube toutes lettres en oriflamme, trompette matutinale en grave majeur, exercices de français appliqué à l'assouplissement de la doxa ; un vrai malheur dans les bonnes familles et surtout, surtout, pas de mixité ! Il ne faut pas faire tourner la sauce et relancer les aigreurs d'estomac de l'instructeur.
Permalien Vendredi 14 septembre 2007 @ 12:42
Commentaire de: George [Visiteur]
Pour vous Pidibule, ce serait plutôt la quarantaine dans le quartier des homos arcs-en-ciel, non ?
Ceci dit, avec deux ou trois mecs affamés, voilà qui ferait votre bonheur...
Permalien Vendredi 14 septembre 2007 @ 14:19
Commentaire de: cedric [Visiteur] · http://rienquemonmonde.hautetfort.com/
Ne plaignez pas Dominique Autié de ma présence, monsieur le méchant Stalker...ma présence, il la souhaite et la soutient ! ( Jusqu'à ce qu'il ne la souhaite plus, il va s'en dire ; je m'en irai alors comme je suis venu, sans mot dire.)

Mais merci d'avoir exprimé ainsi votre suffisante pensée, monsieur le méchant Stalker, car désormais je sais que si je croise une coquille dans 'la Zone', je me garderai bien de vous la signaler ; ce qui fut pourtant le cas dans le passé, un "quelqueS temps" avait été laissé, je vous en avais informé, j'en avais même été remercié...bizarre...

Il faut croire que monsieur le méchant Stalker a ses humeurs, peut-être lui arrive-t-il même quelques fois d'être baptisé : "monsieur le gentil Stalker" ! Qui sait !?
Permalien Vendredi 14 septembre 2007 @ 19:25
Oh non, j'accepte toutes les remarques formelles (la preuve, il me semble avoir tenu compte des vôtres) mais je trouve tout de même un peu... limités les commentaires de ce type (qui plus est systématique) sur des notes qui valent tout de même beaucoup mieux... Surtout que, si j'aime les formes impeccables, celles-ci n'ont d'intérêt que corrélées à un texte de quelque valeur... Et les vôtres, pfffff...
Quant à Pierre Driout : mon Dieu, à mes yeux, son unique intérêt est de détester quelques crétins (je ne vais pas les nommer, hein, mon cher camusien) encore plus que moi !
Permalien Vendredi 14 septembre 2007 @ 19:58
Commentaire de: iPidiblue sarcastique [Visiteur]
Tu crois vraiment que je prends au sérieux toutes les petites bavasseries des uns et des autres ? Je laisse cela à Guillaume Cingal qui ne crache pas sur ses émoulements, ni sur ses peaux d'âne (il faut bien qu'il se donne une contenance).

Moi je chante "Maréchal nous voilà !" pour faire braire les imbéciles ...

http://youtube.com/watch?v=6mKSzyHdfmY
Permalien Vendredi 14 septembre 2007 @ 21:32
Commentaire de: cedric [Visiteur] · http://rienquemonmonde.hautetfort.com/
Vous gagnâtes, monsieur le Stalker, je renonce dès cet instant à mes commentaires indélicats. Mes détections de coquilles emprunteront la voie invisible et comme je n'ai pas la rancune comme défaut, si j'en croise sur votre site, je vous les signalerai également.

Permalien Samedi 15 septembre 2007 @ 18:28

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
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