blog dominique autie

 

Vendredi 7 décembre 2007

20: 31
L'agenda / bloc-notes
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Noël en librairie :
intertresetroit
en cherchant bien


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Quatre livres pour tenter d'échapper au Christmass market

 

Tradition oblige, établie les années passées, j'ai pris soin de noter quelques titres – acquis, ou localisés lors de mes visites chez mon libraire – susceptibles d'être reçus ou donnés en cadeau la tête haute. Cela posé, qui tiendrait à rester tendance sans risque de déplaire peut se replier sur l'une des vingt nouveautés mise en vente depuis moins d'un mois auxquelles M. Hulot a accordé une préface. Tant il est vrai que le meilleur moyen de lutter contre la déforestation est d'encourager la production et la vente de dizaines de milliers de livres destinés à sensibiliser le citoyen – privé de tout pouvoir de s'y opposer – aux menaces que celle-ci fait peser sur l'avenir de la planète. La pâte spéciale avec laquelle est fabriqué le papier des billets de banques – qui, en la circonstance, dédommagent M. Hulot de ses efforts militants – est, elle aussi, gourmande en bois.

 

Le Voyage de Magellan (1519-1522) – La relation d'Antonio Pigafetta
& autres témoignages
, éditions Chandeigne ; format : 16,5 x 22 cm, 1 087 pages en deux volumes reliés sous jaquette et coffret ;
prix de lancement jusqu'au 28 février 2008 : 68,50 € (ensuite : 75 €).
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Sans la moindre hésitation, n'eussé-je acquis qu'un seul livre cette année parmi les probables soixante mille nouveaux titres qu'auront produits les éditeurs français en 2007, c'était celui-là. À plusieurs reprises, j'ai évoqué dans ces pages la reconnaissance, due par tout lecteur attentif et curieux, tout érudit et – cela semble aller de soi – par tout libraire qui respecte son métier, aux éditions Chandeigne. Mes recherches personnelles sur l'Inde moghole accumulent, au fil des ans, une dette considérable à l'égard de la collection « Magellane ». Je dois au Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales (1601-1611) d'avoir découvert l'existence de l'arbre triste ; et c'est, contre toute attente, dans le Voyage de Bento de Góis [1] – jésuite portugais qui a séjourné à la cour d'Agra en 1603 avant de poursuivre vers la Chine –, que j'ai trouvé la description la plus subtile et la mieux documentée sur le Tauhid-i Ilahi, le divin monothéisme, cette religion dite aussi de la Lumière fondée par Akbar en 1582.

Dans un très bel entretien publié sur le site ArtLivres, Michel Chandeigne conte les circonstances qui l'ont conduit à entrer en typographie au début des années 1980, l'ouverture de la Librairie portugaise, son association avec Anne Lima, la naissance de la Magellane (adoptons la graphie d'usage pour nommer les navires). Il n'y a pas – il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais – de voie toute tracée pour exercer ce métier. Celle qu'a suivie Michel Chandeigne à l'irréductible singularité des livres : du moins ce qu'on a nommé ainsi depuis que l'homme s'adonne à la belle activité de colliger ses écrits. On pressent que, pour lui, rassembler, éditer pour les publier et les donner à lire en français les documents de première main liés au voyage de Fernão de Magalhães, dit Fernand de Magellan dans notre langue, cela dans la collection éponyme qu'il a fondée, constituait un grand œuvre d'éditeur. Il m'a semblé utile de reproduire ici, pour elle-même, la présentation que lui-même a donnée de cette édition au moment où il en lançait la souscription, cet été.

Le fruit de ce travail est impressionnant de sobre perfection. Son contenu s'avère un prodigieux dispositif de rêverie grave, si l'on songe qu'il s'agit, dans les archives de l'humanité, du premier tour du monde, que bouclèrent les survivants du périple.

