blog dominique autie

 

Vendredi 28 décembre 2007

05: 18

Célébrations

intertresetroit
XV

 

Célébration du petit singe
intertresetroit
qui se trempe les couilles dans le whisky

 

vannier_blog

 

 

Incapable, sans doute organiquement, de mettre en œuvre à son profit la stratégie du pousse-toi de là. Il me semble entrevoir de quoi il en retourne. Ses états de service (épluchez la notice de L'Histoire de Melody Nelson) en disent long sur ma propension maladive à me laisser passer devant dès que je fais la queue quelque part.

*

Décembre 1989, théâtre du Châtelet. L'orchestre symphonique de la radio de Prague sous la direction de Leos Svarovsky. Au piano, la déesse de la myopie. Vers le milieu du récital, l'orchestre se met soudain à grincer un instrumental : Le Train – le temps que tout le monde souffle un peu. On a ajouté un clavecin. Puis, la vertigineuse interprétation de Saint-Lazare. L'arrangeur, qui aurait pris la veille une murge monumentale, aurait décalé d'un demi-ton les partitions de la moitié de l'orchestre – de façon aléatoire (un tiers des violons touchés par le tsunami, la moitié des cuivres). Et ce clavecin fou. Jean-Claude Vannier [2].

*

Pas moyen de jouer ses vinyles sur le bout de mon index gauche en me servant du droit comme saphir, car je me ronge les ongles. J'avais conservé comme un morceau de la vraie Croix son live au théâtre Dejazet en octobre 1985. Et voilà qu'en a paru une édition sur CD, il y a deux ans, sous un autre titre (En public), avec en prime sur un second ensemble (Fait maison) d'une petite dizaine d'œuvres enregistrées en 2005 – et personne, évidemment, n'avait pris soin de m'en avertir. Donné comme définitivement indisponible sur les sites de vente en ligne. Merci PriceMinister. Sur scène, en 1985, Jean-Claude Vannier s'était entouré d'une section de cordes d'orchestre de chambre et de Marc Chantereau aux percussions : quelques tambours et un xylophone. L'artiste en Steinway. Costard à tous les étages. Mouchoirs sales : du Telemann – et de la plus belle eau. Des lustres que je m'étiolais de ne pouvoir écouter ça.

*
pochette_enpublic
intertresetroit
intertresetroitLa fille d'en face
intertresetroitMouchoirs sales

intertresetroitCliquer ici

[Pièce d'anthologie : Le petit singe qui]
intertresetroit
Quand je promène mon sexe pensif
Dans les cocktails d'arrière-saison
Ma feuille d'impôts mon bail mon certif
Dans mon habit de location
intertresetroit
Je passe mon temps à dire des horreurs
À des starlettes de sous-préfecture
Maquillées caviar champ's et vertu
intertresetroit[pur beurre
ça brille comme des roues de voiture
intertresetroit
Car je ne suis qu'un petit singe
Qui se trempe les couilles dans le whisky
Rien qu'une bête en smockinge
Un oustiti en alpaga un trostky du cul


intertresetroit
*

Décembre 1978. Semaine étrange. Roger Caillois mourut le 21 – un jeudi, je l'appris en ouvrant Le Monde, le soir même : il m'avait reçu avenue Charles-Floquet quelques jours auparavant. Hémorragie cérébrale. Mon frère, volontairement ou non, s'est jeté sous une locomotive le vendredi soir de la semaine suivante, le 29 – le Président et Madame séjournaient chez moi, à Saint-Cloud, ils avaient dû arriver de Clermont-Ferrand au premier jour des vacances scolaires, je suppose, c'est-à-dire le surlendemain de la mort de Caillois (je le suppose encore). Un soir, entre le 23 et le 28 (il faut toutefois exclure le réveillon et la soirée de Noël, ce qui doit laisser le choix entre le mardi, le mercredi et le jeudi), nous avons assisté ensemble au spectacle que Jean-Claude Vannier, seul devant un Steinway, donnait dans le minuscule théâtre Campagne-Première, à portée de voix du cimetière de Montparnasse où est enterré Caillois. Une vingtaine de personnes, dans la proximité immédiate du piano, pour tout public. À deux chaises de nous, Michel Jonasz. Jean-Claude Vannier débitait un long monologue à la seule attention de Gilda Gray, star déjà virtuelle, lui serinait Mon Beau Travelo – une Gitane grillait dans le cendrier, qui faisait office de brûle-parfum. Il interpréta Pauvre muezzin, dont la mélodie entendue ce soir-là m'obséda jusqu'à ce qu'elle figure sur son album suivant, plus d'un an après (j'avais émigré à Toulouse, un monde ancien s'était écroulé entre-temps).

