blog dominique autie

 

Vendredi 23 novembre 2007

05: 36

 

Destin de la psychanalyse
intertresetroit
Présentation du
Manifeste pour un nouvel humanisme psychanalytique du Pr Henri Sztulman,
paru en ligne sur ce site.

 

 

freud_engelman_blog

 

intertresetroit«

Narcisse supplante Œdipe, le corps se substitue au discours,
le groupe exprime le sujet :
telles apparaissent quelques-unes des spécificités
de la clinique quotidienne des praticiens
qui accueillent la souffrance psychique.
intertresetroit
Pr Henri Sztulman,
Manifeste pour un nouvel humanisme psychanalytique.

 

 

Le 17 octobre dernier, le Pr Henri Sztulman a donné une conférence, ouverte au public, dans le cadre du groupe toulousain de la Société psychanalytique de Paris. Le thème annoncé de cette communication tenait en ces quelques mots : La psychanalyse est un humanisme.

J'ai fait la connaissance d'Henri Sztulman peu après mon arrivée à Toulouse, fin 1979. Il dirigeait en effet aux éditions Privat la collection « Éducation et culture », qu'il avait fondée avec mon prédécesseur, Georges Hahn. Il me proposa bientôt d'élargir le champ éditorial avec une « Bibliothèque internationale de psychanalyse » qui, à travers les premiers titres parus, s'avéra fort prometteuse ; mais elle ne fut pas développée dès lors que le fonds de sciences humaines de Privat rejoignit celui de Dunod, à la fin des années 1980, à la suite du rachat de l'entreprise par Bordas. Henri Sztulman a dirigé de nombreux travaux universitaires, il a édité – dans le sens le plus rigoureux de ce mot, c'est-à-dire dirigé scientifiquement, organisé techniquement en vue de leur publication – une dizaine d'ouvrages, il a signé une trentaine de chapitres dans des livres en collaboration [1], publié des dizaines d'articles dans des revues scientifiques spécialisées…, jamais, ni aux éditions Privat, ni aux Presses universitaires du Mirail et aux éditions Ombres (où il a également dirigé des collections), il n'a mis son expérience du travail éditorial au service de sa promotion personnelle. Tant d'autres que lui auraient dix ou vingt livres d'auteur dans leurs états de service. Ses collègues, ses anciens étudiants seraient mieux fondés que moi à confirmer qu'il se veut avant tout clinicien, chercheur et enseignant, accompagnant les travaux et les interrogations de son temps sur les campus comme dans les colloques où ses pairs confrontent leurs pratiques et leurs réflexions, plutôt qu'en faisant porter sa seule voix.

C'est pourquoi sa communication m'a paru d'autant plus saisissante : ce soir-là, il prit soin d'avertir qu'il parlait en son seul nom, évoquant en ouverture le cheminement personnel qui l'avait conduit à devenir psychanalyste. J'ai très vite pressenti que c'était un homme seul qui s'adressait à une assistance constituée très majoritairement d'analystes toulousains, membres comme lui de la Société psychanalytique de Paris ; tant il était clair que son propos, à mesure qu'en progressait l'énoncé, tournait délibérement le dos à ce qu'on aurait pu attendre de bien-pensance feutrée dans le sous-titrage d'un message (entendre ici ce terme selon l'usage que les publicitaires en font) tel que La psychanalyse est un humanisme.

Car le texte, que nous entendions par la voix de celui qui en avait pesé chaque mot, avait valeur de manifeste, fortement charpenté en quatre temps : La haine de la psychanalyse ; la nouvelle pensée dominante – libérale, scientiste, comportementale, sécuritaire et anonyme ; le nouveau panorama de la psychopathologie contemporaine et des dispositifs de soins ; la place de la psychanalyse dans le nécessaire renversement des référentiels, à savoir que l’homme doit être la mesure de toute chose, en psychanalyse aussi. Pas une phrase n'en était résolument obscure pour le non-clinicien ou le non-analyste. L'examen des modèles totalitaires qui pèsent sur nos civilisations, dans la deuxième des quatre parties de l'exposé, eut recours aux concepts, aux images, aux vocables dans lesquels se trouve contraint de puiser tout esprit critique qui s'efforce d'envisager notre temps avec lucidité.

Quant à la place qu'Henri Sztulman assigne à la psychanalyse et, de façon non exclusive, aux thérapeutes de pratique analytique, l'intuition s'est imposée à moi, dans l'instant, que cette communauté professionnelle et scientifique de femmes et d'hommes qui ont choisi de se confronter, dans la relation singulière de la cure ou de la psychothérapie, à la souffrance psychique de l'autre –, que cette communauté humaine, donc, est sans doute la dernière à pouvoir faire entendre une voix forte, exigeante autant qu'empathique, dans le brouhaha du temps ; qu'elle est peut-être la seule dont la langue ne soit pas encore épuisée, essorée, discréditée dans un mésusage mercantile ; dont l'autorité morale ne s'est pas volontairement asservie à des causes étrangères, voire contraires à sa raison d'être en tant que communauté de travail, d'effort et de réflexion.