 

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Jean Louis Schefer, L'Hostie profanée – Histoire d'une fiction théologique, P.O.L. ; format : 17,5 x 25 cm, 608 pages,
relié sous jaquette, 48 €.
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Immédiatement aimanté par son titre et sa forme, j'ai ouvert le livre, pestant de n'avoir pas glissé dans ma poche mes lunettes de lecture le jour où je rends visite à mon libraire. J'ai éprouvé quelque difficulté à déchiffrer le mot prédelle, dans la toute première phrase du livre, où l'auteur nous confie que celui-ci répond à une question que lui a posée la célèbre [c'est moi qui souligne] prédelle de Paolo Uccello, Le Miracle de l'hostie. J'étais hésitant sur le sens de la prédelle ; l'œuvre mentionnée, reproduite sur la jaquette du lourd volume relié, m'était inconnue.

Mais j'ai compris, dans ma myopie, que la démarche de Jean Louis Schefer aurait, sur mon cheminement et mon imaginaire, des conséquences peut-être tout aussi imprescriptibles qu'en eut l'essai de Leo Steinberg [2] voilà vingt ans. La lecture – plus que jamais lente et contrainte par des journées interminables de travail professionnel – des cent premières pages me confirme que l'éditeur a restitué, par le soin qu'il a mis dans la confection d'un tel livre, la portée que l'auteur a conférée à son propos. L'un des cas, devenus rares, où l'on peut acquérir un livre les yeux fermés.

 

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Gilbert Dagron, Décrire et peindre – Essai sur le portrait iconique, Gallimard ;
format : 14 x 23 cm, 294 pages,
relié sous jaquette, 29 €.
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J'ai acquis en octobre, mais n'ai fait que le feuilleter à ce jour, ce beau volume de la « Bibliothèque illustrée des histoires » : sur la foi d'une collection qui s'honore de La Mort et l'Occident de Michel Vovelle, d'une étude sur l'histoire de la mesure du temps [3] dont je tiens la lecture, déjà ancienne, pour un précieux trésor et de quelques autres références enviables ; sur la foi, cela va sans dire, d'un auteur qui a occupé la chaire d'histoire et civilisation du monde byzantin du Collège de France de 1975 à 2001 ; sur la foi – faut-il le préciser ? – du thème qu'il aborde ici ; mais encore – et ce magnétisme est déterminant dans ma fréquentation du savoir – pour la séduction immédiate qu'exerça sur moi ce volume très peu épais (il compte toutefois ses trois cents pages d'un bon papier couché mat, peu complaisant, d'une main compacte), d'assez large format, dans lequel l'illustration, superbement établie, accompagne le texte – et non l'inverse.

Maniant quelques instants le volume pour rédiger ces lignes, le plaisir à venir est si assuré qu'il me faut aimer les hôtes familiers ou insoupçonnés de ce blog pour ne pas mettre l'ordinateur en veille et monter m'étendre enfin dans la compagnie de l'ouvrage (tant il semble avoir été justement dosé, jusque dans son poids – ni pesant, ni inconsistant – pour tenir le lecteur en éveil).

 

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George Michell, Splendeurs mogholes – Art et architecture dans l'Inde islamique, traduit de l'anglais par Dennis Collins et Véronique Crombe, recherches documentaires de Mumtaz Currim, Gallimard ; format 26 x 30 cm, 288 pages, relié sous jaquette, 49 €.
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Juste entrevu, au moment de quitter la librairie d'Hervé et Éric Floury, rue de la Colombette. Le volume était posé à hauteur d'œil, mais à contre-jour, sur les présentoir verticaux situés en fond de vitrine, côté magasin. J'ai reconnu l'une de ces fleurs de marbre comme il y en a des centaines sur les murs du Taj. J'ai quand même posé le sac contenant mes achats et passé une inspection en règle : du beau travail, même si je pense disposer ici de l'essentiel – textes et images – pour connaître jusque dans la nuit noire la douceur mentale, l'absence de tout grain des arabesques de l'âme offertes entre ces pages.

Je venais de régler le Magellan qui m'était réservé depuis des semaines. Pas question de céder à un caprice, ni au trouble obsessionnel compulsif. Et l'on sait que, ces temps-ci, je m'efforce de rêver le Taj à langue nue – véritable lutte avec l'ange, qui me désigne les affaires courantes, chaque matin à l'aube, avec une telle autorité que je peine souvent à le congédier. Ce sera donc pour mon prochain exercice comptable, après avoir envié assez longtemps le volume – dès demain, samedi, je dois passer prendre livraison de la traduction des fragments d'Héraclite par Giorgio Colli. Je passerai quelques instants à toucher le Taj. Le plus beau livre est celui qu'on ne possède pas.

