blog dominique autie

 

Mardi 11 décembre 2007

08: 19

 

Les Routes captives
intertresetroit
de Philippe Berthaut

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À propos de Routes captives de Philippe Berthaut,
cadratin_blogDVD adapté du triptyque du spectacle présenté à la Cave-Poésie
cadratin_blogde Toulouse en octobre 2006.
cadratin_blogEn souscription jusqu'à parution en janvier 2008 : 20 €.
cadratin_blog[Télécharger le bulletin de souscription (pdf 48 Ko) : cliquer ici.]

 

 

En 1988, j'ai eu la chance d'éditer l'un des livres de Philippe Berthaut, au titre superbe – Treize lampes bleues seules éclaireront la ville. Le sous-titre en disait un peu plus sur le contenu de l'ouvrage : Fragments de la mémoire ouvrière de Bagnères-de-Bigorre. Philippe Berthaut avait mis sa langue à la disposition d'une communauté humaine pour qu'elle transmette, comme un patrimoine précieux, ce qu'il lui restait encore de mémoire vive. Tout auteur – romancier, poète de la page ou du chant – devrait justifier de tels états de service, au moins une fois dans le cours de son œuvre. Il semble que Philippe Berthaut ait entendu l'injonction d'exercer ce don de langue dès qu'il composa ses premiers textes, ses premières chansons. Ma réticence même – qui maquille, je le crains, quelque incapacité profonde – à l'égard des ateliers d'écriture bute depuis vingt ans sur l'exception Philippe Berthaut, comme elle bute sur le cas Élisabeth Bing. Sans doute la force même de l'œuvre tient, ici, à ce que c'est l'existence elle-même qui est à l'œuvre. C'est ainsi que je le ressens – et c'est ce dont je me crois fondé à témoigner.

Je renvoie le lecteur qui souhaite découvrir le cheminement de Philippe Berthaut au premier des deux liens, donnés en bas de cette page, en direction du site Esprits nomades. Aujourd'hui, c'est sur une intuition singulière que le poète nous fait signe : en chemin, des bouts de route qui ont cessé d'être la route, mais qui subsistent dans le paysage. Que faisais-je en octobre l'an dernier ? Rien qui justifiât que je ne me rende pas à la Cave-Poésie – si ce n'est que je vis dans une mutuelle ignorance presque complète avec la ville. Je peste, cette fois, car ces Routes captives – dont les textes au moins sont accessibles en ligne, également sur le site indiqué à l'instant – ont commencé d'exercer sans délai un puissant pouvoir de rêverie, de m'offrir un motif de méditation, tout à la fois inattendu et, plus j'y songe, marqué du sceau de la nécessité : j'attends désormais que l'œuvre gravée me dédommage de la scène manquée.

 

Philippe Berthaut parle de Routes captives

Dominique Autié : Tu as, dans un premier temps, conçu Les Routes captives comme un cheminement en trois temps, associant photographies, textes, musique et vidéo. Tu as d’abord convié le public à la Cave-poésie de Toulouse, durant l’automne 2006. Le DVD qui va paraître constitue-t-il une mémoire, une archive de la mise en scène poétique ? Ou as-tu aménagé l’ensemble en vue de sa lecture – comme un livre, un disque, peuvent inviter à une participation plus singulière, plus intime, à une appropriation de l’œuvre sur la durée ?

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Philippe Berthaut : Il s’agit bien d’un aménagement de ce qui a été présenté à la Cave-Poésie. La première partie du triptyque (qui a pour nom Les Routes Captives) est un diaporama construit à partir de photos, de textes en mouvement et de textes dits sur scène par Roland Gigoi et moi-même. Nous n’avons fait qu’enregistrer les voix. La deuxième partie (La paire de chaussures rouges trouvée rue Goya à Bordeaux) se faisait directement sur scène sans aucun support visuel. J’ai donc construit pour le DVD une sorte de récit/photo que j’ai voulu le plus simple possible. La troisième partie (Le stylite du champ de lave) est un film vidéo d’Alain Baggi où nous retrouvons Roland Gigoi à la fois à l’intérieur du film dans son errance chaotique et en voix off disant le texte qu’il interprétait sur scène. Il y aussi un livret de 36 pages en quadrichromie qui contient tous les textes et aussi des photos. J’aurais bien aimé proposé l’enregistrement du spectacle de la Cave-Poésie mais il n’est pas très bon techniquement.

D.A. : Il y a donc des routes captives réelles à l’origine de ce parcours poétique : elles sont en fait ce que les DDE [directions départementales de l’équipement] en leur jargon nomment assez joliment les routes délaissées. C’est-à-dire des tronçons de chaussée à l'abandon lorsque qu’une route a été redessinée, par exemple pour aménager un virage moins dangereux ou construire une voie rapide en suivant presque l’ancien tracé. Des lieux assez emblématiques, me semble-t-il, de ce que Gilles Clément désigne comme le tiers-paysage. Il développe notamment l’idée que la véritable biodiversité a pour ultime refuge ces espaces interstitiels, laissés à l’abandon, sans valeur économique ni vertus esthétiques selon les normes des urbanistes et des gestionnaires du territoire. Routes captives nous indiquerait, somme toute, que ce n’est pas seulement la vie végétale qui résiste au massacre raisonné de l’environnement mais que, dans ces lieux, loge avec souveraineté le plus précieux de l’homme – son imaginaire, sa langue, son chant – quand les États marchands lui confisquent la plus grande part de l’espace et du temps publics ?