Nul angélisme dans ce constat. Henri Sztulman lui-même relève que des manquements, des dérives personnelles, des entorses à la règle posée dès l'origine pour l'exercice de la psychanalyse en ont ponctuellement entaché la pratique. Mais c'est le non-clinicien, le citoyen profane que je suis qui constate, à l'écoute d'un tel manifeste, qu'un psychanalyste est peut-être, à la veille d'un désastre écologique majeur (l'écosystème comprend Homo sapiens), à même de maintenir la voix à hauteur d'Homme. Pleinement. Sans baisser la garde. Sans se laisser plomber par quelque considération qui n'ait pas cette tessiture et cette portée. De façon plus intime, plus personnelle encore – plus encore sujette à caution, donc – j'ai songé que le destin de la psychanalyse s'avance à travers ce texte, il se peut, vers son épreuve probatoire la plus importante, la plus décisive ; que cette épreuve, d'ailleurs, était peut-être même annoncée, prévue par Freud lui-même dans l'ouvrage de 1929 connu en français sous le titre Malaise dans la civilisation [2].

Je crois important que le Manifeste pour un nouvel humanisme psychanalytique du Pr Henri Sztulman soit diffusé, sans retard, au-delà de la seule communauté des psychanalystes et des psychothérapeutes. Internet me semble le lieu où ce texte peut et doit circuler et, je le souhaite, rayonner. Je remercie son auteur d'avoir accepté que cette publication, non exclusive d'une parution plus traditionnelle (dans une revue scientifique, dans un livre), intervienne ici, sur ce site, dans les tout prochains jours.

 

Lire le Manifeste pour nouvel humanisme psychanalytique
du Pr Henri Sztulman :
cliquez ici.

intertresetroit

[1] Je m'en tiens à la dénomination du Code de la propriété intellectuelle (article L113-2), qui réserve la qualification de collectif au livre dont les auteurs ont statut, non d'auteur, mais de rédacteur – dictionnaires, encyclopédies… : Est dite de collaboration l'œuvre à la création de laquelle ont concouru plusieurs personnes physiques. Est dite composite l'œuvre nouvelle à laquelle est incorporée une œuvre préexistante sans la collaboration de l'auteur de cette dernière. Est dite collective l'œuvre créée sur l'initiative d'une personne physique ou morale qui l'édite, la publie et la divulgue sous sa direction et son nom et dans laquelle la contribution personnelle des divers auteurs participant à son élaboration se fond dans l'ensemble en vue duquel elle est conçue, sans qu'il soit possible d'attribuer à chacun d'eux un droit distinct sur l'ensemble réalisé.
[2] Titre traduit par Le Malaise dans la culture dans l'édition des Œuvres complètes sous la direction de Jean Laplanche. Ce texte figure dans le tome XVIII, Presses universitaires de France, 1994 (disponible isolément dans la collection « Quadrige »).

 

 

Freud dans son bureau,
photographié à Vienne en mai 1938 par Edmund Engelman.
© Sigmund Freud Museum de Londres et ayants droit d'Edmund Engelman.

 

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Commentaires:

Commentaire de: Dominique [Visiteur]
Bonjour,

Encore "une connaissance commune"… J' avais lu à ma sortie de l' alcool une phrase de Mr Sztulman qui disait : La déception est le moment incertain et fragile mais fondateur, où peut se transcender l' echec.En cela, elle est la condition de la réussite, de la recherche, du renouveau, la condition de son dépassement.
Je fus un homme trés déçu. Ma fondation nouvelle a été à la hauteur de ma déception.
Dans mes termes, j' avais parlé de mon alcoolisme ainsi : Acculer à être vrai et aller au delà.
Ce que je veux exprimer, même maladroitement, est que dans une phrase, même insignifiante prise ainsi, j' y avais puisé "des choses",des "indices" qui faisaient que j' étais sur la bonne voie.
Alors, j' attends avec plaisir le texte annoncé.
Je précise que je ne relie pas tout à mon alcoolisme, mais le hasard… D'ailleurs, j' avais aussi lu un truc de lui sur le hasard, la necessité…
Donc, je le remercie pour sa phrase, elle m'aida beaucoup…, moi et mon idéal de moi…
Cordialement,
Dominique.
Permalien Vendredi 23 novembre 2007 @ 14:44
Commentaire de: admin [Membre]
Merci à vous, Dominique.
Je rappelle que vous avez publié, ici même, votre Lettre aux sceptiques, il y a quelques semaines.
Dominique Autié.
Permalien Vendredi 23 novembre 2007 @ 15:07

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