 

 

 

[1] Hugues Didier, Fantômes d'islam et de Chine – Le voyage de Bento de Góis s.j. (1603-1607), Éditions Chandeigne, en coédition avec la Fondation Calouste Gulbenkian, 2003.
[2] Leo Steinberg, La Sexualité du Christ dans l’art de la Renaissance et son refoulement moderne, Gallimard, collection « L’Infini », 1987.
[3] David S. Landes, L'heure qu'il est. Les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne, «Bibliothèque illustrée des Histoires », Gallimard, 1987.

 

Le portrait anonyme de Magellan qui figure en ouverture de cette chronique est conservé dans les collections du Mariner's Museum de Newport News, Virgine (U.S.A.). Il semble directement inspiré du plus ancien portrait posthume de Magellan, réalisé par un peintre inconnu aux environs de 1568 à la demande de l'archiduc Ferdinand II (conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne et reproduit page 35 du Voyage de Magellan présenté ici.

 

 

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Ce dimanche 9 décembre – de 8 h à 19 h :
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Foire aux livres et vieux papiers de collection
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de Bon-Encontre (Lot-et-Garonne)
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Irai-je, n'irai-je pas ? C'est à moins d'une heure de Toulouse, à 4 km au sud-est d'Agen et c'est la vingt-deuxième édition de cette grande concentration de libraires venus, pour certains, de loin : Brive, Biarritz, Perpignan… et de Bordeaux et Toulouse, bien entendu).

Je prépare, comme l'an passé, ma sélection minimaliste de livres (neufs) qu'il ne serait ni immoral, ni dérisoire d'offrir ou se faire offrir en cette fin d'année. Toutefois, plus que jamais, seul un livre de seconde main sera à même d'honorer de façon singulière celle ou celui que je prévois d'honorer.

Tout bien pesé, je crois que j'irai.

 

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Éditions Chandeigne – Collection « Magellane »
[Reproduction de la prière d’insérer de l’éditeur]

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LE VOYAGE DE MAGELLAN (1519-1522)
La relation d'Antonio Pigafetta & autres témoignages
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120 cartes & illustrations, index, 2 vol., reliés sous coffret, dont un en couleurs, 1088 pages (pagination continue). Paru en octobre 2007.
Prix : 75 € – (Prix de lancement jusqu'au 29 février 2008 : 68,50 €)
ISBN : 978-2-91554032-1
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Édition établie par Xavier de Castro, éditeur de nombreux livres sur les voyages de découverte et responsable de plusieurs volumes parus dans la collection Magellane, et de Carmen Bernand, historienne du monde hispanique - avec la collaboration d'éminents spécialistes, tels Luís Filipe Thomaz, José Manuel Garcia, Jean-Paul Duviols et d'une équipe de traducteurs (Jocelyne Hamon, Ilda Mendes dos Santos, Anne-Lise Darras-Worms, etc.)

 

 

Magellan est le plus connu des navigateurs, son voyage la plus extraordinaire des aventures ; cependant, de nombreuses approximations circulent malheureusement dans tous les ouvrages de vulgarisation sur le sujet. Les sources directes sont pourtant relativement nombreuses ; mais, éparses et souvent difficiles d’accès, toujours lacunaires, elles n’avaient jamais été rassemblées.

Il faut rappeler que Magellan avait pour ordre exprès de rejoindre par l’ouest les Moluques et de revenir par la même voie. Il n’a sans doute jamais projeté de faire un tour du monde. Son décès prématuré ne lui permettra pas de le réaliser, et Juan Sebastián Elcano en recevra les honneurs au retour à Séville de la Victoria, seul navire rescapé. L’exploit du navigateur est d’avoir résisté à ses hommes et aux éléments pour découvrir le détroit sud-américain qui portera son nom, et d’avoir traversé pour la première fois le Pacifique. Ce faisant, il n’a pas voulu prouver que la Terre était ronde – connaissance acquise depuis les Grecs –, mais il a montré qu’elle était circumnavigable, ce qui n’est pas la même chose...