De tout ce qui précède, la conclusion s'impose : M. Vannier et moi-même sommes les seuls survivants.

*

Le mot s'écrit de cinq façons : skunk, skunks, skuns ou skons. La mouffette (Mephitis mephitis). « L'école des skunks » (prononcer sconce, quoi qu'il en soit) est la deuxième nouvelle du Club des inconsolables [1]. Même si la sœur de Bubu, l'un des protagonistes de ce récit calamiteux, porte une étole de skunks – qui tombe dans l'herbe quand elle se fait prendre à la diable par les copains de son frère à la sortie du cinéma –, le mot semble n'être ici que par pure célébration de son délit de sale gueule : cette distance vertigineuse entre plusieurs graphies, toutes aussi bancales les unes que les autres, et ce mot interminablement nécessaire qui exige la mise en branle de tous les muscles bucaux, de la langue ainsi que la complaisance de la gorge pour être prononcé. [Les dictionnaires mentionnent la graphie sconce comme possible. Mais ce n'est pas du jeu.] Dans un de nos livres d'enfant, il y avait effectivement des skunks. (Un nombre identique d'années s'écoule entre la venue au monde de Jean-Claude Vannier, la mienne, puis celle de mon frère mort ; à l'époque, les éditeurs de livres pour la jeunesse avaient bon fonds, il était possible de se gaver des histoires à ne pas dormir du tout de son ainé de six ans sans passer pour un has been.)

*
vannier_verso_vignette

Bref chef-d'œuvre, Les Cavales de l'impossible – orchestrateur, M. Vannier obtient de sa petite chancellerie (au verso de la pochette du vinyle original, je compte quatorze musiciens à ses côtés) un pathétique effet Philarmonique de Berlin sous juridiction Karajan. Le refrain lancine :
cadratin_blogY a-t-il une vie avant la mort ?
cadratin_blogY a-t-il une vie avant la mort ?
cadratin_blogY a-t-il une vie avant la mort ?

cadratin_blog
*

Ce serait lui faire injure que de ne pas mentionner, pour mémoire, qu'il a écrit la plus belle chanson d'amour du répertoire : Reviens, je m'aime. Il clôt avec elle son récital d'octobre 1985. Je voudrais que tu m'aimes / Autant que je m'aime / Tu m'aimerais / Je m'aimerais / On serait bien là / Tous les deux / À m'aimer.

*interlettreinterlettre*
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*

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À suivre.
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[1] Jean-Claude Vannier, Le Club des inconsolables, Fixot, 1990.
[2] Symphonique Sanson, 1990, CD WEA 9031-72139-2.

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En ouverture :
Le 33 tours LP Public chéri je t'aime (au théâtre Dejazet), 1985.
Casting : Dominique Autié.


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puce_grise

 

Célébrations

de la gomme du fond de robe de l'eau minérale
des myopes de la pistache de la vapeur
de l'œuf à la coque de la machine à écrire
de la paternité de l'abstinence du papier peint
du cigare de Raymond Loewy
de Jacques Blondeau et de Lancelot

 

……
……………………………singe
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Commentaires:

Commentaire de: Martine [Visiteur] · http://femmes-belles.net/
" Y a-t-il une vie avant la mort ? "

C'est le seul que j'ai lu de l'auteur....
Permalien Vendredi 28 décembre 2007 @ 09:14
Commentaire de: iPidiblue, bonchoir Madame, bonchoir Mademoiselle, bonchoir Monsieur. [Visiteur]
Mais que faisaient donc le président et madame chez vous par ce beau soir de décembre, une partie carrée avec ou sans les éboueurs ?
Permalien Vendredi 28 décembre 2007 @ 15:06
Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
Elle sait plus où les mettre...ses nichons...la Martine. C'est du propre! comme dirait ma grand mère.
Permalien Samedi 29 décembre 2007 @ 19:07
Commentaire de: MrBark [Visiteur] · http://mrbark.org
merci a toi pour cettte image :D
Permalien Lundi 3 mars 2008 @ 16:08

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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