Ph. B. : Je connais Gilles Clément par ses livres et son joli concept de Jardin naturel ; et je regrette d’avoir raté sa prestation. Il me semble que les poètes ont eu de tout temps à s’occuper de l’in-vu, du clandestin, du réel qu’on ne remarque pas, à le faire affleurer dans la langue pour agrandir le regard sur le monde. Je garde au fond de moi la croyance tenace que nous devons creuser et le monde et la langue là où nous vivons. C’est ce que j’appelle toujours le pays jonglé. Réveiller des signes enfouis, les remettre en route en quelque sorte en les faisant à nouveau travailler entre eux. C’est ainsi que des choses à première vue banales redeviennent à la seconde vue des choses neuves et vivifiantes. Et puis pour moi ce fut surtout la rencontre avec quelque chose d’intérieur et d’intime que je n’arrive pas à nommer totalement. Ce sont des copeaux arrachés à l’obscur de ma vie.

D.A. : Chant, écriture, voix et geste du conte qui parfois s’improvise, ton travail et ton œuvre semblent répondre à l’exigence intime d’un partage : le texte, la musique et la scène le suscitent – mais l’œuvre est d’ailleurs, souvent, issue au moins pour partie de ce partage. Cette présence au monde n’est-elle pas plus ardue, plus éreintante à mesure que s’accélère la dégradation de la biosphère (j’y inclus la noosphère…) et que s’affole une civilisation qui paraît avoir résolument choisi de courir à sa perte ?

Ph. B. : J’ai du mal à penser ainsi le monde allant à sa perte. J’ai été structuré par un paysage habité d’hommes au travail où tout paraissait immuable et c’est cet immuable en moi qui m’empêche d’avoir une grande conscience de la dégradation du monde (quoique voir les merveilleux prés verts de l’Aveyron jaunis par la canicule m’a beaucoup choqué et ému). Ce que je fais lorsque je suis poète (et je ne le suis pas toujours) c’est-à-dire lorsque je tente de prendre le monde au mot (comme on le prendrait au lasso) parfois au chant (mais il m’a quitté) ce n’est que pour l’habiter mieux le temps de mon passage ici. Et ces derniers temps, accaparé par des tâches (modestes) de plantation, je me suis aperçu que les routes captives des racines continuaient de vivre en dehors de nous, loin de nos regards. Comme elles ont diffusé en moi ces rhizomes de langue, d’imaginaire et de mémoire, jusqu’au poème.

 

 

Liens : Sur le site Esprits nomades :
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Une page consacrée à Philippe Berthaut et à son œuvre
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La présentation et les textes de Routes captives

 

 

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Commentaires:

Commentaire de: Dominique W. [Visiteur]
Bonjour,

J' ai aimé lire vos textes et cet entretien.
J' y ai retrouvé ce qui me tient à coeur, "le renversement du regard", l' élargissement des perspectives nourrit par "le pas de coté", l' enfouissement dans les interstices.
Je trouvais également lors de ma jeunesse au milieu des bois,l' absolu necessité de prendre les chemins à l' abandon,les anciens champs où la forêt avait élu domicile,et je trouvais apaisant que des hommes y avaient vécu et j' imaginais leurs rêves, je les voyais au travail, j' entendais leurs rires mais surtout j' étais heureux que ce bout de vie encore là n'était pas devenu empire, et que l' Homme s' étant retiré,les mûres et les "jaunettes" y avaient repris leurs droits, à la vie.Encore une question de partage.
Quand mon monde s' est écroulé, c' est dans mon reste de regard que je suis allé soufflé sur les dernières braises d' un monde in-vu, et je reste persuadé que la naissance du regard est dans ces lieux, ceux de l' enfance où l' esprit n' est pas encore capté par les deux mammelles de notre civilisation, "l' utile" et "le nécessaire" et leurs équations mathématiques, et que le superflu est une "hérèsie" car non mesurable.Et qu' il faut tout mesurer....
Mais qu' à bien considérer, quand il ne reste plus rien,c' est dans ce parti qu' il faut aller, celui "des Choses et des Gens". Laisser partir son Regard et ses Pensées, elles finissent toujours par se retrouver au pied d'un lampadaire à la lumière bleue sur une route au bitume abandonné par les pas des Hommes.

Merci à Vous,

Dominique
Permalien Mercredi 12 décembre 2007 @ 12:09
Commentaire de: Victor Cova [Visiteur]
Cet entretien m'a rappelé Porto, Portugal, où les maisons abandonnées pullulent, se gonflent d'arbres avant de s'effondrer. Il y a aussi des rues entières abandonnées à 15 mètre sous des autoroutes, presque invisibles sous les arbres, des centres commerciaux inaccessible, condamnés, et pourtant pleins d'une autre vie. J'y avais aussi trouvé une paire de chaussures, entre autres choses. Mais attirer l'attention sur ces endroits qui échappent au regard, n'est-ce pas aussi les vouer à une "revalorisation", c'est-à-dire à une deuxième mort?
Permalien Vendredi 14 décembre 2007 @ 13:20

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Dominique Autié
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