La traversée du Pacifique fut très longue et éprouvante : plus de trois mois sans toucher terre. La surprise de Magellan ne fut pas de découvrir un océan aussi vaste, mais de naviguer sur une mer déserte. Par chance, grâce à l’ingestion d’un puissant anti-scorbutique récolté dans le détroit de Magellan, le nombre des décès fut très faible.

Parvenu aux Mariannes, puis aux Philippines, Magellan surprend alors par son comportement : au lieu de se diriger droit sur les Moluques, comme les instructions royales l’exigeaient, il remonte vers le nord, erre d’île en île, et désobéit une nouvelle fois aux ordres en combattant les indigènes de l’île de Mactan. Dans cet épisode, Magellan trouve une mort que l’on qualifierait aujourd’hui d’« idiote ». Mais ne l’a-t-il pas provoquée sciemment ? A-t-il compris à ce moment qu’il n’était déjà plus dans l’hémisphère espagnol, que son voyage était un échec et qu’il ne pouvait rentrer ni chez lui, où il était un « traître », ni en Espagne après avoir maté dans le sang une mutinerie sur la côte patagonique ? Ou bien cherchait-il simplement à affermir les liens politiques avec les souverains de la région, voire à conquérir des domaines dont la gouvernance lui serait revenue ? Quoi qu’il en soit, la confrontation des sources et des commentaires s’avère passionnante sur ces questions cruciales qui n’auront jamais de réponses définitives...

Rappelons enfin que sur les 237 marins embarqués sur les quais de Sanlúcar, à bord de cinq navires, 90 revinrent vivants : 55 sur le San Antonio, dont l’équipage déserta dans le fameux détroit, et 35 qui firent effectivement le tour du monde ; les autres moururent en route ou disparurent dans les îles de l’Extrême-Orient. Parmi ces survivants, les principaux furent interrogés par des juges ou des chroniqueurs qui transcrivirent leurs déclarations ; certains laissèrent de brefs récits manuscrits.

C’est l’ensemble de ces textes qui sont ici publiés, accompagnés des cartes de l’époque et d’une riche iconographie.

*

Tome 1

Édition critique du récit de Pigafetta, qui fait la synthèse des quatre manuscrits existants. Ce texte est célèbre par sa force littéraire, la variété de ses anecdotes et la qualité de son information.
Illustrations issues du manuscrit de la Beinecke Library de l’université Yale. Riche appareil de notes qui fait la synthèse des connaissances actuelles, ajoute quelques « découvertes » et résume les principales hypothèses d’interprétation.
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En annexe : cartes de l’itinéraire détaillé ; dossier en couleurs rassemblant les premières cartes des Moluques et les planisphères antérieurs au voyage ; compléments sur les navires et leurs équipements, les vivres et les biens embarqués ; liste des équipages et index biographique complet de tous les participants ; chronologie ; glossaire.

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Tome 2

Vingt-six documents qui éclairent, et souvent complètent, la relation de Pigafetta, pour la première fois réunis et traduits en français :
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Intégralité des récits, déclarations et lettres de compagnons de Magellan : Ginés de Mafra, Martín de Ayamonte, Martín Méndez, Juan Sebastián Elcano, Francisco Albo, Gonzalo Gómez de Espinosa, Leone Pancaldo, Giovanni Battista et deux anonymes ;
Lettres d’António de Brito, le capitaine portugais qui fit prisonnier aux Moluques les survivants de la Trinidad, laquelle avait tenté de rejoindre Panama par le Pacifique ; lettres des souverains des Moluques aux autorités portugaises ; premières relations imprimées de Maximilianus Transylvanus (1523) et de Pietro Martire d’Anghiera (1530) ;
Tous les passages concernant le voyage, épars dans l’Historia general de las Indias d’Antonio Herrera (1601), qui eut accès à des sources aujourd’hui disparues ;
Bibliographie exhaustive et triple index portant sur les deux tomes.

Ouvrage publié avec le concours du Centre national du Livre
et de la Fondation Calouste Gulbenkian.

 

Retour à la chronique de Dominique Autié
consacrée à cet ouvrage – Cliquez ici.

 

 

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