Une rentrée bien trop chargée m'a éloigné de la Toile tous ces derniers temps. Je débarque. C'est la lettre électronique hebdomadaire de Juan Asensio qui m'a alerté. Son site et les liens auxquels il renvoie, la lecture des pages d'Alina Reyes sur son son blog, rouvert dans l'urgence. Avant de consulter plus avant les pièces du dossier, j'ai adressé un message à Alina Reyes. Par principe. Mais avant toute autre considération, par respect profond de l'écrivain et d'une femme que je n'ai côtoyée qu'une fois – en août 2004, à Gargas. Je lui ai simplement indiqué que ces pages, ici même, sont à sa disposition, si besoin était.
Je n'instruirai donc aucun procès – nul ne me charge de le faire –, je n'ai aucune qualité pour prétendre être son conseil, je m'abstiendrai d'aviver les blessures, de souffler sur le feu. Je me contente de répercuter un état de fait, parce qu'Alina Reyes fut une des premières lectrices de ce blog et nombre des lecteurs réguliers à mon adresse l'ont été aussi d'À mains nues, en son temps. Et parce que j'ai compris ce matin comment il est possible de perdre, même assis des journées entières devant l'écran de son ordinateur, presque tout contact avec la Toile. D'autres que moi découvriront peut-être ici le sort qui est fait à l'un de nous – et ce nous embrasse une communauté plus large que l'étroit corporatisme des écrivains lorsqu'ils se revendiquent tels (j'ai encore reçu, voilà quelques jours, une pitoyable circulaire des représentants de la confédération locale des auteurs de Midi-Pyrénées, qui ne sait décidément pas comment occuper ses RTT, m'informant de leur fierté d'avoir été reçus par le nouveau directeur du centre régional des lettres, à qui ils ont présenté l'ambitieux projet de faire reconnaître Toulouse capitale internationale de l'écrit – je tiens le courrier électronique, qui n'a rien de confidentiel, à la disposition des incrédules).
Si mon manque d'assiduité ces temps-ci – qui consiste aussi, pour ne pas dire d'abord, en une inassiduité contrainte à moi-même – me retranche, je peux toutefois témoigner d'une observation personnelle, parce qu'elle se conforte de la durée ; et ce que j'entrevois dans les faits que je découvre semble s'inscrire dans une trop parfaite cohérence avec ce qui me paraît chaque jour plus tranché : un degré de plus se franchit, si tant est qu'il ne le soit déjà, bel et bien. Ce qui, jusqu'alors, prenait encore la peine de se dissimuler, de se grimer, les fuites en toute hâte qu'on protégeait d'un nuage d'encre, les mensonges que l'on parait des atours de la sincérité, de tout cela on s'affranchit désormais. On lâche un pet sonore et l'on claironne que c'est l'autre, à côté, même si l'on est seul face à la compagnie. On se lâche. Les derniers tabous sont levés. Le JT de 20 heures et un marketing bien pensé feront passer la pilule – bien mieux : informé, chacun choisira librement la bonne interprétation des faits, contre l'évidence même. La langue de bois ne sera plus nécessaire à personne pour rouler la pensée unique dans la farine et en faire des beignets citoyens.
Il y a, d'emblée, une certaine logique jusque dans l'énormité de la forfaiture, telle qu'elle se dessine à travers ce que je viens de lire. La preuve la plus irrécusable résiderait peut-être même dans cette inéluctable cohérence : la Bête se fait narquoise, elle opère en terrain conquis et le fait savoir.
Courage à vous, Alina.
Les grenouilles de l'Apocalypse.
Beatus de Burgo de Osma (1086), fol. 139.
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